FANDOM


Pierre Juillet
Pierre Juillet
Informations biographiques
Naissance

22 juillet 1921
Vallière, Creuse (France)

Décès

23 décembre 1999 (à 78 ans)
Vallière, Creuse (France)

Nationalité

Française

Parti politique

RPF

Conjoint(e)
Enfants
Diplôme
Profession

Avocat

Religion
Résidence


Pierre Juillet (22 juillet 1921 - 23 décembre 1999) est un conseiller politique français.

Biographie Modifier

Jeunes années Modifier

Fils et frère de préfet, Pierre Juillet est un résistant et un gaulliste de la première heure. Il a manqué d'être liquidé par un maquis FTP à la Libération, accentuant plus encore sa hantise du communisme[1][2].

Son neveu, Alain Juillet, est directeur du renseignement à la DGSE en 2002-2003.

Quatrième République Modifier

Délégué pour la Creuse, puis chargé de mission dans le Sud-Ouest, il entre au Rassemblement du peuple français à sa création en 1947. Il épouse une secrétaire du général de Gaulle, sans pour autant rencontrer l'homme du 18 juin. Il est pourtant cité pour être le chef de cabinet du Général en 1951 au moment où Georges Pompidou part pour la banque Rothschild, mais le poste revient à Olivier Guichard[3].

Il devient avocat, inscrit au barreau de Limoges. Il s'expatrie en Belgique où il dirige l'agence de presse Opera Mundi pour le compte de Paul Winkler, futur dirigeant de France-Soir. Les rumeurs veulent que cet emploi lui ait servit de couverture une autre activité, celle d'officier traitant pour le SDECE (devenu DGSE), sous le nom de code "Belvédère"[4].

Présidence de Charles de Gaulle Modifier

Il est choisit par André Malraux, ministre délégué à la présidence du Conseil puis ministre de la Culture, pour être son chef de cabinet en 1958, puis rejoint en 1962 le cabinet de son ami Georges Pompidou en tant que conseiller technique[5]. Il peut ainsi surveiller le parti gaulliste, préparer les élections, gérer les fonds secrets et lutter contre les gêneurs. En 1965, Georges Pompidou lui offre la présidence de la Compagnie générale de voitures, une filiale de l'Union des assurances de Paris. Il est décrit comme "prêt à toutes les vilenies pour faire triompher [...] son idéal de pureté". Le journaliste Franz-Olivier Giesbert le juge rétif aux réformistes, aux affairistes et aux gaullistes historiques[6].

Présidence de Georges Pompidou Modifier

Dans la période qui suit le départ de Georges Pompidou, Pierre Juillet est du cercle rapproché qui côtoie le futur candidat, avec Marie-France Garaud, Michel Jobert, Édouard Balladur, Anne-Marie Dupuy et Simone Servais[7]. Après l'élection, Jacques Chaban-Delmas compose son gouvernement directement avec Georges Pompidou, sans que Pierre Juillet ni Marie-France Garaud ne soient consultés[8].

Officiellement, Pierre Juillet est chargé de mission auprès du président de la République, responsable des chasses présidentielles. Toutefois, Michel Debré reconnaît que "celui que l'on surnomme le père Joseph joue depuis le début du septennat, un rôle considérable". Michel Jobert, dans un de ses ouvrages, parle de "conseillers de la nuit" car les agissements de Pierre Juillet et Marie-France Garaud ne sont pas toujours officiels. Leur bureau est situé en face de celui du président, avec lequel ils sont en contact quotidien. Celui de Pierre Juillet est la pièce qui servait au conseil des ministres sous le général de Gaulle[9]. Éric Roussel explique que son domaine d'influence et d'action est la politique politicienne, électorale, qui lui permet de jouir d'un grand crédit auprès de Georges Pompidou qui apprécie son bon sens, son efficacité, son indéniable intelligence". Le tandem Juillet-Garaud, qui représente un pôle conservateur et gaulliste, opposé à toute évolution supranationale de l'Europe et atlantiste de la diplomatie française, mène une entreprise de démolition du Premier ministre Jacques Chaban-Delmas dont ils contestent fortement le projet de "Nouvelle Société"[10]. Par exemple, ils téléphonent chaque matin au secrétaire général de l'UDR, René Tomasini, de façon à mettre des bâtons dans les roues du Premier ministre chaque jour. Pierre Juillet considère que Jacques Chaban-Delmas est soit naïf soit maladroit, comme par exemple pour la nomination de Pierre Desgraupes, gauchiste qui fut un des chefs de file de la contestation en mai 1968 dans l'audiovisuel public, à la tête de l'ORTF, accusant alors le Premier ministre de "livrer la télévision à nos pires ennemis". Cette détestation le pousse à interrompre un séjour aux États-Unis pour seulement le faire renvoyer[11].

Pierre Juillet menace à plusieurs reprises de démissionner si Georges Pompidou ne renvoie pas Jacques Chaban-Delmas. Un jour, à Matignon, Pierre Juillet reproche à Jacques Chaban-Delmas d'être le principal fourrier du socialisme. Georges Pompidou souhaite reprendre le dessus par un référendum sur l'Europe mais Pierre Juillet, expert de la chose électorale, pressent un échec. Pas écouté, il retourne à ses moutons dans la Creuse, mais revient ensuite quand l'Élysée reconnait son erreur et le rappelle. Il revient avec la volonté ferme d'écarter définitivement Jacques Chaban-Delmas [12]. Il prend la décision de nommer Arthur Conte, opposé à la politique de libéralisation du gouvernement, au poste de PDG de France Télévision sans en informer Matignon[13]. Jacques Chaban-Delmas obtient de Georges Pompidou, à la surprise de Pierre Juillet, le droit de passer devant l'assemblée, mais le conseiller sait que son sort de son adversaire est scellé[14].

En 1972, on lui attribue la responsabilité du renvoi de Jacques Chaban-Delmas et le choix de Pierre Messmer pour le remplacer. Pierre Juillet déclare dans une partie de chasse à Rambouillet : "J'ai eu Chaban comme je viens d'avoir ce perdreau"[15]. Il place aussi son poulain, Jacques Chirac, au ministère de l'Intérieur[16]. L'entrée de Jacques Chirac au gouvernement fait dire à Jacques Chaban-Delmas que le jeune homme a été "nommé ministre sous la monarchie de Juillet"[17]. Quand Robert Poujade devient ministre, Georges Pompidou accepte la candidature René Tomasini pour le remplacer au poste de secrétaire général de l'UDR, un choix dicté apparemment par Pierre Juillet[18].

Il est à l'origine de la création d'un ministère de l'Environnement en France et de la réforme de la mensualisation[19].

La dégradation de l'état de santé du président est supposé l'avoir rendu plus perméable à l'influence du tandem Juillet-Garaud, ce dont nul ne doute excepté le fils du président, Alain Pompidou [20]. Pourtant, dans l'ambiance de fin de règne, Pierre Juillet propose Jacques Chirac pour remplacer Pierre Messmer, mais le chef de l'État refuse [21]. A la mort de Georges Pompidou, il veut lancer Jacques Chirac car il ne juge pas Pierre Messmer apte à la présidence, mais son poulain est encore trop jeune[22].

Conseiller de Jacques Chirac Modifier

Chirac Juillet Garaud

Pendant la campagne présidentielle de 1974, Pierre Juillet, Marie-France Garaud et Jacques Chirac soutiennent Valéry Giscard d’Estaing. Il participe à monter la candidature d'Edgar Faure pour bloquer Jacques Chaban-Delmas[23]. Valéry Giscard d'Estaing a promis plus de liberté au Premier ministre[24].

René Tomasini, Charles Pasqua et Pierre Juillet convainquent Alexandre Sanguinetti de démissionner du secrétaire général[25]. Ils peuvent ainsi le faire remplacer par Jacques Chirac.

Pierre Juillet et Marie-France Garaud le font démissionner en 1976. Pierre Juillet a lui-même fait venir les caméras[26]. Il participe la même année à la fondation du RPR. Avec Marie-France Garaud, il est l'inspirateur de « l'appel de Cochin », lancé en décembre 1978 par Jacques Chirac depuis son lit d'hôpital, dans lequel le fondateur du RPR dénonce «le parti de l'étranger», visant, sans le nommer, Valéry Giscard d'Estaing. En bisbille avec les députés RPR, Pierre Juillet démissionne de sa fonction en 1979 et déclare «abandonner la politique». La défaite d'Edgar Faure face à Jacques Chaban-Delmas pour la présidence de l'Assemblée nationale en 1978 a pesé lourd dan le discrédit du duo [27].

Retraite Modifier

Il réapparaît parfois pour donner son opinion sur la droite et critiquer la construction européenne. En 1997, lors du procès de Maurice Papon, il s'aligne sur la doctrine gaulliste selon laquelle le régime de Vichy n'est pas la France[28].

Il meurt le 23 décembre 1999 à Vallière (Creuse).

Personnalité Modifier

Il a définitivement choisit de traiter par le mépris tout ce qui peut se dire ou s'écrire sur lui, rendant toute biographie authentique sur lui difficile à établir[29]. C'est un gaulliste sourcilleux, érudit, un brin grandiloquent aux dires de Raphaëlle Baqué, journaliste au Monde[30].

Maurice Schumann se souvient : "Avec Marie-France Garaud, on pouvait parler d'un duel à la loyale, alors que le mot de loyauté s'accorde mal avec la personnalité de Pierre Juillet. C'est un homme méchant qui n'assume pas la responsabilité de sa méchanceté"[31].

Jacques Chaban-Delmas : "C'était un gaulliste de droite et même d'extrême droite - il y en a. [...] Il avait fini par se convaincre, avec une sorte d'obstination mystique, que mon élimination de Matignon était nécessaire au salut du gaullisme et, pourquoi pas, de la France"[32]. L'UNR Claude Labbé parle d'un "républicano-fasciste"[33].

Références Modifier

  1. Chirac perd son ancien gourou Pierre Juillet. Le gaulliste est mort hier, à 78 ans, Libération, 24 décembre 1999
  2. Patrick et Philippe Chastenet, Chaban, Seuil, 1991 (p.362-363)
  3. Patrick et Philippe Chastenet, Chaban, Seuil, 1991 (p.362-363)
  4. Patrick et Philippe Chastenet, Chaban, Seuil, 1991 (p.362-363)
  5. Jacques Chaban-Delmas, Mémoires pour demain, Flammarion, 1998 (p.448)
  6. Patrick et Philippe Chastenet, Chaban, Seuil, 1991 (p.362-364)
  7. Patrick et Philippe Chastenet, Chaban, Seuil, 1991 (p.335)
  8. Patrick et Philippe Chastenet, Chaban, Seuil, 1991 (p.344)
  9. Patrick et Philippe Chastenet, Chaban, Seuil, 1991 (p.348)
  10. Michel Debré, Entretiens avec Georges Pompidou (1971-1974), Albin Michel, 1996
  11. Jacques Chaban-Delmas, Mémoires pour demain, Flammarion, 1998 (p.448, 454-455)
  12. Patrick et Philippe Chastenet, Chaban, Seuil, 1991 (p.401-403)
  13. Patrick et Philippe Chastenet, Chaban, Seuil, 1991 (p.406)
  14. Patrick et Philippe Chastenet, Chaban, Seuil, 1991 (p.407)
  15. Jacques Chaban-Delmas, Mémoires pour demain, Flammarion, 1998 (p.467 et 470)
  16. Chirac perd son ancien gourou Pierre Juillet. Le gaulliste est mort hier, à 78 ans, Libération, 24 décembre 1999
  17. Patrick et Philippe Chastenet, Chaban, Seuil, 1991 (p.393)
  18. Patrick et Philippe Chastenet, Chaban, Seuil, 1991 (p.392)
  19. Marie-France Garaud, "La marche de l'Histoire" (France Inter), 23 juin 2011
  20. Patrick et Philippe Chastenet, Chaban, Seuil, 1991 (p.362)
  21. Patrick et Philippe Chastenet, Chaban, Seuil, 1991 (p.448)
  22. Patrick et Philippe Chastenet, Chaban, Seuil, 1991 (p.457)
  23. Patrick et Philippe Chastenet, Chaban, Seuil, 1991 (p.448)
  24. Patrick et Philippe Chastenet, Chaban, Seuil, 1991 (p.459)
  25. Patrick et Philippe Chastenet, Chaban, Seuil, 1991 (p.477)
  26. Christiane Rimbaud, Raymond Barre, Perrin, 2015
  27. Patrick et Philippe Chastenet, Chaban, Seuil, 1991 (p.493)
  28. Chirac perd son ancien gourou Pierre Juillet. Le gaulliste est mort hier, à 78 ans, Libération, 24 décembre 1999
  29. Patrick et Philippe Chastenet, Chaban, Seuil, 1991 (p.362-363)
  30. Marie-France Garaud, au bon souvenir de Jacques Chirac
  31. Patrick et Philippe Chastenet, Chaban, Seuil, 1991 (p.402)
  32. Jacques Chaban-Delmas, Mémoires pour demain, Flammarion, 1998 (p.447)
  33. Patrick et Philippe Chastenet, Chaban, Seuil, 1991 (p.362-364)

Interférence d'un bloqueur de publicité détectée !


Wikia est un site gratuit qui compte sur les revenus de la publicité. L'expérience des lecteurs utilisant des bloqueurs de publicité est différente

Wikia n'est pas accessible si vous avez fait d'autres modifications. Supprimez les règles personnalisées de votre bloqueur de publicité, et la page se chargera comme prévu.