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Napoléon III
Règne
Dates

2 décembre 1852 – 4 septembre 1870

Couronnement

-

Chefs de gouvernement

Lui-même
Émile Ollivier
Charles Cousin-Montauban

Prédécesseur

Lui-même (président de la République)

Successeur

Louis Jules Trochu

Informations biographiques
Naissance

Charles Louis Napoléon Bonaparte
20 avril 1808
IXe arr., Paris (France)

Décès

9 janvier 1873 (à 64 ans)
Chislehurst, Angleterre (France)

Sépulture

Abbaye Saint-Michel, Angleterre (Royaume-Uni)

Dynastie

Maison Bonaparte

Père

Louis Bonaparte

Mère

Hortense de Beauharnais

Conjoint(e)

Eugénie de Montijo

Enfant(s)

Louis Napoléon Bonaparte

Entourage

Napoléon Ier (oncle)
Joséphine de Beauharnais (tante)

Religion

Anglicanisme

Résidence

Château d'Arenenberg (1817)
Palais de l'Élysée (1848)
Palais des Tuileries (1852)
Chislehurst (1871)


Napoléon III (20 avril 1808 - 9 janvier 1873) est un homme d’État et monarque français. Il est le 1er président de la République française du 20 décembre 1848 au 2 décembre 1852 et le 2e empereur des Français du 2 décembre 1852 au 7 septembre 1870.

Neveu de l’empereur Napoléon Ier et fils du roi Louis Bonaparte, Louis-Napoléon Bonaparte connaît rapidement l’exil après la chute définitive de l’Empire français en 1815. Il revient en France à la faveur de la révolution française de 1848 et est élu à 40 ans le premier président de la République française. Il est confronté au système politique de la Deuxième République jusqu'à un conflit constitutionnel survenu en 1851 qui lui fait accepter l’idée du coup d’État. Il le réalise le 2 décembre 1851 avant de rétablir l’année suivante l’Empire qu’il vit comme une « restauration impériale ». A la fois premier président de la République et dernier monarque de France, il détient le record de longévité à la tête de la France depuis la Révolution française : vingt-et-un ans, huit mois et quatorze jours de pouvoir.

La première moitié du Second Empire est une période féconde pour le nouveau régime français. Napoléon III redonne une visibilité et une crédibilité à la France sur la scène internationale par ses succès en Crimée (1854-1856) et en Italie (1859) et parvient ainsi à redessiner l’Europe héritée du congrès de Vienne. Il engage aussi de grands travaux à Paris qui font de la capitale la vitrine de la France. L’économie est modernisée sur la base d’une grande politique industrielle et du développement du chemin de fer et de la télégraphie, avec de surcroît la signature de plusieurs accords de libre-échange avec différents pays. L’exposition universelle de 1855 est un temps fort de l’Empire rayonnant. Sa politique étrangère permet la présence de la France sur différents continents, comme une implantation en Asie avec la campagne du Cochinchine et la seconde guerre de l’opium ou bien un rôle au Moyen-Orient avec une expédition en Syrie et la construction du canal de Suez (Napoléon III aurait dit devant Bismarck en 1857 vouloir faire de la Méditerranée un « lac français »).

Les années 1860 voient la montée des difficultés sur le plan intérieur avec la réforme d’un Empire autoritaire vers un Empire libéral, commencée par une plus grande liberté parlementaire puis poursuivie par l’octroie de libertés civiles (droit de réunion, droit de grève,…) et finalement couronnée par le succès du plébiscite du 8 mai 1870 malgré les critiques de son camp et la persistance de l’opposition. Devenu, ainsi que le lui écrit en mai 1861 le roi Charles XV de Suède « celui qui guide la politique de l’Europe », il subit un échec au Mexique à l’international et se laisse surprendre par l’émergence de la Prusse de Bismarck à partir de 1866 et de la guerre des duchés qui permet la création d’une confédération de l’Allemagne du Nord. Le chancelier perçoit un empire affaiblit, un empereur inoffensif et un gouvernement pacifiste. Le Second Empire s’achève sur la guerre franco-prussienne de 1870 et la capitulation de Sedan le 1er septembre.

L’empereur déchu rejoint en exil sa famille au Royaume-Uni et y meurt en 1873 après des années d’un état de santé dégradé.

Jeunes années Modifier

Naissance Modifier

Charles Louis Napoléon Bonaparte naît dans la nuit du 20 avril 1808 à la rue Cerutti. Sa mère le met au monde au terme d’une soirée de fête, ce qui fait craindre pour la survie de l’enfant qui paraît mal en point. Il est le troisième fils de Louis Bonaparte, frère de l’Empereur Napoléon Ier, qu’il avait accompagné en Italie puis en Égypte, qui est ensuite devenu roi de Hollande dans l’Empire. Il a été marié par Napoléon à Hortense de Beauharnais les 3 et 4 janvier 1802 sur conseil de l’impératrice Joséphine qui craignait d’être stérile et qui voulait ainsi assurer sa position en mariant sa fille à un frère de Napoléon. Le couple a eu deux enfants avant Louis-Napoléon : Napoléon-Charles en 1802 mais mort en 1807, et Napoléon-Louis en 1804. Napoléon Ier, qui n’a pas d’héritier, veut d’abord l’adopter mais se heurte au refus de Louis, ce qui ne l’empêche pas d’en faire son héritier dans l’ordre de succession de l’Empire, car les enfants de son frère aîné Joseph sont toutes des filles. C’est d’ailleurs l’Empereur qui a choisit son prénom. L’enfant est baptisé le 4 novembre 1810 à la chapelle du château de Fontainebleau par le cardinal Fesch en l’absence de Louis Bonaparte. Son père est alors en froid avec sa famille, puisque son refus d’appliquer le blocus continental contre l’Angleterre a poussé Napoléon à envahir et annexer la Hollande. Des rumeurs reprises par ses futurs détracteurs voudraient qu’il soit le fils d’un autre, mais il s’agit vraisemblablement de rumeurs infondées.

Enfance Modifier

Louis-Napoléon Bonaparte grandit entouré de sa mère et de son frère à Paris. Il est élevé en partie par des femmes, c’est-à-dire des nourrices, des lectrices, des dames de compagnie de sa mère. C’est un enfant émotif et souffrant, néanmoins aimé, notamment par son oncle dont il ne conservera pourtant que peu de souvenir en raison de son bas âge.

En 1814, avec la fin de l’Empire, Hortense de Beauharnais évolue de châteaux en châteaux en France, mais le retour des Bourbon ne lui cause pas de soucis puisqu’elle est faite duchesse de Saint-Leu où elle réside avec ses enfants, et reçoit une pension de 400 000 francs. Cette attitude leur est pardonnée au retour de Napoléon lors des Cent-Jours. L’Empereur permet même à Hortense de garder ses enfants quand son mari remporte le procès qu’il lui avait intenté. La défaite de Waterloo le 18 juin 1815 est cependant la fin définitive du Premier Empire. Hortense et ses enfants partent en exil. Ils ne peuvent s’installer en Suisse, alors ils demeurent à Constence, dans le Grand-duché de Bade, durant un an. Ils acquièrent l’année suivante une propriété à Arenenberg.

Trente-six ans d’exil Modifier

Éducation Modifier

L’éducation de Louis-Napoléon Bonaparte est suffisamment retardée pour que Louis Bonaparte exerce une pression sur son épouse pour reprendre l’enfant. Elle réagit en employant Philippe Le Bas en 1820, par ailleurs républicain et franc-maçon. Le maître et l’élève entretiennent des relations sympathiques, mais travaillent à un rythme soutenu. Louis-Napoléon est même inscrit durant trois ans au gymnasium d’Augsbourg jusqu’en 1823 et, preuve du succès de la méthode, il débute à la 54e place sur 94, puis termine en en 4e sur 66. Par la suite cependant, Louis-Napoléon Bonaparte devient un élève plus dissipé, sans doute en raison de l’adolescence, ce qui incite Hortense à se séparer de Philippe le Bas en 1827.

Révolutionnaire romantique Modifier

Hortense de Beauharnais travaille très tôt à développer un instinct politique chez son fils qui est élevé dans le culte de son oncle (Le Mémorial de Sainte-Hélène est une de ses grandes lectures). Il s’intéresse dans ces années 1820 à la lutte en Italie contre la présence autrichienne, peut-être en ayant été membre de la Charbonnerie, et à la guerre d’indépendance que livre la Grèce à l’Empire Ottoman. En 1828-1829, il veut même s’engager dans les troupes russes qui combattent les Ottomans mais se heurte à un refus net de son père. Dans l’année qui suit, il sert humblement dans l’artillerie au camp helvétique de Thoune du colonel Dufour.

Une constante chez Louis-Napoléon est la foi en son destin. La disparition progressive des prétendants au trône impérial avant lui ne fera que confirmer ce sentiment. Ses nombreuses tentatives de coups d’État et autres renversements d’autorités établies lui donnent a contrario l’image d’un illuminé peu conscient de ses actes et peu responsable. Il nourrit des espoirs de retour en France au moment des Trois Glorieuses en juillet 1830 mais la révolution débouche sur l’établissement d’un nouveau régime, la monarchie de Juillet, dont le roi Louis-Philippe Ier, conserve l’interdiction des Bonaparte sur le territoire français.

Sa première tentative est celle de « San Pietro » en décembre 1830 à Rome, mais une trahison fait capoter le projet et Louis-Napoléon est expulsé de la ville. Il participe à des soulèvements qui se produisent dans le reste de l’Italie en début d’année 1831. Lui et son frère reçoivent l’ordre de leur famille de rentrer en France, ce qu’ils ne font qu’à contrecœur. Sur la route, Napoléon-Louis meurt le 17 mars d’une rougeole. Les Bonaparte, officiellement interdits en France, n’obtiennent le droit de demeurer sur le territoire que secrètement et seulement le temps de la guérison de Louis-Napoléon, mais une tentative de soulèvement qu’il orchestre les bannis lui et sa mère. Ils se rendent d’abord au Royaume-Uni, puis retournent à Arenenberg, en Suisse, et Louis-Napoléon tente à nouveau un soulèvement de l’est de la France en chemin, mais l’échec d’une répétition à Strasbourg enterre son idée.

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Coup de Strasbourg et suites Modifier

En 1836, alors qu’une nostalgie napoléonienne fait jour, Louis-Napoléon prépare une nouvelle tentative de coup d’État qui prendrait forme à Strasbourg, ville stratégique du fait de son emplacement à proximité de la frontière dans laquelle il connait une réelle popularité. Il a tissé pour cela des liens avec des républicains, et peut s’appuyer sur un proche bonapartiste, Victor de Persigny, l’armée et les masses. Le 30 octobre, il rallie à lui des hauts-gradés de la garnison de Strasbourg et soulève les régiments mais, lorsque le commandant Voirol refuse de se rallier, Louis-Napoléon fuit avant d’être arrêté avec sept complices deux heures seulement après le début de son entreprise.

L’histoire reçoit une forte publicité et illustre la faiblesse du régime qu’est la monarchie de Juillet. Louis-Napoléon court le risque d’être fusillé. Sa mère Hortense intervient et obtient que son fils puisse s’exiler aux États-Unis, tandis que les sept complices sont libérés le 18 janvier 1837. Le prince embarque au port de Lorient à bord de l’Andromède qui fait un détour par le Brésil puis arrive aux États-Unis le 30 mars à Norfolk, en Virginie. Louis-Napoléon se retrouve sans pension, renié par sa famille et voit annuler le mariage qui lui était promit avec Mathilde, fille de Jérôme Bonaparte. Passé par New York, il trouve un prétexte de rentrer en Europe lorsqu’il apprend que sa mère est gravement souffrante.
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Il regagne le Royaume-Uni et retourne en Suisse au chevet de sa mère. Cette dernière s’éteint le 5 octobre 1837, léguant un riche héritage à son fils dont deux châteaux. Mais le succès rencontré par une brochure du lieutenant Laity, Relation historique des événements du 30 octobre 1836, que Louis-Napoléon a lui-même inspiré avec Persigny, au sujet du coup de Strasbourg, pousse la France à faire pression sur la Suisse pour qu’elle expulse son hôte, ce qu’elle se refuse à faire, mais Louis-Napoléon décide par lui-même de quitter le territoire helvétique pour apaiser le conflit. A Londres où il s’établit, il mène une vie culturelle assidue et fréquente la haute société britannique.

Coup de Boulogne Modifier

La prochaine tentative consiste à soulever Boulogne et d’autres territoires alentours. Préparé avec soin, le plan commence par la diffusion de propagande comme des brochures anti-gouvernementales et le financement de journaux, par la prise de contacts dans les clubs, dans le milieu politique et dans l’armée et notamment les hauts-gradés. La suite politique à donner pour instaurer un nouveau régime est envisagée.

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Ils débarquent en France le 6 août 1840 et entrent dans le camp de Boulogne. Mais le sous-lieutenant de Maussoin prévient le capitaine du camp, Col-Puygellier, alors les deux sont faits prisonniers. Le plan bascule assez rapidement puisque la panique gagne Louis-Napoléon lorsqu’arrivent des renforts et il tire un coup de feu, puis l’hésitation de la garnison ne leur laisse d’autre choix que de fuir. Poursuivis, ils se jettent à la mer pour rejoindre les canots qui les ont amené sous les tirs des soldats loyaux à la monarchie, dont un qui se perd dans les vêtements de Louis-Napoléon. Trois heures après le déclenchement de l’opération, le prince Bonaparte est capturé avec 51 autres conjurés.

Louis-Napoléon est ensuite transféré à la Conciergerie où il est maintenu sous haute surveillance. Son procès est organisé devant la Chambre des pairs devenue pour l’occasion Cour des pairs, composée en grande partie de personnes qui doivent leur carrière à Napoléon Ier. Défendu par les avocats Berryer et Marie, il lui faut participer à huit audiences en huit jours, mais ne donne à aucune occasion les noms de complices. Le jour du vote, traduisant le malaise des votants face à un Bonaparte, ce sont 152 personnes qui prennent part au scrutin sur 312. Louis-Napoléon Bonaparte est condamné à l’emprisonnement perpétuel pour « un attentat dont le but était de détruire le gouvernement, de changer l’ordre de successibilité au trône et d’exciter la guerre civile en armant ou en portant les citoyens habitants à s’armer les uns contre les autres », tandis que quatorze sont emprisonnés à Doullens, un est déporté et six autres sont acquittés.

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Emprisonnement au fort de Ham Modifier

Louis-Napoléon est enfermé au fort de Ham, logé dans des conditions passables et gardé par 350 personnes. Au milieu de la monotonie des jours qui se ressemblent dans son « Saint-Hélène-sur-Somme », il s’occupe à recevoir des visiteurs, dont Alexandre Dumas à une occasion, à gérer des finances en mauvais état et à contribuer financièrement à soutenir les écoles et les enfants pauvres du village d’à côté. Il dépense également beaucoup de temps à s’instruire, notamment en Histoire (il songe à écrire une biographie de Charlemagne), en chimie (il s’est fait installer un laboratoire), en économie, en politique et en militaire (l’artillerie). Cette protubérance culturelle lui fera parler de son « université du Ham ».

Il peut compter sur la compagnie de deux de ses amis, le Dr. Henri Conneau et Charles-Tristan de Montholon. Ce dernier entretient une relation avec une maîtresse dont la servante, Éléonore Vergeot, est choisie par Louis-Napoléon pour devenir sa lingère. Il n’est pas insensible à sa beauté et aura deux enfants avec elle, Eugène en 1843 et Louis en 1845.

La politique et l’actualité furent également dans ses préoccupations. Il se rapproche des milieux socialistes et républicains et soutient un certain nombre de journaux. Dans des articles qu’il rédige et qui sont publiés, il se montre critique à l’égard du roi Louis-Philippe Ier et de la monarchie de Juillet. Sur un autre sujet, il s’intéresse à l’idée d’un canal en Amérique centrale reliant le Pacifique et l’Atlantique. Il porte sa préférence sur le Nicaragua pour la construction car le terrain lui paraît fertile et des personnes pauvres pourraient s’y installer pour y faire fortune. Ce projet, qui serait baptisé « Canal Napoléon », trouve sa concrétisation par un accord signé avec le ministère nicaraguayen des Affaires étrangères visant à la création d’une compagnie en Europe.

En août 1845, Louis-Napoléon reçoit une lettre de son père, qui ne lui avait plus donné signe de vie depuis 1840, dans laquelle il l’informe de sa mauvaise santé au point d’être mourant. Alors que trois demandes de libérations ont déjà échouées, une en 1844 et deux en 1845, il demande la possibilité de se rendre temporairement au chevé de son père qui lui est refusée par le roi et le gouvernement. Il conclut un accord avec le duc Guillaume de Brunswick, chassé de ses États en 1830, dans lequel il accepte d’attribuer de l’argent au duc en échange d’une aide mutuelle pour prendre le pouvoir dans leur pays respectifs. Son père mourant, son projet de construction du canal et l’absence de grâce qu’il se refuse à demander sont autant de motivations pour que Louis-Napoléon s’évade. Il met en œuvre son plan le 25 mai 1846. Il prend l’apparence d’un des ouvriers qui viennent pour les réparations et qui échappent aux contrôles, un jour où le commandant Demarle est malade et donc moins actif dans son rôle, et sort ainsi en leurrant ouvriers et soldats, mettant ainsi fin à cinq ans et sept mois d’emprisonnement tandis que Conneau détourne l’attention des sentinelles. Ce dernier écopera de trois mois supplémentaires d’enfermement pour son aide. Arrivé à Saint-Quentin, Louis-Napoléon est rejoint par son valet Charles Thélin avec des vêtements et son chien Ham. Lorsque la supercherie est découverte au fort de Ham, ils sont déjà arrivés à Bruxelles.

Derniers moments d’exil Modifier

Ils se rendent aussitôt à Londres où ils arrivent le 27 mai mais n’obtiennent de passeport d’aucun pays pour voyager jusqu’à Florence. Ainsi, Louis Bonaparte meurt le 25 juillet 1846 sans que son fils ne l’ait revu. Louis-Napoléon, initialement classé cinquième dans l’ordre de succession, est devenu au fil des années l’héritier premier au trône impérial avec les disparitions successives des autres prétendants, à savoir Napoléon-Louis en 1831, Napoléon II en 1832, Joseph en 1844 et Louis en 1846 (au début des années 1830, son frère Joseph l’avait écarté de la succession en abolissant le sénatus-consulte de l’an XII).

A Londres, Louis-Napoléon renoue avec les habitudes qui étaient les siennes dans la capitale britannique avant son coup de Boulogne. Il retrouve la haute société comme Benjamin Disraeli et Charles Dickens et rencontre des libéraux. Il vit notamment une histoire amoureuse avec une certaine Elizabeth Ann Haryett dite Miss Howard. A travers la presse française, il constate l’affaiblissement de la monarchie de Juillet, gangrenée par les scandales, l’opposition et la crise économique. Lorsque la révolution de 1848 éclate, alors que des voix se font entendre en France pour un retour de Louis-Napoléon, le prince rentre en France, tandis que Louis-Philippe Ier fait le même chemin en sens inverse. Il refuse de prendre la tête d’une révolte locale et se dirige directement vers Paris. Alphonse de Lamartine et son gouvernement provisoire, nouvellement installés, sont trop embarrassés pour recevoir le revenant. Ce dernier rentre finalement en Angleterre, en misant sur la désillusion progressive du nouveau régime.

Retour en France Modifier

Les élections législatives d’avril 1848 consacrent une victoire des républicains modérés. Louis-Napoléon ne s’est pas porté candidat mais Victor de Persigny a néanmoins déposé une candidature à son nom, sans qu’elle ne permette son élection. Trois de ses cousins sont élus à l’Assemblée nationale constituante : Napoléon-Jérôme Bonaparte, Lucien Murat et Pierre-Napoléon Bonaparte. Aux élections complémentaires qui suivent, Louis-Napoléon n’est toujours pas candidat mais les bonapartistes remportent des succès en étant élus dans trois départements, (Seine, Yonne et Charente-Inférieure), et recueillent de bons résultats dans la Sarthe, au terme d’une campagne menée à force de clubs, d’affiches et de propagande, et portée par des thèmes tels que la souveraineté populaire et l’aide aux pauvres. En réaction, le gouvernement provisoire rend illégaux les rassemblements bonapartistes et Lamartine fait voter la prolongation de l’interdiction d’entrée de Louis-Napoléon sur le territoire français au prétexte d’échauffourées devant le parlement le 12 juin. Les élections en Charente-inférieure sont cependant validées par Jules Fabre (qui pense que Louis-Napoléon sera absorbé par la République), puis il s’avère que l’exploitation des bagarres par Lamartine a été exagéré puisqu’il n’y a pas eu de blessé comme il l’a prétendu, alors il se trouve une forte majorité, composée de nuances diverses, comme des indignés, des opposants au gouvernement, des républicains, des légitimistes ou bien des orléanistes, pour valider les résultats des élections. Toutefois, Louis-Napoléon préfère la démission le 18 juin, alors qu’il remporte une élection en Corse le même jour.

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Le nouveau régime se heurte à une première crise, en buttée sur les Ateliers nationaux qu’il doit fermer, poussant à un soulèvement à Paris, que le général Eugène Cavaignac réprime dans le sang. Faisant fi des commentaires de certains le présentant comme le responsable de cette révolte, Louis-Napoléon franchit le pas et se présente aux législatives intermédiaires de septembre 1848. Il est élu, au terme d’une campagne modérée, dans les quatre départements précédents et en Moselle, et récolte des résultats prometteurs ailleurs, que ce soit dans le Rhône ou le Nord, en Gironde ou dans l’Orne, et aussi à Mayence. Louis-Napoléon peut désormais rentrer en France, mettant un terme à trente-trois ans d’exil, pour siéger à l’Assemblée chez les républicains modérés pour l’Yonne. Il est pourtant un député absent, n’étant d’aucune commission, adhérant seulement au comité d’instruction publique. Le 11 octobre, son interdiction de présence en France est levée.

Le 25 octobre, le ministre de l’Intérieur Jules Dufaure accuse Louis-Napoléon de fomenter des complots et alimente diverses rumeurs. Ce dernier annonce sa candidature à l’élection présidentielle le lendemain à l’Assemblée : « De quoi m’accuse-t-on ? D’accepter du sentiment populaire une candidature que je n’ai pas recherchée. Eh bien ! oui, je l’accepte, cette candidature qui m’honore ». Il organise son équipe, en faisant de Jean-François Mocquart sont secrétaire et de Persigny son directeur de campagne, en dédiant D’Almbert au réseau des intellectuels et Émile Félix Fleury à l’armée, en faisant également de ce dernier son garde du corps. Il a recours à une intense propagande et reçoit le soutien de La Liberté. Il consulte dans différents milieux, chez les conservateurs, chez les catholiques, et même chez les socialistes, recevant d’ailleurs le soutien de Victor Hugo et de son journal L’Évènement. Sur le plan des idées, ce sont le suffrage universel, le progrès social et les valeurs de travail et de réconciliation qui dominent la campagne. Pour lever l’ambigüité, il rappelle son attachement à la République et à ses institutions définies par la nouvelle constitution du 4 novembre 1848, à savoir un partage égal du pouvoir entre l’exécutif et le législatif, un partage qui a été décidé par crainte de Louis-Napoléon et de la Convention nationale, d’où le refus d’une domination de l’un ou l’autre. Il se tourne en particulier du côté de l’armée et de la bourgeoisie, et engage une promesse intéressante de rétablir le pape Pie IX sur son trône à Rome alors qu’il a été chassé par les républicains. En fin de campagne, son plus sérieux adversaire, Eugène Cavaignac, est mêlé à un scandale lié aux décorations et, pour parfaire cet état, les attaques récurrentes de la presse à l’égard de Louis-Napoléon lui permettent d’apparaître en victime et de focaliser sur lui la campagne. Les 10 et 11 novembre, les résultats sont sans appel : pour une participation de 76%, le prince recueille 74,5% des suffrages, soit plus de 5,5 millions pour 7,4 millions de participant. Louis-Napoléon Bonaparte devient, à 40 ans, le premier président de la République française. Ses électeurs se situent dans la noblesse et dans la paysannerie, à une époque où la France rurale représente les deux tiers du pays. Arrivé en tête dans toute la France, sauf dans le Var, les Bouches-du-Rhône, le Finistère et le Morbihan, il recueille notamment 58% des voix dans la capitale. Chez ses adversaires, Cavaignac totalise 1,5 million de voix, Alexandre Ledru-Rollin 400 000, le Dr. François Vincent Raspail 40 000, Lamartine tombe à 20 000, puis Nicolas Changarnier ferme la marche avec 5 000 voix. François Guizot commente : « C’est beaucoup d’être à la fois une gloire nationale, une garantie révolutionnaire et un principe d’autorité ».

Président de la République Modifier

Premiers pas Modifier

Son serment est avancé de deux jours. Le 20 décembre, il remplit son devoir : « En présence de Dieu et devant le peuple français, représenté par l’Assemblée nationale, je jure de rester fidèle à la République démocratique, une et indivisible, et de remplir tous les devoirs que m’impose la Constitution ». Dans la déclaration qu’il prononce ensuite, il s’engage au respect de la République et de la démocratie.

C’est cependant un parfait novice sans relation qui prend les rênes de la France. Il s’entretient avec Lamartine, lequel lui indique Odilon Barrot. Barrot devient ainsi chef du gouvernement, en même temps qu’il détient le portefeuille de la Justice. Le cabinet se compose d’un légitimiste à l’Instruction publique et aux Cultes, d’un républicain au Commerce et à l’Agriculture, tandis que tous les autres postes sont détenus par des orléanistes (Intérieur, Affaires étrangères, Guerre, Finances et Travaux publics). Le président fait l’expérience de gouverner la France selon les institutions de la Deuxième République : un conflit éclate entre lui et le gouvernement, menant aux démissions de Léon de Maleville pour l’Intérieur et de Jacques Alexandre Brixio pour l’Agriculture et le Commerce. Il tente bien de calmer le jeu mais ne peut empêcher ses ministres de profiter de leurs droits, n’hésitants pas à décider entre eux et à poser des ultimatums au président. Maigre succès, Louis-Napoléon Bonaparte parvient à imposer Henri Georges Boulay de la Meurthe à la vice-présidence. Pour le reste, Louis-Napoléon choisit de s’entourer de fidèles. Il nomme Jean-François Mocquart chef de cabinet et Claude-Nicolas Vaudrey aide de camp, place Napoléon-Jérôme à Madrid, Mathilde Bonaparte occupe le rôle de maîtresse de maison au palais de l’Élysée et Ferdinand Barrot celui de secrétaire à la Présidence. Victor de Persigny et Émile Félix Fleury figurent également parmi les hommes forts du régime.

Question romaine Modifier

Dans sa campagne électorale, Louis-Napoléon Bonaparte s’était engagé à défendre le pape Pie IX, écarté de Rome par les républicains et habitant à Gêne depuis. La France, plus grande puissance catholique, réagit par un vote de crédits par l’Assemblée afin de permettre une médiation militaire. Le général Nicolas Oudinot lance une offensive sur la capitale italienne le 30 mai 1849, à la demande du ministre des Affaires étrangères, mais subit un revers qui n’est pas pour décourager le président, lequel estime qu’il en va de l’honneur militaire de la France, et qui lui fait savoir par une lettre qu’il envoie des troupes supplémentaires, et qu’une nouvelle attaque doit avoir lieu. Elle arrive en effet le 3 juin. A ce moment-là, le paysage politique à l’Assemblée à a été modifié par les élections législatives du 13 mai 1849, qui ont permises le maintien du parti de l’ordre, alliance de légitimistes, d’orléanistes et de bonapartistes (450 élus), mais a vu une progression importante des républicains avancés dits « démoc-soc » (210), tandis que les républicains modérés ont obtenus 70 à 80 sièges. Alexandre Ledru-Rollin a vu dans cette nouvelle offensive une violation de la constitution et a organisé des manifestations qui ont été réprimées. Ledru-Rollin a fuit au Royaume-Uni, tandis que des lois anti-rouges touchant aux associations ou à la liberté de la presse sont actées. Le rétablissement du pape est l’occasion pour le souverain pontife de mener une politique réactionnaire qui mécontente Louis-Napoléon Bonaparte. Le président y voit un dévoiement d’une intervention militaire dont les buts étaient la liberté et l’ordre.

Politique sociale Modifier

Louis-Napoléon Bonaparte est à l’origine d’un certain nombre de mesures sociales dès sa présidence comme l’assainissement des logements insalubres, la création de la Caisse nationale des retraites pour la vieillesse, la formation d’une police sanitaire, la mise en place d’une assistance judiciaire gratuite pour les travailleurs les plus pauvres, et la réorganisation des hospices et des hôpitaux.

Dans la période de « dictature légale » établie entre le coup d’État et l’Empire, sa politique sociale est telle que son critique Karl Marx (Le Dix-huit Brumaire de Louis-Napoléon) peine à la dénoncer. François Guizot y voit « le triomphe complet et définitif du socialisme » et Pierre-Joseph Proudhon s’exclame « Nous sommes en plein socialisme ». Le travail est désormais interdit le dimanche et les jours fériés, des organismes de crédits fonciers sont créés afin de permettre l’allègement du coup de la dette hypothécaire qui affecte par exemple les paysans. Un corps d’aumôniers dispense désormais la dernière prière aux pauvres à Paris et les monts-de-piété sont réorganisés pour empêcher les escroqueries et l’ouverture de succursales. Il fait ouvrir un bureau de placement à Paris et autorise à se former les sociétés de secours qui servent à l’entraide pour les blessés. Cependant, il ne pousse pas son réformisme au-delà pour ne pas s’aliéner les conservateurs et les orléanistes alors qu’il n’est déjà plus soutenu par les républicains et les socialistes. Il ne peut non plus espérer un appui du Conseil d’État où il passe, selon les mots du député Alfred Darimon, « pour un utopiste » : « Toutes les fois qu’arrive au grand Rôle un projet contenant l’estampille du cabinet de l’Empereur, on le rogne, on le taille, on le châtre, on l’arrange de telle façon qu’il est voué à un avortement certain. Que de projets restés ainsi à l’état de lettre morte ! ».

Retour en force du camp bonapartiste Modifier

En octobre 1849, trois ministres sont remerciés. Ce sont le chef du gouvernement Odilon Barrot, le chef de la diplomatie Alexis de Tocqueville et le ministre de l’Instruction publique Alfred de Falloux. Le nouveau gouvernement dirigé par le général Alphonse Henri d’Hautpoul, doit permettre de mettre fin à l’échec de la « fusion des nuances » en nommant des personnalités sans parti.

Aux élections complémentaires du 10 mars 1850, les « rouges » démontrent une réelle capacité de résistance en conservant vingt députés sur les trente que comptait l’Assemblée précédente. Le ministre de l’Intérieur, Pierre Jules Baroche, met en place une série de lois, telles que la restriction de la presse, la condamnation des accusés de la journée d’émeute au palais Bourbon du 15 mai 1848 et de celle du 13 juin 1849 qui s’opposait à l’expédition à Rome, mais surtout une loi « du 31 mai » mettant à l’écart un tiers des suffrages. Sont visés les « rouges », ceux qui organisèrent et participèrent aux deux journées de manifestation.

Dans le même temps, le camp bonapartiste attire de nombreux ralliements. Alors que Louis-Napoléon Bonaparte est en conflit avec l’Assemblée, que légitimistes et orléanistes s’avèrent déçus par l’absence de fusion, sa popularité ne faiblit pas. Il réalise seize déplacements en province en quatre ans de présidence, visitant cinquante départements.

Crise ministérielle Modifier

Ses relations avec le gouverneur d'Algérie et député Nicolas Changarnier se détériorent gravement sans qu’il ne puisse agir car il risquerait un conflit avec l’Assemblée, laquelle le suspecte de vouloir intenter un coup d’État. Cette idée lui a été soufflée à plusieurs reprises par Changarnier lorsqu’ils s’entendaient sans qu’il ne l’approuve. Quand la presse révèle à travers La Patrie, le 2 janvier 1851, que Changarnier a donné de indications à l’armée de n’obéir qu’à ses ordres, et que le général assume le lendemain à l’Assemblée, Louis-Napoléon considère qu’il doit être écarté. Il est alors désavoué par son gouvernement qui démissionne, ouvrant une véritable crise. Le président menace de créer un gouvernement qui serait composé d’inconnus, de personnes hors du champ parlementaire. Les ministres reviennent à lui, le général Jean Paul Adam Schramm est remplacé à la Guerre par Auguste Regnaud de Saint-Jean d’Angély, lequel consent à signer l’ordre de révocation de Changarnier le 9 janvier. Le législatif riposte par l’élection d’une commission qui blâme le président et le gouvernement. N’ayant pas obtenu la confiance lors du vote, le gouvernement tombe et il s’en crée un nouveau, fait d’inconnus, appelé le Petit ministère.

Tentative de réforme constitutionnelle Modifier

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Le rapprochement imminent d’une nouvelle élection présidentielle, qui doit se tenir l’année suivante, en 1852, n’est pas sans provoquer des tensions. Une nouvelle percée des « rouges » est crainte, certains évènements ajoutant, comme le complot de Lyon en octobre 1850. Les conservateurs, comme Auguste Romieu et Viel Castel, soutienne Louis-Napoléon Bonaparte. Le président sortant ne peut se représenter, ainsi que le conditionne la constitution. Les craintes d’un coup d’État de la part du dignitaire de la fonction sont nourries. Il reçoit un million et demi de signatures en soutien dans une pétition, tandis que ses potentiels adversaires, comme Alexandre Ledru-Rollin, le comte de Chambord ou le prince de Joinville, ne bénéficient pas du même soutien. Il commence par séduire l’Assemblée, par l’intégration de nouveaux membres dans son gouvernement qu’elle ne saurait renier. Elle consent à lui permettre d’être réélu et propose même un mandat de dix ans, ce que Louis-Napoléon Bonaparte accepte et qu’une commission vote par neuf voix contre six. Mais au Parlement, 87 voix manquent pour obtenir la majorité aux trois quart nécessaires pour une révision constitutionnelle. Alors, au moins dès août 1851, Louis-Napoléon songe à faire un coup d’État.

De la République à l’Empire Modifier

Préparation du coup d’État Modifier

La forme de la prise de pouvoir, celle d’un coup d’État, est arrêtée dans une réunion à Saint-Cloud le 20 août 1851. Le camp bonapartiste s’est trouvé un général pour mener à bien l’opération, en la personne d’Armand Jacques Le Roy de Saint-Arnaud. Seul un noyau dur est informé de ce qui se trame : Louis-Napoléon Bonaparte, Victor de Persigny, Henri Conneau, Charles de Morny, Émile Félix Fleury, Saint-Arnaud, Pierre Carlier, Jean-François Mocquard et le général Bernard Pierre Magnan. Des fidèles sont placés à des postes clés dans l’armée, comme le commandant en chef et le chef d’État major de la Garde nationale. L’ « opération Rubicon » est prévue pour le 2 décembre 1851, anniversaire du sacre de Napoléon Ier, quarante-sept ans après qu’il ait eu lieu.

Coup d’État du 2 décembre 1851 Modifier

Le soir du 1er décembre, Louis-Napoléon Bonaparte ne déroge pas à sa présence au bal traditionnel à l’Élysée. A 22 heures, une dernière réunion se tient entre des protagonistes dont le président.

Dans la nuit, le préfet de Police Charlemagne de Maupas ordonne aux 48 commissaires de police d’arrêter les opposants au motif d’un complot républicain. Parmi les 78 personnes prises se trouvent Adolphe Thiers, Eugène Cavaignac, Nicolas Changarnier, des Montagnards… Dans la nuit, l’armée investit des lieux clés de Paris comme l’hôtel de Ville, le Palais national, les Champs-Élysées, le Quai d’Orsay ou bien les abords de l’Élysée. A 6h30, on sort pour placarder sur les murs deux proclamations, l’une adressée au peuple et l’autre à l’armée, qui ont été imprimées dans la nuit par des ouvriers non-informés. Le lendemain, ces proclamations sont accueillies dans l’indifférence, parfois dans la satisfaction. Lorsqu’il sort à cheval dans Paris à 10h00, Louis-Napoléon Bonaparte est quelques fois salué par la population mais l’atmosphère générale est celle d’une tranquillité indifférente. La réaction vient de dizaines de parlementaires qui, dans la matinée, échouent à prendre le Palais national parce qu’ils sont expulsés par les troupes. 300 se réunissent dans une mairie et votent la déchéance du président, lequel est accusé d’avoir attenté au parlement, et projettent également de s’en remettre à la Garde nationale et à la Haute Cour de justice. Mais 220 des parlementaires sont arrêtés et la Haute Cour ne peut remplir ses fonctions puisque ses membres sont expulsés de l’endroit. Des Montagnards se retrouvent et forment un comité qui rassemble notamment Victor Schœlcher, Hippolyte Carnot, Victor Hugo et même Napoléon-Jérôme Bonaparte. Ils projettent de soulever le peuple des quartiers est de Paris mais se heurtent aux réticences de la population qui garde en mémoire la répression de juin 1848. Quelques barricades sont échafaudées, une personne y laisse sa vie, un parlementaire du nom de Jean-Baptiste Baudin. A l’Élysée, Louis-Napoléon est à la peine pour former un gouvernent, car certains comme Eugène Rouher et Achille Fould veulent attendre de connaître l’évolution de la situation pour se déterminer.

Plusieurs soulèvements éclatent le 4 décembre. Louis-Napoléon Bonaparte, en proie à la crainte, songe à se retirer à l’Élysée et se battre jusqu’au bout, mais l’ordre donné à l’armée de tirer l’après-midi vient dénouer la situation. Chacune des barricades tombe, une centaine de personnes perdent la vie dans les fusillades sur les boulevards, et plusieurs centaines de blessés sont à déplorer, mais les chiffre sont bien inférieurs à ceux de juin 1848. Le calme revient le lendemain. Ce sont ensuite des dizaines de révoltes qui naissent dans les faubourgs et les campagnes de vingt-sept départements, émanant d’ouvriers redoutant la disparition de la République sociale par ce coup d’État. Toutefois, le bénéficiaire est à nouveau le président puisque, outre la répression, il voit les notables légitimistes et libéraux rejoindre sa cause, effrayés qu’ils sont des scènes de pillages, de viols et de meurtres dont les descriptions ont été volontairement exagérées, de même que les parlementaires, qui sont sept à participer à un gouvernement de neuf personnes. La crise est définitivement terminée le 8 décembre.

Le plébiscite qui doit accompagner le coup d’État, fixé aux 20 et 21 décembre 1851, pose la question aux Français de savoir s’ils conservent leur confiance au chef de l’État et s’ils l’autorisent à établir une nouvelle constitution qui serait basée sur la proclamation placardée le 2 décembre dans Paris. L’opposition a été significativement écartée (déportés ou bien exilés), la presse hostile censurée, sans oublier qu’un tiers du territoire est toujours en état de siège. Mais cela ne doit pas faire oublier que la majorité des Français, comme les puissances étrangères d’ailleurs (Royaume-Uni excepté), sont satisfaits du coup d’État pour des raisons diverses : peur de la percée des « rouges », besoin de sortir d’une impasse constitutionnelle, volonté de se débarrasser d’une Assemblée honnie. Dans ces conditions, rejeter la voie proposée par le président reviendrait à conduire la France dans le néant. Ainsi, avec seulement 1,4 million d’abstentionnistes, le plébiscite est emporté par quelques 7 439 216 voies contre 640 737, ces dernières se situant essentiellement dans les grandes villes et en particulier dans Paris. Le vainqueur proclame « La France […] a compris que je n’étais sorti de la légalité que pour rentrer dans le droit ». A sa demande, un Te Deum est célébré en la cathédrale Notre-Dame de Paris pour l’an de grâce 1852.

Régime d’exception Modifier

Un comité chargé de rédiger la constitution réunit le comte Charles de Flahaut, Victor de Persigny et trois juristes, Eugène Rouher, Raymond-Théodore Troplong et Jacques-André Mesnard. Le travail achevé le 14 janvier 1852 rend compte d’un texte reconnaissant les principes de 1789 et inspiré de la constitution de l’an VIII, doté de cinquante-huit articles axés autour de quatre points que sont la souveraineté populaire, un chef d’État fort nommé pour dix ans, des ministres dépendants uniquement du président, et un corps législatif composé de trois assemblées, de telle sorte qu’aucune ne puisse acquérir une puissance suffisante pour défier l’exécutif.

Dans l’immédiat, la France connaît un régime d’exception qui peut être rapproché de la dictature romaine, durant lequel Louis-Napoléon Bonaparte remet des décorations et gouverne par décrets, en même temps qu’il enregistre nombre de ralliement dont celui pas banal de l’Église. Le Sénat est remplit de gens acquis à sa cause, que se soient la famille Bonaparte, les noblesses d’Empire et d’Ancien régime, des banquiers, des ministres, des haut-fonctionnaires, etc.

Concernant ses adversaires parlementaires, un décret du 9 janvier 1852 les divise en trois catégories : cinq montagnards sont déportés ou condamnés à la déportation en Guyane (mais seul un sera concerné et ce sera en Algérie), soixante six catalogués socialistes sont jugés dangereux et sont donc expulsés (ex : Victor Hugo, Edgard Quinet, Victor Schœlcher) et dix-huit autres, républicains ou orléanistes, sont éloignés du territoire français. Cependant, Louis-Napoléon Bonaparte se veut sincèrement généreux, encourage la politique pratiquée par Quentin-Bauchart, et crée une commission dont le but est d’examiner les demandes de clémence. En revanche, 26 000 particuliers sont purgés : déportés en Guyane ou en Algérie, exilés ou placé en résidence surveillée, le tout sans procès. Un ministère de la Police est créé pour sonder l’état de l’opinion, faire remonter au prince-président les informations que ses ministres pourraient éventuellement lui cacher, contrôler la presse et faire la propagande du régime, et déjouer les complots. Le 22 janvier, il prend un décret qui oblige Louis-Philippe Ier à vendre ses biens et qui nationale ceux des enfants. Cette violation de la propriété choque jusqu’à son gouvernement dont quatre membres démissionnent (Eugène Rouher, Achille Fould, Pierre Magne, Charles de Morny). Au sujet de la presse, il rétablit la demande d’autorisation pour qu’un journal existe, le décret pour pouvoir en suspendre un et celui pour pouvoir exercer le métier de libraire et d’imprimeur. Le délit de presse ne conduit plus devant le jury populaire mais devant le tribunal correctionnel. Les associations et les réunions sont interdites, la fonction publique purgée, les enseignants doivent prêter serment et les préfets reçoivent de vrais pouvoirs supplémentaires comme accorder ou non des financements et renvoyer des maires.

Les premières élections depuis le coup d’État, les législatives du 29 février et du 1er mars 1852, se déroulent dans le même climat que celui du plébiscite, avec des légitimistes qui préfèrent suivre la consigne du comte de Chambord de s’abstenir et des républicains frileux pour se présenter, le tout sur fond d’une réforme territoriale qui vise à défavoriser l’adversaire. Les candidats bonapartistes ont été choisis par le gouvernement et non les comités, de façon à éviter la forme d’un parti, et viennent souvent de l’orléanisme. Avec une abstention s’élevant à 37%, les bonapartistes raflent 249 sièges sur 261. Les douze restants seront occupés par trois républicains, quatre légitimistes, trois indépendantistes et deux royalo-catholiques, dont beaucoup démissionnent pour ne pas prêter serment.

Peu à peu, la République s’efface dans ses symboles, comme la devise Liberté, Égalité, Fraternité qui est effacée des frontons des bâtiments publics, Marianne dont l’effigie sur les timbres et la monnaie disparaît au profit de celle de Louis-Napoléon Bonaparte désormais appelé le « prince-président », le Code civil redevient Code Napoléon. On ne célèbre plus la proclamation de la République mais la Saint-Napoléon le 15 août. Un tournant aux aspects royalistes est entreprit, que ce soit par la tenue de grandes fêtes ou le déménagement aux Tuileries, lieu dans lequel Louis-Napoléon Bonaparte organise la cession parlementaire du 29 mars 1852 et non au Parlement, et y annonce la levée de l’état d’urgence.

Pourtant, dans le fond, le chef de l’État n’est pas prêt à passer au changement de régime. Il redoute les réactions à l’étranger, dans les chancelleries qui pourraient ne pas vouloir du retour d’un Napoléon sur le trône de France et moins encore d’une remise en cause du congrès de Vienne. Mais Victor de Persigny, de son côté, est un fervent partisan d’un retour à l’empire et il organise une tournée du président en province sans tenir compte des consignes de ce dernier qui le veut sincère pour connaître l’état d’esprit de l’opinion. Le 14 septembre, il commence ses déplacements qui doivent le conduire dans le Centre et dans le Midi, terres les plus hostiles à son pouvoir, dans un mélange de foules, de banderoles et de fêtes, tandis que les démocrates sont arrêtés et les soldats de l’Empire rappelés. A Lyon, Louis-Napoléon Bonaparte comprend la situation et blâme Persigny à Rouanne, lequel ne fait pourtant que redoubler d’efforts. L’immense succès rencontré, que ce soit à Grenoble ou à Valence, à Avignon ou à Marseille, convainc cependant le prétendant qui le fait savoir lors de son passage à Bordeaux, lorsqu’il déclare dans un texte reprit par Le Moniteur le 9 octobre « Jamais peuple n’a témoigné de manière plus directe, plus spontanée, plus unanime la volonté de s’affranchir des préoccupations de l’avenir, en consolidant dans la même main un pouvoir qui lui est sympathique. La France semble vouloir revenir à l’Empire ».

Rentré le 16 septembre, il fait convoquer le Sénat le 4 novembre qui, face à l’évidence, vote en faveur de la modification de la constitution. Trois jours après, il vote un sénatus-consulte par 426 voix contre une (celle de Narcisse Vieillard qui est pardonné par son ami) pour l’organisation d’un plébiscite autour du rétablissement d’un empire héréditaire. Les 21 et 22 novembre, 2 062 798 abstentionnistes n’empêchent pas le succès triomphale du oui par 7 824 129 voix contre seulement 253 145, un résultat que valide le Corps législatif, lui-aussi élu au suffrage universel. La presse fait état de la réaction de Victor Hugo : « tout citoyen digne de ce nom n’a qu’une chose à faire, charger son fusil et attendre ». Le 1er décembre, les grands corps de l’État viennent porter à Saint-Cloud les résultats au devant de celui qui se fait désormais appeler Napoléon III, par respect pour le duc de Reichstadt qui n’a certes pas régné mais qui fut désigné par Napoléon Ier comme son successeur. Il a renoncé à se faire appeler « Napoléon V » car cela aurait signifié la négation du congrès de Vienne et donc de l’interruption de la succession napoléonienne. Le lendemain, le décret proclamant l’Empire est publié, et la constitution de la République décennale légèrement modifiée pour coller à celle de l’Empire. Le pape qu’il avait replacé sur le trône consent à le sacrer mais pose ses conditions, à savoir tenir la cérémonie à Rome, une place qui risque de rappeler les aventures du prince en 1830, et assouplir le Concordat à l’égard de l’Église, ce qui renierait l’héritage de son oncle et la laïcité. L’idée du sacre est donc abandonnée. Napoléon III passe sous l’Arc de Triomphe aux cris des vivats pour rejoindre les Tuileries. Londres, bien qu’hostile, est résignée à reconnaître le nouveau régime, entraînant derrière elle Vienne, Berlin et Saint-Pétersbourg, dont l’empereur Nicolas Ier est pourtant le plus réticent des monarques à l’égard de l’Empereur des Français.

Empereur des Français Modifier

De l'Empire autoritaire à l'Empire libéral Modifier

L’opposition au régime Modifier

La presse fait l’objet d’une surveillance accrue qui encourage à l’autocensure, mais elle reçoit plus d’avertissements qu’elle ne connait de suppression de journaux. Le régime laisse tout de même exister quelques journaux d’opposition pour ne pas prêter le flan aux critiques : l’orléaniste Journal des débats, les libéraux Le Courier du dimanche et La Presse, ou encore le républicain et anticlérical Le Siècle.

Côté intellectuels, plusieurs personnes connaissent l’exil comme l’écrivain Victor Hugo, le journaliste et historien Adolphe Thiers et le philosophe Charles de Rémusat. Les œuvres du premier comme Napoléon le Petit et Les Châtiments entrent en France dissimulés dans des pendules, des bustes en plâtre voire des doublures de veste. Cependant, des lettres qui aurait pu être nuisibles à la réputation littéraire de Victor Hugo ne furent jamais publiées par Napoléon III. Des salons, comme ceux de Mesdames Dosne, d’Haussonville, de Montalembert et d’Agoult, sont des lieux hostiles au Second Empire. L’Académie française devient un refuge pour une opposition libérale, où sont élus des opposants tels que le député Pierre-Antoine Berryer, l’évêque Félix Dupanloup, le journaliste Ustazade Silvestre de Sacy, l’ancien président du conseil Victor de Broglie, l’historien et homme politique Alfred de Falloux, l’homme de lettre Victor de Laprade et aussi l’abbé catholique libéral Henri Lacordaire. Les discours de réception deviennent prétexte à critiquer sous couvert le régime et son homme fort. A l’Académie des sciences morales et politiques, Napoléon III opère ce que d’aucuns ont nommé un « coup d’État académique » en créant avec Hippolyte Fortoul une section où siégeront dix membres nommés par le pouvoir.

A plusieurs reprises, Napoléon III amnistie des exilés comme à son mariage ou au baptême de son fils, à l’occasion des 15-Août, jour de fête nationale comme pour le Premier Empire, comme c’est le cas notable d’Adolphe Thiers en 1852.

Complots et tentatives d’assassinat Modifier

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Le ministère de la Police, dirigé par Charlemagne de Maupas, doit faire face à un certain nombre de sociétés secrètes qui complotent dans le but de renverser le régime, à l’image de Solidarité révolutionnaire, Fraternité universelle, Jeune Montagne et surtout Marianne. Chaque année porte sont lot de complots, découverts et déjoués par le ministère pour la plupart (les conspirations de Marseille, des canons ou des incendiaires), mais d’autres manquent de peu de réussir :

  • 5 juillet 1853 : une quinzaine d’hommes projetant d’ouvrir le feu sur Napoléon III à l’Opéra-comique sont arrêtés.
  • 1854 : découverte d’une bombe sur le chemin de fer du Nord que le train de l’empereur allait emprunter.
  • 28 avril 1856 : l’Italien Giovanni Pionari est arrêté et exécuté pour avoir tiré deux balles sur l’empereur alors qu’il passait à cheval sur les Champs-Élysées.
  • 26 et 27 août 1855 : 500 à 600 ardoisiers de la société secrète Marianne de Irélozé sont rapidement arrêtés les 26 et 27 août 1855 alors qu’ils tentaient de marcher sur Angers.
  • 8 septembre 1855 : un illuminé, Dieudonné Bellemare, tente d’assassiner l’empereur au théâtre.
  • Juillet 1857 : Paolo Tibaldi est arrêté et sont découverts chez lui des armes et des planifications d’assassinat. Il est déporté à Cayenne, en Guyane.
  • 14 janvier 1858 : alors que l’empereur et l’impératrice se rendent à l’opéra, trois explosions retentissent, faisant sauter la verrière de l’opéra et les fenêtres alentours, rendant inopérants les lampadaires, plongeant la rue dans le noir, faisant 12 morts et 156 blessés. Bien qu’un cheval ait envoyé la calèche impériale contre un mur du bâtiment, Napoléon III et Eugénie ne sont pas blessés et peuvent assister à la représentation de Massol. Parmi les auteurs arrêtés, Felice Orsini, qui imaginait ainsi instaurer une République qui aurait libéré l’Italie du joug autrichien, est exécuté le 13 mars avec son complice. Acceptant de mener une politique plus répressive, Napoléon III crée un conseil privé le 1er février. Au gouvernement, Adolphe Billaut est remplacé par Charles-Marie-Esprit Espinasse, plus répressif, avec une loi de « sûreté générale » élargissant la notion de « crime politique » et autorisant l’incarcération et l’expulsion de tous les condamnés et suspects depuis juin 1848, qui est votée par 31 voix contre 27 au Conseil d’État, 217 contre 24 à l’Assemblée grâce au talent de Charles de Morny et enfin au Sénat où il reçoit toutes les voix sauf celle de Patrice de Mac Mahon, avant d’être promulguée le 27 février 1858. Elle est mise en sommeil trois mois plus tard, puis Espinasse est remplacé par Claude Alphonse Delangle. L’attentat a eu un fort retentissement à l’étranger. Napoléon III demande au Royaume-Uni, à la Suisse, à la Belgique et au Piémont de poursuivre chez eux les conspirateurs. Mais au Royaume-Uni, Lord Palmerston échoue au parlement et doit démissionner.
  • 1862 : une dizaine de complots cette année.

Napoléon III est lui-même rétif aux dispositions de sécurité, comme les gardes du corps et le port d’une protection sous son gilet, le rendant ainsi vulnérable, ce qui explique pourquoi certaines de ses voitures ont été blindées à son insu.

Première libéralisation parlementaire et montée de l’opposition (1860-1862) Modifier

A partir de 1859-1860, les oppositions orléanistes, républicaines et libérales ressurgissent, les protectionnistes et les cléricaux frondent au parlement. Sensible à la critique du bonapartisme autoritaire et craignant pour la stabilité du régime, Napoléon III prend la direction des changements. Désormais, après le discours du trône, il est possible pour le parlement de débattre d’une adresse, c’est-à-dire un texte de critiques et de vœux que votent les parlementaires (décret du 24 novembre 1860). Le droit des amendements est élargit, trois ministres sans portefeuille se présentent devant le parlement pour y défendre la politique gouvernementale, la presse ne reçoit plus de simples résumés des séances mais des comptes-rendus. Bien qu’il ne s’agisse pas d’un véritable parlementarisme, elle suscite l’opposition des bonapartistes qui ne l’acceptent qu’à reculons. Les opposants y prédisent la fin du régime, comme Hyppolyte Carnot qui déclare « Un gouvernement qui abandonne son principe se suicide… » ou bien Émile Ollivier qui glisse à Charles de Morny « Si c’est une fin, vous êtes perdus ; si c’est un commencement, vous êtes fondés ». Aussi, il nomme son fidèle Victor de Persigny à l’Intérieur et il confie le ministère sans portefeuille à Pierre Magne, à Pierre Jules Baroche et à Adolphe Billault.

Le premier débat avec les nouvelles règles se tient en 1861 au sujet de la politique italienne, à une époque où l’Italie se recompose autour du Piémont, avec le périple de Garibaldi qui menace le Saint-Siège. L’assemblée se divise entre partisans et opposants au pouvoir temporel sur fond de resucée du courant clérical. Émile Ollivier confirme la même année : « Dans aucune assemblée républicaine ou monarchique, les actes du gouvernement n’ont été discutés avec autant de liberté et un tel éclat », à l’exemple du député alsacien Émile Keller, figure du catholicisme social, qui demande le 13 mars 1861 au sujet de l’Italie : « Êtes-vous révolutionnaire, êtes-vous conservateur, ou bien resterez-vous simplement spectateur du combat ? Vous avez reculé pas à pas devant Garibaldi, tout en vous proclamant son plus grand ennemi. […] D’une main, vous avez protégé le Saint-Siège, de l’autre dressé son acte d’accusation. […] Il est temps de regarder la révolution en face et de lui dire : tu n’iras pas plus loin ! ».

Les élections de 1863 marquent un tournant : malgré les précautions des bonapartistes (redécoupage des circonscriptions, refus d’investitures d’une quarantaine de candidats gênants, fortes pressions, fraude électorale), l’abstention s’élève à 27% et le vote pour les candidats officiels reste sensiblement le même, alors qu’il a triplé pour les opposants, réunis dans une « union libérale » de catholiques, de libéraux, de légitimistes et de républicains modérés, avec l’élection notable d’Adolphe Thiers. Elle provoque un revirement ministériel, la sortie de Victor de Persigny, le resserrement du cabinet autour d’Achille Fould, d’Adolphe Billault, de Pierre Jules Baroche et d’Eugène Rouher, ce dernier prenant le ministère sans-portefeuille pour remplacer des personnes jugées trop incompétentes. Le parlement se saisit des outils qui lui sont conférés depuis le 24 novembre 1860 pour critiquer l’empereur et déstabiliser son régime, comme la critique d’un emprunt pour l’expédition au Mexique ou bien 84 voix en faveur d’un amendement clérical. Napoléon III accepte des demi-concessions pour les libéraux au contact d’Émile Ollivier, un républicain qui se rapproche du régime à mesure qu’il se libéralise.

Nouveau souffle social (1862-1867) Modifier

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La libération des années 1861-1862 est jugée décevante, alors Napoléon III reprend son programme social pour les masses. Une batterie de mesures s’ensuit : création de la Société du Prince Impérial aidant financièrement les travailleurs dans le besoin, envoie et décoration d’une délégation ouvrière à l’exposition universelle de Londres en 1862, reconnaissance du droit de grève pour la première fois en France depuis 1791 par la loi du 25 mai 1864, autorisation de la prudhommale Association internationale, autorisation et financement en partie d’associations coopératives en 1866 comme les associations ouvrières. Victor Duruy, ministre de l’Instruction publique de 1863 à 1869, développe l’enseignement populaire comme l’instruction primaire (ex : la loi du 10 avril 1867 promet une aide aux communes pauvres pour qu’elles ouvrent des écoles) mais échoue dans son projet d’école gratuite et obligatoire. L’exposition universelle de 1867 à Paris est plus axée sur le social que sur l’économie, comme le bien-être de la population, et cinq dessins de Napoléon III représentant des maisons ouvrières sont primées à la remise des décorations du 1er juin. Grâce à lui, 325 000 personnes modestes bénéficient de réductions d’entrée.

Nouvelle vague libérale (1867-1868) Modifier

"Croyez-bien que ce qui me retient n’est ni l’incertitude ni une vaine infatuation de mes prérogatives, mais la crainte de m’ôter les moyens de rétablir dans ce pays troublé par tant de passions diverses l’ordre moral, base essentielle de la liberté. Néanmoins, pour frapper les esprits par des mesures décisives, je voudrais d’un coup établir ce qu’on a appelé le couronnement de l’édifice ; je voudrais le faire afin de ne plus y revenir, car il m’importe et il importe surtout au pays d’être définitivement fixé."

-Napoléon III, 12 janvier 1867.

Par le besoin de faire accepter la modernisation de l’armée, Napoléon III s’engage fin 1866 dans une libéralisation plus accrue du régime, sans jamais virer jusqu’au parlementarisme. Il supprime les adresses, jugeant trop vifs les débats qu’elles entrainent, pour les remplacer par un droit d’interpellation que les députés s’étaient déjà octroyé par eux-mêmes. Il conserve toutefois des ministres de la ligne autoritaire dans son gouvernement comme Adolphe de Forcade Laroquette à l’Agriculture et au Commerce, mais les changements intervenus ne sont pas du goût des parlementaires dont certains à droite forment le Cercle de la rue de l’Arcade. Jugeant les effectifs de l’armée insuffisants (450 000 pour 36 millions d’habitants), à l’heure où la menace est aggravée par la victoire prussienne à Sadowa, Napoléon III ne parvient pas à rendre le service obligatoire et le remplace par le projet Niel, celui d’un service de neuf ans pour les plus de vingt ans répartis en trois branches (armée active, réserve, garde nationale), qui provoque un tollé, suscitant des articles et des brochures, pour être finalement détricoté par le parlement. Le projet voté en janvier 1868 confirme les trois branches et les neuf ans mais rétablit le remplacement et donne de piètres résultats dans son application. L’année 1868 comporte nombre de lois d’évolution : libéralisation de la presse (11 mai), autorisation du droit de réunion sous condition (6 juin), acceptation des chambres syndicales (31 mars), création d’une caisse d’assurance pour les décès ou les accidents de travail (11 juillet), égalité de la parole de l’ouvrier et de l’employeur en justice (18 août).

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La loi sur la presse permet à 140 nouveaux titres de paraître, venant souvent grossir les rangs de l’opposition (Le Français catholique, Le Réveil jacobin, Le Peuple socialiste, etc.), prenant le contrepied de la presse financée par l’empereur et dirigée par Clément Duvernois (Le Peuple, L’époque). La Lanterne en particulier connaît le succès, dirigé par un virulent antibonapartiste, Henri Rochefort. Ce dernier, frappé d’une condamnation, est arrêté à la frontière mais libéré par Napoléon III, et se fait élire en Seine face à Hippolyte Carnot dans l’élection des 21 et 22 novembre 1869. Le procès de journal Le Réveil permet à un jeune avocat républicain, Léon Gambetta, de critiquer de coup d’État du 2 Décembre. Les élections de mai-juin 1869 sont remportée par les candidats officiels (4,4 millions de voix) mais les opposants réunissent beaucoup derrière eux (3,3 millions). Victor de Persigny perçoit que tout l’équilibre repose entre le choix du type d’Empire : entre 72 opposants et 80 bonapartistes autoritaires, 135 sont en flottement.

Dernière poussée vers l’Empire libéral (1869-1870) Modifier

Napoléon III se lance ensuite dans une nouvelle vague de réformes libérales, alors que le succès d’une pétition au Corps législatif lancée par le Tiers parti républicain démontre qu’une majorité de neuf voix peut bloquer un gouvernement rétif aux réformes. Napoléon III forme le 17 juillet 1869 son quatrième gouvernement depuis le coup d’État, alors que le précédent durait depuis le début de l’Empire le 2 décembre 1852, dans lequel le « vice-empereur » Eugène Rouher n’est pas, Victor Duruy non plus, mais Prosper de Chasseloup-Laubat est rappelé pour le Conseil d’État et œuvre à la mise en place de l’Empire libéral. Le sénatus-consulte du 8 septembre 1869, voté avec seulement neuf voix opposées, attribut plus de pouvoir et de capacités au parlement : le Corps législatif vote le budget en détail et détient la maîtrise des tarifs douaniers, peut user de l’amendement et de l’interpellation, le Sénat peut interpeller et suspendre provisoirement des lois votées par le Corps, un ministre peut être aussi parlementaire, mais il s’agit toujours d’un régime semi-parlementaire puisque l’empereur peut révoquer ses ministres et dissoudre le Corps.

A Adolphe de Forcade Laroquette qui lui dit « La France n’est pas faite pour la liberté », Napoléon III répond « Elle s’y fera ». Il confirme par son discours du 29 novembre 1869 en session extraordinaire du Corps législatif : « La France veut la liberté, mais avec l’ordre. L’ordre, j’en réponds ; aidez-moi, Messieurs, à fonder la liberté. Entre ceux qui prétendent tout conserver sans changements et ceux qui aspirent à tout renverser, il y a une place glorieuse à prendre ». Cinq mois après la formation du quatrième gouvernement de Napoléon III, un autre de centre-droit est mis sur pied le 2 janvier 1870, porté par Émile Ollivier, député du Var de 44 ans, avec huit députés à l’intérieur et deux de centre-gauche (Louis Buffet aux Finances et Napoléon Daru aux Affaires étrangères), pour consacrer l’« empire libéral naissant ». Georges Eugène Haussmann, symbole de l’empire autoritaire, est remercié, l’administration est purgée de ses membres sources d’excès, la presse se trouve ménagée et les orléanistes séduits (François Guizot et Odilon Barrot sont associés au travail parlementaire). Un nouveau projet de loi de 45 articles souhaite attribuer de nouveaux pouvoirs au Sénat dont celui, notable, de présenter un candidat au trône en cas d’absence d’héritier. L’empereur devrait gouverner avec son gouvernement, le Corps législatif, le Sénat et le Conseil d’État mais conserverait son lien avec le peuple. Des changements aussi majeurs poussent Napoléon III a accepté le référendum demandé par Eugène Rouher et les sénateurs. Le oui, ardemment défendu par ses partisans, rassemble 7,3 millions de voix le 8 mai, alors que le non, soutenu par un camp divisé, n’en réunis que 1,5 millions, dépassé par le 1,9 million d’abstentionnistes. Cette victoire, permise par la France rurale, autorise ce commentaire de Napoléon III le soir : « Les adversaires de nos institutions ont posé la question entre la révolution et l’Empire. Le pays l’a tranché ».

Politique intérieure Modifier

Politique économique Modifier

Maintenant que la crise 1847, celle qui précipita la chute de la monarchie de Juillet, est résorbée, la France jouit d’une excellente situation économique. Au début des années 1850, son niveau de croissance atteint pratiquement les 4% et son taux d’investissement est le plus élevé du siècle. C’est le temps de l’essor du commerce et des grandes innovations, avec des prix et des profits élevés et un soutien aux ingénieux, aux savants et aux industriels. Le pays reçoit les 2/5 de l’or de Californie et d’Australie et bénéficie de la confiance des bourses. Il devient la deuxième puissance économique mondiale derrière le Royaume-Uni, avec sa capitale Paris comme vitrine. Napoléon III peut ainsi mener une grande politique bancaire, en fondant la première banque de dépôt français, le Crédit industriel et commercial (CIC) en 1859, suivie de maintes autres créations, le Crédit lyonnais en 1863, la Société générale en 1864 et la Banque de Paris en 1869. Il espère aussi étendre l’emprunt public après le succès du premier lors de la guerre de Crimée. L’économie n’est plus administrée par trois ministères mais par deux que sont l’Intérieur, lequel comprend le Commerce et l’Agriculture, et les Travaux publics, avant que ce ministère ne récupère les deux compétences de l’Intérieur. Des ports sont construits pour commercer à Marseille, à Bordeaux, à Saint-Nazaire, à Brest, au Havre et à Dunkerke. Le Parlement vote une loi pour subventionner trois lignes transatlantiques partant de Bordeaux, de Saint-Nazaire et du Havre.

Après avoir défendu un protectionnisme progressif au fort de Ham, Napoléon III s’est converti au libre-échange à Londres et après les lectures de Jean-Baptiste Say, de Frédéric Bastiat, d’Adolphe Blanqui et de Michel Chevalier. En février 1855, le libre-échangiste Eugène Rouher est nommé au ministère de l’Agriculture, du Commerce et des Travaux publics. En vertu de la constitution qui lui permet de décider des traités de commerce et d’en modifier les tarifs, Napoléon III diminue les droits de douane qui pèsent sur l’entrée du fer et du charbon et s’engage dans un processus de réchauffement des relations franco-britanniques, tendues après les épisodes italiens et indochinois de 1859. Il accomplie des démarches personnelles pour un accord puis se rallie au traité de proposé par Michel Chevalier au chancelier de l’Échiquier William Ewart Gladstone. Préparé par Chevalier, Rouher, l’industriel et politique libéral Richard Cobden et l’ambassadeur britannique en France Lord Cowley, le traité est signé le 23 janvier 1860 et prévu pour durer dix ans avec la possibilité de le renouveler mais provoque la colère des industriels et des ouvriers. Il remplace les prohibitions par des droits modérés de 30% au maximum. D’autres traités de libre-échange sont signés avec la Belgique et l’empire ottoman en 1861, la Prusse en 1862 et l’Italie en 1863. Quatre décrets de même natures s’étendent jusqu’en Algérie en 1860 et la fin du système de l’exclusive par la loi du 31 juillet 1863 permet aux colonies de commercer en dehors de la métropole. Cette politique libre-échangiste n’est pas socialement avantageuse mais permet la modernisation de l’industrie et le développement du commerce, et par là l’excédent croissant des capitaux à l’étranger.

Napoléon III accepte de nommer Achille Fould aux Finances car son refus de l’y placer a donné cours à la dérive budgétaire. Il l’appelle pour appliquer son programme de Tarbes et un sénatus-consulte du 31 décembre 1861 autorise le parlement à examiner et à voter le budget. Il permet le retour de la confiance des marchés financiers. Une grave période de récession commence en 1866, marquée par l’apparition du choléra et le retour des inondations après celles du printemps 1856. La crise atteint le coton et les hauts-fourneaux, provoque la montée du chômage et l’inflation des prix du pain, fait chuter Pereire et liquide le Crédit mobilier en 1867. On assiste à certaines scènes d’émeutes comme à Roubaix le 16 mars 1867.

Modernisation de l’équipement français Modifier

C’est aussi le développement du télégraphe électrique. Les grandes villes sont ainsi reliées à Paris en deux ans et toutes les préfectures en 1855, puis le système est étendu aux acteurs économiques et au public. Ainsi, rien que dans l’année 1853, pas moins de 142 télégrammes sont échangés, soit trois fois plus que l’année précédente, et c’est dix fois plus encore en 1860. A l’international, il réussit à relier par des câbles télégraphiques sous-marins la France et le Royaume-Uni en 1850-1851. Une conférence à Paris en 1854 accouche de l’Union télégraphique de l’Europe de l’Ouest et une autre dix ans plus tard dans le même lieu de l’Union télégraphique internationale.

Il estime aussi important de développer les chemins de fer pour désenclaver les régions en retard, faciliter les déplacements de personnes et les échanges de marchandises, et stimuler les industries de fer et de charbons et celles de construction mécanique. Dans la mesure où le boum économique des années 1840 a été anéanti par la crise de 1847 et la révolution de 1848, la France a accumulé du retard sur ses voisins avec 300 870 kilomètres. Dès le 10 décembre 1851, le ministre des Travaux publics, Pierre Magne, obtient un accord avec les compagnies ferroviaire en ce qui concerne la banlieue parisienne. Le 2 janvier 1852, la ligne Paris-Lyon est concédée. En 1859, il est décidé que six compagnies se partageront le réseau principal fait de 9 500 kilomètres. Napoléon III tient à ce que toute la France bénéficie de cette nouveauté pour stimuler l’activité. En 1869, elle a rattrapé son retard et devance même la plupart de ses voisins avec un réseau de 17 440 kilomètres. Elle est aussi reliée à des pays étrangers comme la Belgique, l’Allemagne et l’Italie. Toutefois, les moyens de transport routier et maritime souffrent de cette concurrence.

Il s’engage aussi dans la revalorisation du territoire, comme la construction de canaux d’irrigation en Provence voire l’implantation de pins en Gironde. Il met en valeur des terres incultes en Sologne, en Champagne, en Gascogne, dans les Landes, dans la Brenne… En tout, c’est 1,5 million d’hectares cultivés en plus, qui permettent à la France d’atteindre son extension maximale historique en 1862 de 26,5 millions d’hectares.

Politique sociale Modifier

Napoléon III devenu empereur se rend au chevet des malades modestes de l’Hôtel-Dieu et du Val-de-Grace. Il prend l’initiative de visiter des usines et d’y décorer les patrons paternalistes et les ouvriers méritants. Les années 1850 sont marquées par de nombreuses lois de progrès social. Il améliore le traitement médical en légalisant la gratuité des consultations, en autorisant les visites à domicile dans les grandes villes et en créant un système de médecins cantonaux pour les campagnes. Il multiplie les crèches, les ouvroirs, les orphelinats et les salles d’asiles pour les ouvriers âgés et/ou infirmes. Dans le même temps, il remet en vigueur le livret ouvrier, création de l’Ancien Régime qui fut généralisée en 1803 au moment du Consulat, à la différence que l’ouvrier le conserve dorénavant avec lui et que l’employeur ne peut plus l’annoter de ses jugements. La politique menée n’est désormais plus celle d’avant prétendument « socialiste » du fait que Napoléon III ait changé son fusil d’épaule : la nouvelle stratégie poursuivie se base sur l’idée que le développement économique entraîne mécaniquement le bien-être des plus démunis.

Transformations de Paris et autres travaux urbains Modifier

Article détaillé : Transformations de Paris sous le Second Empire

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Napoléon III souhaite faire des travaux à Paris car il juge l’entassement propice aux épidémies, souhaite ouvrir la capitale aux chemins de fer et donner de l’emploi dans le secteur du bâtiment. Il le veut aussi pour faire de Paris le chef-lieu de l’Europe, lui qui avait écrit au fort de Ham « Je veux être un second Auguste, parce qu’Auguste […] fit de Rome une cité de marbre ». Le 9 octobre 1852, il annonce dans son discours-programme à Bordeaux la relance des travaux en France et en Algérie. Ses projets lui sont inspirés de ses années passées à Londres, des utopistes comme Charles Fourier et Étienne Cabet, les saint-simoniens du Globe, partisans de la destruction des îlots insalubres et de la création de grandes artères pour faire pénétrer l’air et la lumière, dans un Paris encore médiéval avec ses rues étroites et son mauvais éclairage. Il participe lui-même aux plans, à l’aide d’une carte qu’il avait ramené avec lui à Paris en 1848 sur laquelle il a indiqué les changements qu’il souhaitait mettre en œuvre lorsqu’il était président, des plans tracés avec des objectifs en tête : adapter la ville à son évolution démographique, attribuer de nouvelles infrastructures (gaz, omnibus, chemins de fer, embarcadères), transformer les quartiers insalubres en quartiers sains, faciliter l’accessibilité des troupes lors de troubles. Napoléon III parvient à ouvrir ses projets après avoir fait taire les critiques de ses ministres des Finances et remplacé le préfet de la Seine, Jean-Jacques Berger, par celui de Gironde, Georges Eugène Haussmann, rencontré en janvier 1849 à Bordeaux. Jugeant l’aide de l’État insuffisante, Haussmann développe un crédit parallèle et illégal. Il chiffre le coup total de 2,5 milliards de franc-or.

Napoléon III approuve les plans du Louvres en 1865.JPG

Le 26 mars 1852, Georges Eugène Haussmann publie le décret qui exproprie des milliers de Parisiens pour raison d’« utilité publique ». Il commence par faire éventrer les vieux centres révolutionnaires comme les faubourgs ouvriers. Une croisée relie l’embarcadère de l’Est et l’Observatoire d’un côté et la barrière du trône et l’Étoile de l’autre. Des halles en bâtiments de fer et de verre accueilleront les produits français, de grandes places et des carrefours servent de nœuds pour les nouveaux réseaux comme l’Étoile, la Bastille, le Trône et le Château d’Eau. On organise la construction et l’agrandissement d’avenues et de boulevards, l’édification de ponts sur la Seine, la transformation d’anciens embarcadères en de nouveaux et en gares, le choix de perspectives pour valoriser des édifices comme l’Hôtel-de-Ville et Notre-Dame de Paris, le réaménagement de la cité (Palais de justice modifié, Hôtel-Dieu reconstruit), la fondation d’églises, d’hôpitaux, d’écoles et de casernes, la création du Cirque d’Hiver et de la Gaîté-Lyrique, de hauts immeubles bourgeois. Abîmées par trois révolutions successives (1789, 1830, 1848), les Tuileries font l’objet d’une restauration sous la Deuxième République et le Second Empire, menée par Louis Visconti puis par Hector Lefuel. Elles sont ainsi réunies avec le Louvres en 1857, formant une cité impériale. Charles Garnier entame en 1861 la construction d’un grand opéra. Des noms liés à l’Empire et à la dynastie Bonaparte sont attribués, comme les avenues de l’Impératrice, du Roi-de-Rome, de Joséphine, du Roi-Jérôme, de la Reine-Hortense… La superficie de Paris a ainsi doublé au 1er janvier 1860 et le nombre d’arrondissement augmente de douze à vingt. Avec l’ingénieur Jean-Charles Alphand, il améliore également les conditions de vie dans la ville. Il modernise le système de venue de l’eau par des adductions et multiplie par quatre le nombre d’égouts, aidé par l’ingénieur Eugène Belgrand. Il augmente le nombre d’espaces verts par des jardins publics et des squares et ajoute des arbres le long des avenues, aménage de grands parcs périphériques, modifie le bois de Boulogne auquel deux lacs reliés par une cascade sont ajoutés. Bien que l’est parisien reste sous-développé, les travaux réalisés à Paris font de Napoléon III le chef d’État français qui a le plus modifié la capitale. Ses détracteurs lui reprochent pourtant de l’avoir uniformisé sur d’autres villes comme Londres et Saint-Pétersbourg. Elle n’en est pas moins plus propre et plus propice au commerce, accueillant de grands magasins comme Bon Marché en 1853 et devenant une source d’inspiration pour d’autres comme Bruxelles, Vienne et Mexico.

Ailleurs en France, des villes comme Lille, Marseille, Cherbourg, Lyon, Besançon et Caen sont rénovées. Sa politique patrimoniale le pousse également à confier à Eugène Viollet-le-Duc la restauration de la cité médiévale de Carcassonne.

Politique culturelle et artistique Modifier

En être rationnel qu’il est, Napoléon III n’est pas véritablement porté par l’imagination et ne dispose donc pas de connaissances très étendues en matière de littérature, de musique ou de peinture. L’écrivain Maxime du Camp rapporte d’ailleurs qu’à la question « Que faut-il faire pour protéger les arts ? », Napoléon III s’est vu répondre par Valentine de Laborde « Sire, il faut les aimer ». Il serait cependant faux de dire qu’il est dépourvu de savoir. Ses goûts le portent à aimer William Shakespeare et des romantiques allemands comme Johann Wolfgang von Goethe et Friedrich von Schiller. Il apprécie les théâtres de boulevard et d’opérette, les musiques militaires et de Jacques Offenbach, les auteurs comme Eugène Labiche, Octave Feuillet et Alexandre Dumas fils, les peintures de Horace Vernet, d’Alexandre Cabanel, de Jean-Léon Gérôme et d’Ernest Meissonnier.

Sans être un grand mécène pour ce milieu hostile à son régime et à sa personne depuis le coup d’État (ex : Jules Michelet perd ses fonctions après avoir refusé de prêter en serment), Napoléon III a tout de même mené une politique culturelle forte, en lui faisant bénéficier de 2% du budget annuel. De nombreux musées sont créés, dont un portant son nom qui est dédié à l’art industriel sur modèle du musée Kensington de Londres. La France obtient la collection privée du marquis italien Giampietro Campana en 1860, sans doute la plus belle au monde avec ses vases étrusques et grecs, ses statues antiques, qui lui valent la convoitise du monde entier. Aux Tuileries, il reçoit nombre d’artistes comme des écrivains (Prosper Mérimée, Charles-Augustin Sainte-Beuve, Alfred de Vigny, Gustave Flaubert, Paul Féval), des poètes (Émile Augier, Théophile Gautier), des romanciers (Octave Feuillet, Alexandre Dumas fils) ou des peintres (Alexandre Cabanel, Gustave Doré), dont beaucoup ont été décoré de la légion d’honneur. Il échoue pourtant à se rapprocher du peintre républicain Gustave Courbet. Il peut lever la censure sur certaines œuvres (ex : La Dame aux Camélias d’Alexandre Dumas fils) et a aidé des artistes frappés par la censure (Gustave Flaubert, Alfred de Musset, Charles Baudelaire), parfois secrètement.

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Il est cependant des artistes pour soutenir le régime. Jean-Baptiste Renault publie dans ce sens, des portraits de l’empereur sont réalisés par Franz Xaver Winterhalter et Hippolyte Flandrin, ou bien des bustes d’Auguste Barre, d’Émilien de Nieuwerkerke et de Marie-Louise Lefèvre-Deumier. Photographié par André Adolphe Eugène Disdéri, Auguste Mayer et Pierre-Louis Pierson, il popularise ainsi le portrait-carte. Le comte Émilien de Nieuwerkerke devient directeur des musées nationaux en 1849 puis impériaux et surintendant des Beaux-arts en 1863, Prosper Mérimée inspecteur général des Monuments historique et le général Arthur Morin directeur du conservatoire impérial des arts et métiers. Napoléon III est également proche du chimiste Jean-Baptiste Dumas et de l’astronome et mathématicien Urbain Le Verrier qui deviennent tous deux sénateurs. Il affectionne particulièrement le scientifique Louis Pasteur dont il devient un familier. Un culte s’installe autour de la dynastie, que ce soit les parutions de l’Histoire des trois Napoléon et de l’Almanach de Napoléon, de l’illustration Les Napoléons. Napoléon Ier est lui-aussi célébré, par la construction de statues équestres dans plusieurs villes, la restauration de sa maison natale à Ajaccio et l’achèvement de son tombeau aux Invalides. Ses correspondances sont publiées en quatorze volumes de 1858 à 1863 et dix-sept autres de 1863 à 1870. Elles sont cependant sélectionnées et censurée de manière à faire ressortir son patriotisme et son génie militaire et atténuer l’affaiblissement du Premier Empire.

Pour assurer la grandeur de la France et le prestige de sa dynastie, Napoléon III veut la doter d’une cour. C’est chose faite quand le ministre de l’Intérieur Victor de Persigny obtient du président du Sénat, Raymond-Théodore Troplong, dans un sénatus-consulte du 12 décembre 1852 que soit doublée de 12 à 25 millions pour ne pas avoir une « monarchie au rabais ». Émile Félix Fleury élabore sur le modèle de celle du Premier Empire un Maison de l’empereur composée de plusieurs centaines de personnes, avec la recréation de postes comme ceux du gouverneur du palais, du grand-maître des cérémonies, du grand chambellan, du grand écuyer,… Elle est gérée par Achille Fould jusqu’en 1860 puis par Jean-Baptiste Philibert Vaillant. On y trouve la famille Bonaparte, de la noblesse du Premier Empire, des ministres, des diplomates, des prélats, des artistes, des écrivains, dans celle qui est sans doute la plus cosmopolite au monde, avec divers Européens, des Américains, ou bien des Mexicains en exil. S’ajoutent aussi la Maison de l’impératrice et la Maison militaire.

Partisan d’un lien particulier entre le chef de l’État et son peuple, il associe la foule aux évènements dynastiques comme au baptême de son fils, le 14 juin 1856. De même qu’il organise de grandes funérailles pour son oncle Jérôme, dernier frère de Napoléon Ier, le 3 juin 1860. Le 15 août, jour de fête national comme sous le Premier Empire, le Te Deum est joué à la Madeleine. Elle est célébrée à force de régates sur la Seine, de montgolfières libérés depuis les Tuileries, d’édifices publics allumés et de feux d’artifices lancés le soir. Aumônes, jeux et banquets sont également de mise. La journée lui permet de remettre des Légions et des médailles de Sainte-Hélène. Par la suite, cette journée est assombrie par les conflits entre l’Église et l’État et devient une occasion pour le peuple de manifester sa désaffection.

Expositions universelles de 1855 et 1867 Modifier

La France accueille depuis 1798 une exposition quinquennale, portant déjà à onze leur nombre depuis le début. Mais Napoléon III change de projet en 1853, préférant concurrencer la Grande-Bretagne qui a organisé deux ans plus tôt la première exposition universelle, l’occasion de mettre en avant la puissance industrielle et économique, la production intellectuelle, les triomphes historiques et les institutions publiques, lors de laquelle la France s’est classée deuxième par le nombre de ses exposants et la qualité de ses produits. Napoléon III souhaite l’étendre à l’agriculture et aux beaux-arts, domaines dans lesquels la France excelle, et se donne donc une année supplémentaire. Le défi est de taille puisqu’il ne reste que deux ans pour l’organiser et que celle de New York ne remporte pas autant de succès que celle de Londres. Le 24 décembre 1853, il nomme une commission pour la préparer, dans laquelle siègent des politiques (Achille Fould, Pierre Magne, Raymond-Théodore Troplong, Adolphe Billault), des industriels (Eugène Schneider, Auguste Mimerel, Jean Dollfus), des savants (Jean-Baptiste Dumas, Frédéric Le Play), des artistes (Jean-Auguste-Dominique Ingres, Eugène Delacroix). La construction du palais de l’Industrie, commencée en 1854, se termine début 1855 mais il doit être rectifié du fait de sa modeste taille pour y ajouter à la hâte des annexes, des galeries, le palais des Beaux-arts sur l’avenue Matignon. L’exposition est inaugurée le 15 mai 1855. Elle accueille jusqu’au 31 octobre 1855 25 000 exposants dont plus de la moitié sont des étrangers venus de 25 pays et plus de 5 millions de visiteurs. Elle reçoit la visite de souverains étrangers comme Victor-Emmanuel II de Sardaigne et Pierre V du Portugal. La reine Victoria du Royaume-Uni vient s’agenouiller devant le tombeau de Napoléon Ier en signe d’entente cordiale[1]. De nombreux inventeurs de renom exposent : Louis Vicat et son ciment hydraulique, Henri Sainte-Claire Deville et son aluminium, Hippolyte Auguste Marinoni et sa presse à réaction, le Britannique Joseph Whitworth et ses machines-outils, le Belge Adolphe Sax et son saxophone, les Américain Isaac Merritt Singer pour sa machine à coudre et Samuel Colt pour sa fameuse arme. Côté beaux-arts s’affrontent quatre grands de l’époque que Jean-Auguste-Dominique Ingres, Eugène Delacroix, Horace Vernet et Alexandre Gabriel Decamps. L’exposition de la rotonde, côté luxe, bat un record d’affluence. Si l’exposition est déficitaire, elle n’en a pas moins démontré que seule la France pouvait concurrencer la Grande-Bretagne pour l’organisation d’expositions internationales et ses produits. Elle a privilégié la qualité à la quantité contrairement aux Britanniques (orfèvres de Charles Christofle, l’ébéniste Alexandre-Georges Fourdinois, la maison de papier peint Desfossés,…). L’évènement se clôture le 15 novembre par une cérémonie lors de laquelle Napoléon III remet les récompenses devant 40 000 personnes et par un concert de 1 250 musiciens et orchestres dirigés par Hector Berlioz.

L’exposition universelle de 1867 est elle aussi un grand succès, avec 9 millions de visiteurs et de nombreux dignitaires étrangers dont le sultan ottoman Abdülaziz, le premier des sultans qui sortir de l’empire depuis la chute de Constantinople en 1453, le roi de Prusse Guillaume Ier et son ministre-président Otto von Bismarck après la guerre des duchés qui propulsa ce dernier chancelier de la Confédération de l’Allemagne du Nord, l’empereur de Russie Alexandre II et l’empereur d’Autriche François-Joseph Ier. Deux absences notables : la Britannique Victoria et l’Italien Victor-Emmanuel II. « Napoléon III n’est pas seulement l’Empereur de la France, il est l’Empereur de l’Europe » selon les mots du philosophe Victor Cousin, aussi bref ministre de la monarchie de Juillet.

Politique de défense Modifier

La politique militaire de Napoléon III est marquée par la modernisation de l’armée, en encourageant la propulsion à vapeur, le système de blindage et les batteries flottantes. Il permet aussi, par sa loi de programmation navale du 23 novembre 1857, de moderniser les infrastructures et de moderniser la flotte, par exemple en la dotant d’un plus grand nombre de cuirassés à vapeur équipés d’hélices. Ainsi, l’armée sans doute la plus puissante d’Europe peut rivaliser avec l’Angleterre pour la première fois depuis la bataille de Trafalgar en 1805.

Le 30 août 1857, Napoléon III inaugure le camp de Châlons qu’il a fait construire en Champagne, lieu de passage lors des grandes invasions. Il est destiné aux instructions et aux manœuvres et permet aussi à l’empereur d’y faire venir ses hôtes étrangers afin de les impressionner.

Politique extérieure Modifier

Guerre de Crimée Modifier

Article détaillé : Guerre de Crimée

La Russie du tsar Nicolas Ier entend profiter du déclin accéléré de l’empire ottoman pour prendre le contrôle des Balkans et des deux détroits du Bosphore et des Dardanelles. Il trouve son casus belli lorsque le sultan Abdülmecid Ier confirme le 5 mai 1853 son soutien aux moines latins au détriment des moines grecs qui veulent prendre la place des premiers en Palestine, et que la Russie soutient. L’ultimatum qu’il pose au sultan est refusé, alors il envahit en juillet les provinces roumaines de Moldavie et de Valachie sous dépendance ottomane. La réaction de la France est celle de la diplomatie, puisqu’elle a promis que l’empire signifierait la paix, mais les efforts de Napoléon III sont chaque fois douchés, comme lorsque le sultan déclare la guerre à la Russie en octobre et obtient une victoire navale sur les Russes à Sinope en mer noire le 30 novembre. Alors la France et le Royaume-Uni envoient une flotte dans le Bosphore qui arrive en janvier 1854, et Napoléon III annonce l’entrée en guerre le 2 mars en cession parlementaire, caressant l’idée d’un renversement de l’ordre européen de 1815. Avec l’Autriche et le Royaume-Uni, il émet une note le 8 août 1854 qui fixe quatre points : retirer à la Russie son patronage des sujets orthodoxes de la Porte et son protectorat sur les provinces danubiennes, rendre libre la navigation sur le Danube et revoir le régime des détroits.

Avec le débarquement des alliés franco-britanniques, les Russes évacuent les provinces puis enchaînent les défaites : destruction du port d’Odessa, attaques des îles Åland à l’entrée du golfe de Finlande, destruction d’une partie de la flotte de la Baltique, navires bloqués à Constadt. Puis la flotte franco-britannique débarque dans la baie d’Eupatoria, dans la péninsule de Crimée au nord de la mer noire, le 14 septembre 1854, remporte une brillante victoire à l’Alma le 20, repousse les contre-offensives russes à Balaklava et à Inkerman, et entame le siège de l’arsenal de Sébastopol. Il s’avère long et douloureux, en raison du choléra et du typhus, mais aussi de l’hivernage et de la dysenterie. Sur la scène internationale, Napoléon III obtient l’entrée du Piémont dans la coalition et un traité d’alliance avec l’Autriche le 2 décembre, prévoyant une attaque contre la Russie si elle ne respecte pas les quatre points. Lorsqu’il veut se rendre lui-même sur place, ses ministres et la reine Victoria le font renoncer. Ensuite, François Certain de Canrobert échoue à prendre Sébastopol (lui valant la réprimande de son empereur) mais les alliés parviennent à repousser les russe sur le pont de Traktir, alors Aimable Pélissier pense les troupes françaises suffisamment fortes pour faire tomber la tour de Malakoff qui défend Sébastopol et qui capitule le 8 septembre 1855 face à Patrice de Mac Mahon. Les troupes défilent à Paris de la Bastille à la place Vendôme le 29 décembre. Mais la France, qui a fournit le plus gros effort (trois emprunts votés par le Corps législatif) et joué un rôle décisif dans les victoires, pait un lourd tribut, de 95 000 pertes humaines quand celles des britanniques sont de 2 000 et celles des Sardes de 2 000.

Les négociations qui s’ouvrent ensuite sont compliquées. C’est lorsque Napoléon III menace de s’en tenir au principe des nationalités et qu’il réveille ainsi l’affaire polonaise que le nouveau tsar, Alexandre II, sur injonction de la Prusse et de l’Autriche, accepte les conditions de ses vainqueurs. Le congrès qui se réunit au Quai d’Orsay à Paris de février à avril 1856 est le plus important depuis celui de Vienne. Il se conclut par un traité général le 30 mars 1856 qui rend ses terres à l’empire ottoman dont le respect de l’intégrité est proclamée et qui s’engage à protéger sa population chrétienne, mais qui cesse de posséder la Moldavie, la Valachie et la Serbie, tandis que les détroits sont fermés et la mer Noire est reconnue territoire neutre. Moldavie et Valachie sont unies sous l’égide d’un hospodar, le francophile Alexandre Jean Cuza qui se place aussitôt sous la « protection tutélaire » de l’empereur des Français. La France sort ainsi grande gagnante du conflit, en revenant au premier rang du concert des nations et en prenant sa revanche sur le traité de Vienne, à tel point que nombre de chancelleries recherchent son amitié, et notamment les anciens alliés de la Russie qui s’estime lâchée. Désormais, un pont porte le nom d’Alma et un boulevard de Sébastopol à Paris.

Campagne d’Italie Modifier

Article détaillé : Deuxième guerre d’indépendance italienne

En fin du mois de juillet 1858, Napoléon III rencontre le président du Conseil des ministres de Sardaigne, Camillo Cavour, envoyé par son roi Victor-Emmanuel II, avec lequel il signe un traité d’alliance franco-piémontais le 26 janvier 1859, qui prévoit une guerre contre l’Autriche présente en Italie, et d’instaurer ensuite une confédération italienne composée de quatre entités que seraient la Haute-Italie (constituée du Piémont, de la Lombardie, de la Vénétie et des duchés), l’Italie centrale (faite de la Toscane, de la Marche et de l’Ombrie), du royaume des Deux-Siciles et des États pontificaux. Le tout serait placé sous la présidence honorifique du pape. Le 30 janvier, le prince Napoléon épouse Marie-Clotilde, la fille du roi Victor-Emmanuel II. Napoléon III est lui-même favorable à l’intervention. Il y voit une façon de revenir sur les traités de 1815, d’acquérir du prestige, d’accroître son influence en Italie et d’obtenir la Savoie et Nice.

Bataille de Solférino.JPG

L’Autriche comme le Piémont mobilise préventivement mais elle ne peut se permettre un conflit en raison de sa situation interne. Alors elle pose un ultimatum le 23 juin pour demander à sa rivale le désarmement en trois jours. Avec le refus du Piémont, Napoléon III autorise l’armée à passer la frontière et obtient le vote des crédits, et se rend personnellement en Italie en laissant la régence à l’impératrice Eugénie. L’armée, mal préparée et mal équipée, en manque d’hommes, combat dans des batailles indécises au début, comme celle de Montebello le 20 mai et celles de Palestro les 30 et 31 mai. Le 4 juin, Patrice de Mac Mahon se lance à l’assaut de l’autrichien Ferencz Giulay avec les troupes de Napoléon III. L’arrivée de renforts côté allié contraint les Autrichiens à battre en retraite au terme d’une éprouvante bataille. Ils repassent derrière les fleuves Trebbia, Adda et Chiese après la défaite de Marignan infligée par le Français Achille Baraguey d’Hilliers, puis sont sévèrement battus à Solférino par les Alliés le 24 juin. Pourtant, le nombre de mort et le renforcement des Autrichiens derrière l’Adige, associés aux risques de révolution en Italie, sont assez d’éléments pour que Napoléon III opte pour la paix. Avec François-Joseph Ier, il négocie à Villafranca. Outre la déclaration de paix, il est décidé d’encadrer l’Italie dans une confédération placée sous l’égide du pape et que l’Autriche conserve la Vénétie. La France n’obtient pas Nice et la Savoie comme il avait été prévu mais retrouve Mantoue et Peschiera qu’elle remet au Piémont. Les Italiens n’en tirent pas de satisfaction pour autant et Cavour doit même démissionner. La France n’en a pas moins démontré qu’elle disposait de la première armée au monde.

Politique italienne après la campagne Modifier

Napoléon III est consulté sur le destin de l’Italie. Le Piémont est attentif à son avis sur le rattachement de la partie centrale à lui. Il accepte le vote des principautés dont l’assemblée soutient le rattachement et remplace Florian Walewski aux Affaires étrangères par le pro-italien Édouard Thouvenel mais échoue à l’organisation d’un congrès international sur les thèmes italiens. Il donne ainsi l’image d’un empereur préférant le Piémont au pape Pie IX, lequel est outré d’un souverain « fourbe » et « traître » après la publication de Le Pape et le Congrès par l’essayiste et diplomate bonapartiste Arthur de La Guéronnière, qui écrit « Plus le territoire sera petit, plus le souverain sera grand ». Les négociations avec le Piémont reprennent avec le retour de Camillo Cavour aux affaires en 1860, provoquant une rupture avec les catholiques. Pour que le Piémont acquière la Toscane, Napoléon III exige de recevoir Nice et la Savoie. Alors, un traité de cession est signé le 24 mars. Nice, qui a voté son rattachement à la France par 99,3% pour une abstention de 8,5%, est rattachée au Var pour former le département des Alpes-Maritimes. La Savoie, rattachée à 99,7% pour une abstention de 3%, est divisée entre Savoie et Haute-Savoie. Le Piémont est rallié par Parme, Romagne, Toscane...

Face à l’éclatement d’une insurrection dans les Deux-Siciles en avril 1860, Napoléon III choisit d’abord la non-intervention, en dépit des demandes du roi François II, mais consent à envoyer l’escadre française de la Méditerranée lorsque le général républicain Giuseppe Garibaldi, qui avait été envoyé par Cavour, arrive à Naples le 7 septembre. Napoléon III finit par retirer son escadre le 19 janvier 1861. François II capitule, les élections permettent à un nouveau parlement de voir le jour, lequel proclame Victor-Emmanuel II roi d’Italie le 14 mars 1861, après que le Piémont soit passé de 5 à 22 millions d’habitants par les plébiscites qui rallient à lui les Deux-Siciles, la Marche et l’Ombrie. La mort de Cavour survenue le 6 juin fait craindre pour la fragilité de l’Italie aux yeux de Napoléon III qui ne reconnait le souverain que trois mois plus tard.

Début 1864, la santé du pape se dégradant, les négociations reprennent entre l’empereur français et le roi italien pour l’évacuation de Rome par les troupes françaises sans que la ville ne soit occupée par les Italiens. Mais lorsque la situation du pape se rétablit, ses relations avec Napoléon III, qui déjà n’étaient pas fructueuses, empirent. L’évacuation de la ville se fait en décembre 1866 mais la faible réaction de Victor-Emmanuel II face à Garibaldi et à ses chemises rouges qui participent à des soulèvements dirigés contre le pape à Rome en septembre 1867 entraîne l’envoie d’une division française le 26 octobre qui écrase les garibaldiens à la bataille de Mentana le 3 novembre et rentre dans les États pontificaux. Napoléon III y perd sa popularité en Italie puisque la fin de l’unification s’en trouve compromise.

Autre politique européenne Modifier

Dans les années 1850, Napoléon III peut jouir d’un rôle d’arbitre en Europe qu’il utilise lorsqu’il intervient en Espagne en juillet 1856 contre l’avis de la Grande-Bretagne, au moment où une insurrection éclate en opposition à la nomination du nouveau Premier ministre Leopoldo O’Donnell, lequel rétablit la situation en août.

Napoléon III, lui-même germanophile, souhaite également améliorer ses relations avec la Prusse qui pourrait contrebalancer l’influence autrichienne en Allemagne, d’où sa présence au congrès de Paris après la guerre de Crimée. Aussi, les soutiens de Frédéric-Guillaume IV qui se soulèvent le 4 septembre 1856 dans la principauté de Neuchâtel, pour protester contre les principes démocratiques qui y ont été introduits à la révolution de 1848, sont emprisonnés. L’Autriche et la Grande-Bretagne refusant d’intervenir, c’est Napoléon III qui intervient et obtient leur libération, tandis que Frédéric-Guillaume renonce à ses droits sur la principauté de Neuchâtel.

En janvier 1863, les Russes répriment durement une insurrection en Pologne dont ils sont responsables, ce qui suscite l’émotion au sein de l’opinion française, et pousse Napoléon III à agir, en offrant asile et assistance aux réfugiés. Il ne réussit cependant pas à former une alliance tripartite avec l’Autriche et la Grande-Bretagne.

Politique internationale Modifier

Par un sénatus-consulte du 3 mai 1854, il crée un comité consultatif des colonies, lesquelles sont l’Algérie, la Martinique, la Guadeloupe, la Guyane, La Réunion, les comptoirs de l’Inde, Saint-Pierre-et-Miquelon, Sainte-Marie, Mayotte, la Polynésie, auxquelles s’ajoute la Nouvelle-Calédonie lorsqu’elle est prise par une escadre française en septembre 1853. L’implantation française à Madagascar et aux Comores est solidifiée. Le statut des colonies antillaises est rapproché de celui de la métropole, les ports coloniaux sont développés, la France est dotée d’une marine de guerre. Au Sénégal, le gouverneur Louis Faidherbe construit le port de Dakar et fonde la banque du Sénégal. De moins de 300 000 km² au début de l’Empire, la superficie passe à plus de 1 million de km² à la fin.

L’année 1857 marque un tournant dans la gestion de l’Algérie. Son gouverneur général, le général Jacques Louis Randon, parvient à soumettre la Grande kabyle, qui jusque-là résistait aux Français. La même année, l’affaire du capitaine Doineau convainc Napoléon III de passer de l’administration militaire au régime civil. Le prince Napoléon, nommé ministre de l’Algérie et des colonies pour ne pas créer les fonctions de « roi d’Algérie » ou de « lieutenant général », souhaite faire entrer l’Algérie dans le droit commun et assimiler la population, mais le projet est avorté par la démission du ministre le 5 mars 1859, en raison d’autres difficultés comme la campagne d’Italie. S’ensuivent trois semaines d’intérim gérées par Eugène Rouher puis Prosper de Chasseloup-Laubat, lequel doute autant que l’empereur de l’assimilation rapide et forcée de la population arabe. Il mène de grandes réformes dans le pays comme la réorganisation de la justice musulmane et redynamise les grands travaux du général Randon et du prince Napoléon concernant l’irrigation, le drainage, les réseaux télégraphiques intérieurs, les programmes de constructions de routes, ports et phares et la création d’une compagnie chargée de la construction de trois lignes de chemin de fer. Après des incidents à l’automne 1859, l’empereur constate la situation sur place et prend la décision de supprimer le ministère de l’Algérie et des colonies. On revient à un régime militaire avec le maréchal Aimable Pélissier comme gouverneur général en fin d’année 1860. Un grand essor économique caractérise cette période en Algérie. Il avait envisagé de transformer l'Algérie en royaume arabe dont al France aurait été la protectrice et l'amie. Par le sénatus-consulte du 14 juillet 1865, Napoléon III, personnellement arabophile, permet aux Arabes d’obtenir la nationalité française s’ils en font la demande et s’ils abandonnent la polygamie.

Article détaillé : Canal de Suez

Napoléon III se montre intéressé par le projet d’un canal reliant la Méditerranée et la mer Rouge porté par l’ingénieur et diplomate Fernand de Lesseps. Le projet est soutenu par le vice-roi égyptien Mohammed Saïd Pacha mais dénoncé par le sultan ottoman et la Grande-Bretagne. Pourtant, Napoléon III se ressaisit et donne son aval pour le début des travaux. L’empereur s’investit dans l’entreprise pour lever les obstacles : obtention d’Obock des princes locaux pour avoir une base de l’autre côté en mer Rouge en 1862, persuasion du nouveau vice-roi Ismaïl Pacha de poursuivre le projet alors qu’il était plus timoré que Saïd en 1863-1864, obtention du firman d’autorisation du sultan ottoman après des pressions en 1865-1866, acceptation d’un emprunt sur la place de Paris alors que la compagnie de Fernand de Lesseps se porte mal en 1868. Le canal est inauguré les 17 et 18 novembre 1869 en présence de l’impératrice Eugénie mais sans Napoléon III qui sort de deux mois de maladie en août et en septembre.

Des agences consulaires sont ouvertes aux Amériques, à Québec et à Sydney, à Terre-Neuve, à Halifax et au Nouveau-Brunswick dans les années 1850.

Seconde guerre de l’opium Modifier

Article détaillé : Seconde guerre de l'opium

Après une révolte contre des navires et des factoreries en Chine, une flotte franco-britannique bombarde Canton en décembre 1857 puis remonte Pei-ho, situé à proximité de Pékin. Les Chinois consentent à signer les traités de Tianjin du 26 au 28 juin 1858 sans pour autant les respecter. La tentative de réponse de la flotte le 25 juin 1859 est un échec, des forces supplémentaires sont amenées (8 000 français partis de Toulon et 12 000 britanniques venus d’Inde) et quelques échauffourées ouvrent la voie à de nouvelles négociations, gâchées par la mauvaise foi des Chinois. Alors on reprend la route vers Pékin qui est prise le 13 octobre. Les Chinois doivent payer une lourde indemnité de guerre, ouvrir de nouveaux ports européens, accepter le libre-commerce, garantir l’immunité aux ressortissants britanniques et français et autoriser la pratique du christianisme. Cette alliance franco-britannique a donc permis à la France d’empêcher que le Royaume-Uni exerce à lui seul le monopole. Seul point d’ombre : le pillage et l’incendie du palais d’Été que la France et le Royaume-Uni condamnent.

Campagne de Cochinchine Modifier

Article détaillé : Campagne de Cochinchine

En réponse aux assassinats de missionnaires français et d’un évêque espagnol en Indochine, Napoléon III envoie une expédition franco-britannique commandée par l’amiral Charles Rigault de Genouilly. La prise de Saïgon en 1859 marque le début de leur implantation, avec ensuite la prise de contrôle du Cochinchine oriental et la création d’un protectorat français sur le Cambodge en 1863. Quatre ans plus tard, le Cochinchine occidental est occupé. Les influences s’étendent jusqu’aux royaumes du Laos.

Expédition en Syrie Modifier

Article détaillé : Expédition française en Syrie (1860-1861)

Alors que le congrès de 1856 après la guerre de Crimée avait poussé le sultan ottoman à donner l’égalité aux chrétiens et aux musulmans dans l’empire, la coexistence entre Maronites et Druses au Liban se traduit par le massacre des premiers sans qu’il n’y ait d’intervention du pacha de Beyrouth. Après le massacre à Damas quand les événements ont atteint la Syrie, Napoléon III, qui a déjà dépêché des navires avec la Grande-Bretagne qui ont sauvé plus de 2 000 personnes, pense à intervenir malgré les mesures de répression prises par le sultan par crainte d’intrusion étrangère, et décide le 3 août l’envoie d’un corps expéditionnaire de 6 000 personnes. Sur place, ils ne peuvent que poursuivre les coupables fuyants et secourir les victimes. Le sultan laisse filer le mandat français, initialement limité pour six ans car les Anglais craignaient une implantation française, et l’augmentation de la durée permet la création d’une région semi-autonome avec des districts séparés pour les Maronites et pour les Druses.

Expédition au Mexique Modifier

Article détaillé : Expédition au Mexique

Napoléon III trouve le moyen de se rabibocher avec les catholiques (réticents depuis la campagne d’Italie) et de resserrer les liens avec l’Espagne, pays de son épouse dans lequel le capitalisme français investi beaucoup, lorsqu’elle songe à mener une expédition au Mexique avec la Grande-Bretagne, en raison du conflit qui y règne entre libéraux et conservateurs, chacun finançant sa lutte contre l’autre par des fonds extorqués à des ressortissants européens. L’empereur pense que l’établissement d’une monarchie latine et catholique viendrait contrebalancer les États-Unis anglo-saxons et puritains, lesquels sont dans le même temps déchirés par une guerre civile. Le Mexique, qu’il imagine être une future plaque tournante du commerce mondial, serait gouverné par un prince placé céans par la France à laquelle il serait redevable, lui ouvrant ainsi le potentiel économique mexicain des mines d’argent et de métal et le développement du coton. Le président mexicain Benito Juarez suspend pour deux ans le règlement de la dette, faute de richesse disponible, donnant lieu à la signature du traité de Londres du 17 juillet 1861 : 6 000 Espagnols, 2 500 Français et 700 Britanniques partent avec pour objectif de forcer le gouvernement à protéger les ressortissants de la guerre civile et respecter ses obligations financières.

Les Espagnols arrivent à Veracruz en décembre 1861 et les Franco-britannique en janvier 1862. Très vite, le général espagnol Juan Prim prend le dessus dans les opérations et signe la convention de Soledad avec un ministre de Benito Juarez, le 19 février 1862. Le Mexique s’engage à payer ses dettes en échange de quoi l’Espagne reconnait la République. La réaction française, désavouant ce pacte et envoyant 4 500 soldats supplémentaires, incite l’Espagne et la Grande-Bretagne à se retirer. Les troupes françaises, en route pour Mexico, subissent un cinglant revers à Puebla. Napoléon III décide aussitôt l’envoie de 30 000 soldats des plus aguerris, placés sous le commandement du général Élie Frédéric Forey, permettant ainsi la capitulation de Puebla le 17 mai 1863 et l’entrée des Français dans Mexico trois semaines plus tard. La monarchie est rétablie par référendum et l’archiduc autrichien Maximilien placé à sa tête selon la volonté de l’empereur français, confirmé par son homologue autrichien François-Joseph Ier le 10 avril 1864, puisqu’il s’engage à rembourser les créanciers français par la convention de Miramar. Pourtant, l’aventure tourne court, Maximilien Ier s’aliénant tous ses soutiens jusqu’au dernier, celui du général François Achille Bazaine, et les États-Unis menant une guerre de harcèlement maintenant que leur guerre civile est terminée. Napoléon III referme le chapitre du « guêpier mexicain » en sonnant le retour des troupes en 1866, achevé en février 1867, mais l’affaire se clos sur une tragédie : les rebelles l’emportent et Maximilien Ier est fusillé.

La montée de la Prusse Modifier

Le roi danois Christian IX perd la possession des duchés du Schleswig et du Holstein, le premier récupéré par la Prusse, le second par l’Autriche, selon un accord convenu entre les deux à Gastein en août 1865. A l’imminence d’un conflit qu’il prépare, le ministre-président de la Prusse, Otto von Bismarck, obtient la neutralité de la Russie par la convention d’Alvensleben. Afin d’obtenir celle de la France, il rencontre Napoléon III à Biarritz en octobre 1865 et perçoit en lui une « grande incapacité méconnue » qui le convainc d’agir. Napoléon III, qui s’est engagé auprès du roi de Prusse Guillaume Ier en mars 1866 à ne pas intervenir, conclut un accord le 12 juin avec l’Autriche qui craint pour elle. Prenant à revers toutes les attentes, la guerre se révèle courte et débouche sur la victoire de la Prusse après la bataille de Sadowa du 3 juillet 1866. Comprenant le danger imminent qui menace désormais la France, Napoléon III ne peut pas pour autant organiser la riposte, pensant l’armée insuffisamment préparée et l’opinion pas assez mûre, et se laisse convaincre par le ministre d’État Eugène Rouher, le prince Napoléon et le ministre de l’Intérieur Charles de La Valette. Comme convenue avec l’Autriche en cas de défaite de cette dernière, il reçoit la Vénétie qu’il transmet à l’Italie. Otto von Bismarck chasse les Autrichiens d’Allemagne et fonde la Confédération de l’Allemagne du Nord. Un premier conflit surgit avec la nouvelle entité : France et confédération veulent chacune acheter le duché du Luxembourg mis en vente par le roi des Pays-Bas Guillaume III mais Napoléon III veut prévenir un conflit avec son adversaire qu’il ne mésestime pas et renonce à son achat par une conférence à Londres, tandis que l’Allemagne se retire de ses positions et rapatrie sa garnison.

Otto von Bismarck est à la recherche d’un conflit, seul moyen d’unir à ses yeux les différents États allemands et de leur faire apparaître la Prusse comme leur protectrice. Il trouve son casus belli dans les remous d’Espagne : le coup d’État militaire du général Juan Prim chasse la reine Isabelle II et instaure une junte. Prim étant à la recherche d’un souverain, Bismarck propose avec succès le prince Léopold de Hohenzollern-Sigmaringen. Napoléon III ne partage pas l’optimisme de son ministre de la Guerre, Edmond Le Bœuf, sur l’état de l’armée, alors qu’un vote de 209 voix contre 28 le 31 juin 1870 a emmagasiné la réduction la réduction des contingents de 10 000 hommes, et sait qu’une défaite militaire menacerait son trône. Les démarches diplomatiques françaises permettent le retrait de la candidature du prince Léopold grâce au rôle du père du prince, Charles-Antoine de Hohenzollern-Sigmaringen. Bismarck, dépité par ce grand succès français, change son fusil d’épaule : le roi de Prusse Guillaume Ier n’a pas voulu confirmer par écrit à l’ambassadeur français Vincent Benedetti que jamais un Hohenzollern ne briguerait la couronne d’Espagne. La version qui en est donnée par le chancelier dans sa dépêche d’Elms est volontairement exagérée et fait le tour de l’Europe. Le Corps législatif vote les crédits de guerre le 15 juillet 1870 par 245 voix contre 10 du camp républicain et 7 abstentions et la France chauffée à blanc par son opinion publique déclare la guerre quatre jours plus tard pour « répondre à la provocation prussienne ». C’est alors que Bismarck ressort une note de Napoléon III datant de 1866, dans laquelle l’empereur demandait le Luxembourg et la Belgique pour compenser l’affront que représentait pour lui Sadowa. Il parvient à instiller le doute, au point que l’Italie et l’Autriche ne s’engagent pas comme il avait été convenu avec la France.

Guerre franco-prussienne de 1870 Modifier

Article détaillé : Guerre franco-prussienne

Napoléon III part en train le 28 juillet en laissant la régence à Eugénie. Avec 280 000 soldats, l’armée française est presque moitié moins nombreuse que la prussienne, moins bien équipée et préparée, dirigée par un état-major vieillit. Elle connaît un succès initial le 2 août (la prise de Sarrebruck, base arrière des opérations allemandes en Lorraine puis accumule ensuite les défaites les 4 et 6 août. Le maréchal Patrice de Mac Mahon et le général Charles Auguste Frossard sont eux-mêmes vaincus. Napoléon III est rattrapé par la maladie : il cesse de monter à cheval après le 2 août et un rhume de cerveau atteint son esprit. Face aux Allemands qui prennent pied en Alsace et en Lorraine, il demande dans une dépêche à Eugénie d’organiser l’état de siège à Paris le 6 août et suggère sans succès au conseil de guerre le lendemain un repli en Champagne pour barrer la route de la capitale. Il perd son autorité sur une armée démoralisée et désorganisée et ne peut qu’accepter les événements à Paris : la chute du gouvernement Ollivier le 9 août après le vote quasi unanime de la motion de Clément Duvernois au Corps législatif et son remplacement le lendemain par celui de Charles Cousin-Montauban, composé de bonapartistes autoritaires comme Jérôme David et Clément Duvernois et de seulement deux libéraux (Pierre Magne, Jules Drame), qui décrète la création de nouvelles armées, rétablit la Garde nationale et prépare l’état de siège de la capitale.

Le 16 août 1870, Napoléon III arrive au camp de Châlons. Il songe à rentrer à Paris mais Eugénie l’en dissuade. Le 21, il se rend à Reims avec Mac Mahon, le prince Napoléon et l’armée pour fuir l’avancée des troupes prussiennes. Le 23, ils suivent Mac Mahon à Metz pour prêter main forte au nouveau commandant en chef, François Achille Bazaine, qui a déjà subit deux défaites à Rezonville et à Saint-Privat. Sur la route, il manque de se faire tuer par un franc-tireur le 28 et doit la vie sauve à l’interposition d’un lieutenant. Le 30 août, il quitte Carignan pour rejoindre Sedan à la frontière belge où ses troupes s’entassent. La ville se situe dans une cuvette et n’est protégée que par 100 000 Français face à 180 000 Prussiens. Le 1er septembre est un pilonnage contre les positions françaises, déstabilisées par la confusion des ordres des chefs comme Auguste-Alexandre Ducrot et Emmanuel Félix de Wimpffen. Napoléon III se rend ensuite sur le champ de bataille pour réconforter les soldats, mais aussi semble t’il pour attendre une mort héroïque sans qu’un obus ne l’atteigne cependant. Face aux 550 canons qui encerclent la commune, il prend la décision de hisser le drapeau blanc pour éviter un carnage. Il se constitue prisonnier le lendemain pour sauver l’honneur de l’armée en évitant la signature d’un armistice, chose inutile puisque Wimpffen le fait. Napoléon III rencontre Bismarck et le roi Guillaume Ier sans rien obtenir puis écrit le soir à son épouse pour lui donner les pleins pouvoirs et déplore : « Je vois que ma carrière est brisée, que mon nom a perdu son éclat. Je suis au désespoir ».

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Après l'Empire Modifier

Dans l’attente d’un recours Modifier

Napoléon III prend la route le 3 septembre en direction du château de Wilhelmshöhe en Westphalie, où il doit purger sa peine de captivité. Lorsqu’il arrive à Cassel le 4 au soir, il est accueillit par le gouverneur, le général-comte de Monts, qui parle d’un « masque sans vie et sans expression ». Il a apprit dans la journée à Libramont la chute du Second Empire, remplacé par un gouvernement de Défense nationale, et la fuite d’Eugénie. Le voyage fut douloureux, incommodé par la maladie, allant jusqu’à uriner du sang. Il est ensuite escorté jusqu’au somptueux château, dans lequel il trouve son appartement de six pièces. Il passe ses journées à écrire, marcher et travailler dans son bureau, constatant d’ailleurs l’amélioration de son état de santé. Il met de l’ordre dans ses affaires financières comme la vente de son palais de Rome pour 600 000 francs. Il devient la cible de rumeurs comme celle de placements à l’étranger, de caricaturistes comme Frondas et de chansons comme Le Sire de Fish Ton Kan. Il s’attache ensuite à justifier son rôle dans la guerre contre la Prusse par des témoignages et imagine une guerre dans trente ou quarante ans dont l’Allemagne sortira perdante et comprendra les méfaits de la politique de Bismarck.

Ce dernier, qui laissait planer l’idée d’un rétablissement de l’Empire pour diviser les Français depuis l’échec des négociations avec Jules Fabre à Ferrière les 19 et 20 septembre, décide de rompre ses relations avec l’empereur et Eugénie le 23 octobre, ne leur trouvant plus d’utilité, d’autant qu’il leur posait des conditions inacceptables pour eux comme la cession d’une partie du territoire. La capitulation de Bazaine à Metz quatre jours plus tard anéantit les dernières chances du camp impérial. Une ultime tentative d’entente de la part du chancelier avorte, trouvant que « l’empereur se décide toujours trop tard ». Il proclame l’empire allemand à Versailles et en confie la couronne à Guillaume Ier mais Napoléon III estime que « cette paix ne peut être qu’une trêve et elle prépare bien des malheurs pour l’Europe ». Moins de vingt bonapartistes sont élus à la nouvelle Assemblée qui vote sa déchéance le 1er mars 1871 et celle de sa dynastie sans organiser le plébiscite que Napoléon III avait espéré sur le nouveau régime. Bismarck, n’ayant définitivement plus besoin de ses services, le libère le 19 mars.

Vie en exil en Angleterre Modifier

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Il quitte le continent à Ostende à bord du yacht du roi des Belges Léopold II et rejoint sa femme et son fils en Angleterre. Il arrive à Douvres le 20 mars 1871 et tous emménagent dans le manoir de Camden Place à Chislehurst dans le Kent, près de Londres, grâce au dentiste américain d’Eugénie, Evans. Il conserve avec lui le talisman de Charlemagne dans un reliquaire. Son quotidien se fait d’écriture le matin, de promenade l’après-midi et de temps passé en famille le soir. Il participe à la vie locale, dans les musées et les clubs, au cricket et à la messe du dimanche, et entretient des relations avec la famille royale et l’aristocratie britannique, recevant d’ailleurs la reine Victoria et William Ewart Gladstone. Il retouche Les forces militaires de la France d’Alfred de La Chapelle en 1871 et publie sous ce nom La France et la campagne de 1870 l’année suivante, l’occasion de revenir sur sa réforme militaire et sur la guerre franco-prussienne. Il garde néanmoins un œil sur la situation en France où il prévoit un coup militaire à Lyon et réussit à faire entrer à l’académie royale militaire de Woolwich son fils Louis-Napoléon qu’il prépare au retour de la dynastie. Il inquiète le gouvernement français et Adolphe Thiers le fait surveiller par un agent que Napoléon III fait lui aussi surveiller.

Vers la fin du chemin Modifier

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Rattrapé par la maladie à partir de juillet 1872, Napoléon III cesse d’accepter les invitations qui lui sont faites. Il effectue des soins à Bognor puis à Brighton et se résout à accepter une opération médicale pour broyer la pierre de la lithiase dont il souffre après avoir refusé celle de son urologue Henry Thompson. La première, pratiquée le 2 janvier 1873, est insuffisante mais l’ancien souverain n’en sort pas moins affaiblit, atteint d’une inflammation au rein et à l’artère. Il en subit une seconde le 6 et reste prostré toute la journée suivante. Il est gagné par le délire et la souffrance en raison de l’opium et du chloroforme qu’il doit ingurgiter d’ici une troisième opération par Thompson prévue le 9 pour évacuer les débris de la vessie. Ce jour-là, son état s’aggrave encore, alors qu’il a passé une nuit apaisée grâce au chloral hydraté. Le père Goddard de l’église de Chislehurst est appelé et donne l’extrême onction. Napoléon III meurt à 10h45 à 65 ans. L’autopsie faite le lendemain démontre qu’il a sans doute succombé à la destruction du parenchyme rénal et confirme la taille imposante de la pierre. Dans sa dernière redingote sont trouvés une lettre de sa mère et des mots d’Eugénie, une lettre de son oncle adressée à Hortense pour la féliciter de sa naissance, des dessins de sujets parfois humbles, des cheveux et une lettre de son fils. Il laisse à sa mort trois millions de francs dont la moitié disparaît dans les réclamations.

La nouvelle soulève une vive émotion en Grande-Bretagne. Victoria ne peut se rendre à son chevet car il y aurait risque de conflit avec la France si les bonapartistes proclamaient Napoléon IV, mais les cours européennes envoient leurs condoléances. Le Times lui consacre douze colonnes, tandis qu’en France la presse non bonapartiste demeure critique. Dans cette France encore divisée à son sujet, les bonapartistes organisent des messes et des prières. Un registre ouvert par Eugène Rouher recueille des milliers de signatures. Le 13 janvier, alors que son testament a été transmit à un notaire parisien, son corps embaumé est déplacé de chambre au hall compte-tenu de l’affluence (60 000 personnes dont 1/10e de Français, soit plus que pour Charles X et Louis-Philippe Ier). Il est mis en bière le lendemain dans son uniforme de général de division, avec son alliance, un anneau de Napoléon Ier, des photographies de sa femme et de son fils, un crucifix en nacre sur sa poitrine, des fleurs et ses décorations dont le grand cordon et la plaque de la légion d’honneur.
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Ses obsèques sont célébrées le 15 janvier à l’église de Chislehurst, en privé à la demande du gouvernement français, en présence d’une foule massive autour du corbillard et de 200 personnes dans l’église. Lady Courlay rapporte les effusions de pleurs qui baignent l’ambiance à la reine Victoria. Parmi les personnes présentes se trouvent sa famille, des représentants de la reine et de la cour, et des figures du Second Empire comme Eugène Rouher, Eugène Schneider, Georges Eugène Haussmann, Charles Cousin-Montauban, Victor Duruy, Prosper de Chasseloup-Laubat et François Certain de Canrobert. D'abord enterré à Chislehurst, son épouse le fait inhumer avec son fils le 9 janvier 1888 dans l'abbaye Saint-Michel qu'elle a fait construire non loin de son manoir. Elle les rejoint à sa mort en 1920.

Bilan de Napoléon III Modifier

Président de la République, Louis-Napoléon Bonaparte est toujours en butte avec l’Assemblée. Il ne compte en réalité que peu de soutiens, y compris dans sa propre famille politique, bien que leur nombre soit allé en s’accroissant. Par son coup d’État, il trahit la République et ses institutions, violant ses engagements et s’éloignant des regrets qu’il avait formulés au sujet de ses tentatives de Strasbourg et de Boulogne. Un tel acte aurait dû le conduire devant la Haute Cour. Pourtant, d’autres éléments, plus politiques que juridiques, peuvent venir relativiser sa gravité : le pays voulait le réélire alors que la Constitution l’interdisait et des parlementaires l’auraient empêché, il n’a semble t’il fait que devancer un coup de force d’une partie des parlementaires contre lui, les législatives de 1852 ont fait craindre l’anarchie, il a agit au nom du rétablissement du suffrage universel masculin, le pays l’a soutenu et les puissances étrangères sauf la Grande-Bretagne s’accommodaient de ce coup. Napoléon III éprouvera néanmoins de la culpabilité et l’écriture de l’Histoire de Jules César tient en grande partie au besoin de justifier le 2 Décembre. Napoléon III n’était pas indifférent à sa postérité.

Napoléon III utilise plus que ses prédécesseurs la propagande pour glorifier son nom, sa personne, ses actes et son régime. Pour autant, il ne gouverne jamais en autocrate. Il tient à l’opinion publique et beaucoup de ses actions ont été guidées par la volonté de le satisfaire. Ses soutiens les plus importants venaient de la France rurale et de l’armée. Il se sentait plus proche du peuple que des élites qui furent trop insuffisamment liées au régime. La libéralisation de l’Empire est un fait rarissime pour un souverain autoritaire. Il la fait loyalement mais elle reste un demi-succès, tant furent nombreux ceux qui la jugeaient insincère ou insuffisante.

Son œuvre sociale, économique et urbanistique est sans précédent et très en avance sur son époque. Il a engagé les pouvoirs publics alors que le domaine social était jusque-là réservé aux patrons et aux religieux. Plusieurs des grandes lois sociales de la Troisième République avaient été mise à l’étude à la fin de l’Empire : légalisation des syndicats (1884), fin du livret ouvrier (1890), création de l’Inspection du travail (1892), création de retraites facultatives aux mineurs (1894). Après sa chute, l’empereur interroge : « Qui donc sur les trônes ou dans les conseils suprêmes s’est jamais préoccupé le l’ouvrier ? Moi seul ». Ces différents projets n’apparaîtront en Allemagne que dans les années 1880 et au Royaume-Uni que dans les années 1900. En matière économique, il développe banques, transports, agriculture et industrie. Les transformations urbaines à Paris ont permise un regain d’intérêt pour Paris qu’elle conserve encore un siècle et demi après, et aussi ont permis de moderniser les infrastructures. Le marquis de Chènnevières, directeur des beaux-arts sous l’Empire écrit d’ailleurs dans ses Souvenirs : « L’empereur a été, par son initiative personnelle en vrai chef d’État, la créateur des monuments qui datent de son règne. […] Les dix-huit ans de règne de l’Empire forment ce qu’en histoire on appelle un siècle ». Ces réformes furent progressives et jamais complètes en raison des contraintes budgétaires mais aussi d’un certain nombre d’oppositions venues de ministres, du Conseil d’État et de hauts-fonctionnaires.

En matière de politique extérieure, sa défense du principe des nationalités n’est jamais allé jusqu’à sacrifier les intérêts français. Ainsi le soutien à l’unité italienne est accordé contre le rattachement de Nice et de la Savoie. Lorsque la Prusse émergea dangereusement, l’empereur mit de côté son inimitié avec l’Autriche pour s’allier avec elle. Napoléon III fut un des dirigeants politiques les plus ouvert au monde du XIXe siècle. Ses années de pouvoir furent glorieuses pour la France, que ce soit aux Balkans ou au Moyen-Orient, marqué par des réussites, jusqu’à la tragique expédition mexicaine, beau projet au demeurant, et à la défaite lourde face à la Prusse. Il avait conscience que sa capitulation entraînerait la perte de son pouvoir et la chute de sa dynastie mais il songeait d’abord à éviter de verser le sang et à permettre à la France de redresser la situation militaire.

En dépit d’une embellie électorale après 1874, la cause bonapartiste ne survit pas à Napoléon III. Son fils et héritier, Louis-Napoléon Eugène, ne reconnaît pas le testament de son père, qui date de 1865 et transmet la régence à l’impératrice Eugénie. Sa mort en 1879, dans la guerre anglo-zoulou, porte un coup fatal au camp qui se divise entre soutien au nouveau prince Napoléon, Napoléon-Jérôme Bonaparte et le fils de ce dernier, Victor Napoléon. Plusieurs bonapartismes éclosent, chacun se réclamant de Napoléon III. Le parti bonapartiste meurt officiellement en 1940, quand le prince Louis Napoléon dissout les dernières organisations.

Portrait Modifier

Description physique Modifier

L’empereur me parut engraissé, vieilli […]. [Il] est de toute petite taille : il a la figure forte et longue, les épaules larges et assez tombantes, le tronc fort, les membres inférieurs très courts. Cette disproportion sensible, surtout quand Sa Majesté est débout, est augmentée par cette longue barbiche que tout le monde connaît et qui allonge encore le visage. En général, l’empereur marche lentement, les pieds en dehors, le corps incliné sur le côté gauche, plus rarement sur le côté droit. […] Son front est haut, large, découvert aux tempes, bien développé. Ses yeux petits, d’un bleu clair, un peu voilés, ont une expression habituelle de sourire et de bonté. D’autres fois, mais plus rarement ils ont quelque chose de terne, d’atone, assez singulier. Son nez fort et saillant a des narines épaisses, larges, sensuelles et facilement mobiles. Les attaches supérieures du cou sont grosses et fortes, en arrière de la mâchoire. Il en résulte un effet peu gracieux qui n’est pas reproduit sur nos pièces de monnaie. Cet effet consiste en ceci : que la partie postérieure de la tête est beaucoup plus grosse par en bas que par en haut et, comme pour cette dernière partie les cheveux sont peu fournis, le haut de la tête paraît aplati et le crâne peu développé en ce point. Tout cela ne fait pas, je l’avoue, un portrait flatteur.

- Portrait de Napoléon III par le Dr Ernest Barthez en 1855.


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Bien qu’il ait le profil de son père, on retrouve chez Louis-Napoléon Bonaparte une ressemble aux Beauharnais. Son nez aquilin est surmonté d’une bosse. Haut de 1,70 mètre, son buste épais repose sur de petites jambes mais il est dans l’ensemble attirant et séduisant, la reine Victoria le trouvant mystérieux. Pourtant, son physique va en se dégradant avec les ans. Déjà son portrait de 1855 est amélioré. Dans les années 1860, il vieillit rapidement, son regard devient vague, son front s’élargit, sa barbe et sa moustache grisonnent. Gagné par l’embonpoint, c’est un empereur mafflu et fatigué qui apparaît sur les photographies de 1867.

Personnalité Modifier

Napoléon III est reconnu par différents contemporains pour être difficile à définir, tant il reste impassible, inexpressif. Alexis de Tocqueville explique ainsi dans ses Souvenirs que « les paroles qu’on lui adressait étaient comme des pierres qu’on jette dans un puits ; on en entendait le bruit mais on ne savait ce qu’elles devenaient ». Cette retenue et cette réserve qu’il affiche en public le rend suffisamment inexpressif pour être appelé « le Sphinx » par Otto von Bismarck, ou bien pour apparaître comme un « être étrange […] dont on [pouvait] dire avec raison tout le bien et tout le mal possibles » comme le pense Hortense Cornu. Il a prit l’habitude de peu parler en public et de laisser la parole à son ou ses interlocuteur(s), faisant dire à Viel Castel qu’il cause « plus avec lui-même qu’avec ceux qui l’entourent ». Ses projets sont mûrement réfléchis puis appliqués avec certitude.
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A force de travail, il a su perdre son accent tout en continuant à parler lentement. A l’inverse, le Napoléon III de la vie privée est un être doux et sympathique, incapable de dire du mal des gens directement en face d’eux, le dire par écrit lui étant plus facile, avec une tendance au romantisme dans sa jeunesse.

Notons enfin qu’il s’avère être un cavalier doué, un chasseur expérimenté et un bon tireur, un escrimeur aguerris, capable aussi en nage et en gymnastique, également manieur de lance compétent.

Santé Modifier

D’une santé fragile, Napoléon III craint le froid, d’où le calorifère tournant son constamment à plein régime dans son appartement privé aux Tuileries. Son séjour au fort de Ham, marqué par l’humidité et l’inactivité, a contribué à ses rhumatismes. Parmi les maux dont il souffre, citons les gouttes, les migraines, les maux d’estomac et des poussées hémorroïdaires. Après un apaisement pendant les années de présidence, les douleurs reviennent au temps de l’Empire.

Napoléon III est gagné par la lithiase à partir de 1863, c’est-à-dire un calcul à la vessie, qui empire avec l’eau minéralisées et alcalines de ses séjours à Vichy en 1863 et en 1866. Le seul à soupçonner la vraie nature du mal est le docteur Félix Hippolyte Larrey après une nuit d’août 1865 lors de laquelle l’empereur a bien cru approcher sa dernière heure. Pour surmonter la crise, il prend du chloral, le plongeant dans un état de somnolence qui l’empêche de gouverner. Conséquence : l’empereur a rédigé son testament dès le 24 avril 1865 et prévoit d’abdiquer avec sa femme en 1875, lorsque leur fils atteindrait ses dix-huit ans.

Il connaît une grave crise de maladie en août et septembre 1869 qui l’oblige à se soigner à l’opium. Sa voix s’assourdit, son écriture devient pénible et quasi illisible. Il doit présider le conseil des ministres du 7 septembre en fauteuil roulant et ne peut être présent à l’inauguration du canal de Suez les 17 et 18 novembre. Par le décret du 7 octobre 1869, la régence de l’impératrice ou du prince Napoléon devient possible.

Au moment de la guerre franco-prussienne de 1870, il monte à cheval le 2 août puis cesse de le faire tant la douleur est aigüe. Son voyage jusqu’au château de Westphalie est rendu inconfortable par la maladie, allant même jusqu’a uriner du sang. A partir de juillet 1872, la maladie l’immobilise à son domicile. Il consent à des opérations qu’il avait toujours refusé jusqu’à présent dans le but de briser et d’évacuer la pierre, mais les soins aggravent le mal dont il meurt en janvier 1873, sans doute en raison la destruction du parenchyme rénal.

Train de vie de l’empereur Modifier

Napoléon III se lève le matin à 07h00 et commence par prendre un bain froid, puis prend place pour un petit-déjeuner composé d’une tasse de café et d’un petit pain. Il travaille ensuite en robe de chambre jusqu’à 09h00. Une fois habillé, il travaille avec ses ministres, en conseil ou bien par entretien, jusqu’à 11h00, moment du déjeuner. Puis, de 12h00 à 14h00, il se consacre à son travail et à accorder des audiences. Il se promène ensuite en cheval ou en voiture durant deux heures, puis reprend son travail qu’il peut assurer jusqu’à 03h00 du matin.

Vivant les Tuileries comme une forme de prison, Napoléon III se déplace du mois de mai au début de l’été au palais de Saint-Cloud, où il peut se distraire d’avantage et jouir d’une plus grande intimité, puis de se rendre courant juillet à Fontainebleau où il effectue une forme de pèlerinage napoléonien (ex : en mémoire des adieux de Fontainebleau) et en souvenir de son baptême. Il peut aussi monter à cheval, pratiquer la chasse, canoter sur l’étang des Carpes. Il passe le reste du mois et même parfois le début du suivant en cure thermale, à Plombière (Vosges) puis à Vichy (Allier), devenue la « reine des villes d’eaux » mais il cesse de s’y rentre au bout de son deuxième passage, en 1866, en raison de sa santé qui s’en ressent. Il termine son mois d’août par un passage au camp de Châlons pour y observer les manœuvres. Depuis 1854, il utilise son mois de septembre pour se reposer dans la « Villa Eugénie » qu’il a fait construire à Biarritz, ville qu’il fait relier par train, où il peut se promener sur la plage, dans la campagne ou en montagne, voire en Espagne. Les jours suivants marquent un retour à Saint-Cloud, puis l’année se termine à Compiègne jusqu’à décembre, de 1856 à 1869 à l’exception de deux années. On y organise des séries dites « de Compiègne » qui réunissent une soixantaine de personnalités princières, diplomatiques, politiques, affairistes, artistiques et littéraires. C’est aussi l’occasion pour lui d’inviter ses hôtes à des parties de chasse (dans sa saison 1860-1861, l’empereur abat 2 047 pièces dont 884 faisans, 343 lapins, 271 poules faisanes, 233 lièvres, 208 perdrix). Il s’adonne également à sa passion de l’Histoire en visitant des fouilles archéologiques du cimetière gallo-romain du mont Chyprès. Puis, il rentre aux Tuileries où il habite jusqu’en mai.

Intérêt pour l’Histoire Modifier

Passionné par l’Histoire romaine, Napoléon III s’investit beaucoup dans les études et les fouilles archéologiques pour lesquelles il dépense huit millions de francs sortis de sa cassette personnelle. Plusieurs initiatives sont prises pour revaloriser cette période : un choire d’antiquité est créé à l’École normale, à l’École des Chartes et au Collège de France, un musée des Antiquités nationales est ouvert à Saint-Germain-en-Laye et une statue est érigée sur le Mont-Auxois. Aussi, il nomme une commission de topographie chargée d’établir la carte de la Gaule et fait rédiger une édition quasi définitive du testament de l’empereur Auguste (res gestae). Des savants peuvent parcourir divers endroits de la planète comme l’Europe (Espagne, Grèce), le Moyen-Orient (Syrie, Macédoine, Asie mineure) et l’Afrique (Algérie, Égypte, Tunisie).

L’intérêt qu’il porte pour l’Histoire et l’armée lui fait apprécier Jules César, tant par les parallèles qu’il lui permet d’établir avec Napoléon Ier que par sa soif de connaissance sur les origines de la nation. Sur un plan personnel, lui qui fut accusé de césarisme (ex : par Raymond-Théodore Troplong), il y trouve le moyen de justifier son coup d’État. Après la campagne d’Italie de 1859, il s’intéresse au personnage et s’entoure dans son travail de toute une équipe, composée des historiens Victor Duruy et Prosper Mérimée, de l’épigraphiste latin Léon Renier, des archéologues Félicien de Saulcy et Adrien Prévost de Longpérier, des proches Hortense Cornu et Jean-François Mocquard et du savant Alfred Maury. D’autres viennent s’ajouter par la suite à cette équipe : l’archéologue Wilhelm Froehner, le directeur des musées impériaux Émilien de Nieuwerkerke, le portraitiste Franz Xaver Winterhalter. Les six années de travail aboutissent à la publication du premier tome de l’Histoire de Jules César en février 1865, ouvrage fortement promu et traduit en plusieurs langues étrangères. Le tome deux suit en mai 1866. A travers cette œuvre érudite, Napoléon III ne manque pas d’envoyer des messages subliminaux pour évoquer son propre pouvoir comme son conflit avec l’Assemblée. Cette série de publication est cependant mise en éveil, Napoléon III renonçant à l’idée d’être élu à l’Institut et d’autres problèmes politiques apparaissant désormais.

Napoléon III et sa famille Modifier

Napoléon III n’a pas de relations particulières avec sa famille qui ne l’a pas aidé à parvenir au pouvoir. Cependant, il accorde une faveur spéciale à Jérôme Bonaparte, devenu le dernier frère encore en vie de son oncle, âgé de soixante-sept ans à l’avènement du Second Empire. Il le fait gouverneur des Invalides en 1848, maréchal de France en 1850 et président du Sénat en 1851. En l’absence d’héritier, Napoléon III serait succédé par Jérôme puis par son fils Napoléon-Jérôme et ainsi de suite, c’est la raison pour laquelle ils ne peuvent se marier sans le consentement de l’empereur. Mais le fils de Jérôme est peu apprécié du Sénat et de l’entourage de l’empereur. C’est ainsi que l’article 3 du sénatus-consulte permet à Napoléon III d’adopter un parent et qu’une commission établit qu’il est en droit de choisir son successeur. Jérôme avait eu un enfant déclaré illégitime par Napoléon Ier, Jérôme-Napoléon, avec une Américaine dénommée Elizabeth Patterson, à qui Napoléon III accorde la nationalité française et lui permet de s’appeler Patterson-Bonaparte. Le fils sert dans l’armée mais Napoléon III ne l’inclut pas dans son ordre de succession. Dans le même temps, il sait être aux soins si nécessaire pour ceux qui ne lui ont pas fait défaut. Lucien Murat, qui appartient à sa famille civile, est ainsi fait sénateur et grand-maître du Grand Orient de France. Citons également les Tascher de La Pagerie, famille qui était restée fidèle à sa mère Hortense, comme Louis devenu sénateur et grand-maître des cérémonies de l’impératrice en 1853, Charles premier chambellan de l’impératrice puis sénateur, ou encore Stéphanie mémorialiste de la cour. Il est enfin le demi-frère de Charles de Morny, président du Corps législatif de 1854 à 1865.

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Louis-Napoléon Bonaparte rencontre pour la première fois Maria Eugenia de Guzman en 1849 lorsqu’elle et sa mère, Maria Manuela de Kirkpatrich, sont invitées à une réception donnée à l’Élysée, à une époque où elle est à la recherche d’un époux en Europe, et où lui-même cherche une princesse dans les cours européennes depuis printemps 1852, en dépit de réticences qui ont fait échouer chacune des tentatives (Caroline de Vasa, Adélaïde de Hohenlohe-Langenburg,…). Ce n’est pourtant pas le déclic immédiat. Ils se retrouvent lors d’invitations aux Tuileries après que les deux femmes aient emménagé à Paris au printemps 1851. La jeune femme née le 5 mai 1826, est issue d’une grande et riche famille espagnole, francophile et francophone, elle-même parlant un français pratiquement parfait, dont la mort du père l’a laissé dans une situation compliquée. Elle explique à propos d’elle et de Napoléon III : « Nous appartenions à la même génération d’exaltés ; il y avait dans nos deux natures du romantisme de 1830 et de l’utopisme de 1848. […] Nous rêvions de travailler au bonheur des peuples et d’améliorer le sort des ouvriers ». S’ensuit un rapprochement, entre cadeaux offerts et emménagement à l’Élysée. Lors de la soirée de l’an 1853, la femme du ministre Julie Fortoul s’avère impolie envers Eugénie de Montijo, poussant la jeune femme à vouloir quitter le pays. Napoléon III se presse alors de demander le mariage à sa mère. La cour se divise sur le sujet, entre ceux qui espèrent un héritier le plus rapidement possible (Achille Fould, Alexandre Colonna Walewski, Pierre Magne) et ceux qui préfèrent une union avec une femme issue d’une cour royale (Mathilde Bonaparte, Victor de Persigny, Armand Jacques Leroy de Saint-Arnaud, Jacques Pierre Abbatucci, Raymond-Théodore Troplong, Édouard Drouyn de Lhuys). La mère accepte, le mariage civil est célébré le 19 janvier 1853 dans la salle du trône des Tuileries, puis le lendemain a lieu la bénédiction nuptiale à Notre-Dame de Paris puis un dîner aux Tuileries. Napoléon III gracie près de trois-cent personnes.
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La nouvelle impératrice aime les fêtes et les futilités, envoûtée qu’elle est par Marie-Antoinette, mais aussi très pieuse et conservatrice. Après une fausse couche, elle met au monde un fils dans la nuit du 15 au 16 mars 1856, nommé Napoléon Eugène Louis Jean Joseph Bonaparte. L’enfant est baptisé en juin. Il reçoit l’éducation d’un professeur du collège Rollin, Francis Monnier, puis d’un normalien, Auguste Filon, à partir de 1967, et aussi de professeurs de grands lycées parisiens dont Ernest Lavisse. Son père se comporte à son égard comme un père aimant mais laxiste.

Napoléon III et les femmes Modifier

Ses premiers succès féminins remontent aux années 1820. A une époque où les mœurs des élites se délitent, Napoléon III ne fait pas exception avec ce qu’il nomme ses « petits plaisirs » et « petites distractions », permis par Félix Baciocchi, le Premier chambellan et surintendant des spectacles de la Cour, qui sert d’intermédiaire. Déjà président, il collectionne les maîtresses (Augustine Brohon, Alice Ozi,…). Elles y trouvent l’intérêt de favoriser les carrières de leurs maris, dans la mesure où « coucher avec l’empereur mène à tout » selon les mots de Viel Castel. Ses nombreuses maîtresses inspirent chansons et pièces de théâtre, font la joie des caricatures et des rumeurs à la Cour et dans le Tout-Paris.

Il se sépare de Miss Howard lorsqu’il se marrie à Eugénie de Montijo, lui laissant un château près de Marly-le-Roi et un titre de comtesse de Beauregard changé en de Bécheret, et lui rembourser les sommes prêtées.

Aucunes d’elles n’ont vraiment compté tant elles sont nombreuses, bien qu’une ait pu faire brièvement exception : la « Castiglione », Virginia Oldoini, Florentine attirante, patriote et francophone que Camillo Cavour utilise. Napoléon III la rencontre en 1855 à Paris dans une réception donnée par Mathilde Bonaparte puis dans un grand bal aux Tuileries en janvier 1856, mais c’est le 27 juin 1856, lors d’une fête de nuit à Villeneuve-l’Étang, qu’ils se promènent en barque sur l’étang et couchent sur l’île. L’attentat de Paolo Tibaldi en 1857 contre l’empereur lors d’une de ses sorties nocturnes conduit à la mise à l’écart progressive de la Castiglione puis à une rupture sans lendemain, alors que l’empereur entretient dorénavant des relations avec les comtesses de La Bédoyère et Walewska.

Napoléon III et la religion Modifier

Louis-Napoléon Bonaparte est lui-même un catholique pratiquant qui s’est rapproché de la religion lors de son emprisonnement au fort de Ham. Il ne se montre pas vraiment intéressé par la religion sur le plan politique, lui-même est pour la liberté de conscience, et perçoit surtout sa dimension homogénéisant de la société.

Positionnement politique Modifier

Bonapartisme Modifier

La pensée de Louis-Napoléon Bonaparte est le fruit de plusieurs influences comme celles de Narcisse Vieillard, de d’Almbert et de Victor de Persigny. Déjà aux États-Unis, il avait découvert le rôle de l’opinion, puis au Royaume-Uni il avait découvert la démocratie, puis ses années passées enfermé au fort de Ham lui ont permises de construire et d’élaborer une pensée. Il évolue ainsi de son napoléonisme, le culte de l’empereur Napoléon Ier, au bonapartisme, une idéologie avec des institutions. Pour autant, il serait faux de considérer Louis-Napoléon Bonaparte comme un idéologue dans la mesure où il est le fils de la période du positivisme et de l’âge scientifique. Il écrit dans le premier tome des Fragments historiques : « Dans tous les pays, les besoins et les griefs du peuple se formulent en idées, en principes, et forment les partis. Ces associations d’individus (…) se heurtent, se détruisent réciproquement, jusqu’à ce que la vérité nationale, se formant de toutes ces vérités partielles, se soit élevée, d’un commun accord, au-dessus des passions politiques ». Son bonapartisme est donc une synthèse transpartisane, incarnée par ce qu’il décrit avec Victor de Persigny dans L’idée napoléonienne comme un homme providentiel, celui qui laisse une trace et sert de modèle intemporel, à l’image de Napoléon Ier, héro de Louis-Napoléon Bonaparte qui en a la version idéalisée donnée par Le Mémorial de Sainte-Hélène et dont il tente d’incarner la continuité à travers des anecdotes construites de toutes pièces, lui qui se pense prédestiné. Cet homme providentiel, sans attache partisane, tient debout par un lien particulier avec le peuple, d’où sa défense du suffrage universel par opposition au suffrage censitaire. Ce lien, qualifié de « césarisme démocratique » par Raymond-Théodore Troplong en 1852, est entretenu par des plébiscites et par des élections législatives tous les six ans, lesquelles sont orientées par la propagande. Pour autant, il importe de noter qu'il n'a jamais gouverné en autocrate. L'évolution de l'Empire ne consiste pas à importer le vrai parlementarisme des pays anglo-saxons car il risque de perdre ce lien entre le peuple et son dirigeant. Par ailleurs, le bonapartisme se veut aussi être une synthèse entre le passé (la dynastie) et le futur (la souveraineté populaire) et assume toute l’Histoire de France, le régime impérial permettant aux yeux de Louis-Napoléon Bonaparte de « consolider un trône sur les principes de la Révolution », de « cicatriser toutes les plaies de la France », de « régénérer les peuples » aimant la Patrie, la gloire et l’honneur. Il emprunte à la gauche la souveraineté du peuple, la cause des nationalités et les réformes sociales, à la droite le culte de l'autorité, le goût de l'ordre et les valeurs religieuses.

Institutions Modifier

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Il estime sa philosophie adaptée au temps, fidèle aux principes de 1789 que sont l’État de droit, un gouvernement constitutionnel, le principe électif et le respect des libertés fondamentales. Selon lui, l’exécutif doit être fort, parce qu’il est l’ordre et l’autorité, parce que son interventionnisme ne peut être bénéfique que s’il sait ce qu’il veut, autrement il représente un danger pour la société qu’il ne protège plus. Sa préférence va plutôt à un gouvernement de techniciens et non de politiciens, car il serait alors plus compétent et détachés des intérêts d’un parti, ce qui revient à faire du chef de l’État le seul homme politique responsable. Louis-Napoléon Bonaparte fait également la part entre les libertés fondamentales, qui doivent être assurées, et les libertés publiques, qui peuvent présenter des désavantages, comme la liberté de la presse qui peut s’ériger en contre-pouvoir alors qu’elle n’a pas la légitimité pour, ou bien la décentralisation qui mine le corps central pour défendre ses intérêts propres.

Vision sociale Modifier

Ses aspirations sociales lui sont héritées de sa mère Hortense de Beauharnais et de son instituteur Philippe Le Bas, d’influences comme celle du communiste Étienne Cabet mais surtout de Claude-Henri de Rouvroy de Saint-Simon. Il tire aussi des enseignements de ses lectures et de ses visites dans des quartiers populaires et industriels de Grande-Bretagne dans sa période d’exil 1832-1833. Il constate que le début de l’industrialisation coïncide avec l’épanouissement du socialisme et le développement du paupérisme. Il est critique à l’égard de l’exode rural qui entasse les personnes dans les villes, augmentant par là la misère, et suggère en guise de solution d’augmenter les impôts des fortunes les plus importantes. Lui-même se dit socialiste et considère qu’une politique sociale permet de sauver le régime car les crises économiques de 1789, 1830 et 1848 ont provoqué des révolutions qui ont conduites à la chute du régime. Il s’agit donc d’un mélange d’intérêts et de sincérité de sa part.

Louis-Napoléon Bonaparte a l’idée d’utiliser les impôts pour acheter et défricher des terres incultes qui seraient mises en valeur par des colonies agricoles faîtes d’indigents et de chômeurs des villes. Ces colonies éliraient une personne prud’homale pour dix qui guiderait les travailleurs. Ce trouverait au-dessus un directeur chargé de leur apprendre le travail, le directeur lui-même aurait pour hiérarchie un gouverneur et un comité composé pour un tiers de directeurs et pour les deux autres de membres des prud’hommes. La colonie aurait des comptes à rendre à l’assemblée générale et au conseil général du département. Ce projet ne voit cependant pas le jour, en raison du refus du gouvernement et du parlement en 1849.

Au sujet de l’esclavage, il n’est d’abord pas favorable à son abolition pour des raisons économiques et sociales, avant d’évoluer et de se prononcer pour en le faisant de façon graduelle et concertée avec les autres puissances coloniales. Arrivé au pouvoir, il ne remet pas en cause son abolition faîte par la Deuxième République, en dépit de pressions dans son entourage.

Économie Modifier

Idéologiquement structuré par des séjours britanniques et par les lectures d’économistes comme Adam Smith et Jean-Baptiste Say, Louis-Napoléon Bonaparte vante l’obstination et le volontarisme, défend l’initiative privée et le droit de propriété. Il veut limiter la fonction publique, estimant qu’elle risque de transformer un « peuple libre » en « peuple de solliciteurs », mais Louis-Napoléon Bonaparte n’est pas pour autant moins étatiste que les libéraux. Il estime l’action de l’État nécessaire pour impulser et réguler l’économie, porter assistance aux pauvres, protéger l’industrie et encourager le commerce ; sa défense du libre-échange ne le pousse pas à vouloir l’établir à tous les secteurs dont certains ne sont pas prêts. Son modèle particulier ne peut donc être qualifié de socialiste ou de laissez-faire.

S’il tient l’agriculture pour le premier facteur de prospérité, il considère que l’industrie, tout en étant nécessaire, doit être maîtrisée car autrement elle cause la mort d’ouvriers et agglomère la population en ville, tandis qu’il défend le sucre métropolitain dont les raffineries peuplent les campagnes. Cette industrie doit être protégée en amont (le marché) et pas en aval (le commerce extérieur). Il développe la théorie de l’investissement social producteur : les ouvriers sortis de la misère peuvent consommer et ainsi faire fonctionner l’industrie.

Vision internationale Modifier

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Louis-Napoléon Bonaparte arrive au pouvoir dans une Europe héritée du congrès de Vienne, où un concert des nations réunit la Prusse, la Russie, l’Autriche et la Grande-Bretagne, avant que la France ne l’intègre à la Restauration, et encore en occupant une place secondaire. Le nouveau président français entend redessiner la carte le l’Europe selon les nationalités faire acquérir à la France une plus grande dignité, en la faisant du pays des droits de l’Homme le défenseur des peuples à la demande de liberté et d’indépendance sans recourir à la guerre. En faisant de la France « tour à tour l’apôtre, le soldat, le martyr du droit éternel » (Rêverie politique), celui du principe des nationalités et de la cause des peuples, il espère renverser l’Europe de 1815.

Il pressent comme Alexis de Tocqueville une montée des États-Unis et de la Russie qui prendrait l’Europe en étau. Cette dernière, dans son esprit, ne saurait dans ces conditions perdre ses troupes et son énergie, et il estime d’ailleurs que les colonies coûtent cher sauf l’Algérie et la Guyane, et que la France doit plutôt renforcer son armée en adoptant le système militaire personnel et universel de la Prusse avec une forte réserve. La bonne manière de rompre avec l’isolement de la France est une alliance avec la Grande-Bretagne, mais il faut aussi éviter que cela ne puisse traduire une faiblesse française et donc se tourner aussi vers l’Italie, l’Espagne et même l’Amérique du Sud, effrayant au passage le prince Albert qui y voit une menace pour le Royaume-Uni. Depuis la question romaine, il est acquit à l’idée de réunir des congrès internationaux lors de crises internationales.

Historiographie Modifier

Napoléon III ne manque pas d’admirateurs et de détracteurs dès son vivant. Dans le dernier camp, on trouve des hommes et des femmes de lettre parmi lesquels l’un des plus illustres, Victor Hugo, mais également Guy de Maupassant et George Sand. Il intrigue également, surnommé « le Sphinx » par Otto von Bismarck et Émile Zola, mais « Badinguet » par les plus moqueurs. Zola est l’auteur d’une des plus grandes œuvres de la littérature française, Les Rougon-Macquart, vingt romans écrits de 1871 à 1893 dont l’action se déroule sous le Second Empire. Quinze ans après sa mort, cette dimension fascination-répulsion est toujours présente, ainsi que le montrent les considérations de Maxime du Camp. La Troisième République ne diffuse pas de lui une image flatteuse et l’utilise comme repoussoir pour asseoir sa légitimité, à l’exception notable du socialiste Albert Thomas qui voit en lui l’initiateur de progrès économiques et sociaux.

Les premières biographies consacrées à sa personne remontent à la monarchie de Juillet, certaines lui étant favorables, d’autres défavorables. Dans ses années de pouvoir ne peuvent être publiées que des hagiographies. A l’étranger, des critiques peuvent être exprimées, notamment des pamphlets. C’est pourtant à l’étranger que quelques considérations honnêtes apparaissent après sa mort comme au Royaume-Uni.

Les passions ne s’apaisent vraiment qu’après la Première Guerre mondiale, lorsque l’Alsace-Lorraine revient à la France, que les derniers témoins de l’Empire disparaissent à leurs tour et que la tentation bonapartiste est désormais écartée (ex : le boulangisme). Charles Seignobos est nuancé dans ses écrits pour les manuels d’Histoire d’Ernest Lavisse, instituteur national sous la Troisième République. A l’étranger se manifeste à son égard un véritable intérêt, de la part de Frederic Arthur Simpson, de Robert Sancourt, de Hendrek Nicolaas Boon, etc. Pourtant, avec la montée des totalitarismes en Europe dans les années 1930, des comparaisons sont faites entre les deux, soit pour le rendre plus modéré, soit pour en faire le précurseur de ces courants. Les parallèles s'appuient sur la stature du chef charismatique, le lien avec le peuple ou le rejet du parlementarisme. L’historien Éric Anceau cite pourtant des différences importantes entre les deux : l’absence d’État policier, la libéralisation progressive du régime, une profonde xénophilie et une sympathie réelle pour le genre humain. Aristide Briand, John Maynard Keynes, William Beveridge et Jean Monnet en font le père de la sécurité collective, de la relance de la consommation, de l’État-providence et de l’Europe communautaire. Des expériences populistes en Amérique du Sud furent présentées comme des néo-bonapartismes. Les présidents brésilien Getúlio Vargas (1930-1945 et 1951-1954) et argentins Juan Perón (1946-1955 et 1973-1974) furent considérés par certains comme des « nouveaux Napoléon III ». Le gaullisme se rapproche plus encore du bonapartisme bien que le général de Gaulle ne soit pas un vocal trop élogieux du dernier souverain.

En réalité, Napoléon III n’est traité comme sujet historique qu’après la Seconde Guerre mondiale. Il fait l’objet d’un travail universitaire (Adrien Dansette) et de nombreuses biographies sont publiées par Charles Pouthias, Thierry Lentz, Pierre Milza, Éric Anceau, etc. Sous la Cinquième République, deux biographes de l’empereur, l’homme politique Philippe Séguin et l’historien Pierre Milza demandent le retour de ses cendres. Son souvenir est défendu par la Fondation Napoléon, le Souvenir napoléonien, les Amis de Napoléon III et l’Académie du Second Empire.

Après la chute du Second Empire, la République procède à son effacement toponyme : l’avenue Napoléon est rebaptisée avenue de l’Opéra, l’avenue de l’Empereur devient celle du Président-Wilson et celle de l’Impératrice l’avenue Foch, celle du 4 Septembre remplace le 2 Décembre. Seules les gloires militaires sont conservées (rue de Solférino, pont de l’Alma, boulevards de Sébastopol et de Magenta). Il faut attendre l’arrêté municipal du 9 janvier 1987, plus d’un siècle après, pour donner le nom de Napoléon III à une modeste place de la gare du Nord de Paris, gare construite et ouverte sous le Second Empire. Trois ans plus tard, l’ancien ministre Philippe Séguin obtient après insistance que le maire de Paris Jacques Chirac l’inaugure. Le 9 janvier 1988, le ministre des Anciens combattants et un détachement de la Grade républicaine représentent un gouvernement à une cérémonie pour Napoléon III, à la messe de requiem à l’église Saint-Louis-des-Invalides, pour le centenaire du transfert de sa dépouille de Chislehurst à Farnborough. En 2006, le Quai d’Orsay célèbre les 150 ans du congrès de Paris de 1856 après la guerre de Crimée, apogée du règne de Napoléon III. En 2007, le Tribunal de commerce de Paris inaugure une statue de celui auquel il doit ses locaux dans l’île de la Cité. En 2008, la République commémore officiellement le bicentenaire de sa naissance.

Élu président de la République à 39 ans en 2017, Emmanuel Macron devient le plus jeune dirigeant républicain français et prend ainsi une place détenue jusqu'alors par Louis-Napoléon Bonaparte pendant 169 ans.

Titulature Modifier

  • 20 avril 1808 – 9 juillet 1810 : Son Altesse impériale et royale, le prince Louis-Napoléon de France, prince de Hollande
  • 20 avril 1808 – 20 décembre 1848 : Son Altesse impériale, le prince Louis-Napoléon de France
  • 20 décembre 1848 – 2 décembre 1852 : Son Altesse Impériale, le Prince-Président Louis-Napoléon Bonaparte
  • 2 décembre 1852 – 1 mars 1871 : Sa majesté impériale, l'empereur des Français Napoléon III
  • 1er mars 1871 – 9 janvier 1873 : Sa majesté impériale Napoléon III

Citations… Modifier

… de Napoléon III Modifier

"Le nom de Napoléon est à lui seul tout un programme. Il veut dire : à l’intérieur, ordre, autorité, religion, bien-être du peuple ; à l’extérieur, dignité nationale."

- Napoléon III, 31 octobre 1849, message présidentiel à l’adresse de l’Assemblée.

"Mon idée fut grande et belle, mes intentions pures et désintéressées. En envahissant le Piémont, vous m’aviez offert un bon prétexte de réaliser un des désirs de ma vie : rendre l’Italie à elle-même."

- Napoléon III, 9 novembre 1859, dans une conversation avec l’ambassadeur d’Autriche.

"Les Gaulois vaincus se sont assimilés aux Romains vainqueurs, et de l’union forcée entre les vertus contraires de deux civilisations opposées est née, avec le temps, cette nationalité française qui, à son tour, a répandu ses idées dans le monde entier."

- Napoléon III, 5 mai 1865, discours aux peuples arabes à Alger.

"La vérité historique devrait être non moins sacrée que la religion."

- Napoléon III, 1865, en préface de l’Histoire de Jules César.

"Quel gouvernement que le mien ! L’impératrice est légitimiste, Napoléon-Jérôme, républicain, Morny, orléaniste ; je suis moi-même socialiste. Il n’y a de bonapartiste que Persigny, mais il est fou."

- Napoléon III, 15 novembre 1871, phrase prononcée devant vingt témoins mais sans doute remaniée.

… sur Napoléon III Modifier

"Sa place dans l’histoire ne sera pas déterminée par sa politique, mais par les chemins de fer en province et les monuments à Paris."

- Bernard-Adolphe Granier de Cassagnac, dans Souvenirs du second Empire.

"L’Historie commence et avec elle la Justice."

- Émile Ollivier à Eugénie de Montijo après la mort de Napoléon III.

"L'Empereur peut attendre avec confiance le jugement de la postérité. Son règne restera comme l'un des plus glorieux de notre Histoire."

- Lettre du 5 septembre 1870 de Louis Pasteur au maréchal Jean-Baptiste Philibert Vaillant.

"[...] la vigoureuse expansion bancaire et industrielle qui suit le coup d’Etat de Napoléon III, quelque chose qui ressemble à nos Trente Glorieuses d’après 1945, [...]"

- Fernand Braudel, L'identité de la France.

Publications Modifier

  • Rêveries politiques, 1832
  • Manuel d'artillerie à l'usage des officiers d'artillerie de l'armée helvétique, 1834
  • Considérations politiques et militaires sur la Suisse, 1833
  • Des idées napoléoniennes, 1839
  • L’idée napoléonienne, 1840
  • Fragments historiques : 1688 et 1830, 1841
  • Analyse de la question de sucres, 1842
  • L'Extinction du paupérisme, 1844
  • Histoire de Jules César, 1865-1866
  • La France et la campagne de 1870, 1872

Références Modifier

  • Source de référence générale : Éric Anceau, Napoléon III : un Saint-Simon à cheval, Éditions Tallandier, 2008.
  1. Éric Anceau affirme dans sa biographie de Napoléon III que cette visite de la reine Victoria est la première d’un souverain britannique en France depuis la guerre de Cent Ans. Pourtant, cette même reine s'est déjà rendue officiellement en France pour rencontrer le roi des Français Louis-Philippe Ier en septembre 1843, qui elle est la première rencontre entre des souverains français et britanniques depuis François Ier et Henri VIII en 1520
~ Monarques de France ~
Mérovingiens:
Clovis Ier | Clotaire Ier | Caribert Ier | Gontran | Chilpéric Ier | Sigebert Ier | Clotaire II | Dagobert Ier | Sigebert III | Clovis II | Clotaire III | Thierry III | Clovis III | Childebert III | Dagobert III | Chilpéric II | Clotaire IV | Thierry IV | Childéric III
Carolingiens:
Pépin III | Carloman Ier de France | Charles Ier de France | Louis Ier de France | Charles II de France | Louis II de France | Louis III de France | Carloman II de France | Charles III le Gros
Robertiens:
Eudes de France
Carolingiens:
Charles III de France
Robertiens:
Robert Ier de France | Raoul de France
Carolingiens:
Louis IV de France | Lothaire de France | Louis V de France
Capétiens directs:
Hugues Capet | Robert II de France | Henri Ier de France | Philippe Ier de France | Louis VI de France | Louis VII de France | Philippe II de France | Louis VIII de France | Louis IX de France | Philippe III de France | Philippe IV de France | Louis X de France | Jean Ier de France | Philippe V de France | Charles IV de France
Capétiens valois:
Philippe VI de France | Jean II de France | Charles V de France | Charles VI de France | Charles VII de France | Louis XI de France | Charles VIII de France | Louis XII de France | François Ier de France | Henri II de France | François II de France | Charles IX de France | Henri III de France
Capétiens Bourbons:
Henri IV de France | Louis XIII de France | Louis XIV de France | Louis XV de France | Louis XVI de France
Bonaparte:
Napoléon Ier
Capétiens Bourbons directs:
Louis XVIII de France | Charles X de France | Louis XIX de France | Henri V de France
Capétiens Orléans:
Louis-Philippe Ier
Bonaparte:
Napoléon III

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