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Le second discours d'inauguration d'Abraham Lincoln est le discours prononcé le 4 mars 1865 à Washington D.C. par le 16e président des États-Unis Abraham Lincoln.

Ce dernier, triomphalement réélu au moment où la guerre de sécession touche à sa fin, insiste sur la nécessité d'abolir l'esclavage et de pacifier le pays. C'est un des discours les plus célèbres et les plus importants de l'Historie américaine.

Contexte Modifier

L'esclavage Modifier

L’abolition de l’esclavage fut faite au nord sauf dans le Delaware et à Washington D.C. mais sans cesse repoussée au sud jusqu’à être mise sous le tapis car le sud craint l’effondrement d’un système socio-économique qui le structure, dans les plantations de riz, de tabac ou de coton, permise par le climat et parce que l’industrie textile anglaise nécessite cette matière première. Le débat divise sérieusement le pays depuis les années 1830, les adversaires de ce système ont parlé de « slavocratie » tandis que le sud parle d’ « institution particulière ». Le Royaume-Uni l’a déjà abolit en 1833 dans plusieurs de ses colonies, la France en 1848 dans tout le territoire français, la Russie étudie l’idée. La première abolition de l’esclavage par Abraham Lincoln concerne Washington en avril 1862 puis il a rendu public la proclamation d’émancipation en septembre qui a libéré jusqu’à 4 millions d’esclaves dans des Etats du sud avant l’abolition définitive.

Guerre de Sécession Modifier

En 1860, le Parti républicain désigne Abraham Lincoln candidat pour éviter un autre plus extrémiste. Il est élu président des États-Unis face à des démocrates divisés en trois candidats. Mais entre l’élection et l’investiture, sept États du sud font sécession à cause de ses positions antiesclavagistes face à un président Buchanan immobile et forment une confédération. La guerre éclate un mois après l’investiture.

La guerre dure quatre ans et devient le conflit le plus meurtrier de l’Histoire du pays. Pendant le conflit, il fait acter la proclamation d’émancipation des esclaves en 1863. Le 22 juillet 1864, le nordiste William Sherman remporte une victoire majeure à Atlanta qui revivifie le moral des troupes et renforce la stature d’Abraham Lincoln.

En fin d’année, il remporte une large victoire à l’élection présidentielle par 22 États contre seulement 3 pour le démocrate George McClellan, ancien général-major de l’armée de l’Union qui lui défendait l’idée d’une paix à deux États. Les républicains occupent maintenant les trois quarts du congrès. Il est désormais pratiquement sûr que la guerre touche à sa fin, avec une confédération sudiste condamnée à brève échéance, et l’un des objectifs majeurs poursuivis par Lincoln est maintenant la réunification du pays. Mais sa vision unitaire s’est opposée à l’indépendantisme des émissaires du président sudiste, Jefferson Davies, le 3 février 1865. Le même mois, le nord remporte deux autres victoires importantes, une à Columbia et une à Charleston en Caroline du Sud. Sherman est donc maintenant en passe de faire sa jonction à la capitale sudiste de Richmond avec le général Ulysse Grant.

Le 4 mars 1865 à Washington D.C., par un temps pluvieux, Lincoln vient donc prêter serment, en présence d’une foule nombreuse, notamment composée pour la première fois de milliers d’esclaves affranchis dont un bataillon de soldats noirs. C’est un des discours d’investiture les plus courts qu’aient connu les États-Unis, fait de 701 mots dans sa version originale, que Lincoln prononce en six ou sept minutes. C’est un discours qui s’adresse à la nation toute entière, et passe par-dessus les officiels, contrairement par exemple à un discours du président sur l’État de l’Union devant le congrès. Concis et lyrique, emplit de formules religieuses, le discours, ici rapporté en entier, propose une réflexion profonde de la signification de la guerre puis lance un appel à la réconciliation alors qu’un plan de reconstruction était attendu.

Contenu du discours Modifier

L'esclavage Modifier

Il identifie l’esclavage comme cause de la guerre. Le phénomène concerne 1/8e de la population dit t’il (l.18). On est en effet, selon les chiffres du Bureau de recensement des États-Unis, à 3,9 millions d’esclaves pour une population totale de 31,4 millions de personne en 1860. L’esclavage a « constitué un intérêt particulier et puissant » (l.19-20), c'est-à-dire que des hommes sont réduits à l'état de propriété privée au détriment de leur liberté individuelle. Il critique la logique de l’esclavage par une référence biblique tirée de La Chute dans la Genèse, lorsque Dieu punit Adam pour son pêcher, en affirmant qu’ « il peut sembler étrange que certains hommes osent demander l’aide de Dieu juste pour extorquer leur pain de la sueur des visages d’autres hommes » (l.28-29).

Notons néanmoins que s’il condamne la logique et l’usage, il ne va pas jusqu’à parler d’atteinte aux droits de l’homme. Il rappelle d’ailleurs que « le gouvernement revendiquait seulement le droit d’en limiter l’extension dans les territoires » (l.22-23). Il n’était donc pas question d’abolition à l’origine, ce qui est cohérent chez Abraham Lincoln, comme en atteste sa correspondance de décembre 1860 avec John Gilmer, un élu de la Caroline du Nord qui est un des États esclavagistes avec un tiers de sa population concernée, auquel il expliquait « Vous pensez que l’esclavage est bon et doit être étendu, nous pensons qu’il est mauvais et doit être limité ». C’est en effet dans le sud que se concentre la majorité des esclaves. Dans le fond, il souhaitait l’abolition mais la jugeait prématurée et ne s’aventurait donc pas à la réclamer. Sa position avait auparavant évoluée, passant du refus de l’émancipation à l’émancipation limitée puis à l’émancipation universelle.

Il développe une réflexion personnelle sur la volonté de Dieu d’avoir laissé se dérouler une guerre en raison précisément de l’esclavage. Tout comme il ne parlait pas initialement d’abolir l’esclavage, il ne renie pas non plus l’idée que l’esclavage ait pu être voulu à un moment donné par Dieu et donc qu’il ait pu avoir son utilité puisqu’il reconnaît dans le même paragraphe que Dieu ne se trompe pas dans ses jugements. Pourtant, il pense que Dieu voulait le voir « extirper » parce que l’ « offense » a « duré au-delà de son temps désigné ». C’est la raison pour laquelle il pense que l’ampleur de cette guerre, la mort et la destruction qu’elle a semé, sont directement une punition divine de l’esclavage et donc plus spécialement du sud. Il est intéressant de voir qu’il place l’abolition de l’esclavage qu’il a faite dans la lignée de la volonté de Dieu. C’est ainsi que son discours s’apparente à une sorte de testament sur le pouvoir de transformation qu’à eue cette guerre, commencée pour sauver l’Union et terminée pour abolir l’esclavage.

Influence de la Bible Modifier

L’allure générale de ce discours peut ressembler à celle d’un sermon, fait d’allusions bibliques dont se sert le président pour tenter d’offrir une réponse aux questions qu’il se pose et qu’il partage avec la nation, mais aussi d’allitérations, de répétitions. Les références bibliques parcellent son discours, ce que l’on peut attribuer à sa mère Nancy qui a élevé ses enfants dans la religion chrétienne ou bien à ses lectures personnelles puisque la Bible en est une de ses premières et fondamentales. Ou bien peut-être pour des raisons plus politiques car les sudistes affirmaient avant la guerre que la Bible justifiait l’esclavage. Ses réponses ne sont pas en soi des affirmations car il énonce des hypothèses en usant du conditionnel présent : « Si nous devions supposer que l’esclavage américain est une de ces offenses qui devait arriver … » (l.32-33), « est-ce que nous devrions décerner [dans cette guerre voulue par Dieu] n’importe quelle déviation de ces attributs divins … » (l.36-37), « tendrement nous espérons […] que ce fléau terrible de la guerre puisse bientôt finir » (l.38-39).

Abraham Lincoln s’interroge sur la dimension religieuse de la guerre. Il pointe là le rôle interprété par Dieu, qu’il suspecte d’avoir sciemment encouragé cette guerre, de l’avoir faite se dérouler, sans le juger pour autant, mais plutôt pour tenter d’en savoir la cause, et donc le mal à corriger et à éradiquer. Ainsi donc, après avoir regretté le caractère terrible de cette guerre sur les plans humains et nationaux, il en vient à l’accepter sur un plan moral et spirituel. Il l’accepte comme état de fait mais aussi comme nécessité de vertu puisqu’il en vient, ligne 43, à citer une phrase extraite d’un des livres de la Bible, celui de Psaume, selon laquelle « les jugements du Seigneur sont tout à fait vrais et juste ». Il convient de noter qu’il avait déjà exprimé cette idée de punition divine au printemps 1864 devant une délégation du Kentucky et qu’elle n’est donc pas récente dans son esprit.

Concernant l’origine de la punition venue de la divine Providence, il se lance dans une autre citation biblique, cette fois sortie de l’Évangile (première partie du Nouveau Testament), lorsqu’il explique aux lignes 33 et 34 que l’homme par qui vient le malheur doit s’attendre à en subir les offenses. Il en attribut la responsabilité au sud, en raison de l’esclavage, mais tout cela revient à penser que c’est bien Dieu et non les hommes qui détient la maîtrise de cette guerre, son déroulement et son issue. C’est sans doute pour cette raison qu’il s’adresse à Dieu à la ligne 38 lorsqu’il déclare « ardemment nous prions ». L’emploi du « nous », réitéré dans le dernier paragraphe, démontre l’effort de la nation. Le fait qu’il se tourne vers la Providence donne un caractère immatériel au conflit, avec l’idée d’une solution supérieure à celle des hommes auxquels Abraham Lincoln ne mentionne aucune congratulation. L’issue du conflit qui se profile n’est attribuée ni à la valeur des soldats ni au bilan qu’il porte lui-même au sortir de son mandat.

« Et chacun réclame Son aide contre l’autre [dans la guerre de Sécession] ». Par cette phrase, Lincoln exprime une idée à laquelle il avait déjà réfléchit dans sa Méditation de la volonté divine de septembre 1862. Il y exprimait déjà l’impossibilité pour Dieu de soutenir à la fois les deux camps et donc la thèse et l’antithèse, et suggère même qu’il n’en soutient aucun lorsqu’il fait observer, à la ligne 31, sur les prières des deux camps adressées à Dieu : « celles de ni l’un ni l’autre n’ont été exaucées entièrement ». Cette idée que les hommes ne puissent connaître les intentions de Dieu est pourtant très minoritaire aux États-Unis à cette époque.

La réconciliation Modifier

Il annonce quel sera le contenu et le but de son discours : « une relation assez détaillée de la route à suivre ». C’est ce qu’il décrit dans le dernier paragraphe : atteindre une transition pour le retour de l’Union dans son intégrité et donc le retour à une paix sereine. C’est un projet qu’il a élaboré dès décembre 1863. Le discours se veut magnanime. Il appelle le pays à se hisser à un plus haut niveau d’espérance pour unifier la nation et adopte un ton positif qui donne même une impression d’unité et de pardon dans la forme, avec des termes comme « paix » et « panser », lesquelles contribuent d’ailleurs à donner la direction à suivre. D’ici là, son rôle consiste à amoindrir les malheurs de la nation et du peuple. Il convient de rappeler ici qu’au moment où est prononcé ce discours, l’unité et la stabilité sont encore à faire car un vent de révolte souffle sur le sud, alimenté par la faim et le désespoir, que les désertions dans l’armée sont si nombreuses que le président sudiste Davies en est réduit à armer des esclaves et à les intégrer aux troupes. Des États comme le Tennessee, l’Arkansas, la Louisiane ou le Missouri ont déjà prit les devant et ont abolit l’esclavage.

Il semble donc vouloir favoriser une attitude humble et généreuse envers les anciens rebelles lorsqu’il demande qu’il n’y ait pas de « haine contre personne » mais au contraire « de la charité envers tous », loin du triomphalisme des républicains radicaux du congrès qui eux veulent gouverner le sud avec un esprit de vengeance. Il se situe là dans la droite ligne de son premier discours inaugural, « entièrement consacré à la préservation de l’Union ». Ce pacifisme est constant chez Lincoln, face à ses adversaires. A la ligne suivante, il évoque « des agents rebelles [qui] étaient présents dans cette ville pour la détruire sans faire la guerre », référence faite à la tentative présumée d’assassiner Lincoln lors de sa première investiture à laquelle Lincoln et ses proches ont vraiment crut. Cette attitude se veut sans doute en opposition au président sudiste Jefferson Davies qui a expliqué un mois plus tôt qu’il y avait un devoir de se tenir prêt au combat.

Conséquences Modifier

Réception du discours et assassinat de Lincoln Modifier

Immédiatement après, Abraham Lincoln prête serment devant le président de la Cour suprême, Salmon Chase, et embrasse la Bible ouverte. Ce discours d’investiture est bien accueillit, l’ex-esclave Frederick Douglass parle d’un « effort sacré » qui a été fait, mais il n’entraîne aucune suite dans le temps court.

Le président est assassiné le 14 avril par un acteur raté et déséquilibré acquis à la cause sudiste, qui était déjà déterminé avant ce discours, auquel il a par ailleurs assisté dans la foule. Il reçoit de dos une balle qui atteint son cerveau alors qu’il assistait à une représentation au théâtre Ford de Washington et en décède le lendemain. L’assassin est traqué jusqu’à être tué en Virginie un mois et demi après. La mort de Lincoln est un coup dur pour les Etats-Unis qui perdent l’autorité morale et charismatique du « Grand Émancipateur ».

Postérité du discours Modifier

En revanche, sur le long terme, il est devenu un des textes les plus célèbres de l’Histoire américaine. Sa portée est grande car Lincoln y a annoncé la fin prochaine de la guerre et le discours comporte des formules de réconciliation qui ont marqué. Par exemple, l’historien Mark Noll, spécialiste de la vie religieuse aux États-Unis, en fait « un de ces rares textes à moitié sacrés par lesquels les Américains conçoivent leur place dans le monde ». Samuel Huntington, qui enseigna à Harvard et à Columbia, surtout connu pour sa théorie des chocs de civilisation, le place dans son livre Qui somme-nous ? consacré à l’identité nationale américaine dans sa liste des textes définissant cette identité au même titre la déclaration d’indépendance, la constitution, le Bill of Right, ou I have a dream.

Abolition de l'esclavage Modifier

Alors qu’il avait été élu en 1860 sur la promesse d’une limitation de l’esclavage, Lincoln a interprété sa réélection comme un mandat pour la ratification du XIIIe amendement qui doit entrer en vigueur à la fin de l’année. L’amendement proclame « Ni l’esclavage, ni la servitude involontaire, sauf pour le châtiment d’un crime dont une personne aura légalement été convaincue, n’existeront plus aux États-Unis ni en aucun lieu soumis à leur juridiction ». Il a été adopté par le Sénat le 8 avril 1864 et a été voté par la Chambre des Représentants le 31 janvier 1865 donc un mois avant le discours d’inauguration. Il ne s’agit pas d’une décision prise en vertu de pouvoirs militaires exceptionnels ne s’appliquant que dans certains territoires comme on l’a vu pendant la guerre mais bien d’une loi nationale qui s’appliquera dans toute l’Union. Cela fut rapide car 8 États l’ont entériné en une semaine et 11 autres en font autant dans les deux mois qui suivent, ayant rendue certaine son adoption par 5 autre États lorsque leur législature s’étaient réunies ensuite. Il appartient à la série d’amendements qui caractérisent l’ère de la reconstruction qui commence après la guerre.

Références Modifier

  • Louis de Villefosse, Lincoln, Editions du Seuil, 1956
  • Farid Ameur, La guerre de sécession, PUF, 2004
  • Stephen B. Oates, Lincoln, Fayard, 1984
  • James McPhersan, La guerre de sécession, Robert Laffont, 1991
  • Bernard Vincent, Lincoln, l’homme qui sauva les Etats-Unis, L’Archipel, 2009
  • Bruce Catton, La guerre de sécession, Payot, 2002
  • Samuel Huntington, Qui somme-nous ?, Odile Jacob, 2004

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