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François Mitterrand
François Mitterrand
Informations biographiques
Naissance

François Maurice Adrien Marie Mitterrand
26 octobre 1916
Jarnac, Charente (France)

Décès

8 janvier 1996 (à 79 ans)
7e arr., Paris (France)

Nationalité

Française

Parti politique

UDSR (1946-1965)
CIR (1965-1971)
PS (1971-1995)

Conjoint(e)

Danielle Gouze

Enfants

Pascal Mitterrand
Jean-Christophe Mitterrand
Gilbert Mitterrand
Mazarine Pingeot

Diplôme

Université de Paris
École libre des sciences politiques

Profession

Avocat
Editeur de presse

Religion

Catholicisme
Agnosticisme

Résidence

Rue Guynemer (Paris)
Rue de Bièvre (Paris)
Hossegor (Landes)
Latche (Landes)
7e arr. (Paris)


François Mitterrand (26 octobre 1916 - 8 janvier 1996) est un homme d'État français. Il est le 21e président de la République française du 21 mai 1981 au 17 mai 1995.

Issu d’une famille catholique de province ancrée à droite, François Mitterrand suit une éducation rigoureuse dans laquelle il développe des aptitudes intellectuelles puissantes dans le domaine littéraire. Il ressort diplômé de grandes écoles parisiennes en droit et en politique. Lorsque la guerre éclate, il est mobilisé sur le front et fait prisonnier par les Allemands. Il parvient à s’évader à la troisième reprise et à rentrer en France où il mène une double-vie d’officiel au service de l’administration vichyste et de résistant engagé dans des réseaux de prisonniers de guerre. Il prend une position hégémonique sur ces réseaux en fin de guerre et occupe brièvement un poste ministériel dans le gouvernement provisoire du général de Gaulle.

François Mitterrand s’engage en politique sous la Quatrième République en tant que député. Il entre au gouvernement et participe à onze d’entre eux, connaissant une ascension continue sur plus de dix ans, en même temps qu’il solidifie son implantation locale dans la Nièvre, notamment en étant ministre de la Justice de Pierre Mendès-France et ministre de l’Intérieur de Guy Mollet en période de décolonisation et de guerre en Algérie. Son ambition avérée à devenir président du Conseil le fait rester malgré les exactions commises en Algérie. Sa personne est devenue controversée dans cette période, notamment en raison de l’affaire des Fuites.

Presque sans appui après la chute de la Quatrième République, décrédibilisé par l’affaire de l’Observatoire, il reprend une place d’envergure sur la scène nationale en s’opposant au général de Gaulle qu’il contraint à un second à l’élection présidentielle de 1965, avant que la crise de mai 1968 ne lui fasse perdre son crédit retrouvé. Il parvient néanmoins à se reconstruire en prenant la tête du Parti socialiste au congrès d’Épinay en 1971 auquel il rend sa place hégémonique à gauche en accédant à nouveau au second tour d’une élection présidentielle en 1974 et en affaiblissant structurellement le Parti communiste par le biais d’une alliance, concrétisée par le programme commun, jusqu’à son élection à la présidence de la République le 6 mai 1981 par 51,76% des voix.

Ses quatorze années de pouvoir ont vu se succéder sept Premier ministres à Matignon. Ses premières années sont celles de la mise en œuvre du programme commun avec l’octroi de droits sociaux et la libéralisation de la société dont les mesures marquantes sont une politique de relance par la croissance, la retraite accordée à 60 ans, l’accord d’une cinquième semaine de congés payés, l’abolition de la peine de mort et de vastes programmes culturels. Mais face aux contraintes internationales et à l’absence d’amélioration, il cède à une politique d’austérité en 1983 appelée « tournant de la rigueur ». Il continue à l’appliquer jusqu’à la fin de sa présidence sans que le chômage ne recule jamais. François Mitterrand expérimente la première cohabitation de l’histoire avec Jacques Chirac pendant deux ans qui lui permet de rehausser sa stature et d’être largement réélu pour un deuxième mandat en 1988. Celui-là est dominé par les bouleversements mondiaux de la chute du mur de Berlin et de la fin de la guerre froide, ouvrant la voie à l’une des plus grandes étapes de la construction européenne dont François Mitterrand et Helmut Kohl sont les principaux acteurs : le passage d’une Communauté à une Union avec une intégration plus poussée encore, par une monnaie et des frontières uniques aux pays membres, ainsi que le lancement de grands programmes européens. Trois fronts internationaux s’ouvrent au Golfe, en Yougoslavie et au Rwanda dans lesquels la France joue un rôle important. Mais la fin de sa présidence correspond à la fin d’un règne : défaites électorales cuisantes, développement de scandales financiers et moraux, révélations sur sa vie privée et sur son cancer dissimulé, résurgence de son passé pendant la guerre. Il quitte l’Élysée en 1995 et meurt huit mois plus tard.

Seul chef d'État français a avoir effectué deux septennats complets, François Mitterrand détient le record de longévité de l'Histoire de la République et le troisième record à la tête de la France depuis la Révolution française après Napoléon III (vingt-et-un ans) et Louis-Philippe Ier (dix-sept ans). Il est le premier président socialiste de la Cinquième République.

Jeunes années Modifier

Famille et jeunesse (1916-1926) Modifier

C’est à Jarnac, au nord de Bordeaux, que naît François Maurice Adrien Marie Mitterrand, le 26 octobre 1916 à 04h00, puis baptisé à l’église. Il s’agit alors du village de ses grands-parents maternels. Son grand-père, Papa Jules, a passé l’âge de la retraite à la tête de sa fabrique de vinaigre et devrait la céder à son beau-fils, Joseph, qui s’installe avec sa femme Yvonne à Jarnac en 1919. Le père de François Mitterrand occupait un emploi modeste dans les chemins de fer avant d’hériter de la fabrique de Papa Jules qui part en retraite à 76 ans en 1929. Il devient aussi président de l’Association des vinaigriers français et conseiller municipal. Papa Jules n’en reste pas moins la figure tutélaire de cette famille qui vit comme un clan, souvent à quinze ou vingt personnes à table. Joseph et Yvonne ont eu trois enfants avant lui - Antoinette, Colette et Robert - puis auront ensuite Marie-Josèphe, Jacques, Philippe et Geneviève. C’est au sein d’une famille de bourgeoisie de province, de droite et plutôt monarchiste mais néanmoins ouverte, que François Mitterrand passe son enfance, partagée entre Jarnac et Touvent, un lieu dont il gardera l’amour de la campagne et des promenades, loin de la technologie. Ses parents, catholiques très pieux, l’élèvent de façon stricte, non sans lui laisser la liberté de ses activités. Il parlera ensuite d’ « une enfance heureuse [qui] a illuminé [sa] vie ».

Études scolaires (1926-1939) Modifier

Son éducation commence à l’école privée de la paroisse et à l’école élémentaire de Jarnac. Puis, en septembre 1926, il quitte le cocon familial pour le collège Saint-Paul d’Angoulême, établissement austère qui applique à ses trois -cents élèves une discipline sévère. François Mitterrand s’y fait ses premiers amis, Claude Roy et Pierre de Bénouville, et y visionne son premier film. Enfant doué aux échecs et au tennis de table, également gardien dans une équipe de foot, il pratique la pêche et fait de l’avion dans un club nautique. Il démontre un véritable talent pour la littérature, l’Histoire, la géographie, dans une moindre mesure pour la philosophie, mais ne peut pas en dire autant pour les mathématiques, la science et l’anglais, au point de redoubler une année. Ses voyages au Royaume-Uni, à Westgate-on-Sea dans le Kent, ne lui auront pas suffit pour maîtriser la langue de Shakespeare. Il remporte également un concours d’éloquence dans cet établissement. Après huit années, il obtient à dix-huit ans sont baccalauréat en 1934.

Il poursuit des études de droit, de littérature et de science politique à Paris où il est inscrit aux facultés de lettre et de droit. François Dalle, qu’il fréquente à l’époque, se souvient de sa culture prodigieuse acquise. Il est vrai que François Mitterrand est un lecteur assidu de très nombreux écrivains, des grands classiques de la littérature comme Colette, Proust, Balzac, Stendhal, Flaubert, Chateaubriand ou Tolstoï, mais aussi de contemporains comme Gide, Malraux, Mauriac, Hemingway, Faulkner et Joyce. Il écrit pour L’Écho de Paris et pour un journal étudiant nommé Revue Montalembert. C’est aussi dans ces années-là qu’il développe son intérêt pour la politique, de toute évidence encore diffuse puisqu’il fréquente et lit des personnes aux avis différents voire antagonistes. Sa première manifestation remonte à novembre 1934. Quelques mois plus tard, en février 1935, il apparaît sur la photographie d’un journal au milieu d’étudiants de médecine manifestant contre des étrangers. Il est pour un an membre des Volontaires nationaux, mouvement de jeunesse des Croix-de-Feu du colonel de La Rocque (« ni fasciste, ni antisémite… Il m’avait séduit »), et fait partie des étudiants qui protestent contre Gaston Gèze, professeur de droit qui contestait l’invasion mussolinienne de l’Éthiopie et qui devient le conseiller du président Hailé Sélassié Ier. S’il est vrai qu’il a fréquenté des antisémites et des extrémistes, cette situation est à remettre dans le contexte de l’Europe des années 1930 lorsque ce n’est que banalité, car celui qui s’intéresse à Jacques Doriot et à l’Action française (dans une moindre mesure car excommuniée), nourrit aussi de l’intérêt pour des personnes comme Julien Benda ou Léon Blum, et rejoint la JEC d’obédience catholique social (Jeunesse étudiante chrétienne). Entré à l’IEP de Paris en 1935, il en ressort trois ans plus tard diplômé avec une mention bien, auquel s’ajoutent ses deux autres diplômes de droit (mention) et de littérature.

Le 28 janvier 1938, il rencontre Marie-Louise Terrasse dont il tombe follement amoureux, au point de lui écrire deux-milles lettres dans les trois ans et demi qui vont suivre, bien qu’elle ne partage pas cet amour immodéré. Ils se séparent brièvement en 1939 puis se fiancent le 3 mars 1940. Elle s’éloigne de lui pendant ses années de captivité en Allemagne et ne le retrouve qu’en janvier 1942 à Paris, un mois après son évasion, mais marque leur séparation définitivement. De dépit, François Mitterrand feint de jeter sous ses yeux dans la Seine la bague de fiançailles qu’elle lui a rendue.

Seconde Guerre mondiale Modifier

Bataille de France et camp de prisonnier (septembre 1939-décembre 1941) Modifier

Inquiet par l’Anschluss et opposé à la politique d’apaisement, François Mitterrand s’inscrit à l’école militaire de Saumur avec François Dalle mais les deux échouent. La France et le Royaume-Uni entrent en guerre contre l’Allemagne le 3 septembre 1939. Le 23e régiment d’infanterie coloniale d’Ivry, auquel est assigné François Mitterrand depuis octobre 1938, est envoyé au front. François Mitterrand connaît les dures conditions des soldats, du temps et de la boue, s’irrite de la discipline et de l’arrogance de l’état-major, mais passe de soldat à sergent. Au mois d’avril, ils progressent encore au devant de la frontière belge, si proches des Allemands que des affrontements éclatent en mai et obligent le régiment à se retirer en arrière. Il est pourtant blessé le 14 juin à Verdun par un éclat d’obus qui se loge dans son épaule droite. Embarqué dans un train de blessés, il est soigné à Bruyères. Il est fait prisonnier par les Allemands le 21 juin et transféré à Luneville puis en Allemagne.

Il arrive par wagon au stalag IXA de Ziegenhain où il devient le prisonnier n°21176IXC. Il y bénéficie d’une discipline plus souple avec l’ « université de Ziegenhain » où il donne des cours à ses camarades de camp. La construction de baraquement est l’activité principale au camp. Il déclarera plus tard : « Ma grande révélation a été la captivité. […] Cette vie communautaire m’a marqué en profondeur. […] La hiérarchie de la décoration, du diplôme, de l’argent ne vaut rien. L’échelle des vraies valeurs est ailleurs » (L’Expansion, été 1972).

  • Il s’évade le 3 mars 1941 en passant sous les barbelés mais lui et ses amis sont capturés le 23 par les villageois d’Egesheim sortant de l’église. Il passe alors un mois à la prison de Spaichingen puis trois autres dans un cachot au pain et à l’eau à Bad Sulza, puis il est réintégré sous un régime plus strict à Ziegenhain.
  • En apprenant que Marie-Louise Terrasse s’est éprise d’un autre homme, il tente sans succès de se faire rapatrier comme infirmier puis comme vétéran de la Première Guerre mondiale.
  • Le 28 novembre 1941, François Mitterrand et deux amis se cachent dans un débarras la journée et sortent la nuit en rampant aux poutres, avant de passer par-dessus la clôture de quatre mètres grâce à une échelle, dissimulés de la vue des tours de guet par un transformateur. Ils se joignent ensuite à la foule de proches des soldats allemands qui étaient venus leur rendre visite et maintenant repartent, mais l’un deux, Pierre Barrin, est reconnu et ramené au camp. François Mitterrand lui-même est dénoncé par un couple français qui l’hébergeait et enfermé dans un camp de transit. Cependant, il parvient à s’enfuir en s’étant porté volontaire pour déplacer des cartons dans le village voisin. Dans ce même village, la propriétaire d’une maison de presse l’aide à se rendre à Metz où il prend le train.

Période « vichysto-résistante » (décembre 1941-février 1943) Modifier

Rentré en France, il se fait faire de faux-papiers à Nancy et passe en zone libre où il retrouve sa cousine Marie-Claire Sarrazin vers Mantry, le 15 décembre 1941. Il se rend ensuite à Vichy, capitale du régime pétainiste, où il obtient un emploi de bureau dans un service documentaire rattaché à la Légion française des combattants, payé 2 100 francs par mois (l’équivalent de 600 euros). Si l’objectif officiel est de traquer les ennemis du régime (gaullistes, communistes, franc maçons), il sert aussi de couverture pour lancer des réseaux de résistance militaire. Les fichiers de suspects de François Mitterrand sont donc délibérément faussés. Lorsqu’il démissionne, il rejoint ses amis au ministère du Travail qui fabriquent de faux papiers dans un atelier clandestin. Il participe à la fondation, en septembre 1942, du refuge « La Chaîne » pour les prisonniers de guerre dans le château de Montmur (Hautes-Alpes), avec ses camarades Antoine Mauduit, Marcel Barrois et Jean-Albert Roussel. Grâce à ce dernier, il obtient le poste de chef adjoint des relations de presse au Commissariat aux prisonniers de guerre, sous la houlette de Maurice Pinot, un ancien prisonnier de guerre dédaigneux de Vichy et douteux du maréchal Pétain. Lorsque Pierre Laval renvoie Pinot en janvier 1943, tout le service démissionne à la suite. A ce moment-là, François Mitterrand ne fait déjà plus confiance au régime : le débarquement des Alliés en Afrique du Nord et l’invasion de la zone libre par les Allemands a cessé de faire apparaître le maréchal comme le seul espoir à ses yeux.

Ils fondent en février le « Comité national de lutte par les prisonniers » composé de l’Organisation de résistance de l’Armée (ORA), de chantiers de jeunesse, des Compagnons de France, de centres d’entraide, de Maurice Pinot et de ses amis. Il mène ainsi une double vie : il est officiellement l’adjoint de Maurice Barrois dans l’Allier qui écrit dans des journaux pétainistes, et officieusement un résistant portant de nombreux pseudonymes, comme « Morland » tiré de la station de métro parisienne Sully-Morland, mais souvent tirés de la ville de Dieppe dont l’état civil a été détruit par les bombardements. Le régime lui remet entre février et mi-avril 1943 la francisque pour service rendu à la Révolution nationale, véritable alibi pour ses activités.

Rapport au régime de Vichy Modifier

François Mitterrand se sent plus maréchaliste que pétainiste. Moins qu’un accord idéologique avec le chef de l’État et sa Révolution nationale, c’est l’idée que Pétain a préservé au mieux du possible ce qui pouvait l’être, non sans avoir quelques retenues comme au sujet de l’abandon de la souveraineté nationale. Son analyse est que la France a tiré une gloire immodérée de sa création de l’Allemagne moderne sous Napoléon Ier et s’est donc lancé dans une politique tout aussi extravagante qui a engendré un cercle de violence (guerres de 1870 et de 1914). Ainsi donc, les deux pays sont tenus pour responsable mais il n’en éprouve pas moins un réel sentiment antiallemand, allant de leur accent jusqu’à leur présence en France (« un viol, une boursoufflure […] blasphématoire »). Deux solutions sont possibles selon lui. La première s’appuie sur le maréchal Pétain, qui l’attire par son éducation de droite, et avec qui il partage la méfiance des régimes parlementaires comme feue la Troisième République, mais qu’il estime prisonnier de la vieille droite. La seconde repose sur les prisonniers de guerre rapatriés et sur les évadés. Ainsi, il balance tantôt entre l’opposition au régime de Vichy et la tentation de collaborer. Par exemple, au printemps 1942, à l’heure où la victoire allemande semble certaine, il salut le retour de Pierre Laval au gouvernement car il le pense utile pour tailler une place à la France dans la nouvelle configuration européenne.

Concernant l’antisémitisme, François Mitterrand ne l’a pas partagé mais l’a accepté dans son entourage car il était une normalité de l’époque en Europe. Il n’a pas pu apercevoir d’étoile jaune avant l’hiver 1942 puisqu’elle n’était pas portée en zone libre mais dira s’être « éloigné » du régime de Vichy en voyant les premières. « Je ne pensais pas à l’antisémitisme de Vichy, dira-t’il à la fin de sa vie. Je savais qu’il y avait, malheureusement, des antisémites qui avaient pris une place importante auprès du maréchal, mais je ne suivais pas la législation. On ne s’occupait pas de cela… On ne s’intéressait qu’au sort des prisonniers de guerre et des évadés ».

Engagement complet dans la résistance (février 1943-septembre 1944) Modifier

La rupture définitive de François Mitterrand avec le régime de Vichy peut être datée de février 1943, lorsqu’il se rapproche de l’Organisation de résistance de l’Armée (ORA). Cette même année, il provoque André Masson dans une réunion publique parisienne. Le successeur de Maurice Pinot au Commissariat proposait que les travailleurs français exercent en Allemagne pour que la France obtienne la libération sélective de prisonniers. François Mitterrand peut s’en tirer avant qu’ils n’aient pu faire quoi que ce soit, fort du soutien de la salle. La Gestapo exécute deux raids en novembre, l’un à l’atelier de faux papiers de Barrois et de Roussel et l’autre au domicile de François Mitterrand, rue Nationale à Vichy. Lui-même échappe de peu à la Gestapo qui l’attendait à la sortie de son train à la gare de Vichy.

Au sujet du conflit qui oppose Charles de Gaulle et Henri Giraud pour la direction de la résistance française, François Mitterrand soutient le deuxième, ayant quelques liens avec lui et fréquentant Antoine Mauduit et l’ORA giraudistes. Comme Giraud, il reste maréchaliste. Cependant, les gaullistes parviennent à absorber les giraudistes et à s’imposer. François Mitterrand juge donc nécessaire d’établir des liens avec de Gaulle et obtient d’être l’émissaire du mouvement pour le rencontrer. Ainsi, avec le retrait de Maurice Pinot, il est imperceptiblement parvenu à prendre l’ascendance sur ses camarades. Il passe d’abord par Londres en novembre 1943 où il rencontre Maurice Buckmaster, responsable de la section française du SOE, et Jean Warisse, travaillant au Commissariat aux prisonniers et aux déportés gaulliste, avant de s’envoler pour Alger. Il y rencontre le général de Gaulle qui tranche en sa faveur pour unifier en un les mouvements de résistance des prisonniers de guerre. Sans doute l’hostilité persistante de Michel Cailliau pour François Mitterrand explique ses difficultés à trouver un avion pour rentrer en France. A son retour, il regroupe son Rassemblement national des prisonniers de guerre (RNPG), le MRPGD de Michel Cailliau et le CNPG communiste en un « Mouvement national des prisonniers de guerre et des déportés » (MNPGD) dont il partage le comité exécutif avec Jacques Bénet, Philippe Dechartre et Robert Paumier, qui passe sous l’autorité du Conseil national de la Résistance.

François Mitterrand est recherché par la Gestapo qui fouille les lieux qui lui sont affiliés et arrête tous ceux qu’elle trouve sur place, qui sont parfois déportés voire gazés. Le débarquement de Normandie du 4 juin 1944 est le début de la libération du territoire national. A Paris où l’insurrection a éclaté la veille, le MNPGD prend six bâtiments du Commissariat de Vichy aux prisonniers de guerre le 20 août, dont le commissariat lui-même près de l’Opéra. François Mitterrand, munit d’un pistolet, entre dans le bureau du commissaire et force Robert Moreau, qui a succédé à André Masson, à quitter les lieux. Il commence aussitôt à prendre ses fonctions de secrétaire général aux prisonniers de guerre et aux déportés, puisque c’est ainsi qu’il a été nommé par le général de Gaulle dans un gouvernement provisoire. Le soir du 25 août, après que le général Leclerc ait libéré la capitale et Dietrich von Choltitz signé la reddition, François Mitterrand est présent à l’hôtel de ville pour écouter le discours du général de Gaulle qui célèbre la libération. Juste après, quand le Général manque de tomber du balcon d’où il salut la foule, il le tire à l’intérieur avec l’aide de Pierre de Chevigné. De Gaulle et Mitterrand partagent l’avis que la République a perduré pendant la guerre et que Vichy est nul et non avenu. Le 5 septembre, avec l’arrivée en France du gouvernement en titre, François Mitterrand passe la main à Henri Frenay.

Retour à la vie civile Modifier

Vie familiale Modifier

Pendant la guerre, François Mitterrand et ses amis se réunissent souvent chez Christine Gouze, laquelle entretient une relation avec Patrice Pelat. C’est chez elle que François Mitterrand peut voir une photographie de sa sœur de 19 ans, Danielle, dont il s’éprend très vite. Il la rencontre à Paris dans un rendez-vous organisé par Christine puis les deux se fiancent en juillet et se marient le 28 octobre 1944 à l’église Saint-Séverine du Quartier latin. Lui a 28 ans et elle bientôt 20. Ils se vouvoient les deux premières années puis se tutoient ensuite. Après un premier enfant, prénommé Pascal en hommage à Blaise Pascal, né le 10 juin 1945 mais mort du choléra le 17 septembre suivant, viennent Jean-Christophe en 1946 et Gilbert en 1948. Les Mitterrand forment un couple très libertin, chacun s’autorisant d’autres conquêtes sans ce que cela ne pose la question du divorce. Ainsi François Mitterrand accepte t’il que sa femme entretienne une relation avec un professeur de gymnastique en lycée nommé Jean Balenci. Il explique lui-même : « Je ne me reconnais pas le droit de refuser à ma femme ce que je m’autorise ». Lui-même multiplie les maîtresses, le pouvoir servant d’aphrodisiaque.

Ils disposent à Paris de deux domiciles, l’un dans le quartier bourgeois d’Auteuil en périphérie du bois de Boulogne (16e arrondissement) et l’autre dans la rue Guynemer (6e arr.). En 1971, ils font l’acquisition d’une maison rue de Bièvre où ils emménagent en 1973 après des travaux. Il s’avère que ces travaux ont permis à des agents de la DST de placer des micros dans le domicile sur ordre du ministre de l’Intérieur, Raymond Marcellin, comme il l’a fait dans les locaux du Canard enchaîné. Ils possèdent une maison de vacances à Hossegor près de Biarritz, dans les Landes, où ils rencontrent l’industriel Pierre Pingeot dont ils se rapprochent. Agé de 47 ans, il entame une relation à l’été 1963 avec sa fille Anne qui en a 20. A partir de ce moment, il cesse d’être volage et sera l’unique amour d’Anne dans toute sa vie. Il arrête également de fumer et développe pour l’architecture la même passion qu’Anne. En 1965, il est séduit par une maison située près de Biarritz dans un coin nommé Latche qu’il envisage d’acheter pour eux deux. Mais son bon score à la présidentielle de 1965 qui contraint le général de Gaulle à un second tour suscite la colère du propriétaire, le baron Etchegoyen, qui ne donne pas l’autorisation légale à François Mitterrand pour les travaux de restauration qu’il entreprend quand-même. Il faut attendre vingt années, avant qu’il ne meure, pour que le baron consente à la vendre au président Mitterrand car « Giscard a fait pire que lui ». Pourtant, Danielle insiste pour qu’elle soit la maison de leur couple à eux. Il conseille et aide Anne à faire des études de droit et devenir conservatrice de musée, tandis qu’elle insiste pour qu’un enfant soit la condition de survie de leur couple. Lui à 57 ans et elle à 30 ans, ils mettent au monde Mazarine Anne le 18 décembre 1974, ainsi nommée après le cardinal Mazarin et la Vierge.

Activités professionnelles Modifier

Après huit mois de travail, il parvient à mettre sur pied en avril 1945 la Fédération nationale des prisonniers de guerre (FNPG), fusion du MNPGD et des centres d’entraide mutuelle du régime de Vichy, qui réunit un million de personnes au début puis deux à la fin de l’année, soit la deuxième plus grande organisation du pays après la CGT. Elle devient l’interlocuteur principal du gouvernement pour la question des prisonniers de guerre. Ainsi, face au retour massif et incontrôlable des ouvriers et des prisonniers français d’Allemagne, elle contribue grandement à organiser leur accueil. Il devient aussi rédacteur en chef de Libre, le nouveau titre de L’Homme libre, le journal du MNPGD, dans lequel il écrit des tribunes. Il le renomme Soir-Express mais le journal fait faillite au bout de six mois. Il fait ensuite un bref passage par Votre beauté, magazine féminin de L’Oréal.

Dans ces années, François Mitterrand est souvent sollicité comme témoin dans les procès de vrais ou présumés collaborationnistes comme Gabriel Jeantet, François Métérin, François Moreau, Yves Dautain ou Jean Bouvyer. Il a fait partie d’un groupe français envoyé par le général de Gaulle dans les camps de la mort pour participer aux opérations des Américains. Il y a vu par lui-même des cadavres dans les fosses communes et retrouvé vivant son compagnon de résistance Robert Antelme qu’il parvient à faire sortir, malgré le refus des Américains qui craignent la contagion.

Ascension politique sous la Quatrième République Modifier

Débuts en politique (1946-1947) Modifier

François Mitterrand se présente à Neuilly pour les législatives de juin 1946, soutenu par des partis de droite, mais n’obtient pas de siège. Sur conseil d’Edmond Barrachin, il se présente dans la Nièvre en Bourgogne, bien qu’il n’y ait aucune attache. Il est soutenu par le Parti républicain de la liberté (PRL), l’Union gaulliste, le parti paysan, l’Union démocratique et socialiste de la résistance (UDSR) et les radicaux. Il est largement élu le 10 novembre 1946 au terme d’une campagne de défense de la liberté individuelle, par opposition au dirigisme du gouvernement. A l’Assemblée, il siège comme indépendant mais affilié à l’UDSR.

Lancement de sa carrière ministérielle (1947-1954) Modifier

Six semaines seulement après son élection, il devient, à 30 ans, le plus jeune ministre depuis la Révolution française, au service d’institutions, celles de la Quatrième République, contre lesquelles il a voté au référendum d’octobre 1946. C’est Claudius Petit, après avoir lui-même renoncé au ministère des Anciens combattants, qui a suggéré François Mitterrand, en sachant qu’il disposait de contact dans ce milieu qui pourraient être bénéfiques à l’UDSR. A son arrivée, il parvient à faire cesser l’agitation qui secoue le ministère depuis que son prédécesseur a annoncé le renvoi d’une centaine de personnes qui avaient été engagées pour leurs sympathies communistes par un ministre du même bord. Il obtient la création d’une pension pour les veuves et les orphelins ainsi que d’une carte d’anciens combattants qui leur donne accès aux mêmes avantages que les vétérans de la Première Guerre mondiale (encore ne sera-t-elle effective que deux ans plus tard, en 1950). En revanche, il échoue à obtenir du ministère des Finances le remboursement aux officiers prisonniers de la rémunération qui leur été due par la convention de Genève mais qui leur fut confisquée par les autorités françaises. Après le gouvernement Ramadier, il retrouve son ministère avec Robert Schuman dont il soutient la ligne ferme face aux grèves qui secouent le pays en fin d’année 1947, que la CGT a pu faire naître maintenant qu’il n’y a plus de communistes au gouvernement.

Il devient ensuite secrétaire d’État à l’Information dans le gouvernement d’André Marie et conserve cette fonction avec Robert Schuman et Henri Queuille, n’ayant pu avoir l’Intérieur avec le premier et les Finances avec le second, soit de juillet 1948 à octobre 1949. A ce poste, il détient le choix de la ligne éditoriale de la radio et de la télévision qu’il peut influencer par des pressions. Il parvient également à faire auditionner Marie-Louise Terrasse, son ancienne aventure amoureuse, qui deviendra une des journalistes les plus populaires en France.

Après avoir perdu son secrétariat d’État en octobre 1949 avec la chute du gouvernement Queuille, il revient dans l’exécutif en juillet de l’année suivante, cette fois dans le cabinet de l’UDSR René Pleven, devenant ministre de l’Outre-mer, c’est-à-dire de l’Afrique française à l’exception des pays du Maghreb et des DOM-TOM. Il le demeure lorsque Henri Queuille revient et succède à René Pleven. A ce poste, François Mitterrand défend l’Union française à une époque de décolonisation. Il doit notamment travailler à séparer le Rassemblement démocratique africain, parti nationaliste ivoirien de Félix Houphouët-Boigny, de son alliance à l’Assemblée nationale avec le Parti communiste français, seul parti clairement anticolonialiste mais gênant en période de guerre froide. Dans l’accord conclut, le RDA s’écarte des communistes et cesse de défendre l’indépendance ivoirienne, et obtient en échange la fin de la ségrégation dans les hôtels et les restaurants, la présence de personnes noires dans les conseils locaux, la création d’un code du travail et des prix uniformisés sur les denrées. François Mitterrand devient la cible de la droite et des colons.

Depuis le début de la Quatrième République, François Mitterrand connaît une ascension politique puisqu’il est élu conseiller municipal de Nevers en 1947 et conseiller général de la Nièvre en 1949. A l’Assemblée nationale, il est reconduit en juin 1951 face à un candidat du RPF gaulliste avec le soutien de divers partis (UDSR, Parti radical, RPG, UIPRN) et devient ensuite le président du groupe parlementaire de l’UDSR. Au congrès d’octobre 1951, alors qu’il n’est plus ministre depuis février, ses sympathisants obtiennent la majorité au comité directeur du parti. Deux ans plus tard, il en devient le président, René Pleven ne lui ayant apporté qu’un succès relatif aux législatives de 1951, et implante en son sein des personnes issues des mouvements de prisonniers (Joseph Perrin, Georges Dayan, Georges Beauchamp, Jacques Bénet, Jean Bertin, Pierre Merli). L’UDSR prend un tournant vers la gauche aussi bien tactique que sincère chez François Mitterrand (antigaullisme, réforme coloniale,…).

Il est ministre d’État dans le gouvernement d’un mois d’Edgar Faure de février 1952. Puis, en juin 1953, il revient comme ministre du Conseil de l’Europe sous Joseph Laniel et le reste pendant un an, lui qui avait participé au congrès de La Haye de mai 1948 lorsqu’il était ministre des Anciens combattants dans le gouvernement Schuman.

Ministre de l’Intérieur de Mendès-France (1954-1955) Modifier

En juin 1954, le gouvernement Laniel tombe, remplacé par celui de Pierre Mendès-France. Ce dernier a demandé à François Mitterrand de l’aider à choisir ses ministres, lui-même a obtenu l’Intérieur. Une de ses premières grandes décisions est la destitution du préfet de police de Paris, Jean Baylot, qui avait comploté pour faire croire à une grande manifestation communiste dangereuse pour l’ordre public prévue pour le 14-Juillet. Néanmoins, cela débouche sur l’« affaire des fuites » qui vient entacher foncièrement la réputation de François Mitterrand. Le second de Baylot, Jean Dides, laisse croire que François Mitterrand a fait fuiter un rapport du Conseil de Défense sur la guerre d’Indochine au profit du Parti communiste. Une enquête ouverte par Pierre Mendès-France lui apprend l’innocence de son ministre dans les quarante-huit heures. Mais il choisit, pour des raisons non élucidées, de n’informer François Mitterrand que le 8 septembre sur l’existence de cette enquête. Lui ne peut alors qu’ordonner une enquête approfondie, qui démonte le complot de Jean Dides, mais cette histoire reste prégnante, certains ayant parlé de complot, les uns pensant qu’il est d’origine communiste, les autres pensant qu’il émane de Baylot et de Dides pour faire tomber le gouvernement. A partir de ce moment, François Mitterrand devient une cible récurrente de diverses haines et attaques.

Ministre de la Justice pendant la guerre d’Algérie (1956-1957) Modifier

Il convient de noter que François Mitterrand n’est pas un partisan de l’indépendance, estimant qu’une autonomie serait suffisante. Par le passé, il a menacé de démissionner du gouvernement Laniel lorsque le sultan du Maroc, Mohammed ben Youssef, fut déposé le 20 août 1953 et remplacé par le pacha de Marrakech selon des manœuvres françaises, mais est passé à l’acte sur le dossier tunisien, alors que le ministre des Affaires étrangères Georges Bidault faisait la sourde oreille sur toute critique. Les deux protectorats deviennent pourtant indépendants en 1956 après l’éclatement d’insurrections. Lorsqu’il était ministre de Pierre Mendès-France, il avait mis en garde son supérieur du risque de troubles en Algérie, qui se sont produites quelques semaines plus tard avec la Toussaint rouge. Par sa décision de faire fusionner les polices métropolitaines et locales, il est celui qui a poussé Henri Borgeaud à faire chuter le gouvernement Mendès en février 1955.

Lors des élections législatives de janvier 1956, qui voient le succès des communistes et la percée des poujadistes, l’UDSR subit un revers cuisant en ne conservant que six députés, dont François Mitterrand, qui doivent s’allier à treize autres du RDA ivoirien pour former un groupe. Pensant qu’un gouvernement socialiste ne peut durer, il apporte son soutien au SFIO Guy Mollet pour la présidence du Conseil, dans l’optique de devenir chef de gouvernement après lui. C’est ainsi que François Mitterrand devient numéro deux du nouvel exécutif, garde des Sceaux. Aligné sur la ligne ferme de Guy Mollet concernant l’Algérie, il en vient à accepter ce qu’il avait refusé comme ministre de l’Intérieur, c’est-à-dire accroître la puissance des militaires en leur donnant les compétences policières et en remplaçant les tribunaux d’instance par les tribunaux militaires. Il ne dit mot sur la torture et sur les actes peu glorieux qui se déroulent sur le terrain, manifestement toujours par volonté de succéder à Guy Mollet. Il a aussi demandé l’accélération des exécutions des prisonniers algériens. Plus tard, il admettra qu’il aurait dû suivre l’exemple de certains de ses collègues comme Pierre Mendès-France et démissionner. Il pressent la fin du gouvernement Mollet avec la crise du canal de Suez d’octobre-novembre 1956 et commence à ce moment-là à évoluer sur les exactions en Algérie et à protester. Mais après la chute du gouvernement, il manque à plusieurs reprises d’être appelé par le président Coty à former un gouvernement : au profit de Maurice Bourgès-Maunoury en mai 1957, de Félix Gaillard en novembre 1957, de Charles de Gaulle en juin 1958.

Retour du général de Gaulle (1958) Modifier

François Mitterrand s’interroge sur le camp à choisir, pour ou contre le général de Gaulle, maintenant de retour. D’un côté, il éprouve de l’admiration pour lui, mais de l’autre, il s’est positionné contre celui qu’il a comparé à Napoléon III il y a quelques années, et perçoit un risque de pronunciamiento avec l’opération Résurrection. Il prévient même « On en a pour vingt ans ». Il vote donc contre, au terme d’un discours applaudit par quelques socialistes et par tous les communistes, et fait de même lors du référendum du 28 septembre sur la Constitution d’une Cinquième République demandée par Charles de Gaulle. Les élections législatives de fin d’année sont organisées avec un scrutin majoritaire et des circonscriptions uninominales. François Mitterrand fuit sa circonscription de Nevers pour celle de Morvan plus à gauche socialement. Il se place troisième au premier tour, derrière ses adversaires gaulliste et socialiste, et échoue au second en deuxième position avec 32,10% derrière le gaulliste (40,30%) mais devant le socialiste (27%). Les socialistes ont perdu la moitié de leurs sièges.

Vingt-trois années d’opposition Modifier

Traversée du désert (1958-1964) Modifier

Au lendemain de ces élections législatives, François Mitterrand n’est plus que le président d’une UDSR très affaiblie et un élu départemental dans la Nièvre. Sans siège à l’Assemblée nationale, il exerce comme avocat pour arrondir ses fins de mois. Son ami Georges Dayan témoigne ainsi de cette période « C’était effrayant. Je lui donnais une affaire très rentable. Il fit son boulot, il gagna l’affaire, mais nous n’en tirerions pas un centime. Il était incapable de gagner de l’argent. Il ne savait pas comment faire ». En 1959, il est élu maire de Château-Chinon (Morvan) en mars et sénateur de la Nièvre en avril. N’étant plus prit par de lourdes responsabilités, il se diversifie dans d’autres activités comme le début de l’écriture d’une biographie de Laurent de Médicis et des voyages à l’étranger à Venise, à Florence, en Inde et en Chine où il rencontre Mao Tsé-toung. Le 15 octobre 1959, il échappe de peu à la mort dans l’attentat de l’Observatoire mais les explications données ensuite, incohérentes, contribuent à l’isoler et à le moquer. Il reste donc discret sur la scène politique et même absent sur la question algérienne mais il parvient à redevenir député de la Nièvre avec 67% grâce au désistement du candidat socialiste alors que les législatives de novembre 1962 sont un triomphe gaulliste dans la foulée du référendum d’avril sur l’Algérie.

Ostracisé par la gauche depuis l’attentat de l’Observatoire, il entend revenir progressivement. Il commence par former un club politique en juin 1960, la ligue pour le combat républicain (LCR). Elle ne comporte que quarante membres, souvent des proches comme Georges Beauchamp, Georges Dayan et Joseph Perrin et un nouvel ami, Roland Dumas, qui fut son avocat pour l’Observatoire. Trois ans plus tard, il fait naître le Centre d’action institutionnel par la fusion de la LCR avec les Jacobins. En 1964, c’est un plus grand mouvement qu’il enfante, la Convention des institutions républicaines (CIR), réunissant les clubs, la SFIO, le PSU, des MRP, le Parti radical, les loges maçonniques, les mouvements catholiques, les syndicats et les fédérations étudiantes, le CIR dont le comité permanent élu est dominé par les mitterrandiens.

L’opposant à de Gaulle (1964-1967) Modifier

Il commence à émerger comme une voix contre le général de Gaulle dont il conteste la réforme sur l’élection du président au suffrage universel direct, qu’il analyse comme une dérive dictatoriale avec l’extension du pouvoir présidentielle. Il publie en mai 1964 Le coup d’État permanent, virulent pamphlet antigaulliste au ton volontiers polémiste, comme lorsqu’il compare le Général à Hitler, à Mussolini, à Franco ou à Antonescu, pour mieux dénoncer la monarchie présidentielle du régime gaulliste. Ce livre est pour lui le meilleur qu’il ait écrit.

Pour l’élection présidentielle de 1965, François Mitterrand soutient Gaston Deferre. Lui ne peut pas se présenter car sa carrière dans la Quatrième République lui donne l’image d’un homme du passé. Mais lorsque Gaston Defferre renonce le 25 juin, François Mitterrand se donne un délai de réflexion et annonce concourir le 8 septembre en espérant voler la vedette au général de Gaulle qui tient une conférence de presse le même jour mais sans y parvenir. Il reçoit le soutien de Pierre Mendès-France qui le juge le plus apte à « réunir l’ensemble des voix démocrates et socialistes ». Mais en réalité, la gauche est au mieux moqueuse et au pire méfiante de François Mitterrand. Le PSU de Michel Rocard ne lui accorde qu’un « soutien critique ». En revanche, le soutien est franc du côté communiste. Il est aussi soutenu par la « Fédération de la gauche démocrate et socialiste » qui comprend les socialistes, les radicaux, l’UDSR, le CIR et deux autres partis. Sa campagne est officiellement financée par 970 000 francs mais il reçoit aussi d’importantes sommes, évaluées à un peu moins de deux millions par le journaliste Franz-Olivier Giesbert, provenant des partis SFIO et PCF, de l’entreprise Elf et de particuliers comme André Bettencourt, François de Grossouvre et aussi de Georges Villiers convaincu par René Bousquet (Mitterrand a rencontré Bousquet par l’intermédiaire de son ancien directeur adjoint de cabinet Jean-Paul Martin). En guise de programme, il capitalise sur l’antigaullisme en proposant de « s’opposer à l’arbitraire du pouvoir personnel, au nationalisme chauvin et au conservatisme social ». Il promet aussi l’expansion du progrès, la justice sociale et le développement de la Communauté européenne. Dans les premiers sondages, François Mitterrand est annoncé nettement perdant face au général de Gaulle : 66% contre 18%. Finalement, il crée la surprise en forçant le Général à se soumettre à un second tour en recueillant 31,70% pour lui et 44,60% pour son adversaire. Il reçoit le soutien du candidat Jean-Louis Tixier-Vignancourt, inspirant ce commentaire d’André Malraux : « Vous êtes le candidat unique des quatre gauche – dont l’extrême-droite ». Le Général a été invité à mettre à mal le candidat socialiste en se servant de son passé vichyste et de l’Observatoire mais il s’y refuse au motif que « ceux qui lancent ces boules puantes finissent par sentir plus mauvais que ceux qui les reçoivent ». Si le président est sans surprise réélu le 19 décembre, François Mitterrand ne rassemble pas moins 44,80% des suffrages, lui donnant une nouvelle envergure et une image renouvelée. Paradoxalement, il y est parvenu par le système institutionnel qu’il a combattu. Il refuse également de saluer son adversaire[1]. Enfin, lui qui était souvent apparu aux yeux de beaucoup comme un opportuniste aux convictions mouvantes, sa conversion réelle au socialisme est attribuée au rassemblement de Toulouse le 18 décembre où une foule de 30 000 personnes l’a acclamé.

Pendant la campagne, il a été élu à la tête de la FGDS. Un an plus tard, il conclut un pacte le 20 décembre 1966 avec le Parti communiste, geste significatif puisqu’il n’y en a plus eu entre socialistes et communistes depuis leur rupture en 1920 à l’exception de 1934 pour le futur Front populaire. Aux législatives qui suivent, cette alliance se traduit par un vrai succès car la majorité gaulliste n’est conservée que d’un siège tandis que le CIR passe d’un seul député – lui-même – à seize. Pourtant, elle n’est pas acceptée par la SFIO de Guy Mollet et met donc fin de la FGDS au bout de dix-huit mois.

La retombée (1968-1969) Modifier

Lorsqu’éclate mai 1968, François Mitterrand n’est qu’un spectateur impuissant et même « déconnecté » comme il le reconnaîtra ensuite de cette « révolution aux cheveux longs et aux idées courtes ». Il descend avec d’autres comme Pierre Mendès-France, Guy Mollet et Waldeck Rochet dans la rue pour manifester le 13 mai, jour anniversaire du coup d’État à Alger qui ramena le général de Gaulle au pouvoir. Mais ensuite, il se rend en province pour évoquer des sujets sans lien. Il faut noter que les étudiants eux-mêmes ne réclament pas François Mitterrand, trop proche des communistes et fantôme de la Quatrième République à leur goût, et expriment leur préférence pour Pierre Mendès-France, et seul Alain Geismar tente une ouverture vers lui à un moment. Il tente donc de reprendre l’avantage par un discours à Château-Chinon le 26 mai puis en tenant une conférence de presse à l’hôtel Continental pour proposer un nouveau gouvernement dont le Premier ministre serait Pierre Mendès-France (qu’il n’a pas informé) et laisse entendre qu’il serait candidat à la fonction présidentielle. C’est l’erreur qu’il commet car Georges Pompidou a autorisé la médiatisation de sa conférence et il apparaît alors comme un apprenti dictateur à la télévision. Ensuite, avec sa fuite à Baden-Baden et la grande manifestation gaulliste du 30 mai sur les Champs-Elysées, le Général se ressaisit et reprend le dessus sur les événements. Aux législatives de juin, les socialistes et les communistes perdent plus de la moitié de leurs élus. François Mitterrand est le seul député du CIR à sauver son siège, et encore de justesse, malgré la campagne d’intimidation du Service d’action civique gaulliste. Il siège désormais comme indépendant. Il fulmine contre les étudiants qui viennent de démolir sa crédibilité, son accomplissement récent et ses chances de devenir chef d’État. Il quitte en novembre la présidence de la FGSD sans être regretté. Sa stratégie est vaincue aussi puisque les communistes sont redevenus infréquentables.

Pour l’élection présidentielle de 1969, il est attendu par les communiste mais refusé par les socialistes. Les sondages ne lui donnent que 18% face à Georges Pompidou. L’élection est un véritable échec pour la gauche qui n’atteint pas le second tour. Gaston Defferre termine même derrière les communistes avec 5,10% contre 22,50%. C’est la fin du FGDS.

François Mitterrand publie en 1969 Ma part de vérité, un livre d’entretien dans lequel il explique sa conversion au socialisme et sa stratégie de reprise de l’élection des communistes par les socialistes.

Stratégie d’Union de la gauche (1970-1977) Modifier

Sentant sa position menacée à la tête de la SFIO, Guy Mollet crée un nouveau Parti socialiste qui absorbe les autres partis de gauche et nomme à sa tête Alain Savary car facilement malléable. Seul le CIR de Mitterrand résiste à cette attraction et il résiste assez bien dans la mesure où il conserve 8 000 de ses 12 000 membres. François Mitterrand et les siens parviennent à s’emparer du nouveau parti lors du congrès d’Épinay de 1971 ; dans un premier temps avec le vote triomphal et surprise de la motion de Jean-Pierre Chevènement le 12 juin qui impose la proportionnelle au comité pour toute motion recevant au moins 5%, et dans un deuxième temps le 13 juin avec la victoire de la motion de François Mitterrand soutenue par le CIR, les puissantes fédérations de Gaston Defferre et de Pierre Mauroy et le CERES de Jean-Pierre Chevènement, avec 43 926 voix soit 2 000 de plus que celle d’Alain Savary. François Mitterrand devient ainsi le Premier secrétaire du Parti socialiste dont il n’était pas membre trois jours plus tôt. Il lui impulse une ligne clairement à gauche par les quatre-vingt-onze promesses du programme « Changer la vie » - intitulé ainsi en référence à mai 1968 – approuvé en mars 1972. La même année, il conclut un accord avec le Parti communiste d’une portée historique car il n’est pas une autre gauche en Europe qui ait fait de même en pleine guerre froide où les partis communistes sont financés par l’URSS. Dans ce programme, François Mitterrand a su imposer l’OTAN, la communauté européenne et la démocratie parlementaire. Les élections législatives de 1973 servent de premier test et démontrent un rééquilibrage des forces avec de bons scores : le PS à 21,70% (102 sièges) et le PC à 21,30% (73 sièges).

Le soir du 2 avril 1974, alors qu’il travaille sur un discours parlementaire à la brasserie Lipp, il apprend vers 22h00 par le propriétaire la mort du président Pompidou. Il rentre chez lui pour rédiger une nécrologie politique. Il annonce sa candidature à la présidentielle le 8 avril, avec derrière lui le Parti socialiste, le Parti communiste et le Parti socialiste unifié face à une droite désunie. Cette campagne est de nouveau financée par des mairies socialistes, par des amis et patrons proches comme André Bettencourt, René Bousquet ou François de Grossouvre, réunissant une somme de 10 millions de francs. Il réalise une centaine d’entretiens, parle des douzaines de fois à la télévision et à la radio et tient une trentaine de réunions publiques devant un demi million de personnes. Il axe sa campagne sur la récession économique qui frappe la France depuis le choc pétrolier de l’an dernier et sur sa gestion par son adversaire, Valéry Giscard d’Estaing, ministre de l’Économie et des Finances. Le Parti communiste veille à rester discret pour empêcher celui-ci de mener sa campagne sur la peur. Le 5 mai, François Mitterrand arrive en tête avec 43,20% face à Valéry Giscard d’Estaing qui réunit 32,60% des votes. Dans les jours qui suivent, il perd de l’avance en se concentrant sur la préparation du débat télévisé avec son concurrent qui se tient le 10. Pour François Mitterrand, le coup de grâce que lui porte Valéry Giscard d’Estaing est sa formule mémorable pour lui reprocher sa dénonciation de l’injustice sociale : « Vous n’avez pas, Monsieur Mitterrand, le monopole du cœur ». Dans les derniers jours, il croit aux dires qui lui remontent selon lesquels il pourrait gagner. Il échoue de peu le 19 mai, battu d’un peu plus de 425 000 voix, récoltant 49,19% contre 50,81% pour Valéry Giscard d’Estaing. Avec 12,7 millions de voix, c’est le meilleur score de la gauche depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. C’est néanmoins la peur du saut dans l’inconnu qui l’a emporté. François Mitterrand songe à arrêter.

La mue du paysage de la gauche française se dessine ensuite. François Mitterrand accélère sa prise de contrôle en aspirant une part du Parti socialiste autonome dont Michel Rocard, Jacques Attali et Jacques Delors, en même temps qu’il exclut le CERES qui lui reproche de ne pas être assez révolutionnaire. D’une manière générale, François Mitterrand se plaint de « médiocrité dogmatiques » dans les fédérations socialistes qui font régner un « petit terrorisme ».

Les communistes commencent à remuer car une série d’élections partielles démontrent que le PS leur prend des voix et qu’ils sont réduits à être une force d’appoint, incapable de protester car ses sympathisants lui reprocheraient de briser l’Union de la gauche. Le lien qui unit les deux partis est craint à Moscou où l’on redoute la formation d’un modèle socialiste différent. Le PC tente bien de reprendre la main en 1975-1976 en abandonnant sa vocation léniniste ou en rejoignant l’eurocommunisme de l’Italien Berlinguer et de l’Espagnol Carrillo mais les élections municipales de 1977 confirment la donne : la gauche représente 50,80% du corps électoral, devant la droite à 41,90%, mais le PS détient désormais le double de grandes villes du PC. Georges Marchais demande à revoir le Programme commun mais les négociations tournent au vinaigre, ponctuées par le retrait des radicaux de Robert Fabre, avec à nouveau des oppositions au sujet des nationalisations, et la rupture est consommée le 23 septembre. Aux élections législatives de 1978, la gauche échoue avec 48,57% tandis que la droite prolonge son pouvoir grâce à 51,06% des voix. Aux yeux de François Mitterrand, c’est le résultat de la désunion car les premiers sondages avaient annoncés leur victoire (« La victoire dépend du Parti socialiste mais la défaite dépend du Parti communiste »).

Ultime marche vers l’Élysée (1978-1981) Modifier

François Mitterrand reprend la main au congrès de Metz d’avril 1979 grâce à sa motion qui arrive en tête avec 47% des voix, devant celle de Michel Rocard à 21% et celle de Pierre Mauroy à 17%. Il se relève d’une mauvaise passe puisqu’il s’était brouillé avec eux et avait tenté de les utiliser l’un contre l’autre. Les sondages montraient aussi l’émergence de Michel Rocard, considéré comme le meilleur candidat de la gauche par 40% des Français et seulement 27% pour François Mitterrand. Ce dernier opère maintenant un virage à gauche et s’allie au CERES (15%) dans sa nouvelle direction. Il fait monter une nouvelle génération dite des « Sabras » comme Lionel Jospin qui devient son adjoint, Laurent Fabius le porte-parole et Paul Quilès nommé aux fédérations. Ils s’attèlent à l’élaboration des « 110 propositions ». François Mitterrand se déplace sur la scène internationale pendant l’hiver 1980-1981 (États-Unis, Israël, Chine et Corée du Nord avec rencontres de Deng Xiaoping et Kim Il-sung).

Le 8 novembre 1980, François Mitterrand annonce sa candidature à l’élection présidentielle et publie Ici et maintenant. Michel Rocard, son seul rival à gauche, retire sa candidature. François Mitterrand l’avait de toute manière fait capoter le mois dernier en ayant mis Rocard sous pression (« Faites comme vous voulez. C’est votre affaire. Pour ma part, je parlerai bientôt »). Le président sortant Valéry Giscard d’Estaing bénéficie de l’avantage selon les sondages à moins que son ancien Premier ministre Jacques Chirac ne se lance dans la course. Mitterrand et Chirac se rencontrent donc chez Édith Cresson aux vues de leurs intérêts communs. La communication est confiée à Jacques Séguéla, qui veille à faire limer les canines du candidat, retravaille son apparence et son allure, donne naissance au slogan de « La force tranquille » et a l’idée des affiches le montrant avec un clocher en fond. Le programme est lui très social avec les promesses de réduction du temps de travail à 35h00, l’octroi d’une semaine de congés payés, l’embauche de centaines de milliers de fonctionnaires et l’augmentation des dépenses publiques de 5% par an. Le 26 avril, Valéry Giscard d’Estaing arrive en tête avec 28,70% des voix, suivi de François Mitterrand à 25,80%, puis de Jacques Chirac à 18% et de Georges Marchais à 15,30% pour les candidats d’importance. Ainsi, le PC récolte un score inférieur à 30% pour la première fois depuis la guerre. François Mitterrand réalise une bonne prestation lors du débat de l’entre-deux-tours mais l’inconnue demeure en raison des arrières-pensées tactiques du Parti communiste qui soutient officiellement la gauche mais officieusement la droite et Jacques Chirac qui fait l’équation inverse. A l’annonce des résultats le 10 mai 1981 à 20h00, le visage de François Mitterrand apparaît à l’écran. Avec 51,76%, il devient le 21e président de la République française. Sa première déclaration publique prononcée, il se rend au siège du Parti socialiste de la rue de Solferino puis part se coucher, tandis que cent milles personnes sont réunies place de la Bastille pour célébrer l’événement.

Les suffrages et les réactions Modifier

Les voix de François Mitterrand viennent notamment de la jeunesse, à 63% chez les 18 à 34 ans, et des ouvriers, de l’ordre de 67%. On observe une hausse plus ou moins grande dans l’ensemble des catégories de la population. Alors qu’il est majoritaire chez les cadres moyens et employés (58%), il reste minoritaire chez les retraités, les petits commerçants et artisans (tous à 40%), et chez les cadres supérieurs et professions libérales (38%).

L’élection du premier gouvernement véritablement de gauche en France depuis le Front populaire de 1936 fait naître la panique chez la droite qui craint une soviétisation du pays. Elle provoque la fuite de hauts-revenus avec leurs capitaux, à tel point que la banque de France doit dépenser cinq milliards de dollars pour faire cesser l’hémorragie. Le franc, pour sa part, dévisse. Les réactions dans la presse française correspondent aux tendances politiques des journaux. Salut chez Le Monde, rappel du rôle des suffrages communistes dans la victoire à L’Humanité, appel à voter à droite aux législatives pour Le Figaro, mise en cause des consignes du RPR du côté du Quotidien de Paris. Alain de Boissieu, grand chancelier de la Légion d’honneur, démissionne de sa fonction avec fracas pour ne pas avoir à remettre le collier de grand maître de l’Ordre lors de l’investiture du 21 mai à l’homme qui a calomnié le général de Gaulle. Ce jour-là, après la passation de pouvoir avec Valéry Giscard d’Estaing, il embrasse avec émotion Pierre Mendès-France. Puis il se rend au Panthéon et dépose une rose sur les tombes de Jean Jaurès, figure du socialisme, de Jean Moulin, résistant mort en martyre, et de Victor Schœlcher, abolisseur de l’esclavage. De grandes figures mondiales de la gauche sont présentes : Willy Brendt, Hortensia Bussi Soto de Allende, Olof Palme, Felipe Gonzalez, Mario Soares, Bettino Craxi, des Prix Nobel et hommes d’art et de culture.

L’élection d’un socialiste à l’ouest pendant la guerre froide reçoit un fort retentissement mondial, tant dans la presse qui l’affiche en une que dans les chancelleries qui l’accueillent avec circonspection. Seules l’URSS et la RFA se permettaient de douter d’une reconduite de Valéry Giscard d’Estaing. Les deux Grands, Washington et Moscou, qui auraient préférer un choix inverse des Français pour favoriser la stabilité, se contentent donc de réactions formelles et tempérées. Les uns redoutent les ministres communistes dans le gouvernement, les autres soupçonnent un atlantisme du président. En RFA, on s’interroge sur la permanence de l’axe franco-allemand sans Giscard, une perspective que caresse le Royaume-Uni dont les relations avec l’ancien président n’étaient guère chaleureuses. Le plus heureux est sans doute l’ancien Premier ministre socialiste portugais, Mario Soares, qui annonce l’événement à une foule de 4 000 congressistes de son parti le soir du 10 mai au théâtre du Colisée à Lisbonne. Alors qu’Israël se réjouit de l’élection d’un sympathisant, puisque François Mitterrand y a reçu les suffrages de 84% des électeurs français, le monde arabe se montre ô combien prudent voire déçu, certains ayant ouvertement soutenu son adversaire, à tel point que l’arme du pétrole est brandie par le Qatar. Deux exceptions se détachent, l’Égypte et la Lybie. Enfin, les régimes démocratiques d’Asie et d’Amérique latine soutiennent François Mitterrand, les régimes autoritaires se montrent prudents. Pékin approuve l’arrivée au pouvoir d’ « Énigme parfaitement claire », signification phonétique du son « mitran » en mandarin.

Premier mandat présidentiel Modifier

L’« état de grâce » (1981-1983) Modifier

François Mitterrand prend la décision de dissoudre aussitôt l’Assemblée nationale compte-tenu du contexte favorable. Le 21 juin, la gauche remporte 329 sièges, dont 44 pour les communistes, composant une majorité dont la largeur ne fut observée que trois fois par le passé (1815, 1919, 1968). Le nouveau gouvernement dirigé par Pierre Mauroy compte vingt-cinq ministres, dont quatre communistes nommés aux Transports, à l’Emploi, à la Santé et à la Fonction publique, deux radicaux et un gaulliste de gauche. François Mitterrand impose son rythme à l’Élysée : le Conseil des ministres du mercredi doit être rapide puisqu’il approuve les décisions plutôt que de les prendre. Jusqu’en novembre 1982, il est suivi d’un déjeuner avec les cadres du Parti socialiste mais il cesse en raison de fuites dans la presse. Il s’entretient deux fois par semaine avec le Premier ministre et consulte ses conseillers en tête-à-tête. Son taux d'approbation est de 54% en début de mandat.

L’année 1981 est marquée par une batterie de réformes sociales inédites : accord d’une cinquième semaine de congés payés, abaissement de l’âge de la retraite de 65 à 60 ans, diminution du temps de travail de 40h à 39h sans baisse des salaires, renforcement de la protection face aux licenciements abusifs, augmentation du salaire minimum et des cotisations de la Sécurité sociale aux familles défavorisées et embauche de centaines de milliers de fonctionnaires. Des banques, des industries et des compagnies d’assurance sont complètement nationalisées. Il régularise 130 000 immigrés illégaux travaillant en France et révoque les lois d’urgence antiémeutes des années 1960 et 1970. Un ministère du Temps libre, chargé du tourisme, des sports et de l’éducation populaire, est confié à l’ancien syndicaliste André Henry jusqu’à sa disparition en 1983 avec le « tournant de la rigueur ».

Tandis que le monde est frappé par la récession, la France en subit moins les effets. Son chômage s’élève à 1,8 million de personnes fin 1981 et l’inflation se situe à 13,5%. A titre comparatif, ces données sont respectivement trois et deux fois inférieures au Royaume-Uni. Le taux d’inflation est identique à celui des États-Unis. La politique de croissance contraste avec la politique déflationniste menée ailleurs. Le président de la République croit à la relance par la croissance et à la volonté politique pour façonner l’économie. Les deux chocs pétroliers, dont celui de 1979 qui est récent, n’ont pas été pris en compte dans le programme présidentiel. Les premiers signes de faiblesse commencent à apparaître. Le déficit est alourdit par les salaires des nouveaux fonctionnaires engagés et par l’engrenage des régularisations poussées par les avantages. La consommation est empêchée par la stagnation de la production, les fabricants craignant les mesures de gauche, alors la France se tourne vers les importations qui doublent son déficit commercial, qui plus est concernant des secteurs clés comme l’automobile, les biens ménagers ou l’électronique venus d’Allemagne de l’Ouest, d’Italie ou du Japon. A l’été 1982, la situation devient alarmante.

Le « tournant de la rigueur » (1983-1986) Modifier

Au G7 de Versailles le 9 juin, lors d’une conférence de presse, François Mitterrand annonce une deuxième dévaluation du franc, après celle d’octobre 1981 à 8,5%, cette fois de 9,75%. Quatre jours après, il approuve un programme d’austérité qui prévoit le gel des prix et des salaires pour quatre mois, le plafonnement du déficit budgétaire à 3% du PIB et le retour de l’inflation à 8% en 1983. Cette dernière est ramenée en-dessous des 10% cette année-là mais le déficit commercial se creuse et les chiffres du chômage sont maquillés. La question du maintien ou non dans le Système monétaire européen (SME) se pose mais François Mitterrand préfère attendre la fin des élections municipales pour trancher. La gauche sort défaite en mars, même si la droite avait subit une plus grande débâcle en 1977, et perd notamment trente-et-une villes de plus de 30 000 habitants. Après cela, François Mitterrand affirme sa préférence pour une sortie du SME mais il se heurte sur ce point à son Premier ministre et à son ministre des Finances, Pierre Mauroy et Jacques Delors, tandis que son ministre des Affaire sociales, Pierre Bérégovoy, qui partage son point de vue, n’est pas en mesure de former un gouvernement, alors le gouvernement est replâtré le 23 mars dans le sens de la ligne favorable au maintien. Outre une réduction de 34 à 15 ministres, Pierre Mauroy et Jacques Delors sont reconduits, tandis que Laurent Fabius est promu à l’Industrie pour remplacer Jean-Pierre Chevènement démissionnaire car favorable à la sortie.

Le nouveau gouvernement entérine deux jours plus tard le plan de rigueur préconisé par Jacques Delors : les dépenses publiques sont amputées de 65 milliards de francs, un taux de change est établit, de nouvelles taxes sont créées, les impôts sont augmentés et l’épargne devient un recours. 1984 marque la plus grande déflation française depuis quarante ans. Le renoncement est accepté sans trop de peine par la société en dehors de toute agitation sociale. L’accalmie ne saurait pourtant faire oublier la déception et le mécontentement des Français. Le gouvernement y perd sa popularité qui s’élevait encore à 60% en d’année 1982. La gauche n’assume pas ouvertement son changement, préférant parler de « période de gestion » pour Pierre Mauroy, plus tard de « parenthèse libérale » pour Lionel Jospin, avant que les expressions de « tournant de 1983 » ou de « tournant de la rigueur » ne s’imposent. Les notions de « socialisme » ou de « lutte des classes » cèdent leur place à la « justice sociale » dans le vocabulaire.

Libéralisation de la société Modifier

François Mitterrand s’est engagé à abolir la peine de mort pendant sa campagne présidentielle, nonobstant les sondages indiquant qu’elle reste plébiscitée par les Français. C’est chose faite dès la première année par le ministre de la Justice Robert Badinter. Il supprime également les tribunaux d’acquisition.

Son ministre de l’Intérieur, Gaston Defferre, promulgue trois lois de décentralisations en 1982 et 1983 qui marquent une rupture dans le schéma territorial administratif français. De maillages de gestion découpés par l’État, on passe à des collectivités territoriales dotées de compétences. L’affaiblissement du rôle des préfets est cependant néfaste car ils agissaient auparavant pour contrôler les dérives mais les collectivités s’affranchissent désormais de leur tutelle, ce qui entraîne une hausse exponentielle du copinage et de la corruption locale.

Le gouvernement autorise les radios privées en 1982 et la télévision commerciale en 1984. Il tente d’interdire la concentration excessive de médias entre les mains d’un seul propriétaire, visant implicitement Robert Hersant, baron de la droite qui tient Le Figaro et France Soir, mais le projet de loi est censuré par le Conseil constitutionnel qui le juge menaçant pour la liberté de la presse.

« Guerre scolaire » Modifier

François Mitterrand s’était engagé, s’il était élu, à nationaliser les écoles privées, mais avait aussi ménagé l’électorat centriste chrétien-démocrate en promettant d’agir par la négociation et non l’obligation. Pourtant, il se heurte à trois adversaires que sont l’Église, refusant que ses enseignants deviennent des fonctionnaires d’État, les familles, voulant choisir l’école de leurs enfants sans la contrainte géographique, et les syndicats, ne concevant pas que des subventions publiques soient versées à des écoles confessionnelles. Il entraîne de premières manifestations en avril 1982 qui soutiennent ou s’opposent au projet. A l’automne, le gouvernement retire les mots clés que sont « laïque », « public » et « unifié » mais cela n’empêche pas des centaines de milliers de personnes de manifester dans toute la France au nom de l’ « école libre », reflétant les 2/3 des Français qui se déclarent opposés au projet du gouvernement. Il provoque une manifestation monstre le 24 juin 1984, peut-être la plus importante alors depuis 1945, dépassant le million de participants à Paris, en interdisant par la loi du 24 mai 1984 l’installation d’école maternelle privée dans les communes dépourvues de maternelle publique. François Mitterrand se tire de cette mauvaise passe par un stratagème politique : il lance l’idée d’un premier référendum pour intégrer dans la constitution le droit d’en tenir un sur une réforme sociale et donc l’idée d’un deuxième référendum sur cette question précise de l’école libre. Comme il l’espérait, le Sénat majoritairement à droite rejette la première disposition en sachant que le président la gagnerait et empêche donc la tenue du deuxième référendum. La « guerre scolaire » est ainsi mise sous le tapis et le ministre Alain Savary démissionne le 16 juillet.

François Mitterrand se sépare de Pierre Mauroy dès le lendemain et nomme, à 37 ans, le plus jeune Premier ministre de la République en la personne de Laurent Fabius, chargé de poursuivre la politique de rigueur tout en limitant les retombées négatives dans l’optique des législatives de 1986 et plus encore de la présidentielle de 1988. Les communistes quittent le gouvernement et n’y retourneront plus. Tandis que François Mitterrand devient le président le plus impopulaire de la Cinquième République avec seulement 26% d’opinions favorables, Laurent Fabius jouit d’une popularité oscillant entre 50% et 60% jusqu’en novembre 1985.

Politique culturelle et constructions Modifier

Le ministère de la Culture, sous François Mitterrand, voit son budget augmenter de façon exponentielle, à un rythme bien plus important que celui du budget global de l’État, mis au service d’un vaste programme mené par Jack Lang, occupant du poste tout au long de la présidence sauf lors des cohabitations. L’importance des travaux réalisés en font le ministre de la Culture le plus marquant depuis André Malraux. Il crée la journée du patrimoine et la fête de la musique, reprise par des dizaines et des dizaines de pays à travers le monde.

François Mitterrand est peut-être bien le chef d’État français qui a le plus modifié la capitale sur le plan architectural depuis les transformations de Paris sous le Second Empire à travers ses « Grand travaux ». Le nom complet est « Grandes opérations d’architecture et d’urbanisme ». Ce sont dix projets à échelle nationale : François Mitterrand inaugure successivement la Géode au parc de la Villette de Paris le 25 janvier 1985, le musée d’Orsay le 1er décembre 1986, l’Institut du monde arabe le 30 novembre 1987, le nouveau complexe du ministère de l’Économie et des Finances à Bercy en 1988, la pyramide du Louvre le 30 mars 1989, le Grand Louvre le 14 octobre 1988, l’opéra Bastille le 13 juillet 1989, la Grande Arche de La Défense le 14 juillet 1989 et la Bibliothèque nationale de France le 30 mars 1995. Le centre culturel Tjibaou, prévu par les accords de Matignon en lien aux émeutes de Nouvelle-Calédonie, est construit entre 1995 et 1998.

En parallèle sont construits dans presque toutes les régions françaises trente-deux établissements culturels qui peuvent être des centres nationaux, des musées, des mémoriaux, des conservatoires, des auditoriums, des restaurants, des bibliothèques, des zéniths, des centres d’archives, des écoles supérieures ou des médiathèques. On trouve notamment sept nouveaux établissements de ce type en Rhône-Alpes, trois en Poitou-Charentes, quatre en Nord-Pas-de-Calais, trois en Languedoc-Roussillon et trois en Provence-Alpes-Côte d’Azur.

François Mitterrand est le président de la Cinquième République a avoir fait entrer au Panthéon le plus de personnalités : René Cassin (1987), Jean Monnet (1988), Henri Grégoire (1989), Gaspard Monge (1989), Nicolas de Condorcet (1989), Marie et Pierre Curie (1995).

Le deuxième septennat de François Mitterrand coïncide avec le bicentenaire de la Révolution française. Il organise significativement le sommet du G7 de 1989 le 14 juillet. Des dirigeants du tiers-monde ont été conviés et obtiennent la réduction de leur dette, mais le véritable événement est celui des célébrations qui rassemblent un demi million de personnes et sont retransmises en direct dans le monde entier.

En 1994, François Mitterrand et la reine Élisabeth II inaugurent ensemble le tunnel ferroviaire sous la Manche reliant la France et le Royaume-Uni, au terme de huit ans de travaux, puisqu’ils avaient commencé par la signature du traité de Canterbury entre le président de la République et le Premier ministre britannique Margaret Thatcher le 12 février 1986.

Politique au Moyen-Orient… Modifier

Lorsqu’il arrive au pouvoir, François Mitterrand a derrière lui un soutien récurent à Israël et de fortes affinités personnelles avec lui. Une de ses premières décisions est de révoquer la circulaire de Raymond Barre de 1977 qui autorisait les entreprises françaises à rejoindre l’embargo arabe contre l’État hébreux. Il souhaite y entreprendre sa première visite à l’étranger mais ses relations sont mauvaises avec le Premier ministre Begin, issu du Likoud, alors qu’il connait depuis des années le chef du Parti travailliste, Shimon Peres. Begin provoque même la colère de François Mitterrand en autorisant le bombardement par l’aviation israélienne d’une centrale nucléaire de construction française en Irak, seulement trois semaines après son investiture, pour simplement galvaniser ses soutiens en période de réélection. Il choisit donc l’Arabie saoudite pour son premier voyage officiel en septembre. Le royaume fournit la moitié du pétrole de la France et y détient en dépôt cinq milliards de dollars. Lorsqu’il se rend en Israël, en mars 1982 parce qu’il a repoussé une deuxième fois sa visite après l’annexion du plateau du Golan par Begin, il est le premier Français à s’y rendre depuis Louis IX et le premier Européen depuis la création de l’État hébreux en 1948. Il prononce un discours devant la Knesset le 4 mars dans lequel il exhorte les politiques à reconnaître un « droit de vivre » aux peuples et donc le droit à un État pour les Palestiniens. Begin réagit violemment, les États arabes en attendent plus, les Européens acquiescent.

En juin 1982, Begin lance une offense contre l’OLP par le bombardement de ses camps de réfugiés à l’ouest de Beyrouth au Liban le 4 puis par l’invasion du pays avec 20 000 hommes le 6. La France dépose une motion au Conseil de sécurité de l’ONU pour la neutralisation du Liban mais les États-Unis s’y opposent. Avec l’aggravation du conflit, Ronald Reagan impose une coalition internationale à Begin, composée d’Américains, de Français et d’Italiens. Elle arrive en août mais repart en septembre. François Mitterrand a été contraint de retirer contre son gré les soldats français qui seraient restés isolés en lieux hostiles. Le même mois, Israël s’autorise à envahir l’ouest de la capitale et laisse se dérouler les massacres de Sabra et de Chatila. Elle provoque ainsi un retournement de situation à l’échelle internationale qui ne lui laisse d’autre choix que d’accepter la présence d’observateurs de l’ONU. Les relations de François Mitterrand avec Begin, qui déjà étaient peu amènes, ont été froissées par la mitraille de l’ambassade française au Liban en guise de représailles à la comparaison établie par le président français entre les actions d’Israël et le massacre d’Oradour-sur-Glane. La guerre du Liban a de surcroît entamé la spirale d’un nouveau terrorisme international issu du Moyen-Orient qui frappe la France de 1982 à 1987.

… entraînant le terrorisme Modifier

Plusieurs attentats terroristes frappent la France en ce début des années 1980. Ils portent la marque de groupes variés tels que l’Organisation de la lutte armée arabe de Carlos, l’ASALA, le FARL ou le Fatah-Conseil révolutionnaire, soit Abou Nidal et son « Front du refus ». Ses bailleurs de fond sont la Syrie, l’Irak et la Libye. Les attentats cessent après une rencontre entre le chef de la DGSE et le chef des renseignements syriens près de Bordeaux en septembre 1982. Contre l’amélioration des relations avec la Syrie, Damas s’est engagé à user de son influence pour désengager Abou Nidal. L’Irak a fait de même, nécessiteuse des fournitures d’armes par la France dans sa guerre contre l’Iran. Une visite de François Mitterrand à Hafez-el-Assad en novembre 1984 permet d’établir une relation plus constructive avec la Syrie. Ce n’est que bien plus tard que les Français comprendront la signification des attentats : retenir François Mitterrand de soutenir l’OLP qu’il considérait être le meilleur interlocuteur pour un processus de paix avec Israël. En décembre, la France permet l’exfiltration de Yasser Arafat, chef de l’OLP, qui était cerné au Liban par ses adversaires israéliens et palestiniens, en assurant la protection d’un convoi de navires marchands grecs par dix navires de guerre dont un porte-avion.

En octobre 1984, la DST met la main sur Georges Ibrahim Abdallah, chef du FARL et responsable de la mort de deux diplomates à Paris en 1982, entraînant l’enlèvement de Gilles Peyroles, directeur du centre culturel français à Tripoli. Le gouvernement et les terroristes s’entendent secrètement pour procéder à un échange de prisonniers. Mais lorsque Peyroles est rendu à l’ambassade française du Liban, la police découvre des preuves d’implication d’Abdallah dans les assassinats de 1982. Maintenant qu’Abdallah est inculpé pour "meurtre" et plus seulement pour "usage de faux papiers" et "appartenance à une organisation illégale", il est impossible de le libérer. Quant à Abou Nidal, le gouvernement prolonge l’accord de trêve conclu avec l’Irak et la Syrie. François Mitterrand libère deux de ses complices en 1985 et obtient qu’Abou Nidal ne frappe plus jamais la France. Parole tenue.

D’autres attentats suivent en 1982, trouvant cette fois leur origine dans l’Iran de l’ayatollah Khomeini. Le nouveau régime islamique n’apprécie pas que la France ait offert l’asile à deux de ses plus éminents opposants, Bakhtiar et Bani Sadr, ainsi qu’aux Moudjahidines qui planifient des attentats en Iran dans leur repère d’Auvers-sur-Oise. Or, les auteurs d’une tentative d’assassinat contre Bakhtiar à Paris, mandatés par Téhéran, sont condamnés au mois de mai. Téhéran mène une intense campagne terroriste pour obtenir leurs libération, allant jusqu’à détourner un avion Air France de Francfort à Téhéran en juillet 1984. Enfin, les livraisons d’armes à l’Irak, notamment l’accord signé au printemps pour cinq avions d’attaque Super-Étendard équipés de missiles Exocet air-mer, achèvent de convaincre l’Iran. Elle est ainsi liée à une voiture piégée à l’ambassade de France au Liban le 24 mai, à une valise piégée à Orly le 15 juillet et à un détournement d’avion d’Air France de Vienne à Téhéran. Le contrat est cependant respecté et l’Irak reçoit les Super-Étendard le 3 octobre 1983. Vingt jours après, un double attentat-suicide à Beyrouth tue 241 soldats américains et 58 soldats français. L’enquête fait remonter jusqu’à Hussein Moussaoui, un dirigeant chiite pro-iranien. La riposte en novembre est cependant un fiasco : une voiture piégée devant l’ambassade iranienne au Liban porte la marque des renseignements français et le bombardement des partisans de Hussein Moussaoui à Baalbek concerne des baraquements à moitié vides.

Les auteurs de la tentative d’assassinat contre Bakhtiar à Paris ont agit sur ordre d’une fatwa de l’ayatollah Khomeini lui-même. Leur libération devient la préoccupation première de Téhéran. Trois Français sont pris en otage le 22 mars 1984, deux autres encore le 22 mai 1985. Dans tous les cas, c’est Téhéran qui tire les ficelles en coulisse mais Paris ne saisit jamais le lien qui unit des affaires en apparence distinctes. Le 7 décembre 1985, perdant patience, Téhéran fait exploser deux bombes dans deux grands magasins, les galeries Lafayette et Le Printemps, blessant 47 personnes. En début d’année 1986, François Mitterrand veut éloigner ce problème à l’orée des élections législatives et fait des propositions avantageuses mais les négociations échouent et quatre nouvelles bombes éclatent en février dans des zones commerciales parisiennes et à la tour Eiffel (30 blessés). Les négociations sont définitivement abandonnées car la confiance s’érode et la situation évolue.

Le socialiste de l’Ouest dans la guerre froide Modifier

La présence de communistes au gouvernement titille Washington qui envoie son vice-président, George H. W. Bush, le 24 juin pour apaiser les vues. Pourtant, ni le président Ronald Reagan ni son secrétaire d’État Alexander Haig ne sont rassurés. C’est avec l’affaire Farewell que les États-Unis apprennent à considérer le socialiste comme un allié. Il informe Ronald Reagan dès leur première rencontre au G7 d’Ottawa en juillet d’un officiel du KGB soviétique appelé « Farewell » qui transmet des documents à un correspondant français du KGB basé à Moscou, lequel correspondant les remet à Paris qui collecte ainsi une importante base de données jusqu’à la fin des émissions en février 1982. En tout, 3 000 pages qui contiennent les noms de 170 officiers du KGB et de 222 espions récoltant des informations technologiques et scientifiques. Le président français ignore que la DST travaille avec la CIA sur cette affaire mais sa proposition faite au président américain de partager ces données garantie la confiance. Le travail des renseignements aura tout de même permis de faire échouer des programmes industriels soviétiques et a aussi contribué à la chute de l’URSS plus tard. Par la suite, François Mitterrand est occasionnellement un caillou dans la chaussure des États-Unis lorsqu’il critique le soutien américain aux dictatures anticommunistes sud-américaines ou qu’il prononce un vibrant éloge des miséreux à la conférence Nord-Sud de Cancun au Mexique.

L’autre allié rassuré est l’Allemand Helmut Schmidt lorsque François Mitterrand apporte son soutien au déploiement de missiles de croisière Pershing en Allemagne face aux 225 missiles SS-20 installés contre eux en Europe de l’Est par les soviétiques, mais sans faire participer la France qui n’est pas membre de l’OTAN et dont il veut défendre l’indépendance. Le 20 janvier 1983, il convainc son nouvel interlocuteur, Helmut Kohl, dans son discours devant le Bundestag qui défend l’arme nucléaire comme arme de dissuasion et donc assurance de paix. Il défend également le jumelage des forces militaires euro-américaines comme il était parvenu avec Helmut Schmidt à faire abandonner à Ronald Reagan son « option zéro » qui aurait laissé l’Europe seule face à l’Union soviétique. C’est d’ailleurs de l’autre côté de la frontière Est que le discours est le plus mal accueillis.

Au sommet d’Ottawa en juillet 1981, François Mitterrand s’oppose aux exhortions de Ronald Reagan de renforcer la COCOM, laquelle restreint les exportations de technologies sensibles à destination du bloc de l’est et de la Chine, car il s’agit-là d’une hypocrisie de la part des États-Unis dont les exportations sont surtout des céréales alors que ce sont des machines pour l’Europe, au moment où la croissance est étranglée par des taux d’intérêts que le Trésor américain maintient élevés pour contrer l’inflation. En décembre, le président américain prend prétexte de l’instauration de la loi martiale par Jaruselski en Pologne pour imposer des sanctions économiques contre l’URSS. Il demande à la France, à l’Allemagne et à l’Italie de retirer leur participation à la construction du gazoduc Sibéria et menace d’arrêter l’acheminement du pétrole du Golfe vers l’Europe par la flotte américaine si elle ne se rétracte pas. La France directement visée ne se plie pas et François Mitterrand signe à Moscou les contrats des entreprises françaises, de même qu’il achète huit milliards de m³ de gaz sur vingt-cinq ans, avant que l’Allemagne et l’Italie ne lui emboîtent le pas. Comme il n’arrive pas à imposer la limite des crédits à l’exportation vers le bloc de l’Est face à la France et à l’Allemagne au G7 de Versailles en juin 1982, Ronald Reagan décrète l’embargo sur l’exportation de l’équipement du gazoduc par les filiales européennes des entreprises américaines. François Mitterrand menace alors ne boycotter les sommets internationaux. Il revient à la charge quand le président américain propose de remplacer l’embargo par une consultation obligatoire des alliés qui permettrait aux États-Unis d’interdire les contrats passés avec ou aidant l’URSS. Au G7 suivant, à Williamsburg, il conteste l’entrée du Japon dans l’OTAN et l’ « option zéro » mais se trouve isolés sur ces points. Le compromis adopté reprend ses positions mais il doit accepter une clause qui déclare commune la sécurité des pays du G7.

Ses relations avec l’Union soviétique sont mauvaises. Tout socialiste qu’il se proclame, le gouvernement français a soutenu l’installation des Pershing et a expulsé des diplomates soviétiques. Seule son opposition à l’IDS qu’il pense irréaliste marque une distorsion. Quand François Mitterrand s’y rend en juin 1984, alors qu’il avait toujours refusé de rencontrer son homologue Andropov, il brise incontestablement l’embargo diplomatique décrété depuis l’invasion de l’Afghanistan il y a plus de quatre ans. Il y rencontre le nouveau dirigeant soviétique, Konstantin Tchernenko et attire l’attention dans son discours sur le cas du professeur Andreï Sakharov. Un an plus tard, en mars, Tchernenko décède et François Mitterrand se rend pour la première fois aux funérailles d’un dirigeant soviétique. Il rencontre son successeur Mikhaïl Gorbatchev et prend conscience de l’ampleur du changement avec le nouvel hôte du Kremlin. « Il semble bien que l’on soit passé d’une époque à une autre » dit-il de retour à Paris.

Ce rapprochement intrigue Washington qui craint un axe anti-IDS Paris-Moscou. La CIA orchestre une campagne de désinformation pour brouiller le réchauffement naissant (ex : Le Monde du 29 mars 1985 révèle l’affaire Farewell par des fuites de Yves Bonnet qui est évincé de la direction de la DST). François Mitterrand refuse de céder aux nouvelles exigences des États-Unis sur l’IDS. Ce serait découpler les défenses américaines et européennes face à l’Union soviétique et il s’agit surtout pour les Américains d’attirer les cerveaux et les investissements des Européens. A l’été 1985, la Communauté européenne lance le programme EUREKA, une idée de François Mitterrand, qui vise à concurrencer l’IDS pour la recherche comme le nucléaire ou le spatial. Il se sait soutenu par tous les courants d’opinions en France et assez largement à l’étranger dans son opposition à l’IDS et à la libéralisation du commerce international voulu par le GATT que défend Ronald Reagan (il cède pourtant sur l'agriculture qui est incluse dans l'accord[2]). L’allié le plus indépendant des États-Unis recherche chez Mikhaïl Gorbatchev une relation spéciale comme en ont eût ses prédécesseurs.

Politique européenne Modifier

La présidence française du Conseil européen assurée par François Mitterrand de janvier à juin 1984 voit le règlement de la lancinante question de la contribution britannique. Les voisins d’outre-manche se plaignent du lourd déficit budgétaire entre leur contribution financière à la CEE et le rendu. Un sommet en mars a échoué et celui de Fontainebleau deux mois plus tard est considéré comme celui de la dernière chance. Margaret Thatcher réclame 1,2 milliards d’euros sur 21 ans suivis d’un retour de 90% de l’ « excédent » tandis que François Mitterrand propose 1 milliard sur 21 ans suivis de 60% de l’ « excédent ». Il s’accorde avec Helmut Kohl pour cette position en consentant plutôt 65%. Si l’intransigeante Margaret Thatcher refuse encore, un plan plutôt théorique prévoit la poursuite des affaires européennes sans la Grande-Bretagne. Le Premier ministre britannique doit donc accepter après avoir obtenu une hausse d’1% supplémentaire, soit 66% au final. L’accord est présenté comme un succès britannique sans qu’il n’en soit vraiment un. Ainsi quand Margaret Thatcher gratifie le président français de l’avoir faite « céder », il conteste le terme en ajoutant « L’essentiel est que vous le croyez ». Le même sommet de Fontainebleau consacre l’entrée de l’Espagne et du Portugal dans la Communauté et organise deux groupes pour travailler à l’approfondissement du projet européen, base de l’Acte unique, de l’espace Schengen, d’Erasmus, d’un passeport commun et de nouvelles compétences pour le Parlement européen.

La relation personnelle forgée entre le président français et le chancelier allemand est déterminante dans les initiatives européennes marquantes des années 1980 et 1990. Bien qu’issus de bords politiques différents, ils érigent la Communauté européenne en avenir indépassable de leurs pays. Helmut Kohl s’est rendu à Paris trois jours après son élection pour signifier son attachement aux relations franco-allemandes. Le ralliement de François Mitterrand à la défense nucléaire dans son discours au Bundestag et leur union face à Margaret Thatcher à Fontainebleau a renforcé le lien qui les unit. L’image des deux hommes se tenant la main devant un cercueil à la commémoration de la bataille de Verdun à l’ossuaire de Douaumont le 22 septembre 1984 est devenue un symbole fort de l’amitié des deux pays. C’est dans cette bataille qui a fait 700 000 morts en 1916 que Helmut Kohl a perdu un oncle et que François Mitterrand fut fait prisonnier. La spontanéité du geste reste un sujet de débat.

Au cours de son premier mandat, il nomme son ministre des Finances Jacques Delors à la présidence de la Commission européenne. Il permet ainsi l’Acte unique européen de 1986 qui engage à la coopération politique accrue et pose les bases du marché unique européen pour 1992.

Première cohabitation (1986-1988) Modifier

Quand la gauche aborde les élections législatives de 1986, elle bénéficie d’un relatif apaisement de la situation économique. Les entreprises ont retrouvé de la compétitivité, l’inflation a été maîtrisée et la dette internationale stabilisée à 10% du PIB. Elle a entamé une mue discrète mais profonde, après d’autres pays comme en Allemagne, qui la conduit du socialisme à la social-démocratie. François Mitterrand peut annoncer une réévaluation du franc après l’avoir dévalué quatre fois. Le chômage reste en revanche un échec cuisant, s’élevant à 2,4 millions de personnes, soit une hausse de 38%. Le revirement libéral a été engagé trop tardivement pour que les effets puissent s’en ressentir à la veille d’un scrutin prometteur d’une sévère défaite. François Mitterrand a pu se satisfaire d’un regain de popularité, remonté à 41% en novembre 1985 après être resté bloqué à 38% pendant des mois, et même à 46% en février 1986. Il s’investit personnellement dans la campagne, menée sous le slogan « Au secours ! La droite revient ! » car la ligne est contestée entre Lionel Jospin à gauche et Laurent Fabius au centre. Le 16 mars 1986, 290 sièges reviennent à la droite et 217 à la gauche. Elle résiste donc mieux qu’elle ne l’espérait, alors que le Parti communiste réalise une performance inférieure à 10% pour la première fois depuis la guerre. La raison s’en trouve dans l’habileté de François Mitterrand : il a sciemment aidé le Front national, faible parti d’extrême-droite en 1981, à émerger dans la vie politique en recommandant aux chaînes de télévision de l’inviter « dans l’intérêt de la démocratie » en 1984, lui donnant une visibilité médiatique qui débouche sur un score de plus de 10% aux élections européennes de 1984 et à l’obtention de 35 députés à ces législatives grâce au mode de scrutin que François Mitterrand a rendu proportionnel en juillet 1985. Ainsi la majorité du RPR-UDF n’est que de trois sièges et le PC s’est fait géographiquement remplacé dans ses bastions.

La France essaie pour la première fois la « cohabitation » entre un président de gauche et un Premier ministre de droite. François Mitterrand nomme dès le lendemain le président du RPR, Jacques Chirac, qu’il pressent être son plus redoutable adversaire pour la présidentielle, de telle sorte que le pouvoir l’use. La nouvelle stature quelque peu patriarcale du président lui vaut une hausse de sa côte de popularité jusqu’à 60% tandis que Jacques Chirac est sous la barre des 50%. Le premier Conseil des ministres le 22 mars est « atroce » selon les dires de François Mitterrand, « effrayant » pour Albin Chalandon, « glacial » pour un autre ministre. Le premier conflit à les opposer est celui des ordonnances sur les privatisations d’industries parfois stratégiques, qui pourraient ainsi passer sous pavillon étranger, que François Mitterrand refuse de signer. Jacques Chirac doit donc faire voter l’Assemblée nationale, comme le voulait le président qui consent cette fois à signer. C’est donc une première victoire pour le président qui renvoie le Premier ministre à ses prérogatives et rappelle la supériorité de ses pouvoirs. Jacques Chirac comprend qu’il ne gagnera rien à créer des affrontements. Peu de polémiques viennent troubler les deux années de cohabitation, si ce ne sont des disputes protocolaires dans les réunions internationales (au point que François Mitterrand rabaisse les prétentions de Jacques Chirac au sommet européen de Londres) ou bien l’arrivée des deux hommes en Sibérie chacun dans leurs concordes qui se garent nez-à-nez, ou encore le soutien de Jacques Chirac à l’IDS (le président le fait céder en invoquant un référendum). François Mitterrand se montre critique en Conseil des ministres, la presse rapporte ses remarques, comme sur la ligne droitière du ministre de l’Intérieur Charles Pasqua qui remet les charters et impose une peine incompressible de trente ans de prison.

Économiquement, Matignon loue une politique clairement libérale. Les entreprises qu’ont nationalisé Charles de Gaulle et François Mitterrand sont privatisées, multipliant par six le nombre d’actionnaires et remplissant les caisses de l’État de 70 milliards de francs, les dépenses publiques sont réduites et les impôts pesant sur les revenus et les entreprises sont allégés, l’impôt sur la fortune étant supprimé, la flexibilité et les investissements sont les nouveaux credos de la politique menée. Le contrôle des prix est abolit et l’amnistie est promise au rapatriement des capitaux partis en 1981. Ceci, associé aux effets de l’austérité décidée en 1983, permet de faire remonter la croissance à 2,2% en 1986 et à 4,5% en 1988 et de ramener l’inflation à son plus bas niveau depuis les années 1960 à moins de 3%. Le chômage poursuit pourtant son ascension, à 2,4% puis à 3%.

Le gouvernement lance un projet de loi d’autonomie et de sélection à l’université, porté par le ministre Alain Devaquet, qui entre en résonance avec la jeunesse estudiantine avide d’en découdre. Une première grève le 17 novembre 1986 se tient à Paris-13 Villetaneuse, une autre à l’appel de la FEN réunit 200 000 personnes les 22 et 23 novembre. Le 27 novembre, forte d’un million de personnes à Paris et ailleurs en France, cette contestation estudiantine est la plus importante depuis mai 1968. Le même exploit est réitéré le 5 décembre mais les manifestations tournent au vinaigre le soir. Affrontements avec la police, blessures, cocktails Molotov et voiture brulées conclus le mouvement. Un jeune étudiant franco-algérien de 22 ans, Malik Oussekine, est pris en poursuite par des policiers voltigeurs à la pourchasse de casseurs. Il se réfugie dans un immeuble où il est, selon un unique témoin, frappé grièvement par les voltigeurs. Le jeune homme décède le lendemain. Étranger aux mouvements, il devient un symbole martyr des violences policières et l’affaire prend une telle ampleur que Jacques Chirac retire son projet et qu’Alain Devaquet démissionne. François Mitterrand a approuvé la réaction du gouvernement et rencontré la famille de la victime.

La France est à nouveau frappée par le terrorisme en 1986 : une bombe fait 2 morts et 28 blessés sur les Champs-Élysées le 20 mars et cinq autres attentats à Paris causent 11 morts et 200 blessés en septembre. François Mitterrand comprend désormais que les attaques et la diplomatie iranienne ne font qu’un. La DST découvre enfin la logique du mécanisme : les explosifs sont transités en France sous forme liquide par un émissaire libanais et confiés au groupe terroriste CSPPA de Fouad Ali Saleh (arrêté début 1987) avant que deux ou trois hommes liés à l’Iran ne soient envoyés en France par les commanditaires restés au Liban et ne se livrent à des attentats aveugles. Le rapprochement opéré avec l’Iran par Jacques Chirac se révèle donc inutile (il avait reparlé d’un prêt dont l’Iran attend le remboursement et obtenu la libération des trois otages de mars 1985). François Mitterrand y met fin faute d’accord trouvé. Wahid Gordji, le traducteur de l’ambassade iranienne qui servait de plaque tournante, est arrêté sur ordre du chef de l’État, mais ce dernier est échangé avec Paul Torri par Jacques Chirac contre deux otages, Roger Auque et Jean-Louis Normandin, pour la modique somme de trois millions de dollars, ceci dans le dos de François Mitterrand et dans l’optique de l’élection présidentielle.

Au sujet de la politique du gouvernement de Jacques Chirac, François Mitterrand écrit dans L'abeille et l'architecte : "Vaguement nationaliste, mollement européenne, discrètement atlantiste, cœur sur la main et main dans la poche, tiers-mondialiste, cela s'appelle, paraît-il, une politique étrangère. Qu'écrire de la politique économique et de la politique sociale ? Économisons nos adverbes"[3].

Élection présidentielle de 1988 Modifier

François Mitterrand a sincèrement hésité à se présenter à nouveau et a veillé à entretenir le doute. La crainte de ses 71 ans et de son cancer en rémission depuis six ans sont de véritables obstacles. Pourtant, il est préféré à son rival Michel Rocard dans les sondages et arrête son choix début 1988. Il souhaite affronter Jacques Chirac car le Premier ministre l’irrite par son énergie et sa désinvolture (« On dirait une toupie qui ne sait pas pourquoi elle tourne »). Le 22 mars, trois jours avant la date butoir et quatre semaines et demi avant le premier tour, il annonce publiquement son acte de candidature au journal télévisé. La campagne est tournée vers le centre pour compenser l’érosion du PC et François Mitterrand s’affiche avec Michel Rocard pour le signifier. Il ne formule pas de programme mais adresse une « Lettre à tous les Français » longue de 25 pages. Il arrive largement en tête le 24 avril avec 34% des voix tandis que Jacques Chirac se qualifie face à lui au second tour avec 19,94%. Raymond Barre pour l’UDF récolte 16,70% et Jean-Marie Le Pen pour le FN 14,50%. Vingt-huit millions de téléspectateurs suivent le débat télévisé du 28 avril entre les deux adversaires. Une passe d’arme demeure célèbre, lorsque Jacques Chirac affirme « Ce soir, je ne suis pas le Premier ministre et vous n’êtes pas le président de la République. Nous sommes deux candidats » et que François Mitterrand répond, le regard venimeux, « Mais vous avez tout à fait raison, Monsieur le Premier ministre ! ». François Mitterrand remporte le deuxième tour avec 54% des voix contre 46% pour Jacques Chirac. Il a bénéficié du report de voix de 20% des électeurs du Front national, de 14% de ceux de Raymond Barre et évidemment des communistes, des verts et autres satellites de la gauche du Parti socialiste, ainsi que d’abstentionnistes.

Second mandat présidentiel Modifier

Difficultés intérieures persistantes (1988-1992) Modifier

Les élections législatives rendent la majorité à la gauche avec 276 sièges mais elle est talonnée par la droite qui en conserve 273. Le Parti communiste a fait élire 25 députés. François Mitterrand a nommé son rival Michel Rocard à Matignon même s’il estime qu’il « n’a ni la capacité ni le caractère pour cette fonction ». Le nouveau gouvernement comporte le nombre record de 49 ministres, dont la moitié n’est pas issue du Parti socialiste, mais de fidèles mitterrandiens retrouvent un poste comme Roland Dumas aux Affaires étrangères, Pierre Joxe à l’Intérieur, Jack Lang à la Culture et Pierre Bérégovoy à l’Économie. Jean-Pierre Chevènement revient à la Défense et Lionel Jospin arrive à l’Éducation nationale. Comme en 1981, il commence son mandat à 54% d'avis favorables.

La Nouvelle-Calédonie est secouée par des protestations entre les Kanaks, qui représentent un tiers de la population de l’île, et le pouvoir contrôlé très majoritairement par des Blancs. Le 7 janvier 1985, François Mitterrand a prit compte de la gravité des tensions et autorisé la tenue d’un référendum. Michel Rocard met un terme au conflit par les accords de Matignon qui ramènent la paix alors qu’une guerre civile n’était pas exclue il y a deux mois. Il invente une « allocation de survie » dirigée vers les plus démunis et rétablit l’impôt sur la fortune qui aide à financer de nouveaux abris.

Tandis que l'entente entre les deux Némésis s’étiole tant Michel Rocard paraît à droite pour son président, la situation poursuit sa dégradation. Le PIB recule de 4,3% en 1988 à 3,9% en 1990 puis chute encore à 2,4% en 1991, le chômage augmente de 8,3% de 1990 à 1991, tandis que des émeutes ont éclaté dans les banlieues défavorisées. Le Premier ministre est désormais soutenu par moins de 60% des Français. François Mitterrand le remplace le 15 mai 1991 par Édith Cresson, qui aurait préféré être ministre de l’Industrie dans un gouvernement de Pierre Bérégovoy mais ce dernier a démissionné car il trouvé trop timoré le réformisme de Michel Rocard. Notons que le président a fêté l’anniversaire de ses dix ans à l’Élysée cinq jours auparavant.

La première femme Premier ministre devient pourtant très rapidement un handicap. Ses remarques sur les Anglais et les Japonais passent mal, les équipes qui l’entourent sont incompétentes aux dires des témoins de l’époque alors que les grèves se multiplient (agriculteurs, dockers, infirmières, sidérurgistes, chauffeurs routiers). Les conséquences pour François Mitterrand ne se font pas attendre : il est lâché par les courants et les éléphants du PS et sa popularité descend à moins de 50% pour la première fois depuis sa réélection. Après que le PS ait obtenu son pire score depuis sa création aux élections cantonales de mars 1992 (18,30%), François Mitterrand n’est plus qu’à 22% d’opinions favorables et 65% des Français sont insatisfaits de sa résidence. Édith Cresson est remplacée par Pierre Bérégovoy le 2 avril.

Fin de la guerre froide (1989-1990) Modifier

Les réformes libérales introduites par Mikhaïl Gorbatchev en Union soviétique et les mouvements protestataires qui germent dans les pays de l’Est semblent annoncer la fin prochaine du bloc de l’est et François Mitterrand craint qu’elle n’entraine son interlocuteur soviétique dans sa chute. Le leader n’a pas réagit quand les pays satellites ont contesté l’autorité de son pays. Le mur de Berlin tombe le 9 novembre 1989 à la surprise générale. La vitesse du changement le rend méfiant. L’inquiétude est partagée par ses pairs occidentaux dont il fut le premier, au moins dès 1982 devant un Hulmut Kohl sceptique, à reconnaître la réunification allemande comme « inéluctable ». Il se rend en Allemagne de l’Est en décembre et s’aperçoit alors que le régime communiste va s’effondrer plus rapidement qu’il ne l’imaginait.

Il a reçu l’assurance de Helmut Kohl que l’Allemagne suivrait une voie europhile mais reste méfiant sur ses projets allemands. Les craintes de François Mitterrand sur l’expansionnisme germanique sont nourries par la notion d’« unité du peuple allemand » et le refus de reconnaître les frontières d’après-guerre de Helmut Kohl. Son but est de noyer l’Allemagne dans un ensemble européen qui neutraliserait sa puissance démographique et économique. Avec la réunification réalisée le 3 octobre 1990, le chef de l’État lance la piste d’une Confédération européenne qui bloquerait les pays de l’Est d’entrer et donc épargnerait la domination allemande sur ces terres orientales d’Europe et l’influence américaine réclamée par eux. En novembre, il réunit à Paris les 34 membres de la Conférence sur la Sécurité et la Coopération en Europe (CSCE) auxquels il fait signer une « charte pour une nouvelle Europe » et crée la Banque européenne pour la Reconstruction et le développement (BERD). L’idée d’une sécurité, d’une diplomatie et d’une défense commune est concrètement évoquée malgré les réticences initiales du président français.

L’URSS implose en décembre et Mikhaïl Gorbatchev démissionne le jour de Noël. Il a regretté que François Mitterrand ne l’ait pas soutenu lors du coup d’État des généraux d’août dernier. Il avait semblé l’accepter puis l’avait condamné une fois finit.

Guerre du Golfe (1990-1991) Modifier

C’est contre l’avis de 79% de Français et des ministres du gouvernement qu’il engage la France dans l’intervention américaine au Koweït en 1990. Le dirigeant irakien Saddam Hussein a envahit le pays le 1er août pour s’accaparer du pétrole. Il s’agit pour François Mitterrand de prendre part aux négociations et de justifier la place de la France à l’ONU. Il va même plus loin que le président américain George H. W. Bush et le Premier ministre britannique Margaret Thatcher en proposant à Saddam Hussein de se retirer pour sauver la face. La France envoie 10 000 soldats et des forces navales et aériennes. Elle est donc la troisième force après celle des Américains et des Britanniques. Les Français se rallient à l’opération « Tempête du désert » et François Mitterrand enregistre la plus forte remontée sondagière jamais connue avec 20% récupérés. Les pertes sont cependant plus élevées qu’il n’était prévu, deux soldats français succombent à des tirs amis américains. Commencée le 16 janvier 1991 et terminée le 28 février, l’intervention se révèle courte et permet le retour de la famille régnante au Koweït. Saddam Hussein reste en poste et réprime durement l’opposition, notamment les Kurdes que défend ardemment Danielle Mitterrand qui demande à son mari d’intervenir. François Mitterrand obtient de George H. W. Bush la création d’une zone d’exclusion aérienne au nord contrôlée par la coalition en 1991 et étendue au sud l’année suivante.

Achèvement européen (1991-1993) Modifier

Le nouveau monarque républicain conçoit l’achèvement européen comme le couronnement de sa présidence, un moyen de rivaliser avec l’héritage du général de Gaulle, qu’il parvient à obtenir avec le marché et la monnaie uniques. Il échoue sur la défense car les Américains tiennent à l’OTAN et une réunion à Rome le 7 novembre 1991 grave dans le marbre la complémentarité des deux. François Mitterrand et Helmut Kohl créent donc l’année suivante le Corps européen dit Eurocorps, composé de 60 000 hommes dont la bridage franco-allemande.

La réunion de Maastricht le 8 décembre entérine l’aspect politique au grand avantage de l’Allemagne qui obtient l’augmentation du nombre de ses députés dans un Parlement européen aux compétences encore élargies, la création d’une monnaie européenne indexée sur la valeur du Deutsch Mark et d’une banque européenne inspirée de la Bundesbank. Helmut Kohl insiste pour que la monnaie ne soit pas commune mais unique et irréversible. François Mitterrand a simplement obtenu que le Parlement européen continue à siéger à Strasbourg. Il s’entend avec Helmut Kohl et Jacques Delors pour que le 1er janvier 1999 soit l’échéance inamovible et automatique de la mise en place de la monnaie. Ils ont dû ferrailler contre le Royaume-Uni qui demandait une clause d’exemption et qui proposait qu’elle soit rendue possible pour tout pays. Une clause particulière lui est accordée ainsi qu’au Danemark qui rejette le traité dans un premier référendum. En France, François Mitterrand s’implique personnellement dans la campagne référendaire en débattant face à Philippe Séguin qui mène la campagne d’opposition au traité de Maastricht. Mais le « oui » l’emporte à une très courte majorité en septembre ainsi que l’annonce le président de la République à la télévision le soir du scrutin, sans toutefois préciser le chiffre exact et vingt minutes après 20h00, laissant penser pour certains à une fraude pour faire passer un résultat prédit à 70% par les sondages en début de campagne[4]. Le traité entre en application le 1er novembre 1993 et François Mitterrand célèbre l’Europe « première puissance économique » du monde.

Guerre de Yougoslavie (1991-1995) Modifier

La guerre en Yougoslavie éclate en avril 1991 lors que la Krajina, un espace de la Croatie peuplé de Serbes, fait sécession. La nouvelle n’est pas une surprise pour François Mitterrand depuis qu’il avait été averti quelques mois plus tôt par le président yougoslave Borisav Jović. Le président français craint qu’elle ne donne lieu à un précédent pour d’autres séparatismes en Europe comme les Basques ou les Irlandais. Le plan d’intervention que porte la France est peu crédible et l’initiative qu’elle porte au Conseil de sécurité de l’ONU avec le Royaume-Uni est bloquée par les États-Unis qui craignent l’engagement de la Russie. D’une manière générale, aucun pays n’est prêt à s’engager dans ce bourbier géographique, ethnique, religieux et culturel. C’est Helmut Kohl qui brise l’unité de façade en reconnaissant la Croatie et la Slovénie le 23 décembre 1991, dans l’espoir d’étendre l’influence allemande sur des pays cousins depuis l’empire austro-hongrois, avant d’être suivis par ses partenaires le 15 janvier 1992. Il intensifie ainsi le conflit tant les autres Républiques d’ex-Yougoslavie attendent la même reconnaissance. Les Européens reconnaissant la Bosnie-Herzégovine alors que la Serbie de Slobodan Milošević et la Croatie de Franjo Tuđman se la partagent, obligeant François Mitterrand à faire pression sur Slobodan Milosevic car son allié serbe en Bosnie empêche le ravitaillement de ce pays en armes et ressources par l’aéroport de Sarajevo.

En juin 1992, il se rend personnellement en Bosnie et rencontre un accueil chaleureux d’une foule en délire, brandissant des pancartes et jetant des bouquets de fleur, pour y tenir une conférence de presse avec le président bosniaque, lors de laquelle il décrit Sarajevo comme une ville assiégée. Les Serbes de Bosnie consentent à libérer l’aéroport qui revient aux Forces de protection des Nations unies (FORPRONU) et permet de retour du ravitaillement. Il quitte Sarajevo après avoir été pris au piège dans le terminal entre les échanges des chars serbes et des troupes bosniaques.

François Mitterrand déclare ensuite que la Serbie est l’agresseur et que la Bosnie n’a pas de réalité historique, mais que les deux États sont prit dans des haines millénaires qui ne se résoudront pas par une intervention militaire. Pourtant, la découverte des camps d’extermination serbes, comparés à ceux du nazisme, provoque un retournement de l’opinion public qui le fait envoyer douze avions français en fin d’année 1992 pour patrouiller dans la zone d’exclusion aérienne qui vient d’être créée en octobre par l’ONU au-dessus de la Bosnie.

Pour le reste, François Mitterrand, ainsi que les dirigeants occidentaux, se refuse à un quelconque engagement de peur qu’il n’aggrave un conflit embrouillé et asymétrique dans lequel l’avantage a été tiré, estime t’il, par les Serbes et les Croates sur les Bosniaques. Le ton change après l’explosion d’un obus dans Sarajevo début février qui fait coûte la vie à 66 personnes et en blesse 200 autres : la France exige la levée de l’embargo et la saisie des armes dans un rayon de 20 km, relayée par l’ONU qui menace de représailles et entendue par la Russie qui fait céder les Serbes de Milosevic. L’idée de François Mitterrand est reprise de coordonner ensemble les initiatives entre les États-Unis, l’Union européenne et la Russie. Par la suite, l’affaiblissement des Serbes et le renforcement des Bosniaques permet la fin du conflit à Paris, en décembre 1995, avec la signature des accords de Dayton, après que François Mitterrand ait quitté l’Élysée.

Politique africaine Modifier

Lorsqu’il arrive à l’Élysée, il assouplit la politique française à l’égard de l’Afrique mais cela déplaît à ses interlocuteurs africains et il nomme son propre fils, Jean-Christophe, à la cellule africaine de l’Élysée. Il poursuit donc une politique semblable à celle de ses prédécesseurs sur le Continent Noir avec de temps à autre des inflexions. Sous son premier mandat, lorsque le dictateur libyen Mouammar Kadhafi envahit le Tchad en 1981, il envoie deux contingents, en 1983 et en 1986, en soutien au président Hissène Habré qui étouffe la rébellion en 1987 et débouche sur un accord de paix.

Le sommet de La Baule du 20 juin 1990 est un moment important de l’Histoire des relations franco-africaines. Dans le discours qu’il prononce, le président Mitterrand lie indissociablement démocratie et développement. Il explique que l’aide de la France sera désormais réglée sur l’échelle des progrès réalisés dans ce sens. La fin de la Guerre froide fait dire à Roland Dumas, ministre des Affaires étrangères, « le vent des libertés qui a soufflé à l’Est devra inévitablement souffler un jour en direction du Sud ». La « philosophie de La Baule », comme l’appelle le secrétaire général de l'Élysée, Hubert Védrine, a rendu sensible la position de la France dans le conflit rwandais.

Génocide rwandais (1994) Modifier

Conformément aux engagements pris par les dirigeants africains au sommet de La Baule, le Rwanda a légèrement libéralisé son système politique en autorisant le multipartisme, mais le Front patriotique rwandais (FPR), d’appartenance tutsie, tente de générer un soulèvement contre le gouvernement d’appartenance hutue du président Juvénal Habyarimana, lequel président a ravivé des tensions ethniques depuis quelques années que la situation économique de son pays l’affaiblit politiquement. La France et la Belgique envoient 800 soldats protéger leurs ressortissants et, sans que rien ne prouve qu’elle ait épaulé le gouvernement, la France apporte ainsi son soutien au régime en place, qu’elle continue d’aider économiquement et militairement malgré l’abandon des promesses de démocratisation, sans doute pour demeurer stratégique à proximité du Zaïre riche en ressources naturelles et pour limiter l’influence britannique en souvenir de Fachoda, prenant donc le parti du francophone Habyarimana contre l’anglophone Paul Kagame. Pourtant, de véritables massacres ethniques sont perpétrés à travers le pays embrasé, surtout après la mort du président rwandais dans l’abattage de son avion le 6 avril 1994 qui conduit à l’élimination de 800 000 personnes dans les cent jours qui suivent, au point que la France évacue la plupart des ressortissants européens en une semaine.

En juin, François Mitterrand force la main du Premier ministre Édouard Balladur, jusqu’alors opposé à toute intervention même humanitaire, et permet l’Opération Turquoise, une mission mandatée par l’ONU qui déploie 2 550 soldats français, appuyés par des forces africaines au nord et au sud-ouest du Rwanda, dans le but de protéger la population fuyant les massacres. Des motivations plutôt politiques ont parfois été suspectées, comme une carte attachée à une note française suggérant un Rwanda divisé en « pays Hutu » (zone qui a été sécurisée par les troupes françaises) et en « pays Tutsi » (zone tombée sous le contrôle du FPR), d’autant plus que l’opération à surtout permise de sauver des Hutus alors que le génocide a visé presque exclusivement des Tutsis. Pourtant, aucune preuve n’a jamais été trouvée, même par Pierre Favier et Michel Martin-Roland qui ont épluché nombre d’archives, même confidentielles, de la présidence Mitterrand.

Deuxième cohabitation (1993-1995) Modifier

Le Parti socialiste s’engage dans les élections législatives de 1993 dans une des plus mauvaises postures qu’il ait connue. Son premier meneur de campagne, Laurent Fabius, est mis en cause dans une affaire dite du sang contaminé. Il est remplacé par Pierre Bérégovoy qui doit souffrir d’accusations calomnieuses de la part du Canard enchaîné mais il est lui aussi discrédité médiatiquement. Le parti est déchiré, ne trouve pas d’alliés à sa gauche et l’ « affairisme rose » le discrédite fortement. Le gouvernement porte encore les stigmates du court passage d’Édith Cresson à Matignon et signe un échec historique en ayant plus de trois millions de personnes au chômage. Le FN s’épanouit dans le champ politique alors que le Parti communiste ne constitue plus une réserve de voix suffisante. L’ensemble de la gauche obtient son plus bas score de la Cinquième République avec un PS-PRG à 20% et un PCF à 9%. La droite rafle 480 des 577 sièges au second tour et le PS perd plus des trois quarts des siens avec 67 députés. Jamais une assemblée n’a été autant à droite depuis la Chambre introuvable de 1815 deux siècles auparavant. Il nomme Premier ministre l’ancien ministre des Finances Édouard Balladur, espérant avoir avec lui un travail harmonieux qui lui permettra de terminer son mandat sans entrave. Le nouveau gouvernement se compose de trente ministres partagés entre le RPR et le centre-droit.

Le 1er mai, soit un mois après son départ, Pierre Bérévovoy se suicide, sans doute par culpabilité de la défaite et par honte du déshonneur après les accusations de la campagne. Ses obsèques se déroulent trois jours plus tard à la cathédrale de Nevers. L’oraison funèbre prononcée par François Mitterrand est restée célèbre : « Toutes les explications du monde ne justifieront pas qu'on ait pu livrer aux chiens l'honneur d'un homme et finalement sa vie, au prix d'un double manquement de ses accusateurs aux lois fondamentales de notre République, celles qui protègent la dignité et la liberté de chacun d'entre nous ».

Les dernières années de la présidence de François Mitterrand se déroulent dans une atmosphère crépusculaire, sorte de longue agonie politique. Sa côte de popularité a dévissé et la situation économique a empirée. Les élections législatives de 1993 sont venues lui confisquer son pouvoir. Il reste intellectuellement intact dans physiquement diminué, affaiblit par son cancer qui le ronge, sa deuxième opération chirurgicale et son traitement chimiothérapique, au point de rester allongé au lit dans ses journées et de gouverner la France depuis sa chambre. Les conflits rwandais et yougoslaves ne lui ont pas permis de tirer son épingle du jeu.

Des révélations, troubles et scandales surgissent. En août 1994, Pierre Péan, journaliste au Monde, publie Une jeunesse française : 1934-1947, ouvrage objectif retraçant en détail la jeunesse droitière de François Mitterrand et son attitude équivoque pendant la guerre, réveillant des passions enfouies dans la société française mais qui resurgissent dans ces années 1980 et 1990 avec les procès d’anciens criminels nazis, évoquant notamment son amitié personnelle avec René Bousquet, ancien chef de la police de Vichy responsable des rafles. Face à l’ampleur de la polémique, il doit s’en expliquer à la télévision le 12 septembre. Aussi, son refus de reconnaître le rôle de la France dans la collaboration, ses fleuraisons continues de la tombe du maréchal Pétain malgré la connaissance de plus en plus accrue de cette période et ses grâces de condamnés controversés liés à la guerre d’Algérie sèment la confusion dans l’opinion publique.

Un « affairisme rose » s’est développé avec la révélation de sa double famille entretenue par les frais du contribuable, des mises en examen dans l’affaire des écoutes, des scandales touchant au Parti socialiste et à son financement, des personnalités mises en cause ou bien les suicides de Pierre Bérégovoy et de François de Grossouvre. Ce dernier, conseiller à l’Élysée, met fin à ses jours dans son bureau à l’Élysée, le 7 avril 1994, après une dépression, obsédé qu’il était par son âge vieillissant (76 ans), sa disgrâce auprès du président, sa virilité en perdition et finalement le départ de sa maîtresse. L’idée d’un complot tenu par François Mitterrand, comme il y en avait eu une lors du suicide de Pierre Bérégovoy (lui inspirant la phrase « Ce n’est pas par lui que j’aurais commencé ») surgit, entretenu par le livre à succès du journaliste Jean Montaldo, Mitterrand et les 40 voleurs…, publié en septembre et vendu à plus d’un million d’exemplaires.

Depuis sa réélection de 1988, François Mitterrand a peu à peu délaissé le Parti socialiste à mesure qu’il lui a échappé. Il a eu le déplaisir de constater l’élection de Pierre Mauroy à la direction du parti, alors qu’il considérait Laurent Fabius comme son dauphin. Au congrès de Rennes en 1990, sa volonté de nuire au Premier ministre Michel Rocard, qu’il haïssait, empêcha l’élection d’un nouveau chef. Le comité reconduisit donc Pierre Mauroy et le parti songea à l’après Mitterrand. Laurent Fabius fut élu Premier secrétaire en 1992, après deux tentatives infructueuses, mais il dû démissionner l’année suivante, mis en cause dans l’affaire du sang contaminé et décrédibilisé par l’échec des élections législatives. Avec son remplacement par Michel Rocard, François Mitterrand ne s’intéressa plus au PS. Les socialistes sont défaits aux élections européennes de 1994 avec 14,50%, son plus mauvais score obtenu à ce scrutin, victime des radicaux de Bernard Tapie qui ont réunis 12,30%, alors qu’ils combattaient la liste Sarajevo de Bernard-Henri Lévy donnée à 12% mais finalement ravalée à 1,50%. Michel Rocard abandonne donc ses ambitions présidentielles, comme Jacques Delors qui renonce, alors seul reste Lionel Jospin qui est investi en février 1995. Le candidat refuse l’aide de François Mitterrand et ne fait même pas référence au président devenu moribond. De toute manière, depuis qu’Édouard Balladur a marché sur ses plates-bandes institutionnelles, François Mitterrand a laissé entrevoir sa préférence pour Jacques Chirac : lors du 50e anniversaire de la libération de Paris à l’Hôtel de Ville, le 25 août 1994, il s’enferme inopinément avec le président du RPR dans le bureau du maire pour s’entretenir avec lui, tandis que le Premier ministre ne peut qu’attendre et se taire à l’extérieur[5]. Sur ses conseils, Jacques Chirac se lance tôt dans la campagne et remonte à grande vitesse dans les intentions de vote jusqu’à être élu le 7 mai avec 52,60% des voix. Le lendemain, François Mitterrand réalise un de ses derniers actes publics en se rendant à Berlin pour le 50e anniversaire de la victoire :

Je ne suis pas venu célébrer la victoire dont je me suis réjoui pour mon pays en 1945. Je ne suis pas venu souligner la défaite, parce que j’ai su ce qu’il y avait de fort dans le peuple allemand, ses vertus, son courage – et peu m’importe son uniforme, et même l’idée qui habitait l’esprit de ces soldats qui allaient mourir en si grand nombre. Ils étaient courageux […]. Ils aimaient leur patrie. Il faut s’en rendre compte. L’Europe, nous la faisons, nous aimons nos patries. Restons fidèles à nous-mêmes. Relions le passé et le futur. Et nous pourrons passer, l’esprit en paix, le témoin à ceux qui vont nous suivre.


Le 17 mai a lieu la passation de pouvoir avec son successeur. Il quitte le palais de l’Élysée peu après midi.

Après l’Élysée Modifier

François Mitterrand emménage dans un appartement de la rue Frédéric-Le-Play sur la rive gauche de la Seine mis à disposition par l’État. Il lui arrive de sortir déjeuner dans un restaurant du quartier avec des amis puis de se promener pendant une heure dans les jardins ou sur les quais. Il voyage de temps à autre comme à Venise ou à Touvent avec Anne Pingeot. Sentant la fin approcher, alors que de nouveaux examens médicaux attestent que les métastases ont atteint son cerveau, il met de l’ordre dans ses affaires. Il se rend néanmoins à Assouan, en Égypte, pour Noël en fin d’année 1995. Deux mois plus tôt, il participait à un colloque sur la fin de la guerre froide dans le Colorado en compagnie de George H. W. Bush, de Margaret Thatcher, de Bryan Mulroney et de Mikhaïl Gorbatchev.

L’ancien président tente également de construire sa postérité en prenant l’initiative de livres d’entretiens, l’un avec Élie Wiesel publié en 1995, Mémoires à deux voix, l’autre avec Georges-Marc Bénamou publié en 1996, Mémoires interrompus, mais le résultat lui déplait d’autant plus que les deux auteurs insinuent qu’il est antisémite. Il rencontre Jean Lacouture en septembre 1995 et accepte le mois suivant que l’écrivain s’enjoigne à cette entreprise mémorielle, ce qui déboucherait plus tard sur deux volumes intitulés François Mitterrand, une histoire de Français en 1998. Son dernier travail écrit est un plaidoyer pour la réconciliation franco-allemande, De l’Allemagne, de la France. Il donne aussi son accord à la création d’une Fondation François-Mitterrand en fin d’année 1995.

Huit mois après son départ de l’Élysée, François Mitterrand décède à l’aube du 8 janvier 1996 dans son sommeil, seulement en présence du Dr. Tarot puisque Anne Pingeot a été priée de sortir. Déjà la veille, il avait été réveillé tôt par des agitations et avait fait appeler le médecin. Anne pense qu’il lui avait fait une injection finale car il avait demandé à être euthanasié s’il était atteint au cerveau un jour, mais une mort naturelle n’est pas exclue puisqu’elle arrive rapidement quand le cerveau est atteint par les métastases. Sa disparition est annoncée à 8h30. Le président de la République lui rend hommage le soir. Un flot se visiteur se rend à son domicile dans les deux jours qui suivent, comme Jacques Chirac, Valéry Giscard d’Estaing, Michel Rocard, Laurent Fabius, Roland Dumas, Jean Munier, Pierre de Bénouville, Jacques Chaban-Delmas et évidemment des intimes comme sa famille et ses maîtresses.

Le cercueil est scellé le 9 janvier et ses funérailles ont lieu le 11. L’une des cérémonies, privée, se déroule en présence de ses deux familles à Jarnac où il enterré, puisqu’il avait soulevé la polémique en désirant être enterré sur le mont Beuvray (c’est un site historique qui avait été cédé illégalement par un maire socialiste), tandis que l’autre, publique, est célébrée dans la cathédrale Notre-Dame de Paris en présence de soixante chefs d’État étrangers comme Helmut Kohl qui essuie une larme sur sa joue, le prince Charles de Galles, Fidel Castro, le roi Rainer de Monaco, Shimon Peres, Yasser Arafat, Hosni Moubarak, Boris Elstine, le roi d’Espagne Juan Carlos, Gnassingbé Eyadema et Norodom Sihanouk.

Héritage de François Mitterrand Modifier

Bilan politique Modifier

Bilan économique Modifier

Influence sur la gauche Modifier

Perception dans l'opinion publique Modifier

En début d'année 2006, à l'occasion du dixième anniversaire de sa disparitions, plusieurs témoignages et hommages sont rendus. La tonalité ambiante est plutôt positive à l'égard du "dernier monarque". Il supplante même Charles de Gaulle dans un sondage du CSA de Libération établissant la hiérarchie des meilleurs présidents de la Cinquième République[6].

Portrait Modifier

Personnalité Modifier

François Mitterrand écrivain Modifier

François Mitterrand est reconnu comme étant un homme d'une "immense culture". Il affectionne, par exemple, Chateaubriand, Lamartine et Chardonne[7].

François Mitterrand et la religion Modifier

Affaires et controverses Modifier

Révélations sur son passé vichyste Modifier

Le journaliste du Monde Pierre Péan publie en août 1994 un livre consacré au passé du président, intitulé Une jeunesse française : 1934-1947, pour lequel François Mitterrand a collaboré, qui retrace sa jeunesse droitière et son attitude équivoque pendant la guerre. C’est un récit objectif mais qui soulève une vaste polémique nationale sur des sujets qui ne furent pas ignorés avant mais qui étaient gardés sous clé, entretenus dans l’ambiguïté par les propos contradictoires de François Mitterrand. Ce n’est pas sans rappeler la polémique autour de la fleuraison de la tombe du maréchal Pétain qu’il honore depuis 1984, comme ses prédécesseurs, en mémoire du héros de la Première Guerre mondiale et dans le but de réunir les deux France, mais l’affaire avait prit une telle ampleur que l’Élysée avait annoncé arrêter cette célébration en 1993.

L’année précédente, pour le cinquantième anniversaire de la rafle du Vel d’Hiv, il a été hué pour son refus continu de reconnaître le rôle de la France dans la collaboration. A ce sujet, il déclare « La France n’a pas d’excuses à donner, ni la République. A aucun moment, je ne l’accepterais. Je considère que c’est une demande excessive de gens qui ne sentent pas profondément ce que c’est que d’être Français, l’honneur d’être Français et l’honneur de l’Histoire de France. Qu’est-ce que ça veut dire ?! C’est l’entretien de la haine et ce n’est pas la haine qui doit gouverner la France ». Sa position, comme celle du général de Gaulle, campe sur l’amnistie des coupables et l’amnésie nationale. Il tient aussi cette position sur la guerre d’Algérie, comme lorsqu’il a gracié, en 1982, huit généraux de l’OAS dont Salan et Jouhaud malgré les protestations. Il a fait une exception pour Klaus Barbie qui, après tout n’était pas Français, mais sa condamnation pour "crime contre l’humanité" en 1987 brise un tabou en France à ce sujet, surtout quand l’ancien milicien Paul Touvier devient, deux ans plus tard, le premier Français a être condamné pour ce motif.

Le tout est reprit par la gauche qui utilise ces « révélations » pour mieux l’assassiner politiquement et pouvoir ouvrir un nouveau chapitre loin de cet homme alors fortement impopulaire dans l’opinion. Cette controverse illustre aussi le décalage générationnel entre un homme conscient de la complexité profonde d’une période qu’il a personnellement vécu et une jeunesse d’après-guerre avec une vision partielle et sélective basée sur des simplifications.

Le 12 septembre 1994, François Mitterrand doit donc prendre la parole, affaiblit par la maladie, à la télévision devant les Français, en étant interrogé par Jean-Pierre Elkabbach, notamment sur ses relations avec René Bousquet, ancien haut-fonctionnaire du régime de Vichy responsable de la rafle du Vel d’Hiv, acquitté par la Haute Cour de justice après la guerre et réintégré dans la haute société avec les honneurs, avant que la résurgence de son passé en 1978 ne le rende infréquentable, y compris aux yeux de François Mitterrand qui avait cessé de le voir en dépit de la haute estime qu’il lui avait porté. L’émission clôt la polémique et 12 000 lettres de soutiens au président sont reçues par l’Élysée.

Affaire de l’Observatoire Modifier

Trajet Mitterrand Observatoire

L’annonce par le général de Gaulle en septembre 1959 d’un référendum sur l’avenir de l’Algérie instille un climat de défiance profonde et de grande tension. François Mitterrand, qui tire à boulet rouge sur l’Algérie française, figure pour cible principal. Il reçoit des menaces de morts, son domicile est joint par des appels téléphoniques anonymes, des explosifs sont déposés au seuil de chez lui mais n’éclatent pas (il installe néanmoins une porte blindée et tente d’avoir un gilet pare-balles). Le soir du 15 octobre, il ne s’attarde pas à la brasserie Lipp et repart dans sa berline Peugeot bleue. Il ne lui faut guère de temps pour s’apercevoir qu’il est suivit par une autre voiture, une Renault Dauphine vert pâle, et décide aussitôt de ne pas emprunter le chemin habituel dans ce quartier qui lui est familier. A hauteur du jardin du Luxembourg, il contourne le parc jusqu’au giratoire de la rue Soufflot où il descend le boulevard Saint-Michel. Il s’engage soudainement dans la rue Auguste Comte à sa droite et abandonne sa voiture, se réfugiant dans le parc dont il escalade la grille. Sa voiture est alors criblée de balles par les poursuivants. On retrouvera sept trous que la police attribuera à une mitraillette Stern.

Ensuite, un ancien député proche de l’extrême-droite, Robert Pesquet, affirme que l’attentat est un coup monté prévu entre lui et François Mitterrand, lui pour avoir la peau d’un indépendantiste et Mitterrand pour anéantir les ultras de la guerre. La version de l’ancien ministre diffère : Pesquet l’aurait prévenu qu’il était la cible d’un attentat prochain. Bien qu’il dise la vérité, il n’est pas cru car il n’a pas averti la police, dans la mesure où Pesquet aurait risqué la mort si ses supérieurs avaient su qu’il n’avait pas vraiment essayé d’atteindre sa cible. François Mitterrand devient donc la risée et perd la quasi totalité de ses amis. Il faut attendre le mois de novembre pour apprendre que Maurice Bourgès-Maunoury avait aussi été prévenu et donc faire tomber l’accusation selon laquelle François Mitterrand était lui-même à l’origine du complot. Par la suite, le dossier est peu à peu mis en sommeil, jusqu’à ce que Georges Pompidou accorde une amnistie en 1966 et clôt ainsi l’« affaire de l’Observatoire ». Le cerveau de l’attentat ne sera jamais identifié. François Mitterrand a songé, sans doute à tort, au Premier ministre Michel Debré, qui avait obtenu la levée de son immunité parlementaire par 175 voix contre 27. D’autres noms seront évoqués : Jean-Louis Tixier-Vignacourt, Georges Bidault, Léon Delbecque et Jacques Soustelle.

Affaire du Rainbow Warrior Modifier

Le Pacifique est, depuis les années 1970, un lieu de bisbilles entre les renseignements français et l’ONG Greenpeace qui s’affrontent à coup d’hélices desserrées, de ravitaillements trafiqués ou de navires arraisonnés. Mais le Rainbow Warrior, que Greenpeace compte utiliser pour protester contre la reprise des essais nucléaires dans l’atoll de Mururoa en Polynésie française en 1985, est trop grand pour un arraisonnement et est équipé d’une transmission satellite. Le 15 mai, François Mitterrand rencontre l’amiral Lacoste, directeur de la DGSE, pour lui demander de « neutraliser » le Rainbow Warrior. Le type d’ordre donné par François Mitterrand et les informations dont il dispose restent flous encore aujourd’hui. Il semblerait qu’il n’ait pas su les projets des services français car il n’a pas demandé le naufrage du navire et la procédure ne demande à ce que le président de la République soit informé des détails de l’opération. L’amiral Lacoste prétendra plus tard que c’est le ministre de la défense Charles Hernu qui lui a demandé d’agir de cette manière. Le 10 juillet 1985, deux explosions retentissent peu avant minuit dans le Rainbow Warrior à quai au port d’Auckland en Nouvelle-Zélande et la deuxième tue un homme, Fernando Perreira, remonté à bord pour reprendre son matériel de photographie.

Le rapport que commande François Mitterrand disculpe la France. Il est informé quatre jour plus tard par Charles Hernu que les explosions sont le signe des services français. L’amiral Lacoste refuse de s’exprimer sur le sujet. Le premier démissionne et le second est renvoyé. Les informations filtrent au compte-goutte et le gouvernement change de braqueur en reconnaissant l’implication de la DGSE après avoir tout nié en public. Il désigne Charles Hernu et l’amiral Lacoste sont désignés pour responsables de la décision. L’affaire devient embarrassante de par l’attitude du gouvernement qui la laisse trainer en longueur ou qui la minimise abusivement. Les deux agents poseurs de bombe sont condamnés en Nouvelle-Zélande à dix ans d’emprisonnement pour "homicide" mais la France obtient qu’ils purgent leur peine dans une base militaire en Polynésie française par la menace de rétorsions économiques.

Traitement de sa deuxième famille Modifier

Au cours de sa présidence, François Mitterrand loge sa maîtresse Anne Pingeot et leur fille Mazarine dans un logement mis à disposition par l’État au quai Branly dans le quartier des Invalides. Les fins de semaine se déroulent à Souzy-la-Briche, là encore dans une habitation appartenant à l’État. La sécurité est assurée par le Groupe de sécurité de la présidence de la République qu’a créé François Mitterrand en 1982. Leur professionnalisme empêche les fuites.

La révélation intervient le 3 novembre 1994 par Paris Match qui publie des photos du président et de sa fille adultérine à la sortie du restaurant le Divellec. François Mitterrand s’arrange bien de cette révélation donnée du temps de son vivant, lui permettant de mieux la gérer, même s’il n’était pas très favorable à leur publication (car il avait été prévenu à l’avance par la rédaction), autant que les Français qui ne sont finalement pas choqués de la double-vie de leur président, bien que la classe politique se montre plus indignée par le magazine.

Affaire des écoutes Modifier

Le journal d’extrême-droite Minute lance à partir d’août 1983 une série de numéro au sujet de la vie privée de François Mitterrand. En décembre, ils font découvrir la relation qu’entretient le président avec Christina Forsne, journaliste suédoise qu’il a rencontré grâce au Premier ministre Olof Palme. En 1984, le journaliste pamphlétaire Jean-Edern Hallier s’apprête à publier un livre fantasque intitulé Tonton et Mazarine. Pour mettre un terme à ces révélations et tentatives sur sa vie privée, François Mitterrand met en place un système d’écoute concernant les personnes biens informées. La « cellule antiterroriste » mène une campagne d’intimidation illégale contre Jean-Edern Hallier qui est écouté 24/24h ainsi que ses proches. Il renonce à publier son brûlot faute d’éditeur. Minute s’assouplie également. Les raisons pour lesquelles les médias restent silencieux sur la vie privée du président de la République tiennent aux mœurs de l’époque et à la culture de la France qui diffère d’autres pays.

Mais en décembre 1994, condamne le chef de la « cellule antiterroriste », Christian Prouteau, et le directeur de cabinet adjoint de la présidence, Gilles Ménage, sont mis en examen, ainsi que d’autres. La sentence tombe en novembre 2005 : la 16e chambre du tribunal de Paris condamne Christian Prouteau Gilles Ménage pour "atteinte à la vie privée" dans le cadre de l’affaire des écoutes. Ils doivent verser 5 000 euros de dommages et intérêt à Jean-Edern Hallier et à sa famille, au journaliste du Monde Edwy Plenel qui enquêtait sur la « cellule antiterroriste » et à quatre autres personnes.

Dissimulation de son cancer Modifier

Comme il s’y est engagé pendant sa campagne de 1981, François Mitterrand publie tous les six mois un bulletin sur sa santé pour ne pas réitérer la fin tragique de Georges Pompidou. Le premier en juillet atteste de son bon état et de son hygiène de vie. Pourtant, une douleur ressentie à l’automne le conduit à être hospitalisé au Val-de-Grâce à son retour du sommet de Cancún. Un cancer de la prostate est révélé par les examens et confirmé dix jours plus tard par l’urologue Adolphe Steg. Il a entraîné des métastases qui se sont répandues dans les os et qui ne lui accordent que trois ans à vivre selon les médecins. Son père était atteint de la même maladie. François Mitterrand doit accepte une perfusion chaque jour pendant deux semaines, puis une tous les deux jours pendant trois mois, avant de se contenter de pilules. Le président ressent alors une amélioration. En mai 1982, lors d’une rencontre avec Helmut Schmidt à Hambourg, il développe une phlébite et son médecin Claude Gubler le traite après une douleur à la poitrine. Son cancer entre en rémission à la fin de l’année. François Mitterrand demande cependant la falsification de ses bulletins de santé dès le deuxième publié en décembre 1981. Il s’agit pour lui de ne pas affaiblit sa stature nationale et internationale. Seule Anne Pingeot est mise dans le secret. Danielle Mitterrand et les Français ne l’apprennent que dix ans plus tard. Il a lui-même pensé à démissionner en 1990[8]. L’exceptionnelle longévité et le courage de François Mitterrand face à la maladie sont généralement loués ensuite.

Son cancer reprend à l’été 1992 mais il apporte la contradiction à Philippe Séguin dans un débat télévisé de trois heures sur le traité de Maastricht le 3 septembre contre l’avis de ses médecins. Un dispositif hospitalier est installé à la Sorbonne où se déroule le débat. François Mitterrand s’y fait longuement traité au cours d’une pause publicitaire d’une rare longueur mais Philippe Séguin qui découvre l’état de santé du président choisit de ne rien divulguer à l’antenne, manifestement par cas de conscience, et reste respectueux de son adversaire[9]. Son opération huit jours plus tard révèle des cellules cancéreuses qui font dire au médecin qu’il ne lui reste que cinq années à vivre sans qu’il sache que le cancer est présent depuis de nombreuses années. François Mitterrand urine désormais à intervalle d’une heure ou moins.

Un traitement hormonal qu’il subit en 1993 est jugé insuffisant alors il accepte une chimiothérapie, sans plus de succès, alors une nouvelle opération semble indiquée, mais François Mitterrand la repousse sans cesse au point de remplir son emploi du temps malgré ses 77 ans (gestion de la crise rwandaise, rencontre avec Nelson Mandela au Cap le 4 juillet, G7 de Naples du 8 au 10, défilé du 14-Juillet au côté de Helmut Kohl, sommet européen à Bruxelles le 15). Il rentre finalement à l’hôpital le 17 juillet pour dix jours mais cette seconde opération marque le début d’une dégradation continue : l’urologue Adolphe Steg n’est parvenu à insérer un cathéter que dans un seul rein alors que le président souffre d’une obstruction des deux. Les médecins choisissent de ne pas insister. La durée de vie du président jusqu’à la fin de l’année 1994 est spéculée.

Il suit désormais une médecine parallèle comme la médecine homéopathique et garde des choix orthodoxes malgré la qualité douteuse de certains de son entourage. Après l’été, il reprend un traitement chimiothérapique et passe cinq radiothérapies par semaine au mois de novembre. Son rituel de vie dans les quatre mois suivants est ralenti : sa journée à l’Élysée commence à 10h00 pour rester alité jusqu’au soir, sauf pour aller déjeuner les fois où il n’est pas retenu par des obligations officielles voire se promener, et accueille ses invités en s’excusant du « piètre spectacle » qu’il offre. Un visiteur témoigne « J’ai l’impression de me retrouver face à la mort […]. Il était déjà de l’autre côté ». Il est sujet à des crises passagères ensuite. Plusieurs témoins peuvent le voir se figer par moment, incapable de parler, le teint livide, et sortir épuisé de ces instants. François Mitterrand, qui jusque là refusait les antidouleurs, accepte de prendre des injonctions dosées de morphines à la demande de Jean-Pierre Tarot, son nouveau médecin en remplacement de Claude Gubler depuis l’hiver. Son état s’améliore en décembre 1994.

Affaire Urba Modifier

Pendant la campagne municipale de 1989, la police marseillaise découvre que Michel Pezet, président du conseil régional de Provence-Alpes-Côte d’Azur, a reçu des pots-de-vin de la part d’une entreprise de BTP et perquisitionne le bureau d’étude Urba qui conseiller les élus socialistes locaux sur les contrats avec ce type d’entreprise. Elle récupère quatre carnets qui détaillent un système de financement occulte du PS qui a été mis en place par Pierre Mauroy à la demande de François Mitterrand à la fin des années 1970. Depuis dix-sept ans, le parti a touché illégalement 100 millions de francs chaque année (l’équivalent de 15 millions d’euros par an). François Mitterrand n’a pas cherché à étouffer l’enquête, peut-être parce qu’il soutient le maire de Marseille et rival de Michel Pezet, Robert Vigouroux, mais face au risque d’inculpation de milliers d’élus de son camp, il se laisse convaincre par Pierre Mauroy d’amnistier les élus. Il provoque un tel tollé qu’il change de braqueur est amnistie plutôt les hommes d’affaires ayant prêté, empêchant ainsi les poursuites contre les élus ayant reçu. La réputation de la classe politique en pâtit dans l’opinion. Les deux tiers des Français jugent les hommes politiques corrompus. La loi d’amnistie en question, votée spécialement dans le cadre de l’affaire Urba, bénéficie également à son ancien ministre Christian Nucci pourtant reconnu coupable du détournement de plus de 7 millions de francs (1 million d’euros) dans l’affaire du Carrefour de développement. L’expression d’ « affairisme rose » apparaît.

Achat de Vibrachoc Modifier

En fin d’année 1993, le juge Thierry Jean-Pierre remet à l’intention des journalistes un rapport couvert par le secret judiciaire qui révèle que l’État, à la demande de François Mitterrand, a acheté pour deux fois sa valeur l’entreprise Vibrachoc de son ami Roger-Patrice Pelat en 1982 pour une somme de 110 millions de francs (17 millions d’euros) afin de le remercier de son aide financière lors des campagnes présidentielles. Notons que le même juge, engagé à droite, a aussi révélé la vraie-fausse affaire du prêt de Pierre Bérégovoy.

Carrière politique Modifier

Mandats locaux Modifier

  • 1947 - ? : conseiller municipal de Nevers
  • 1949 - 1981 : conseiller général de la Nièvre
  • mars 1959 - 1981 : maire de Château-Chinon
  • 1964 - 1981 : président du Conseil général de la Nièvre

Mandats parlementaires Modifier

Fonctions ministérielles Modifier

Présidence de la République Modifier

Fonctions européennes Modifier

Fonctions politiques Modifier

  • 1953 - 1965 : président de l'UDSR
  • 1965 - 1968 : président de la FGDS
  • 16 juin 197124 janvier 1981 : Premier secrétaire du Parti socialiste

Anecdotes Modifier

  • François Mitterrand est cousin au 32e degré de la reine Élisabeth II du Royaume-Uni et de la famille royale par un de ses ancêtres, Jean II de Barbezières, un noble dont les terres se situaient aux confins du Poitou et de l'Angoumois, qui a eut une descendance de confession protestante s'étant établit en Allemagne et dont est issu le roi d'Angleterre George II. En 1956, il représente la France au mariage princier de Rainier III et de Grace Kelly le 19 avril puis au couronnement de la reine Élisabeth II le 2 juin[10].
  • François Mitterrand ayant refusé d’enregistrer son mouvement auprès du Bureau central de renseignement et d’action de la France libre, le RNPG ne toucha pas après-guerre les mêmes avantages que les autres mouvements, et ce malgré son incorporation aux Forces françaises de l’intérieur en 1944, avant qu’un décret de 1991 ne le reconnaisse. François Mitterrand est reconnu lieutenant colonel des FFI lorsqu’il reçoit en 1945 sa troisième Croix de guerre, après deux autres en 1940 pour son affrontement avec les Allemands et sa blessure au front.
  • L’organisation du premier débat télévisé entre les deux candidats du second tour pour l’élection présidentielle de 1974 suscite la méfiance de François Mitterrand au point de refuser la bouteille d’eau fournie par France Télévision de peur qu’elle ne soit alcoolisée.
  • Le 19 mars 1980, François Mitterrand, alors Premier secrétaire du Parti socialiste, est interpellé de façon virulente sur le plateau du journal télévisé d’Antenne 2 par Daniel Balavoine. Le chanteur se lance dans une longue tirade évoquant les difficultés des Français, principalement de la jeunesse, et reprochant à François Mitterrand de ne pas les traiter. Visiblement surpris, ce dernier s’astreint à répondre pour finalement décrire le programme du Parti socialiste comme l’unique bonne réponse possible aux problèmes soulevés.
  • Lors du débat télévisé de l’élection présidentielle de 1981, Valéry Giscard d’Estaing subit la réprobation de François Mitterrand qui n’apprécie pas la façon dont le président l’interroge sur le cours du franc par rapport au Deutsche Mark. Le lendemain, il raconte qu’une réplique cinglante lui a alors traversé l’esprit, « Et le cours du diamant, pouvez-vous me le dire ? », en référence à l’affaire des diamants qui éclabousse la fin de mandat de Valéry Giscard d’Estaing.
  • François Mitterrand songe à déménager les bureaux de la République aux Invalides mais les coûts financiers qu’entraînerait le changement le fait rester au palais de l’Élysée.
  • Il possède un labrador nommé Baltique, rendu célèbre par une chanson du même nom de Renaud, parce que le chien n’est pas autorisé dans la cathédrale Notre-Dame de Paris pour les funérailles de son maître et doit rester à l’extérieur tandis que d’autres, plus cynique à l’égard de feu François Mitterrand, assistent à la cérémonie.
  • François Mitterrand s'est rendu au salon de l'Agriculture en 1981 pendant la campagne électorale mais ne s'y plus rendu ensuite sous sa présidence[11].

Décorations Modifier

Distinctions militaires Modifier

  • Officier de la Légion d'honneur
  • Médaille de la Résistance avec rosette
  • Croix de guerre 1939-1945

Distinctions françaises Modifier

Distinctions étrangères Modifier

  • 1981 : Grand Collier de l'Ordre de l'Aigle aztèque (Mexique)
  • 1982 : Chevalier de l'Ordre de l'Éléphant (Danemark)
  • 1982 : Collier de l'Ordre d'Isabelle la Catholique (Espagne)
  • 1982 : Collier de l'Ordre de la Rose blanche (Finlande)
  • 1982 : Grand Croix de l'Ordre du Mérite de la République italienne (Italie)
  • 1983 : Grand-Collier de l'ordre de l'Infant Dom Henrique (Portugal)
  • 1984 : Chevalier Grand Croix Honoraire de l'Ordre du Bain (Royaume-Uni)
  • 1984 : Chevalier de l'Ordre du Séraphin (Suède)
  • 1987 : Grand-Collier de l'ordre de la Liberté (Portugal)
  • 1989 : Collier de l'Ordre de Sikatuna (Philippines)
  • 1991 : Grand Croix de l'Ordre du Lion néerlandais (Pays-Bas)
  • 1994 : Grand Croix de l'Ordre de Bonne Espérance (Afrique du Sud)
  • ? : 1e Classe avec Chaîne de l'Ordre des Trois Étoiles (Lettonie)
  • ? : Collier de l'Ordre du Lion blanc (République tchèque)
  • ? : Grand Croix de l'Ordre de Saint-Olaf (Norvège)
  • ? : Grand Croix de l'Ordre du Mérite de la République de Pologne (Pologne)
  • ? : Chaîne royale de Victoria (Royaume-Uni)

Prix Modifier

Distinctions d'universités Modifier

  • 1982 : Docteur honoris causa de l'université Waseda (Japon)
  • 1988 : Docteur honoris causa de l'université d’York (Royaume-Uni)
  • 1989 : Docteur honoris causa de l'université de Boston (États-Unis)
  • 1992 : Docteur honoris causa de l'université de Liège (Belgique)
  • 1992 : Docteur honoris causa de l'université de Venise (Italie)
  • 1993 : Docteur honoris causa de l'université de Gdańsk (Pologne)[12]

Citations ... Modifier

... de François Mitterrand Modifier

"Ma vie n’aurait pas de sens si elle ne s’identifiait pas avec la défense des libertés. J’interdis à quiconque de me lancer la liberté au visage."

- François Mitterrand en conférence de presse le 12 avril 1974[13].

"Je suis le président de la France, je dois avoir la possibilité de détruire la Pologne en trois jours."

- François Mitterrand répondant, dans un dîner avec des écrivains, à la contestation d'essais nucléaires dans l'océan Pacifique[14].

"Contre le chômage, on a tout essayé"

- François Mitterrand, au cours de sa présidence[15].

"Je suis le dernier des grands présidents... Enfin, je veux dire le dernier dans la lignée de De Gaulle. Après moi il n'y en aura plus d'autres en France. A cause de l'Europe... A cause de la mondialisation... A cause de l'évolution nécessaire des institutions"

- François Mitterrand, au cours de sa présidence[16][17].

"Est élu l'homme qui raconte aux Français le morceau d'Histoire qu'ils veulent entendre à ce moment précis, à la condition d'en être le héros crédible"

- François Mitterrand[18].

... sur François Mitterrand Modifier

"Il y avait chez lui une sorte de complexe obsidional. Il était assez porté au soupçon, toujours sur ses gardes, très vigilent pour tout ce qui pouvait avoir des allures d'agression ou de mise en cause de lui-même ou de ceux qui lui étaient chers"

- Édouard Balladur[19].

"Pour lui l'économie n'était qu'une donnée annexe, pas une science exacte... Il la soupçonnait même d'être une invention de la droite et de hauts fonctionnaires conservateurs pour limiter la marge de manœuvre du pouvoir politique. Et ce n'était pas pour rien dans sa détestation de Rocard"

- Jacques Attali[20][21].

"Trois dévaluations, des milliards de francs brûlés en nationalisations inutiles dont il ne reste rien, payées pour la beauté du geste trois fois plus cher que nécessaire. Le blocage des salaires et des prix pour trois ans... On a frôlé la grande catastrophe"

- Michel Rocard[22][23].

Hélène Risser : François Mitterrand croyait-il fondamentalement à l'efficience des marchés ?
Jean-Pierre Chevènement : Non, il s'en foutait. Il s'en foutait complètement. Il ne comprenait rien à l'économie. C'était avant tout un pragmatique, il travaillait à l'intuition.

- Entretien entre la journaliste Hélène Risser et Jean-Pierre Chevènement, le 4 février 2014 sur la chaîne Public Sénat[24].

"J'ai rarement vu François Mitterrand hésiter. Je ne parle évidemment pas de la tactique, qu'il savait faire évoluer au gré des circonstances. Les grands choix - il y en avait peu -, il les faisait seul. Ensuite, il les imposait, à la faveur des événements, à ses amis comme à ses adversaires. Le secret était aussi sa manière d'être. Il contribuait à son charme puissant. François Mitterrand savait deviner les êtres et se les attacher. Il professait sur la fin de sa vie qu'en politique il n'y avait pas d'amis. Pourtant, toute sa vie et sa carrière politique ont été la démonstration du contraire"

- Témoignage de Jean-Pierre Chevènement au journal Débat en janvier 2016 pour les vingt ans de la disparition de François Mitterrand[25].

Bibliographie Modifier

... de François Mitterrand Modifier

... sur François Mitterrand Modifier

... à l'étranger Modifier

  • David Bell, Mitterrand : A Political Biography, 2005
  • Alistair Cole, Mitterrand : A Study in Political Leadership, 2013
  • Philip Short, Mitterrand : A Study of Ambiguity, 2013
  • Anthony Daley, The Mitterrand Era : Policy Alternatives and Political Mobilisation in France, 2014

Liens Modifier

Références Modifier

  • Source de référence générale : Philip Short, François Mitterrand : portrait d'un ambigu, nouveau monde, 2015.
  1. Georges Valance, VGE, une vie, Flammarion, 2011, p.167
  2. Petite histoire de la politique agricole commune
  3. Mitterrand sur le gouvernement Chirac dans L'Abeille et l'architecte.
  4. Débat Zemmour vs Onfray à Nice le 06/06/15 avec FOG
  5. L’inouï portrait de François Mitterrand par Jacques Chirac
  6. Mitterrand, la nostalgie du dernier monarque
  7. Mitterrand, la nostalgie du dernier monarque
  8. Mitterrand avait songé à démissionner en 1990, selon Laure Adler
  9. G. Durand : "Séguin a été ému par l'état de Mitterrand, il a été respectueux"
  10. Kate et William : leur "royal baby" cousine avec François Mitterrand
  11. Salon de l'agriculture : ces présidents qui ont marqué l'événement
  12. François Hollande devient docteur honoris causa par l’université d’Athènes
  13. Collectif, L’élection présidentielle de mai 1974 : après la mort de Georges Pompidou, Broché, Paris, 1974
  14. Revue des Deux Mondes octobre 2015: L'héritage Robespierre
  15. Mitterrand, la nostalgie du dernier monarque
  16. Mitterrand, la nostalgie du dernier monarque
  17. Georges-Marc Benamou, Le Dernier Mitterrand (Plon)
  18. Mitterrand, la nostalgie du dernier monarque
  19. Le Pouvoir Ne Se Partage Pas (à 42min00)
  20. Mitterrand, la nostalgie du dernier monarque
  21. Jacques Attali, C'était François Mitterrand (Fayard)
  22. Mitterrand, la nostalgie du dernier monarque
  23. Michel Rocard, Si la gauche savait (Robert Laffont)
  24. "La sécurité n'est pas un thème de droite, car l'insécurité frappe souvent les plus démunis"
  25. C'était François Mitterrand : le témoignage inédit de Jean-Pierre Chevènement


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