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VGE
Valéry Giscard d'Estaing
Informations biographiques
Naissance

Valéry René Marie Georges Giscard d’Estaing
2 février 1926
Coblence (Allemagne)

Décès

-

Nationalité

Française

Parti politique

CNIP (1956-1962)
RI (1962-1966)
FNRI (1966-1977)
PR (1977-1978)
UDF-PR (1978-1995)
UDF (1995-2002)

Conjoint(e)

Anne-Aymone Sauvage de Brantes

Enfants

Valéry-Anne Giscard d’Estaing
Henri Giscard d’Estaing
Louis Giscard d’Estaing
Jacinte Giscard d’Estaing

Diplôme

École polytechnique
École nationale d’administration

Profession

Haut-fonctionnaire

Religion

Catholicisme

Résidence

Authon, Loir-et-Cher (France)


Valéry Giscard d’Estaing (2 février 1926 - ...) est un homme d’État français. Il est le 20e président de la République française du 27 mai 1974 au 21 mai 1981.

Diplômé de grandes écoles parisiennes, Valéry Giscard d’Estaing exerce comme inspecteur des finances et se rapproche du cénacle politique sous la houlette d’Edgar Faure dans les années 1950. Il est élu pour la première fois aux élections législatives de 1956 dans le Puy-de-Dôme et entre au gouvernement en 1958 à trente-trois ans. Il est ensuite choisi comme ministre des Finances sous la présidence du général de Gaulle entre 1962 et 1966 puis comme ministre de l’Économie sous celle de Georges Pompidou de 1969 à 1974. Candidat déclaré à l’élection présidentielle de 1974, il dépasse le premier tour avec 32,60% et remporte le second face à François Mitterrand avec 50,81%. Il devient, à quarante-huit ans, le plus jeune président de la Cinquième République.

Son septennat commence par un élan modernisateur illustré par la dépénalisation de l’avortement, l’abaissement de la majorité à dix-huit ans et l’autorisation du divorce par consentement mutuel, ainsi qu’un allègement du code protocolaire, entre autres choses. Il permet la réalisation d’un parc nucléaire décisif pour l’indépendance énergétique française et équipe la France de trains à grande vitesse (TGV). Sa présidence coïncide avec la fin des Trente Glorieuses, marquée par deux chocs pétroliers (1973 et 1979) qui impactent l’économie française. Sa réponse se fait en deux temps, d’abord une politique de relance à l’époque de Jacques Chirac à Matignon, puis une politique d’orthodoxie libérale voulue par son successeur Raymond Barre, présenté comme « le meilleur économiste de France » par le président de la République. Malgré une fin de mandat plus compliquée, minée par l’affaire des diamants et entravée par l’éclatement de la majorité en deux pôles, le RPR chiraquien et l’UDF giscardienne, Valéry Giscard d’Estaing évite la cohabitation avec la gauche récemment unifiée par François Mitterrand en remportant une majorité aux élections législatives de 1978, suivi d’un succès électoral notable avec la victoire de la liste de Simone Veil aux élections européennes de 1979. Ce résultat suit un important engagement européen du président français, renforcé par sa coopération étroite avec le chancelier Helmut Schmidt, qui a permit des réformes durables de la Communauté européenne.

Longtemps donné gagnant à l’élection présidentielle de 1981, Valéry Giscard d’Estaing échoue au second tour en récoltant 48,24% face à François Mitterrand. Le parcours jusqu’alors réussit de Valéry Giscard d’Estaing s’en trouve interrompu. Sa vie postérieure longue d’une quarantaine d’année suit plusieurs trames. D’abord une tentative de retour en politique qui n’aboutit pas à une candidature présidentielle, puis dix-huit ans à la présidence du conseil régional de l’Auvergne qu’il modernise et contribue à intégrer au schéma national, un engagement européen continu couronné par la présidence de la convention sur l’avenir de l’Europe, qui débouche sur un traité constitutionnel européen rejeté par référendum en France en 2005, et un temps littéraire marqué par son élection à l’Académie française en 2003. Retiré de la vie politique élective en 2004, il siège depuis cette date au Conseil constitutionnel dont il est membre de droit à vie.

Origines familiales Modifier

Côté paternel, les Giscard : ascension de paysans-bourgeois au rang aristocratique Modifier

L’ascendance la plus ancienne de la famille Giscard qui soit attestée avec certitude remonte douze générations : François Giscard, propriétaire terrien du Marvejols (Gévaudan), qui a épousé Marguerite Aymar en 1632. Leur fils Pierre noue lui-même un mariage en 1976 dont résulte un enfant nommé Barthélémy. Les Giscard se lient aux bonnes familles du Gévaudan par leurs choix matrimoniaux tout au long du XVIIIe siècle jusqu’au départ de Barthélémy Martial Giscard (1796-1865) pour l’Auvergne à l’orée du XIXe siècle. Ce dernier épouse Elise de Cousin de La Tour Fondue en 1818, reliant sa famille au sang bleu puisque la mère de la mariée se nomme Lucie-Madeleine d’Estaing (1769-1844). Frère d’une certaine Noémie, leur fils Théodore (1824-1895) devient magistrat et met au monde Valéry (1862-1916), avocat à Clermont-Ferrand et conseiller à la cour d’appel de Riom, dont les fils, René et Edmond, père et oncle du futur président de la République, déposent une requête au Conseil d’Etat pour redresser la valeur nobiliaire de leur nom. La demande en faveur des Cousins de La Tour Fondue est rejetée à la demande d’une descendante vivant en Amérique du Nord, la loi autorisant une progéniture à s’y opposer. Ils se rabattent sur le patronyme d’Estaing, accepté par le Conseil d’Etat le 17 juin 1922 et confirmé après rejet des recours des familles Levezon de Vésins et Boysseulh le 14 juillet 1925. En joignant les noms de leurs oncles Philippe et Joseph, ils veillent à effacer les origines roturières de leur famille. Leur motivation n’est pas claire mais étoffer son nom d’une particule n’est pas rare au lendemain de la Première Guerre mondiale et facilite l’entrisme dans les grands établissements bancaires français.

Outre les protestations de ces deux familles, la véracité de ce lien de parenté avec l’amiral d’Estaing reste contestée. D’abord parce que Lucie-Madeleine d’Estaing, ancêtre sur laquelle s’est basé le Conseil d’Etat pour légitimer son acceptation, n’est semble-t-il pas plus qu’une lointaine cousine au sixième degré de l’amiral, empêchant d’affirmer toute descendance directe d’un homme qui n’en a pas eu. Pour cette raison, la Société de Cincinnati, qui regroupe les descendants des hauts-gradés de la guerre d’Indépendance américaine, refuse à quatre reprises les demandes d’adhésion de la famille, deux déposées par les frères et deux autres par Valéry Giscard d’Estaing. La quatrième, déposée lorsqu’il est président, s’avère plus délicate. La Société choisit d’en faire un « membre honoraire de Cincinnati à vie », honneurs finalement reçu par son fils Louis en 2009 en sa qualité de président du groupe parlementaire France-Etats-Unis.

En remontant chez ses ancêtres jusqu’au huitième degré, Edmond Giscard d’Estaing se découvre « 87% de sang français, dont 74% de sang auvergnat », des aïeuls du Piémont (Italie), de Hainaut (Belgique) et même un autrichien. Les Giscard sont catholiques depuis qu’ils ont abandonné le calvinisme suite à la révocation de l’édit de Nantes (1685) et à l’écrasement de la révolte des Camisards (1702-1705).

Le père de Valéry Giscard d’Estaing, Edmond, est devenu inspecteur des finances après de brillantes études effectuées à l’Ecole polytechnique et à l’Ecole libre de science politique, auxquelles doivent être ajoutées des licences de droit et d’histoire. Ayant participé à la Première Guerre mondiale, il a manqué de perdre la vie, le 10 juillet 1916, lorsqu’un obus l’a grièvement blessé sur le plateau de Herbécourt, non loin de Péronne. Il exerce ensuite comme directeur des services financiers de la Haute commission interalliée des territoires rhénans dans l’Allemagne d’après-guerre puis comme directeur adjoint de la société financière française et coloniale (SFFC), avant d’en devenir le directeur suite à l’éviction

Côté maternel, les Bardoux : bourgeoisie, aristocratie, royauté Modifier

Valéry Giscard d’Estaing passe pour être un descendant de sixième génération de Louis XV. Cette ascendance serait le fruit d’une liaison entre le roi et sa maîtresse Catherine Bénard, mais l’enfant fut déclaré au nom de l’époux reconnu de Catherine Bénard, le fermier général Jean-Pierre Staret de Saint-Simon. Marie-Adélaïde de Saint-Simon épousa son cousin, Jean-Pierre Bachasson de Montalivet, ministre de l’Intérieur de Napoléon Ier. Tous deux eurent notamment un fils, Camille, qui occupa la même fonction sous Louis-Philippe Ier. L’une des cinq enfants de Camille, Marthe, épouse l’historien et juriste Georges Picot, dont elle enfantera notamment François-Georges Picot et Geneviève Georges-Picot. Cette dernière, mariée à l’homme politique Jacques Bardoux, met au monde Marthe « May » Bardoux, mère de Valéry Giscard d’Estaing.

Cette parenté avec Louis XV permet de lui attribuer d’autres aïeuls royaux : l’ensemble des monarques Bourbon, montés sur le trône avec Henri IV, lui-même descendant de Robert de Clermont, un des onze enfants de Saint-Louis, et donc des neuf premiers monarques de la dynastie capétienne fondée par Hugues Capet. Le grand-père de ce dernier est Robert Ier de France (922-923), époux de Béatrice de Vermandois dont l’arrière-grand-père n’est autre que Bernard, roi d’Italie comme son père Pépin, celui-ci n’étant rien de moins que le fils de Charlemagne, lui-même fils de Pépin le Bref et petit-fils de Charles Martel.

Famille immédiate de Valéry Giscard d’Estaing Modifier

Edmond Giscard d’Estaing (1894-1982) et May Bardoux (1901-2003) se marient le 18 avril 1923 dans le 16e arrondissement de Paris. Le couple à cinq enfants :

  • Sylvie Giscard d’Estaing (8 décembre 1924 – 2008), mariée le 29 avril 1946 à Paris avec l’avocat Emmanuel de Las Cases (1912-1995), dont résultent six enfants ; maire de Prinsuéjols (1977-2001) ;
  • Valéry Giscard d’Estaing ;
  • Olivier Giscard d’Estaing (30 décembre 1927 - …), marié le 22 décembre 1956 à Paris avec Marie-Hélène de Montchirard (1937-2001), dont résultent quatre enfants ; administrateur de sociétés, député RI des Alpes-Maritimes (1968-1973) et maire d’Estaing (1964-1976) ;
  • Isabelle Giscard d’Estaing (6 avril 1935 - …), mariée le 5 décembre 1957 à Paris avec Guy de Lasteyrie de Saillant de Comborn (1923-1999), dont résultent quatre enfants ; présidente du festival de la Vézère ;
  • Marie-Laure Giscard d’Estaing (8 décembre 1924 - …), mariée à Jacques de Froissard de Broissia, dont résultent trois enfants.

Valéry Giscard d’Estaing rencontre Anne-Aymone Sauvage de Brantes chez un ami commun, l’écrivain Alfred Fabre-Luce, à la fin des années 1940. Après les fiançailles célébrées en septembre 1952, ils se marient civilement le 17 décembre à la mairie du huitième arrondissement de Paris et religieusement le 23 à la chapelle du château de Fresnes d’Authon (Loir-et-Cher), respectivement âgés de 26 et 19 ans. L’épouse satisfait sa belle famille par plusieurs qualités : une éducation, un parti supérieurement élevé, un père résistant pendant la Seconde Guerre mondiale et décédé à Mauthausen après son arrestation par la Gestapo, et des aïeux aristocratiques et même royaux puisqu’elle descend du dernier roi de France Charles X par le duc de Berry. Les Sauvage ont été relevés Brantes par décret impérial du 6 août 1863.

Le couple a cinq enfants :

  • Henri agit au sein du mouvement de jeunesse giscardien sous la présidence de son père et en devient le président en 1981. Il n’exerce qu’un seul mandat, celui de conseiller général du Loir-et-Cher de 1979 à 1992, étant le plus jeune de France, élu à 23 ans. Par la suite, il se dédie à Danone, qu’il a intégré en 1992, jusqu’à son départ en 1997 pour le Club Méditerranée comme directeur général adjoint, puis directeur général en 2001 et PDG en 2005.
  • Valérie-Anne, diplômée de l’IEP de Paris, travaille au cabinet du ministre de la Culture Michel Guy (1974-1976) puis rejoint le monde de l’édition, chez Fayard d’abord puis à Compagnie 12, sa propre société qui publiera six livres de son père. Elle est l’auteur du Livre mondial des inventions, succès de vente inspiré du Livre Guinness des records. Sa seule intervention politique connue est sa signature en bas d’une tribune dénonçant « le déni de démocratie dont est victime » Nicolas Sarkozy pendant sa campagne présidentielle de 2012, paraphée par dix-sept autres personnes dont son mari.
  • Louis travaille une dizaine d’année à LVMH puis se lance en politique : il perd à Royat aux élections municipales de 1995, se fait élire conseiller municipal à Chamalières en 2001, puis succède à son père comme député du Puy-de-Dôme en 2002 avec 53%, réélu en 2007 mais battu en 2012, ainsi qu’en 2013 dans une législative partielle des Français de l’étranger, alors qu’il est devenu maire de Chamalières en 2005. Il quitte l’UMP en 2012 pour intégrer l’UDI. En 2016, il est élu conseiller régional d’Auvergne-Rhône-Alpes.
  • Jacinte exerce comme vétérinaire et à créé des centres équestres ainsi qu’une société d’événements équestres.
  • Olivier a fait une brève incursion dans le monde politique en se faisant élire maire d’Estaing (Aveyron) en 1965 et député de la 5e circonscription des Alpes-Maritimes en 1968, avant de se retirer lorsqu’il est battu en 1973. Il s’est depuis résolument tourné vers le monde de l’entreprise en créant la Table ronde de Caux avec des entreprises internationales (dont Philips) en 1986, afin de réfléchir au rôle social de l’entreprise, et en rejoignant le Conseil pour l’avenir du monde en 2000, qui se focalise essentiellement sur les questions écologiques, en même temps qu’il préside l’école privée INSEAD et le Comité d’action pour un Parlement mondial. Son fils unique Charles, aîné des neveux de Valéry Giscard d’Estaing, se situe également dans l’entreprise, à l’exception d’une candidature malheureuse à Cannes aux élections législatives de 2002.

Les cousins de Valéry Giscard d’Estaing et leurs descendants sont entièrement tournés vers le monde de l’entreprise. Jeunes années

Jeunesse Modifier

Naissance et enfance Modifier

Né le 2 février 1926 à Coblence, où son père travaille comme directeur des services financiers de la Haute commission interalliée des territoires rhénans, Valéry René Marie Georges Giscard d’Estaing est le deuxième enfant d’Edmond et May Giscard d’Estaing. Avant lui est née une sœur, Sylvie, en 1924, et après lui sont arrivés Olivier en 1927, Isabelle en 1935 et Marie-Laure en 1939. « Valy », comme le surnomme sa mère, doit son prénom à son grand-père. Dès le mois de juillet 1926, la famille rentre à Paris où Edmond a été rappelé et loge au 71, rue du Faubourg-Saint-Honoré, à cent mètres du palais de l’Elysée.

Valéry Giscard d’Estaing garde le souvenir d’une « enfance heureuse » balancée entre l’autoritarisme de son père et l’affection de sa mère. C’est à l’initiative de cette dernière qu’il est dispensé de cours à l’école publique, se limitant à faire vérifier ses connaissances une fois par semaine au cours Boutet-de-Monvel. Elle lui prodigue une éducation solide et l’initie au théâtre ou à la poésie en même temps qu’elle lui apprend les codes élitistes de la politesse. En 1939, il entame son année de seconde au lycée Blaise-Pascal de Clermont-Ferrand, des « études de dilettante » se souvient-t-il, où il allait jouer à l’Académie de billard à la place de Jaude avec son cousin François après les cours, qui s’achèvent avec l’occupation allemande en 1940. May Giscard d’Estaing rentre à Paris avec ses enfants et trois employés pour emménager dans un huit pièces au 101 avenue Henri-Martin. Il suit désormais une double scolarité : au lycée laïque Janson-de-Sailly et à l’externat catholique du cours Gerson. Elève doué, spécialement en mathématique, il obtient des mentions « bien » à son premier baccalauréat en 1941 et à ses baccalauréats de mathématiques et de philosophie en 1942. Il intègre Louis-le-Grand pour l’année 1943.

Son enfance parisienne lui a permis d’affirmer ensuite qu’il avait été le témoin d’événements historiques tels que le retour à l’Elysée du corps du président Doumer assassiné le 6 mai 1932 à six ans, la crise du 6 février 1934 à huit ans, les manifestations ayant suivi la victoire du Front populaire en 1936 à dix ans et les cars de police conduisant des juifs au Vel d’Hiv le 16 juillet 1942 à 16 ans. il prétend même avoir était un des rares Français à avoir pu entendre l’appel du 18-Juin du général de Gaulle : « Robert Georges-Picot, un parent par alliance réfugié au château, patriote fanatique qui écoutait chaque soir la BBC, nous a dit : « Il va y avoir ce soir un message de Londres ». Et nous avons entendu de Gaulle sur un grand poste à galène. Je me souviens que le texte prononcé n’était pas exactement le texte officiel que l’on connaît. Il y avait des propos très durs sur Pétain qui nous parurent déplacés ».

Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale Modifier

Il affirme également avoir été présent à la manifestation étudiante du 11 novembre 1940, place de l’Etoile, et avoir aidé à une action de résistance contre un train de déportés à Drancy, avec le groupe Défense de la France de son camarade de classe François Girard qu’il aurait rejoint, mais aucun témoin de corrobore ses propos. Il est en revanche assuré qu’il ait participé à un groupe de protection d’Alexandre Parodi du 19 au 25 août 1944, équipé d’une mitraillette Stern avec deux chargeurs et muni d’un brassard à croix de Lorraine. Membre du service d’ordre, il aperçoit physiquement le général de Gaulle pour la première fois lors de la remontée des Champs-Elysées du 26 août. Son engagement dans la résistance est motivé par la crainte du remord ultérieur s’il n’avait rien fait et par la vision de cette jeune génération appelée à construire le monde d’après.

Après la libération de Paris, âgés de dix-huit ans, Valéry Giscard d’Estaing et son cousin François s’engagent dans la 1ère Armée du général de Lattre de Tassigny, où ils intègrent la 2e Dragon. De Lattre, alerté par la famille, les oblige à suivre une formation à l’école des cadres de Montbéliard, mais les jeunes hommes déçus retournent à leur unité au bout de trois jours. Nouvelle interjection de De Lattre qui les envoie cette fois-ci à la nouvelle école de Rouffach près de Colmar. Valéry Giscard d’Estaing suit les six semaines de stage puis réintègre la 2e Dragon en mars 1945 après qu’on lui ait refusé le 1er régiment étranger de cavalerie. A bord de son char baptisé le Carrousel, il franchit le Rhin par Spire début avril puis reçoit une citation à Zollhauss qu’il ont atteint le 21, après qu’il ait déjà été élevé au rang de brigadier le 13, pour avoir interrompu les tirs de panzerfaüsts à Behla le 21 avril en continuant à guider son char et à tirer malgré qu’il ait été lui-même blessé par l’un deux. Le 26, son char est le premier à entrer dans Coblence à 15h25, après qu’un dénommé Lalanne se soit défaussé en prétextant une fausse blessure. La nouvelle de l’armistice leur est communiquée le 8 mai par le chauffeur de la jeep du lieutenant, alors qu’ils stationnent dans une prairie au nord du lac de Constance. Valéry Giscard d’Estaing voit de près le général de Gaulle pour la première fois lorsque le chef du GPRF passe le régiment en revue à Oberstdorf, au pied des Alpes bavaroises le 20 mai. Il le retrouve lorsqu’il défile sur les Champs-Elysées le 14-Juillet, debout dans la tour du Carrousel.

Valéry Giscard d’Estaing sort de ces huit mois de campagne décoré de la Croix de guerre et de la Bronze Star américaine.

Études supérieures Modifier

Il retourne au lycée Louis-le-Grand à la rentrée 1945 et entre à l’Ecole polytechnique en 1946 après être arrivé sixième au concours. Il y effectue de « bonnes études mais pas éblouissantes » tout en bénéficiant d’un traitement spécial eu égard à son statut d’ancien combattant. En 1948, il poursuit à l’Ecole nationale d’administration (ENA) nouvellement créée mais sans passer le concours grâce à la publication du décret 48-1141 le 19 juin 1948 qui permet, cas unique pour une école française, d’exempter de concours un ou deux élèves reçus parmi les cinq premiers de leur promotion. Ce décret, tombé à pic pour le polytechnicien, sera moqué en « décret Giscard ».Son stage réglementaire de huit mois s’effectue en Sarre, où il gère les affaires monétaires et le dossier de l’aciérie Rössling, et lui permet d’en ressortir avec la note remarquable de 19/20. Puis il entame les cours dans la promotion Europe en 1949, en ayant notamment Pierre-Mendès-France comme professeur. De cette école qu’il a peu aimée, il a surtout retenu le marxisme ambiant. Lui-même baigne dans ce contexte politique, lisant Le Figaro et Le Monde, accompagnant sa mère à une réunion du RPF au bois de Vincennes pour écouter le général de Gaulle en octobre 1947 et répétant qu’« il faut [qu’il soit] ministre des Finances avant trente ans ». Il effectue deux voyages à l’étranger : au Québec en 1948 et à l’université d’Oxford à l’été 1950 pour perfectionner son anglais.

Classé sixième au concours de sortie de l’ENA, il est en mesure de viser l’inspection des finances mais doit auparavant effectuer un stage, qui se déroule au siège de la banque de France dans le 1er arrondissement de Paris. Il y est peut-être entré à la faveur d’un pistonnage de son père auprès du directeur, Wilfrid Baumgartner, un ami de la famille qui le garde près de lui dans un bureau resplendissant réservé aux gouverneurs des banques étrangères. Au terme de cette expérience réussite, il entre au service de l’Etat comme adjoint à l’inspection des Finances en 1952. Il commence par travailler en Afrique du Nord puis rejoint le service des études économiques et financières, future direction de la Prévision.

Ascension politique Modifier

Débuts sous la Quatrième République Modifier

Edgar Faure est son parrain en politique. Âgé de 27 ans, il commence à travailler à son service à sa demande à l’été 1953, après l’avoir rencontré au cours d’un dîner mondain comme il en fréquente beaucoup, dans son cabinet au ministère des Finances de manière officieuse car il lui reste encore à passer le second concours de l’inspection des finances, celui de la confirmation. Il est promu conseiller technique puis directeur adjoint du cabinet d’Edgar Faure à Matignon de février à décembre 1955. Son influence sur les affaires économiques est grande avec Pierre Pflimlin à la rue de Rivoli. A ces postes, il définit en deux jours le « plan de dix-huit mois » du 4 février 1954 suivi d’une hausse de la croissance de 5,5% en 1954 et de 5% en 1955 ainsi que d’une diminution du chômage de 50 000 personnes cette même année, et inspire le projet d’un fonds international pour le développement des pays du Sud grâce aux économies réalisées par une réduction des dépenses nucléaires qu’Edgar Faure formule à la conférence des Quatre de Genève en juillet 1955. Proche de lui, attirés mutuellement l’un par l’autre, Valéry Giscard d’Estaing participe à sa campagne cantonale d’avril 1955 dans son canton jurassien : il empêche la tenue d’une réunion de l’adversaire poujadiste au côté de Pierre Poujade en coupant l’électricité.

Avec la décision d’Edgar Faure de convoquer des élections législatives pour le 2 janvier 1956, Valéry Giscard d’Estaing se présente dans la 2ecirconscription du Puy-de-Dôme de Jacques Bardoux, son grand-père de 82 ans qu’il a poussé vers la sortie, puis mobilisé les relations familiales pour être en position éligible sur la liste de Joseph Dixmier, indépendant-paysan, puisqu’Edgar Faure n’a pu le placer sur une liste de son Rassemblement des gauches républicaines. Il est élu au terme d’une campagne de proximité au langage simple tandis que le CNIP fait 15,30% en France.

Elu à 29 ans, il est le plus jeune député de la législature après Jean-Marie Le Pen et André Chêne (27 ans), aux côtés desquels il officie comme secrétaire d’âge à la séance d’investiture. Il rejoint le groupe parlementaire du CNIP, les Indépendants et paysans d’action sociale (IPAS) classé à droite, et intègre la commission du suffrage universel, des lois constitutionnelles, des règlements et des pétitions, puisque celle des Finances est fermée aux jeunes élus. A l’Assemblée, il contribue à créer un groupe transpartisan de jeunes députés, fermé aux communistes et poujadistes, qui attire l’attention de la presse. Il se fait un nom en investissant les questions économiques et européennes (ex : défense du traité de Rome). Dès sa création en 1955, il intègre le Comité d’action pour les Etats-Unis d’Europe de Jean Monnet. De plus, il fait partie des délégations françaises qui assistent aux assemblées générales de l’ONU de 1956 et 1957, prononçant un discours dénonçant « l’expulsion des Français d’Egypte » par Nasser à la première et un autre qui évite une condamnation internationale de la France sur les événements d’Algérie à la seconde. En 1958, il confirme son ancrage territorial en étant élu conseiller général du Puy-de-Dôme dans le canton de Rochefort-Montagne.

Valéry Giscard d’Estaing figure comme secrétaire d’Etat aux Finances dans le gouvernement mort-né d’Antoine Pinay, qui n’obtient pas la confiance après son discours d’investiture prononcé le 18 octobre 1957 (198 voix sur 595). Les événements d’Algérie précipitent la fin du régime. Sur cette question, Valéry Giscard d’Estaing définit sa position comme suit dans son discours du 20 mai 1958 : « Entre ceux qui se réfugient dans une interprétation bornée de la légalité […], entre ceux qui cèdent à la griserie des mutations trop brusques et aussi du désordre, il y a place pour tous ceux qui demandent que soit reconnue l’éclatante évidence des faits, mais qu’elle soit traduite progressivement dans la légalité ». Il vote la confiance au général de Gaulle le 1er juin, bien qu’il ne se soit pas mobilisé pour demander son retour, et malgré des réticences dues à sa « culture légaliste et républicaine ». Il vote « oui » au référendum du 28 septembre 1958 sur les institutions de la Cinquième République puis se fait réélire dès le premier tour dans sa circonscription le 23 novembre, avec un gaulliste, le Dr. Guy Fric, comme suppléant, pour continuer à siéger parmi les indépendants-paysans.

Secrétaire d’Etat aux Finances Modifier

Agé de 32 ans, Valéry Giscard d’Estaing entre au gouvernement comme secrétaire d’Etat aux Finances le 8 janvier 1958, après avoir refusé de l’être au Budget, son nom ayant été soufflé par le Premier ministre Michel Debré au ministre des Finances Antoine Pinay. Son rapprochement avec l’ancien sénateur d’Indre-et-Loire s’est fait sous la Quatrième République sur la question algérienne. Il jouit d’une grande liberté à ce poste puisqu’Antoine Pinay le laisse choisir la composition de son cabinet faîte d’amis technocrates (Michel Poniatowski, Jean-Pierre Fourcade, Jean Sérisé, Jacques Calvet) et se fait parfois représenter par lui au conseil des ministres et à l’Assemblée nationale. Il se fait dès lors remarquer par le général de Gaulle : « En réalité, ce n’était pas le bon M. Pinay qui travaillait le plus, mais son secrétaire d’Etat […] Giscard d’Estaing faisait tout le boulot derrière lui. Je n’ai jamais eu de meilleur argentier que lui ».Sa grande œuvre à ce poste est la mise en œuvre du plan Pinay-Rueff : de fortes dévaluations de 20% en juin et de 17,55% en décembre, masquées par la création du nouveau franc, pour permettre à la France de soutenir son entrée dans le Marché commun le 1er janvier 1959, accompagnée d’une suppression de 90% de ses contingents à l’importation. En parallèle, le gouvernement met sur les rails un plan de redressement en 1958, composé aux deux tiers de diminutions des dépenses publiques (suppression de la retraite des anciens combattants valides ou pourvus, baisse des dépenses et subventions, instauration d’une franchise de trente nouveaux francs par semestre sur le remboursement des médicaments, augmentation des cotisations sociales) et d’un tiers d’effort fiscal (hausse des taxes sur l’alcool et le tabac, suppressions de diverses exonérations fiscales, augmentation des impôts sur le revenu, les sociétés, la TVA et des indirects).

Candidat à Clermont-Ferrand aux élections municipales de mars 1959, il essuie une large défaite dès le premier tour face au maire socialiste sortant Gabriel Montpied, un échec qui n’était pas forcément attendue et qui est attribué à une campagne sans prise du candidat et à la désertions des électeurs catholiques et anciens combattants, ces derniers n’ayant pas accepté de perdre leurs retraites.

Ministre de Charles de Gaulle Modifier

Le 18 janvier 1962, sur proposition de Michel Debré et avec le soutien de Georges Pompidou puis l’accord de Charles de Gaulle, il devient ministre des Finances et des Affaires économiques à la place de Wilfrid Baumgartner, qui avait succédé à Antoine Pinay. Il a auparavant refusé l’Agriculture proposée par Michel Debré en 1961. Le 24 juillet, il se rend aux Etats-Unis pour rencontrer le président John F. Kennedy dans le bureau ovale de la Maison-Blanche afin de clore le remboursement de la dette de guerre française (293 millions de dollars). C’est un moment important dans la construction politique du jeune ministre des Finances car le président américain devient son modèle de communication. La photographie de leur rencontre le suivra ensuite dans tous les bureaux successifs qu’il occupera.

Valéry Giscard d’Estaing est l’auteur du plan annoncé le 12 septembre 1963, après avoir été rappelé en trombe avec Georges Pompidou par le général de Gaulle pendant l’été, afin de répondre à la renaissance de l’inflation qu’ont entraîné le retour de 800 000 rapatriés d’Algérie, la hausse des salaires de plus de 10% et la généralisation de la quatrième semaine de congés payés initié par Renault : blocage des prix (réduction des prix du tabac et des hydrocarbures, blocage des prix industriels, blocage ou taxation des prix de nombreux produits de consommation alimentaire), restriction des dépenses ministérielles, restrictions du crédit, limitation des hausses des salaires des fonctionnaires, débudgétisation de certaines dépenses d’investissement, baisse des droits de douane. Le résultat est cependant une baisse de l’inflation. Ce plan lui confère une image de dirigiste renforcée par le plan de stabilisation de septembre 1963 qu’il a préparé à la demande du général de Gaulle. Comme ce dernier, il entretient de mauvaises relations avec le patronat, qui pense que « si on élit la droite, c’est pour servir les patrons, pas pour avoir une politique institutionnelle, culturelle, sociale, propre » selon lui.

Pendant les années de Valéry Giscard d’Estaing à la rue de Rivoli, la France suit la volonté gaullienne de conversion des dollars : le retour à l’étalon-or met un terme à la conservation des dollars en France dont les excédents sont convertis en or, tandis que l’or de la Banque de France entreposé à Fort-Knox est rapatrié. Ce choix de l’étalon-or enterre aussi la proposition faîte par le ministre à la conférence annuelle du FMI en 1964 de changer les accords de Bretton Woods au profit d’une monnaie internationale, une Composite Reverse Unit (CRU), qui prendrait en compte toutes les grandes monnaies dont le franc, une proposition qui avait déplu aux Américains.

En cette période faste des Trente Glorieuse, la croissance tutoie les 7% et le nombre de chômeurs n’excède pas les centaines de milliers de personnes, l’inflation est maîtrisée et le commerce extérieur est excédentaire. La France vote même un budget excédentaire en 1965, certes faible puisqu’il s’élève à 120 millions, mais c’est le premier depuis la période Poincaré (1926-1929), au milieu d’autres qui ont rarement dépassé les prévisions malgré d’importantes dépenses engendrées par la politique de grandeur (force de frappe, Concorde, périphérique parisien, cinq grands ports,…), bien que Valéry Giscard d’Estaing les ai parfois truqué en faisant passer annuellement quatre à cinq millions de francs dans la « budgétisation » (déléguer les dépenses à d’autres organes) et se soit opposé au projet du tunnel sous la Manche. Côté épargne, le ministre des Finances laisse son emprunte en créant en France, sur l’exemple allemand, le livret B, l’épargne logement et les contrats d’engagement épargne à long terme.

Résultat de sa relation dégradée avec Georges Pompidou, Valéry Giscard d’Estaing est écarté du nouveau gouvernement formé le 8 janvier 1966 au lendemain de l’élection présidentielle de 1965. Outre la brutalité dans la manière (« J’ai été congédié comme un domestique »), il en est surprit car il pensait s’être attiré les bonnes grâces du président en annulant un déplacement à Shanghai à sa demande pour faire campagne dans l’entre-deux-tours et de celles du Premier ministre en lui l’ayant assuré de son soutien en septembre en cas de renoncement du Général. Mais le premier tenait au retour de Michel Debré, qui ne voulait rien d’autre que les Finances, et le second était insupporté par l’attitude de Valéry Giscard d’Estaing et la concurrence évidente qu’il installait sur la route élyséenne. Le 10 janvier, devant ses collaborateurs, il répète la phrase de Lincoln : « Cela me fait trop mal pour rire mais je suis trop grand pour pleurer ».

En marge de la majorité gaulliste Modifier

Aperçu à Méribel fin janvier 1966, il effectue son retour dans les médias par une tribune intitulée « Jeunesse et politique » dans Le Figaro du 2 février et une prestation réussite dans l’émission Face à face du 15. Il défend alors l’existence d’une force centriste, libérale et européenne au sein de la majorité qu’il juge idéologiquement dépourvue, comblée par la figure exceptionnelle du Général. Il prolonge cette réflexion en juillet en appelant à un « gaullisme réfléchi » pour succéder à « la phase révolutionnaire, ardente, bouillonnante ». Le 12 avril, le groupe qu’il avait formé avec trente-six députés, le « Centre d’études des Républicains indépendants » (CELRI), suite à son départ du CNI pour des raisons d’ambition et de divergence (Algérie, référendum de 1962) aux élections législatives de novembre 1962, est transformé en parti sous le nom de Fédération nationale des Républicains indépendants (FNRI). Dans le même temps, il poursuit l’implantation nationale de son club Perspectives et Réalités qu’il a fondé en 1965, jusqu’à avoir soixante-deux antennes de six milles membres.

Alors que son parti signe, en 1966, un accord avec l’UNR qui lui permet de présenter 83 candidats pour 35 députés sortants aux législatives de mars, Valéry Giscard d’Estaing braque le général de Gaulle par sa conférence de lancement le 10 janvier 1966, à l’hôtel Lutetia, en définissant sa position comme un « oui, mais » après avoir critiqué la politique gouvernementale, c’est-à-dire « l’approbation de cette situation et le soutien de cette politique, mais accompagnés de la volonté de participer activement et librement à son élaboration, et du désir de lui proposer certaines orientations fondamentales pour l’avenir ». L’inspiration lui serait venue en septembre 1966, au cours d’un dîner prit au Grand Hôtel de Trestaou, en Bretagne, quand il avait été agacé par Roger Chinaud qui répétait l’expression. Irrité, de Gaulle répond au conseil des ministres qu’ « on ne gouverne pas avec des mais… Vous voyez ce que je veux dire », après avoir entendu Michel Debré prononcer le mot. Il exige aussi qu’un candidat soit présenté face à Valéry Giscard d’Estaing. Mais faute d’en trouver un, l’ancien ministre est réélu haut la main et se retrouve dans un groupe augmenté de 7 élus, mais aggloméré à la majorité puisqu’il ne vote pas les trois motions de censures contre Georges Pompidou lorsqu’il recourt aux ordonnances. Mais à la commission des finances, dont il a prit la tête, Valéry Giscard d’Estaing s’autorise de féroces critiques contre son successeur à la rue de Rivoli.

Un an plus tard, après la décision de boycotter Israël en juin et du voyage de juillet au Québec, il publie six pages de communiqué pour dire sa crainte « que l’exercice solitaire du pouvoir, s’il devenait la règle, ne prépare pas la France à assumer elle-même, dans le calme, l’ouverture des idées et le consentement national, l’orientation permanente de son avenir », s’attirant cette réponse du Premier ministre dans L’Express du 8 septembre : « Aujourd’hui, M. Giscard d’Estaing prend le bâton et s’engage sur la longue route ». Les trois ministres RI, à la demande du général de Gaulle, réitèrent leur soutien au gouvernement par communiqué.

N’ayant pas prévu les événements de mai 1968 malgré sa certitude d’une envie de changement en France, Valéry Giscard d’Estaing reste globalement extérieur à la crise de mai, qu’il passe entre Paris et l’Auvergne, essayant d’en comprendre les motivations par des rencontres organisées avec des étudiants. Il apparaît le 22 mai au Palais Bourbon pour annoncer le refus de son groupe de voter la motion de censure pour ne pas « ajouter l’aventure au désordre ». Mais il est prit en grippe par Georges Pompidou pour avoir demandé à deux reprises son départ, d’abord dans un échange téléphonique avec le secrétaire général de l’Elysée Bernard Tricot, une seconde fois publiquement lors d’une conférence de presse qu’il a organisé le 30 mai pour appeler à un changement de gouvernement et de Premier ministre, en laissant entendre qu’il était disposé à le remplacer. Absent de la manifestation du 30 mai, il présente un maximum de candidats aux élections législatives de juin sous la bannière « Républicains indépendants-Ve République » dont il en fait élire soixante-quatre, dont lui et son frère Olivier, soit dix-neuf de plus, mais sans poids face au raz-de-marée gaulliste. Les gaullistes, qui ne l’ont pas appelé au remaniement du gouvernement le 31 mai, le font aussi battre par un des leurs à la commission des finances. Dans l’opinion, seuls 9% des Français le perçoivent comme le meilleur président de la République possible, à égalité avec François Mitterrand et loin derrière Georges Pompidou (41%).

Il s’oppose ensuite à la tenue et au contenu du référendum annoncé par le général de Gaulle pour le 27 avril 1969. Une rencontre avec lui a l’Elysée fin janvier n’y change rien, alors Valéry Giscard d’Estaing, en conférence de presse à Chamalières le 14 avril, annonce qu’« en ce qui me concerne, avec regret mais avec certitude, je ne l’approuverai pas ». Bien qu’il se défende d’avoir voulu cibler le général de Gaulle, ayant vraisemblablement visé l’élection présidentielle de 1972, il contribue indéniablement à son échec et à son départ. Il indiquera plus tard avoir voté blanc, certains proches affirmant qu’il aurait même voté « oui » dans le secret de l’isoloir.

Toujours en position inconfortable, il n’est pas en mesure de se présenter en 1969 (crédité de 8%) et ne convainc pas Antoine Pinay de se lancer le 28 avril. Il soutient publiquement Georges Pompidou deux jours plus tard, « la personne qui pouvait le mieux assurer la continuité de la nation », et prend place dans sa campagne. Ce rapprochement a été facilité par son soutien à l’ancien Premier ministre dans l’affaire Markovic au cours des derniers mois. Le 15 juin 1969, Georges Pompidou est élu président de la république par 58,21% des voix.

Ministre de Georges Pompidou Modifier

Ainsi, le 24 juin 1969, Valéry Giscard d’Estaing retrouve le ministère de l’Economie et des Finances après le refus d’Antoine Pinay, évitant l’Education nationale qui lui était initialement promise sans qu’il ne la souhaite. Mais Georges Pompidou, qui ne l’apprécie guère, le flanque de François-Xavier Ortoli à l’Industrie et de Jacques Chirac au Budget.

Pour revigorer une compétitivité éprouvée par les accords de Grenelle, décision est prise le 18 juin 1969 de dévaluer le franc pour la première fois depuis 1958. L’affaire est réalisée dans le plus grand secret pendant trois semaines avec seulement un petit groupe informé aux manettes, dont Valéry Giscard d’Estaing, et en étroite collaboration avec l’Allemagne. Elle est annoncée le 8 août après la fermeture de la bourse, évitant toute spéculation possible sur la monnaie et permettant son succès. Le franc de 0,18 grammes d’or fin en vaut désormais 0,16 après cette cure de 12,5%. Le ministre de l’Economie parle d’un « franc amaigri mais guéri ».

La France retrouve un budget en équilibre en 1970 après un plan annoncé le 3 septembre 1969 comprenant l’encadrement du crédit, un triple contrôle des prix, la majoration des impôts et des coupes dans les dépenses publiques.

La croissance française sous la présidence de Georges Pompidou est toujours supérieure à 5,5% mais la monnaie a continuellement dévissé et l’inflation a remonté de 40% malgré six plans anti-inflation du ministre de l’Economie : 30 janvier 1971, 30 août 1972, 7 décembre 1972, 2 novembre 1973, 5 décembre 1973 et 20 mars 1974. Plan de relance, baisse de la TVA, blocage des prix et restriction limitée du crédit sont le lot de ces plans. Mais leur contenu reste bien maigre en comparaison aux effets du choc pétrolier de 1973 qui semble être nié dans ces plans. Le dernier est d’ailleurs retoqué par Georges Pompidou qui le juge insuffisant. La maladie visible du président a incité Valéry Giscard d’Estaing à modérer sa potion afin de ne pas handicaper une candidature proche.

Valéry Giscard d’Estaing poursuit son objectif élyséen au point d’être suspecté par le cercle chabaniste d’être à l’origine des fuites sur les affaires affectant le Premier ministre (garantie foncière et avoir fiscal). Reprit dans le premier gouvernement Messmer en juillet 1972, il reste aux Finances dans le second car le ministère des Affaires étrangères, qu’il a d’abord refusé, a été accepté par Michel Jobert quand il s’est ravisé. Dans le troisième du 27 février 1974, il est promu ministre d’Etat. Entretemps, il a abandonné la présidence des Républicains indépendants, incité par Georges Pompidou qui l’invitait à « [apparaître] comme une personnalité nationale » le 4 avril 1973. En janvier 1974, Valéry Giscard d’Estaing bénéficie de 53% d’opinion favorable.

Début 1974, il lance un emprunt national d’un milliard et de demi de dollars en prévision de la construction d’un grand parc de centrales nucléaires en France. Le 2 avril, il dîne chez Claude de Kémoularia avec Katherine Graham, propriétaire du Washington Post et de Newsweek, quand le maître d’hôtel vient l’appeler au téléphone. Il apprend alors de l’Elysée que Georges Pompidou est décédé. Ambitionnant depuis longtemps de candidater à une élection présidentielle, Valéry Giscard d’Estaing a veillé à s’en donner les moyens. Evitant le plus souvent la rupture avec le général de Gaulle et œuvrant à son retour dans la majorité au temps de Georges Pompidou, il a aussi tâché définir une ligne idéologique claire et singulière, a bâti un réseau de relations et de structures appropriées et a développé une activité de communication aussi intense que moderne afin de corriger son image distante. C’est depuis son renvoi de 1966 qu’il a assumé cette ambition.

Campagne présidentielle de 1974 Modifier

Contrairement à Jacques Chaban-Delmas, il attend quelques jours pour déclarer sa candidature par respect pour le président défunt. Il donne rendez-vous dans sa mairie de Chamalières le lundi 8 avril à 12h00 et se présente ainsi : « Je m’adresse à vous aujourd’hui, ici, dans cette mairie de la province d’Auvergne, pour vous dire que je suis candidat à la présidence de la République française […].Je voudrais regarder la France au fond des yeux, lui dire mon message et écouter le sien ». L’effacement, dès le lendemain, d’Edgar Faure et de Pierre Messmer lui profitent et lui permettent d’obtenir le ralliement de Jacques Chirac, orchestré par Pierre Juillet et Marie-France Garaud qui espèrent bien en faire son Premier ministre. Le ministre de l’Intérieur entraîne dans son sillage trente-neuf députés et quatre ministres, UDR pour trente-trois d’entre eux, trois de l’Union centriste et deux RI ainsi qu’un réformateur apparenté, dans ce qui a été retenu comme « l’appel des 43 » du 13 avril. Ce texte n’est pas un soutien au candidat RI mais une critique du candidat UDR accusé d’avoir fait capoter l’envoie de Pierre Messmer. C’est cet appel qui a « levé l’interdit sur Giscard » au sein du parti gaulliste selon les termes de Marie-France Garaud. Trois jours plus tôt, il avait reçu l’appui du Centre démocrate de Jean Lecanuet et du ministre Philippe Malaud.

Jacques Chirac a aussi obtenu le report le plus espacé dans le temps des dates du scrutin en conseil des ministres, afin de permettre à Valéry Giscard d’Estaing de rattraper son retard sur Jacques Chaban-Delmas, qui le devance constamment jusqu’au 16 avril. Le 18 avril, deux sondages donnent Valéry Giscard d’Estaing devant Jacques Chaban-Delmas pour la première fois : SOFRES pour Le Figaro donne 40% à François Mitterrand, 28% à Valéry Giscard d’Estaing et 26% à Jacques Chaban-Delmas, IFOP pour France-Soir donne 41% à François Mitterrand, 27% à Valéry Giscard d’Estaing et 25% à Jacques Chaban-Delmas, suivis par Jean Royer à 5% et les autres à 1 ou 2%. Le nombre de gens qui croient à sa victoire est passé de 21% à 28%, derrière le socialiste (38%) et l’UDR (34%). Ce report s’explique par la faiblesse logistique du candidat des Républicains indépendants, un petit parti comparé à l’UDR, au Parti socialiste et au Parti communiste, d’autant que l’arrêt brutal du mandat pompidolien a accéléré le calendrier, obligeant les équipes giscardiennes à mettre sur pied une campagne aussi confuse qu’aléatoire, confiée à Michel d’Ornano et installée au 41, rue de la Bienfaisance. Par exemple, il a fallu recruter chez les anciens de l’OAS pour former le service d’ordre de la campagne, grâce aux liens tissés par Michel Poniatowski et Hubert Bassot avec les milieux de l’Algérie française.

La campagne de Valéry Giscard d’Estaing se distingue par une communication innovante, axée sur le support télévisuel, et caractérisée par un marketing politique marqué, comme la mise en avant de sa famille sur ses affiches et dans ses apparitions. La trame générale est la rencontre entre un homme moderne et une France jeune. L’activité est aussi intense puisque deux milles interviews papier ont été donnés en sept semaines de campagne. Dans un entretien au journal Le Monde, il se présente comme le candidat « de la continuité et du renouveau ». Toutefois, la représentation très personnalisée de cette campagne nie la dimension collective qui la structure.

Affaiblit par de nombreux faux pas pendant sa campagne, Jacques Chaban-Delmas est éliminé dès le premier tour avec 15,10%, derrière François Mitterrand à 43,20% et Valéry Giscard d’Estaing à 32,60%. Un débat oppose les deux finalistes cinq jours plus tard, le premier du genre en France, regardé par vingt-cinq millions de téléspectateurs. Valéry Giscard d’Estaing marque les esprits par sa réponse à François Mitterrand qui a attribué à sa politique économique la responsabilité des écarts des richesses en France : « Je trouve toujours choquant et blessant de s’arroger le monopole du cœur. Vous n’avez pas, M. Mitterrand, le monopole du cœur, vous ne l’avez pas. J’ai un cœur, comme le votre, qui bat à sa cadence et qui est le mien. Vous n’avez pas le monopole du cœur ! Et ne parlez pas aux Français de cette façon si blessante pour les autres ». François Mitterrand lui dira ensuite que c’est à ce moment-là qu’il a gagné la partie.

Le 19 mai 1974, Valéry Giscard d’Estaing est élu 20e président de la République avec 50,81% des voix, contre 49,19% pour François Mitterrand. Cet écart de 424 599 voix en fait, encore aujourd’hui, l’élection présidentielle la plus serrée de l’histoire politique française. Elu à 48 ans, le troisième président de la Cinquième République est le plus jeune du régime jusqu’à la victoire d’Emmanuel Macron à 39 ans en 2017. C’est rue de Rivoli, seul avec un transistor, que le nouvel élu apprend la nouvelle.

Présidence de la République Modifier

Début de mandat Modifier

Cérémonie d’investiture Modifier

La cérémonie d’investiture de Valéry Giscard d’Estaing se tient le 27 mai, soit huit jours seulement après l’élection, et se distingue des précédentes de la Cinquième République par sa volonté d’alléger, voire de dépoussiérer, le protocole. Le nouveau président arrive à pied au palais de l’Elysée à 10h20 au son du Chant du départ, qu’il a utilisé comme hymne au cours de sa campagne. Il est accueillit sous le porche de l’Elysée par Pierre Messmer, Premier ministre en exercice, puis par Alain Poher, président de la République intérimaire, en bas des escaliers d’entrée.

Il est 10h30 précis lorsqu’il est officiellement proclamé président de la République française par le président du Conseil constitutionnel Roger Frey dans la salle des fêtes. Il accepte la charge vêtu d’un costume gris anthracite et se garde de porter le collier de grand-croix de la Légion d’honneur comme ses prédécesseurs, se contentant d’accrocher l’insigne rouge à sa boutonnière. En se faisant présenter la distinction par André Chamson, choisit en sa qualité de doyen du conseil national de l’ordre pour remplacer le grand chancelier souffrant, l’amiral Georges Cabanier, Valéry Giscard d’Estaing en devient par là même le grand-maître. Le président et le doyen signent ensuite le procès verbal de la cérémonie. « De ce jour date une ère nouvelle de la politique française », commence t’il dans son discours, avant d’adresser, plus loin, ses salutations aux candidats malheureux du scrutin, citant notamment François Mitterrand et Jacques Chaban-Delmas. « Ainsi, c’est moi qui conduirai le changement, proclame le nouveau président. Mais je ne le conduirai pas seul : […] Je ne le conduirai pas seul parce que j’écoute et que j’entends encore l’immense rumeur du peuple français qui nous a demandé le changement. Nous ferons ce changement avec lui, pour lui, tel qu’il est dans son nombre et dans sa diversité, et nous le conduirons en particulier avec sa jeunesse qui porte comme des torches sa gaieté et l’avenir ». Puis encore : « Voici que s’ouvre le livre du temps avec le vertige de ses pages blanches ». Son discours de moins de cinq minutes est suivi des poignées de mains avec les membres du conseil constitutionnel, les titrés des deux chambres du parlement, les haut-fonctionnaires, l’état major, les représentants des corps d’administration et les autorités religieuses. On note la présence, unique dans l’histoire, des présidents de régions (dont Jacques Chaban-Delmas) et d’une classe d’une école publique de Courbevoie.

Il se dirige ensuite dans la cour de l’Elysée où, conformément à la tradition, les honneurs militaires lui sont rendus. Il a choisit le deuxième régiment de dragons, auquel il a appartenu naguère, qui présente la caractéristique d’être le plus ancien de la cavalerie française puisqu’il a été créé par le cardinal de Richelieu en 1635. Il retourne ensuite à l’intérieur du palais où il aurait alors discuté une heure durant avec Alain Poher. Le bureau qu’il occupe au cours de son septennat n’est pas le salon doré de ses prédécesseurs mais la chambre de la Reine, située à l’angle est du premier étage.

Puis, aux alentours de midi, Valéry Giscard d’Estaing quitte à l’Elysée à bord de sa voiture de fonction habituelle, suivi de deux autres véhicules, pour se rendre sur l’avenue des Champs-Elysées. Sur place, une modeste équipée motocycliste les escorte. S’arrêtant au carrefour George-V, il remonte l’avenue à pied, entouré du Premier ministre Pierre Messmer, du ministre des Armées Robert Galley, du président de l’Assemblée nationale Edgar Faure et d’Alain Poher, redevenu président du Sénat à plein temps. Ils sont suivis du chef d’Etat-major général des armées, le général François Maurin, du chef du protocole Jean-Paul Anglès et du préfet de police de Paris Jean Paolini. La foule présente est évaluée à cinquante mille personnes. Pour la première fois de son mandat, il dépose une gerbe sur la tombe du Soldat inconnu avant d’en rallumer la flamme. La sonnerie aux morts retentie, suivie d’une minute de recueillement. Valéry Giscard d’Estaing signe ensuite le registre du livre d’or réservé aux chefs d’Etat. Après quoi les anciens combattants, les veuves de guerre et fils de tués lui serrent la main. La cérémonie s’achève par sa traversée d’une haie de drapeaux tendus par des associations patriotiques jusqu’à sa voiture qui le ramène à l’Elysée.

L’après-midi est consacré à un repas avec les personnalités l’ayant accompagné à l’Arc de Triomphe puis à une rencontre avec le Premier ministre démissionnaire et son successeur, Jacques Chirac. En début de soirée, il effectue une visite de courtoisie d’une demi-heure à Mme. Claude Pompidou, quai de Béthune, puis respecte la tradition en se rendant à l’Hôtel de Ville. Jacques Dominati, président du Conseil de Paris, l’y accueille à 18h30. Il commence par la salle des tapisseries où il signe le parchemin traditionnel et poursuit à la salle des fêtes où il s’exprime après avoir reçu les vœux de Jacques Dominati et la médaille d’or de la ville de Paris. Son discours comprend un hommage à ses deux prédécesseurs.

Le 1er juin 1974, il rencontre son premier dirigeant étranger en la personne du chancelier de RFA Helmut Schmidt.

La photographie du portrait officiel de Valéry Giscard d’Estaing est prise le 26 août 1974 par Jacques-Henri Lartigue. Ayant demandé « une photo gaie », il apparaît souriant et simplement vêtu, sans trait distinctif de sa fonction, avec un drapeau français en fond qui colore l’image et masque le perron de l’Elysée où il se trouve. Le format d’un rectangle horizontal coupant le portrait au buste est aussi unique dans la galerie des portraits présidentiels de la Cinquième République.

Nomination du gouvernement Modifier

Alors qu’on attendait à Matignon une personnalité établie comme Jean Lecanuet, Edgar Faure, Michel Poniatowski ou encore Pierre Messmer, tous plébiscités par les enquêtes d’opinion, Philippe Sauzay, jeune chef de cabinet de 38 ans, annonce le nom de Jacques Chirac. Ce choix suit deux logiques : d’une part la récompense du rôle joué par Chirac dans la campagne, d’autre part la nécessité de satisfaire le parti gaulliste, présent en force dans une Assemblée que le président choisit de ne pas dissoudre. De plus, la jeunesse de Jacques Chirac, 42 ans, correspond aux desseins du président. Celui-ci s’attend sans doute à ce que son ancien secrétaire d’Etat se montre docile dans sa fonction (il l’aurait même traité de « nigaud » et de « lourdaud » devant Edgar Faure[1]).

Le choix des ministres est décidé entre Valéry Giscard d’Estaing et Michel Poniatowski et annoncé à la télévision par le premier. Trois profils se distinguent. Le premier, le plus éclatant, est celui des sympathisants du président, qui se trouvele mieux pourvu : Michel Poniatowski à l’Intérieur et Jean Lecanuet à la Justice, tous deux ministres d’Etat, Michel d’Ornano à l’Industrie, Jean-Pierre Fourcade aux Finances, Michel Durafour au Travail,Christian Bonnet à l’Agriculture et Jean-Jacques Servan-Schreiber aux Réformes.Le président considérant que « les Français en avaient marre de ces quinze types qui avaient fait un hold-up sur l’Etat », il réduit le nombre de ministres UDR de neuf à quatre, malgré la composition de la majorité parlementaire. En dehors de la Défense qui revient à Jacques Soufflet, ce sont des inconnus qui héritent de ministères peu prestigieux ; ainsi Robert Galley à l’Equipement, Vincent Asquier au Commerce et André Jarrot, « employé du gaz dans la région de Saône-et-Loire », à la Qualité de Vie. Enfin, le troisième groupe est celui des techniciens spécialistes comme le diplomate Jean Sauvagnargues aux Affaires étrangères le recteur René Haby à l’Education nationale et la magistrate Simone Veil à la Santé. Cette dernière est une des rares que Jacques Chirac, aiguillé par Marie-France Garaud, a pu proposer. Jean Lecanuet obtient après moult difficultés la nomination de Pierre Abelin à la Coopération, dont l’âge de 65 ans a la fâcheuse conséquence d’établir à 52 ans l’âge moyen de ce gouvernement resserré à quinze ministres. A noter que le ministère de l’Information a été supprimé. S’ajoutent trente-trois secrétaires d’Etat le 9 juin, dont certains sont nouveaux comme la Condition pénitentiaire et les Travailleurs immigrés. Ce gouvernement est alors le plus féminisé de la Cinquième en comptant une femme ministre et trois secrétaires d’Etat. Le ministère des Réformes est supprimé en même temps qu’est révoqué Servan-Schreiber, treize jours après sa nomination pour s’être opposé sur France-Inter à la poursuite des essais nucléaires, ayant ajouté à l’hostilité que suscitait cet antigaulliste viscéral chez les députés UDR.

Pour favoriser ses contacts, il fait moderniser l’installation téléphonique de l’Elysée à son arrivée. Au cours de sa présidence, Valéry Giscard d’Estaing écrit dix lettres de mission à ses ministres, environ une par semestre avec une interruption en 1976 et 1977, dans lesquelles il fixe les priorité et le calendrier de l’action. Il rédigera également 22 directives à ses Premiers ministres. Outre les conseils des ministres hebdomadaires, le président rencontre les ministres au cours de conseils restreints, au nombre de 35 pas an environ, cadre privilégié des grandes lois du septennat. Des séminaires gouvernementaux rassemblant le président, le Premier ministre et le gouvernement ont lieu tous les six mois, souvent au château de Rambouillet qu’affectionne Valéry Giscard d’Estaing. Commentant la première en mars 1975, Michèle Cotta écrit « De cette rencontre à laquelle l’Elysée a donné toute la publicité nécessaire, sort finalement peu de chose ».

Les Républicains indépendants ne comptent que 55 députés, tandis que les centristes et réformateurs en ont 64 et surtout que l’UDR en a 183. Valéry Giscard d’Estaing entame donc sa présidence en évoluant avec une base parlementaire étroite que ne soudent pas les premiers dossiers traités comme l’avortement.

L’entourage de Valéry Giscard d’Estaing à l’Elysée puise dans son cabinet ministériel passé et dans la pouponnière de l’ENA. Trois secrétaires généraux se succèdent à l’Elysée : Claude Pierre-Brossolette (1974-1976), André-François Poncet (1976-1978) et Jacques Wahl (1978-1981). Ce dernier avait lui-même succédé à Yves Cannac (1974-1978) comme secrétaire général adjoint avant d’être lui-même remplacé par François de Combret (1978-1981). En plus d’être conseiller technique auprès du secrétariat, Xavier Gouyou-Beauchamps est également chef du service de presse (1974-1976). Le service de l’information de l’Elysée est lui confié à Jean-Philippe Lecat (1976-1978). Le septennat expérimente deux porte-paroles, Pierre Hunt (1978-1980) et Jean-Marie Poirier (1980-1981). Valéry Giscard d’Estaing s’entoure de Bernard Rideau tout au long de sa présidence pour sa communication. Il appartient au cabinet dirigé par Philippe Sauzay (1974-1978), qui comprend également Jacques Blot aux affaires diplomatique, Olivier Fouquet aux affaires sociétales (social, questions féminines, santé et justice), François de Combret à l’équipement (industrie, agriculture, transport, recherche et culture), Lionel Stoléru à l’économie et, à partir de 1977, l’ancien préfet Jean Riolacci pour son expertise de la carte électorale. Parmi ses proches collaborateurs peuvent être également cités Jean Sérisé et Victor Chapot, ce dernier étant officiellement chargé de mission tout au long du septennat. Peut aussi être citée Marguerite Villetelle, sa secrétaire[2].

Les Cent-Jours sous le signe du changement Modifier

Les premiers mois de la présidence giscardienne se caractérisent par une batterie de mesures libérales voire progressistes. Par son message adressé au parlement le 30 mai 1974, il annonce la suppression des écoutes téléphoniques, l’extension du droit d’asile politique, la fin des recours aux saisies de presse, l’élargissement du droit de vote et l’extension de la saisine du Conseil constitutionnel. Le 8 juin, il précise le profil des personnes concernées par sa loi d’amnistie : objection de conscience ou délit de presse mais pas infractions à la législation du travail. Le 1er juillet, il décide de l’augmentation de 21% du minimum des ressources des personnes âgées (de 14,25 F/jour à 17,26 F/jour). Au cours de l’été, la loi d’abaissement de la majorité civile de 21 à 18 ans est promulguée au Journal officiel du 5 juillet et la loi de libéralisation de l’information est votée le 7 août. Les réformateurs libéraux avaient d’abord songé à la création d’une chaîne privée mais l’opposition des gaullistes et de la gauche a entraîné par cette loi l’éclatement de l’ORTF en sept sociétés autonomes pour trois chaînes le 1er janvier 1975.Toutefois, il ne pousse pas l’autonomie jusqu’à l’indépendance et peut encore choisir les présidents de sociétés, comme Jean-Luc Lagardère nommé à Europe 1 en remplacement de Maurice Siégel. Le 25 juillet, il a tenu sa première conférence de presse à l’Elysée pour souligner lui-même l’ampleur des changements introduits. Fait notable, il a remplacé la table par un pupitre pour faire l’exercice debout. L’actualité de l’été de porte aussi sur l’agitation dans les prisons, commencée par une mutinerie dans la prison de Clairveaux le 19 juillet, entraînant Nîmes, Lille, Riom et d’autres dans son sillage. Elles conduisent à la création d’un secrétariat d’Etat à la Condition pénitentiaire et à des visites du président dans les prisons lyonnaises de Saint-Paul et Saint-Joseph.

Un secrétariat d’Etat à la Condition féminine est créé en juillet 1974 et confié à Françoise Giroud. A l’image des « cent mesures pour les femmes » du 26 mai 1976, son action porte notamment sur le travail des femmes comme différentes mesures qui sont prises : ouverture des femmes à des postes de la fonction publique jusqu’alors interdits, allongement du congé de maternité à partir du troisième enfant, sanction des discrimination sexistes à l’embauche, etc. Toutefois, ce « un faux ministère, comme l’écrit France soir le 12 juillet 1975, qui n’a pas de budget, qui ne dispose que de très faibles moyens et d’un personnel plus que restreint », perd de son utilité avec le départ de Françoise Giroud en août 1976.

L’extension de la saisine du Conseil constitutionnel est votée le 21 octobre 1974 par 488 voix contre 273, et permet désormais à 60 députés ou 60 sénateurs, de saisir l’institution au sujet d’une loi, ouvrant ainsi un « statut de l’opposition » qu’il avait promit pendant sa campagne, bien que la gauche vote contre cette réforme constitutionnelle. Par ce changement, le Conseil prend un rôle plein et entier dans la validation des lois.

Dès juin 1974, Valéry Giscard d’Estaing s’attache à réaliser sa promesse de campagne de dépénaliser l’interruption volontaire de grossesse (IVG). Il a ensuite expliqué qu’il était conscient de l’hostilité qu’une part non-négligeable de sa majorité et de son électorat nourrirait à l’égard de cette mesure, mais s’est dit choqué par la peine de prison que prévoyait la loi contre un recours non-médical à l’avortement et par l’hypocrisie sociale qui permettait aux femmes aisées de se rendre à l’étranger pour y recourir. Son désir d’agir vite s’explique donc par l’état de grâce post-victoire qui facilite les actions politiques risquées. L’élaboration de la loi est commencée dès août et un premier texte est examiné en conseil restreint le 25 octobre. Jean Lecanuet, ministre de la Justice, fait alors savoir son refus de porter le texte devant le parlement en raison de son éthique personnelle, poussant Valéry Giscard d’Estaing à le confier à Simone Veil, pouvant ainsi placer le débat sur le terrain sanitaire et non moral. Le texte de loi est présenté en conseil des ministres le 13 novembre et présenté par la ministre de la Santé à l’Assemblée nationale le 26 dans un discours resté célèbre. Au terme d’un débat houleux, tant au parlement que dans la rue, où Simone Veil est personnellement visée par des attaques politiques et personnelle, venant souvent de son propre camp, le texte est approuvé le 29 novembre par 284 voix pour, venues essentiellement de l’opposition et seulement d’un tiers de la majorité, et 189 contre. Le Sénat la vote le 20 décembre et la renvoie en deuxième lecture à l’Assemblée. La promulgation officielle intervient le 17 janvier 1975. Pour emporter l’adhésion de ministres récalcitrants, Valéry Giscard d’Estaing avait introduit le droit de la réviser au bout de cinq ans. C’est donc par le vote du 31 décembre 1979 que l’avortement est définitivement acquit[3].

Le 11 juillet 1975, Jean Lecanuet fait voter la loi de dépénalisation de l’adultère et de reconnaissance du divorce par consentement mutuel, facilitant les séparations des couples mariés et élargissant leurs motifs au-delà de la faute.

Bien qu’il se déclare partisan à l’abolition de la peine de mort à titre personnelle, il ne s’y résout pas politiquement, d’autant que l’opinion n’y est pas favorable. C’est sans doute pour éviter qu’elle soit supprimée que le gouvernement refuse un vote à l’issu d’un débat qu’il a autorisé sur le sujet le 26 juin 1979. L’exécution de Christian Ranucci est suivie d’un débat sur sa culpabilité suscité par la publication du livre Le pull-over rouge de l’écrivain communiste Gilles Perault en 1978, adapté au cinéma par Michel Drach.

Politique économique et sociale Modifier

Débuts réformistes du septennat Modifier

La politique sociale de Valéry Giscard d’Estaing témoigne d’un sens de justice sociale. Après avoir revalorisé de 21% de minimum vieillesse le 1er juillet 1974, il crée l’Allocation supplémentaire d’attente pour permettre aux licenciés pour raison économique de toucher une indemnité chômage équivalente à 90% de leur salaire pendant un an. En 1975, l’âge de départ à la retraite à taux plein est abaissé à 60 ans pour les métiers pénibles (travailleurs manuels, ouvrières mères de famille). Deux ans plus tard, les femmes ayant cotisé 37 années et demie peuvent partir à la retraite dès 60 ans. En 1978, le système d’assurance vieillesse obligatoire est généralisé à toute la population[4].

Sa politique fiscale ne répond cependant à ses espérances. Il annonce en juin 1974 un projet de loi de taxation des plus-values qu’il n’avait pu mettre en œuvre comme ministre des Finances. D’après lui, les plus-values réalisées par la vente d’un bien constituent une source de revenu qu’il convient de soumettre à l’impôt. Toutefois, il est confronté à la réticence de son Premier ministre Jacques Chirac et d’une partie de la majorité. Il confie donc l’examen du projet de loi à une commission à la tête de laquelle est nommé le premier président de la Cour de cassation, Albert Mouguilan, qui rend son rapport au bout d’un an. Il faut encore un an pour que le projet soit soumis au conseil des ministres et présenté à l’Assemblée nationale. Les débats s’ouvrent en juin 1976 dans le contexte des relations tendues entre le président de la République et le Premier ministre. Ce dernier ne fait aucun effort pour rallier des députés UDR opposés à cette réforme qui est vidée de sa substance au moyen de 600 amendements. Le président de l’Assemblée Edgar Faure critique lui-même la loi à la télévision. Au final, les plus-values taxables sont celles issues des propriétés mobilières, et plus des propriétés foncières et immobilières. Elle est votée le 23 juin 1976 en manquant 134 voix de députés UDR. Valéry Giscard d’Estaing ressort affaiblit de cet épisode.

En juin 1974, une commission présidée par l’ancien ministre Pierre Sudreau est chargée de préparer une loi de réforme de l’entreprise par laquelle le président espère concilier conditions de travail et maintien d’une logique capitaliste. Il en ressort75 propositions concrètes en février 1975 qui reçoivent accueil positif chez la CFTC, la CGC et FO, mais négatif chez les trois principaux syndicats français que sont la CFDT, la CGT et le CNPF. La majorité se range aux arguments de l’organisation patronale qui juge inopportune cette loi en contexte de crise économique. Le président ne peut compter sur des voix de la gauche qui reproche au projet de ne pas être suffisamment ambitieux. Le projet est présenté en conseil des ministres le 14 avril 1976 par Michel Drafour, après avoir été défendu la veille à la télévision par le président, et débattu pour la première et unique fois en mai à l’Assemblée. Le nouveau Premier ministre Raymond Barre considère en effet que la priorité doit être donnée à la lutte contre la crise économique. Le projet disparaît donc de la circulation alors qu’il avait été largement médiatisé en début de mandat, signant un nouvel échec pour le président.

Premier choc pétrolier Modifier

L’éclatement du premier choc pétrolier en 1973 avait entraîné un rebond de l’inflation que Valéry Giscard d’Estaing, ministre des Finances, n’avait pas voulu combattre au remède de cheval de peur qu’il doive assumer un plan d’austérité pendant une campagne présidentielle qu’il sentait venir au vue de l’état de Georges Pompidou. Son septennat coïncide donc avec la fin des années de croissance des Trente Glorieuse. A son arrivée, les indicateurs économiques sont au rouge : reprise de l’inflation, baisse des taux de croissance et de la consommation, creusement du déficit commercial et de la dette publique, hausse du chômage. Lui et Jean-Pierre Fourcade décident donc, dès le 12 juin 1974, la présentation d’un « plan d’assainissement » constitué de mesures interventionnistes, parmi lesquelles figurent une réduction des dépenses publiques de l’ordre d’un milliard de franc, le relèvement de l’impôt sur le revenu pour les sociétés et les gros contribuables ainsi que des mesures de réduction d’énergie. En parallèle, le gouvernement augmente les prélèvements sociaux. L’objectif affiché est de lutter contre l’inflation, quitte à susciter une période déflationniste qu’il compte combattre par des aides aux meilleurs investissements. Le budget de 1975 présenté en septembre 1974 confirme l’orientation du plan.

Les conséquences s’en font ressentir dès la rentrée 1974. En six mois, le nombre de chômeurs, quasi-nul depuis trente ans, progresse de 450 000 à 700 000. Les annonces de fermetures d’usines se succèdent et entraînent des grèves, particulièrement dans le service public, et notamment la journée nationale de grève du 19 décembre qui voit défiler 200 000 personnes dans les rues à l’appel de la CFDT, de la CGT et de la FEN. Le gouvernement Chirac réagit par deux mesures sociales : indemnisation chômage à hauteur de 90% de l’ancien salaire pendant un an pour un licencié le 14 octobre 1974 et autorisation préalable de l’Inspection du travail pour les licenciements économiques le 3 janvier 1975. Pour autant, en juin 1975, le bilan est mitigé voire négatif : la production industrielle a diminué de 15% et le nombre de chômeur porté à 850 000 en un an, tandis que l’inflation se maintient en diminuant à 10% de croissance annuelle.

Valéry Giscard d’Estaing change de braqueur à l’été 1975 et donne raison à Jacques Chirac face à Jean-Pierre Fourcade : il opte pour un plan de relance qu’il annonce le 4 septembre 1975. Trente milliards de franc sont injectés dans le budget des ménages et dans les entreprises publiques et privées, couplés au maintien du contrôle des prix et à l’encouragement au crédit. L’effet combiné de ce plan et d’un contexte international amélioré permet à la production de reprendre et de retrouver en septembre 1976 son niveau de juin 1974 et au chômage de se stabilisé à la barre du million. Toutefois, ces résultats sont obtenus au prix d’une aggravation de la situation économique de la France. En même temps, le déficit commercial continue à se creuser. Plusieurs versions s’opposent au sein de l’exécutif : Jacques Chirac défend son orientation tandis que Valéry Giscard d’Estaing, soutenu par Jean-Pierre Fourcade, préférerait revenir à une logique compétitive, mais Michel d’Ornano à l’Industrie reste dubitatif. Un compromis est trouvé à la réunion interministérielle du 9 octobre 1975 : soutenir abondement les industries d’équipement et de haute technologie et réinvestir le marché intérieur français.

Période Barre : orthodoxie libérale Modifier

Le nouveau Premier ministre Raymond Barre fait de la lutte contre la crise et l’inflation son objectif premier. Le 22 septembre, il annonce ce que la presse renomme « le plan Barre » : blocage temporaire des prix, réduction de la TVA sur de nombreux produits de consommation, limitation du crédit, augmentation des impôts et modération salariale. Une telle politique permet de rétablir les finances de l’État, de ramener l’inflation à moins de 10%, de stabiliser le franc et de rendre la balance extérieure quasi-excédentaire avec une rentabilité de 97% en 1977 contre 93% en 1976. Mais le chômage n’en diminue pas plus pour autant. Parallèlement, l’État soutient son économie par la constitution de grands groupes (Peugeot-Citroën, Renault-Berliet, CII-Honeywell Bull, Thomson-LMT-Ericsson France…). La stratégie industrielle voulue par le président veut un soutien aux industries de pointe et une attention portée aux industries menacées (textile, sidérurgie, construction navale). Après la victoire législative de 1978, Valéry Giscard d’Estaing et Raymond Barre décident d’achever la réformation de la France avec le volet économique. La libéralisation des prix est annoncée le 19 avril dans le discours de politique générale et réalisée graduellement : production et distribution le 1er juin, pain le 12 août, prestations de service au printemps 1979. Valéry Giscard d’Estaing a ensuite vanté dans ce changement depuis 1939 une révolution libérale et psychologique qui aurait permis à la France de renforcer son intégration à l’économie mondiale. La libéralisation bénéficie d’une période de croissance et de maintien de l’inflation à moins de 10%.

Second choc pétrolier Modifier

Au printemps 1979, le second choc pétrolier, consécutif à la révolution iranienne qui fait à nouveau flamber les prix de l’hydrocarbure, révèle la fragilité de la reprise française. C’est ainsi que l’inflation déborde au-dessus des 10% et que le commerce extérieur replonge dans le rouge sous le poids du doublement de la facture pétrolière, passée de 50 à 100 milliards de francs. L’ensemble des effets de la politique menée par Raymond Barre s’annulent. Seul le déficit offre de raisons de se réjouir puisque, s’élevant à 1,3% du PIB, il est le plus faible des pays industrialisés, et encore cette situation n’a-t-elle était permise que par l’augmentation des prélèvements obligatoires de 39,5% en 1978 à 42% en 1980.

Les conséquences s’en ressentent dans la population française qui comprend désormais que la crise est structurelle. Le nombre d’usines fermant croît et rythme l’actualité par les actions ouvrières, comme à Longwy, ville lorraine dont le désarroi face à la fin de ses activités sidérurgique devient un feuilleton médiatico-social. C’est le cas de la manifestation parisienne du 23 mars qui dégénère en affrontements entre la police et des groupuscules d’extrême-gauche. La crise de la sidérurgie devient le symbole flagrant de l’enlisement de la crise mais d’autres dossiers dominent le contexte économique comme Lip, une usine horlogère en difficulté depuis 1973 qui ne trouve pas de repreneur, finissant par déposer le bilan en 1976, ou Manufrance, qui dépose le bilan en 1980 en étant victime de l’ouverture à la concurrence entraînée par la CEE et la mondialisation, exemple de la concurrence étrangère sur un marché en rétrécissement depuis la baisse de 1,5% du pouvoir d’achat due à la hausse des cotisations.

Evidence de la dépression, le chômage, qui n’avait fait que ralentir, repart depuis fin 1978 et atteint le cap du million et demi de personnes à l’été 1980. A la fin de l’année, la France compte un chômage de 7,3%. Cette situation est égale ou meilleure que celle des autres pays industrialisés mais plus mauvaise qu’en Allemagne. Le gouvernement réagit par une gestion sociale du phénomène : incitation au travail à temps partiel, développement de la formation professionnelle, recours aux préretraités… Les jeunes ont droit à des mesures plus spécifiques : « pacte pour l’emploi des jeunes », « pacte national pour l’emploi », création d’emplois de vacataires dans la fonction publique et des contrats à durée déterminée dans le secteur privé.

Équipement en France Modifier

Le septennat giscardien correspond aussi à la modernisation et l’équipement de la France sous l’impulsion de l’Etat : 12 millions de lignes téléphoniques en plus par l’investissement de 100 milliards de francs alors qu’un quart des foyers étaient pourvus en 1974, 5 000 kilomètres d’autoroute supplémentaires et construction de la ligne ferroviaire à grande vitesse entre Paris et Lyon qu’avait décidé Georges Pompidou.

En 1974, alors que le premier choc pétrolier a endetté de 100 millions la Transat, la question d’un désarmement du paquebot SS France est posée. Comme ministre, Valéry Giscard d’Estaing aurait été, selon Antoine Rufenacht, qui a en charge le dossier au ministère, partisan du désarmement et il est vrai que le gouvernement Messmer avait arrêté cette décision. Candidat, Valéry Giscard d’Estaing avait écarté l’hypothèse : « Je souhaite le maintien en service du navire. Il constituera un ambassadeur remarquable pour la France. L'accueil chaleureux qu'il reçoit partout en témoigne ». Mais une fois nommé, Jacques Chirac condamne de fait le paquebot en renonçant à faire couvrir par l’Etat le déficit de la compagnie. La Transat annonce la fin du France dès juillet, provoquant un vif émoi en France et la sidération à l’étranger, alors que le paquebot était devenu un symbole mondial de l’Hexagone. Aucunes des protestations (comités de soutiens, articles de presse, grèves, mutinerie contre le commandant Christian Pettré,…) ne fait plier le Premier ministre et le SS France, désarmé le 6 novembre, est conduit au canal maritime le 30 décembre, mettant fin à treize ans de carrière cocardière au cours de laquelle il a effectué 377 transatlantiques, transporté près de 588 000 personnes et réalisé l'équivalent de 85 tours de la planète. Un cri du cœur est lancé par Michel Sardou dans sa chanson Le France, sortie en novembre 1975, qui se vend à près d’un million d’exemplaires. En retour, Valéry Giscard d'Estaing lance contre lui une procédure de redressement fiscal. Le navire est racheté par Klosters en août 1979 et rebaptisé le Norway, puis devient une manne à succès à l’heure où se développent les croisières, encourageant le sentiment de gâchis en France (renommé le Blue Lady, il sera in fine déconstruit en 2008)[5][6][7].

Politique intérieure Modifier

Éducation nationale Modifier

La politique éducative de Valéry Giscard d’Estaing est marquée par la réforme du collège unique, dite loi Haby de René Haby. Le 24 juillet 1974, le président charge son ministre d’élaborer une loi de réforme de l’enseignement secondaire, mêlant dispositions techniques et englobement de l’enseignement post-primaire. Dans cette optique, un collège unique vient remplacer les filières précédemment existantes comme les collèges d’enseignement secondaire (CES), général (CEG) ou technique (CET). Valéry Giscard d’Estaing insiste sur le contenu de l’enseignement qu’il prodiguera puisqu’il s’agit d’offrir aux élèves un « savoir minimum commun ». Le conseil restreint du 7 février 1975 retient huit domaines : langue française, mathématiques, langue étrangère, science économique, sciences humaines, sciences naturelles, sciences physiques et « éducation culturelle, physique, manuelle et technique ». Le débat, âpre, se dispute sur cet aspect car les syndicats craignent une baisse de niveau. L’opposition juge la réforme trop éloignée de ses conceptions post-soixante-huitarde et la majorité regrette un quitus donné à l’égalitarisme niveleur vers le bas. Le gouvernement fait donc de ces matières un tronc commun et non pas unique car des options et des cours d’approfondissement spécialisés seront permit à côté. De plus, un rapport annuel de l’exécution de la loi sera présenté aux députés. Elle est adoptée par le parlement et promulguée le 11 juillet 1975 avant d’être appliquée à la rentrée de septembre 1977 en ce qui concerne le collège unique, plus tardivement pour les programmes sur lesquels s’affrontent différentes conceptions de l’enseignement (républicain, pédagogique,...).

Culture et communication (incomplet) Modifier

En 1978, il accorde la première interview présidentielle le jour de la fête nationale, inaugurant une tradition reprise chaque année par ses successeurs jusqu’à Emmanuel Macron en 2017[8].

Le 17 décembre 1975, à l’occasion du traditionnel arbre de Noël de l’Élysée devant aux 500 enfants, il reçoit Claude François qu’il accompagne au piano électronique et même au chant, puisqu’il connaît nombre de chansons de celui qu’il considère « comme l’équivalent des Beatles français, [...] c'est-à-dire le grand talent d’une génération »[9].

Le 9 juin 1980, il inaugure en personne et devant la télévision de château de Versailles après des travaux de restauration dans la chambre du Roi et la galerie des Glaces. Il cite un crédit de 140 millions de francs alloués à ces travaux dans la décennies dont plus des deux tiers sous sa présidence[10].

Grand Travaux Modifier

Après Georges Pompidou, Valéry Giscard d’Estaing poursuit la tradition des Grands Travaux présidentiels, qu’il décuple au nombre de cinq, en plus du centre Beaubourg inachevé de son prédécesseur. Son emprunte est marquée par une architecture à la française, mêlant classicisme et harmonie, Sa défaite rend inachevée plusieurs de ses œuvres que son successeurs poursuit en les modifiant souvent[11].

Soutenu par l’opinion publique sur ces points, il met un terme à l’urbanisme moderne engagé à Paris, C’est ainsi qu’il s’oppose à l’érection de tours dans la capitale, mettant fin aux projets de la tour Apogée à la place d’Italie (176 mètres) et de centre international commercial à l’endroit des Halles. Le premier entraîna la condamnation de l’État à verser 440 millions de francs de dommages et intérêts pour avoir refusé de délivrer le permis de construire alors qu’un accord préalable avait été donné. De même, il empêche l’aboutissement des projets de voie rapide rive gauche, de « radiale Vercingétorix » et de boulevard autoroutier à la place du canal Saint-Martin.

Au palais de l’Elysée, Valéry Giscard d’Estaing a abandonné le salon doré occupé par ses deux prédécesseurs pour s’installer dans le salon d’angle, équipé de portes-fenêtres donnant des deux côtés du parc, qu’il colore d’un damas vert tendre sur lequel se détachent deux toiles d’Hubert Robert et une tapisserie allégorique de Louis XV à la chasse. Il a fait venir du Louvres le tableau de Delacroix, La Grèce expirant sur les ruines de Missolonghi, qu’il a exposé pendant plusieurs années dans son bureau. Sa cheminée se trouve chargée d’objets divers et personnels, parmi lesquels sa citation signée de De Lattre et les fanions de son régiment, les plaques et cordons des deux grands ordres nationaux, des médailles commémorant les grands faits d’armes du règne de Louis XIV, des effets plus personnels comme des photos de lui remontant les Champs-Elysées, de ses enfants ou avec John F, Kennedy, et enfin un portrait de l’amiral d’Estaing et un acte signé par le gouverneur de Rouergues Guillaume d’Estaing, sans doute pour affirmer son lien discuté avec la famille.

Anti-contemporain, il fait revoir l’ensemble d’appartements aménagés par Georges Pompidou : des goûts XVIIIe siècle sont utilisés pour réaménager l’appartement privé et l’appartement semi-officiel du rez-de-chaussée, ce dernier étant transformé en salon, puis, en fin de mandat, le décor ancien des deux salons de Paulin est remis au goût du jour, tandis que seule la salle à manger demeure telle qu’elle, par égard au président défunt comme il l’avait voulu au départ pour les deux salons. Ces travaux sont l’occasion de revoir tout le corps général du rez-de-chaussée afin de donner à l’étage un esprit habité avec des réaménagements et l’installation d’œuvres d’arts.

Plusieurs endroits du palais sont revus pendant la présidence : la verrière vieillissante du jardin d’hivers fut transformée en autre chose en 1976, la salle à manger Napoléon III fut restaurée en 1978-1979, le vestibule adapté aux goûts louis XV-ième du président, ré-ameublement du salon de Cléopâtre, réfection du salon des Aides de camps, installation d’un mobilier Empire dans le salon Murat, royalisation du décor du salon des Ambassadeurs avec style Louis XIV et portrait de Louis XV et du salon des Portraits avec style Louis XVI, redécoration de l’ancien salon de l’Hémicycle devenu « salon Pompadour ». Des aménagements techniques et pratiques sont entrepris comme la révision du circuit d’alimentation d’eau et de l’éclairage ainsi que des changements dans les bureaux des collaborateurs. A l’extérieur, façade et toiture furent restaurées.

Aussi, Valéry Giscard d’Estaing est celui qui a réaménagé l’abri anti-aérien d’Albert Lebrun en centre de commandement Jupiter avec le système de déclenchement de l’arme nucléaire, entouré de bureaux pour le président et ses collaborateurs, une chambre des cartes et une salle de réunion où se tient parfois le Conseil de Défense.

En mars 1977, après la victoire parisienne de Jacques Chirac, Valéry Giscard d’Estaing lui cède les Halles en échange du maintien de La Villette, espace de 55 hectares dont l’État a fait acquisition en 1970. A l’été, le président se rend sur les lieux et décide d’y établir une Cité des sciences et de l’industrie. Il faut 10 millions de francs pour la destruction des anciens abattoirs et l’évacuation des lieux en août 1979. Un mois plus tôt, l’infrastructure administrative du nouveau site a été confiée à Paul Delouvrier et celle du musée à Maurice Lévy. Mais l’architecte général Roger Taillibert, en poste depuis plusieurs années, est remercié en décembre et on organise un concours d’architectes en 1980 dont le président extrait le projet d’Adrien Fainsilber parmi les sept qui lui ont été proposés et qui avaient exécuté des maquettes qu’il a observé deux mois durant. Ils engagent les travaux du plus grand musée scientifique du monde sur 120 000 m², mais c’est François Mitterrand qui l’inaugurera le 13 mars 1986 après avoir poursuivi l’œuvre avec la même équipe.

En conseil restreint en octobre 1977, Valéry Giscard d’Estaing s’engage sur le projet d’un musée du XIXe siècle devant être installé à l’ancienne gare d’Orsay, initialement prévue à la destruction après que la SNCF l’ait vendu en 1961 mais à laquelle s’était opposée le ministère de la Culture en 1971, saisi par des artistes qui avaient vanté l’intérêt renaissant du public pour l’art de ce siècle. L’idée du directeur des Musées d’y placer les œuvres des artistes nés avant 1870, dont il ne savait que faire ailleurs, acheva de réhabiliter le bâtiment construit en 1898-1900. La gare est classée en 1978 et un concours lancé l’année suivante, sortant les six propositions de huit Français, avec pour objectif d’adapter un espace de 30 000 m² à une exposition en nécessitant 43 000. Le comité d’examen en retient deux, celles d’Yves Boiret et d’ACT-Architecture, et le président choisit la seconde, dans le souci d’édifier un musée moderne au détriment de la mise en valeur de la gare et non l’inverse. Son attente est celle d’« un beau musée, au sens traditionnel et permanent du terme ». Bien que Valéry Giscard d’Estaing ait souhaité y inclure La Liberté sur les barricades, la collection est temporellement fixée entre 1848 et 1914. On fait appel à un décorateur intérieur pour aménager le musée et le choix est arrêté en juillet 1980 sur l’Italienne Gae Aulenti qui, tout en restant fidèle au projet, le repense abondement. VGE doit intervenir pour mesurer ses ardeurs. Le « musée du XIXe siècle » se fait renommer « musée d’Orsay » et accueille des documents aussi divers que des peintures, des sculptures, de la musique, du cinéma, de la photographie, des publications… Le président Mitterrand et Valéry Giscard d’Estaing l’inaugurent le 1er décembre 1986. Le premier avait déclaré lors d’une visite de chantier « Ca a vraiment de la gueule ! ».

Valéry Giscard d’Estaing s’est opposé à redemander un permis de construire pour un Centre de commerce international dans le trou des Halles après que la justice l’ait annulé pour vice de forme suite à une plainte d’associations de riverains. Pour l’aménagement, il demande l’agrandissement des espaces verts et l’harmonie architecturale des bâtiments.

L’idée, déjà évoquée par Charles de Gaulle et Georges Pompidou, d’un Institut du monde arabe, est retenue au conseil des ministres du 24 décembre 1974 sur proposition de Jacques Chirac et souhait de Valéry Giscard d’Estaing. Le terrain de 8 400 m² entre le boulevard de Grenelle et la rue de la Fédération, près de la Seine, est reprit par l’État à la ville de Paris et un acte est signé en octobre 1980 entre Paris et dix-neuf pays arabes, dont certains ne tiendront jamais leurs engagements. Henry Bernard est choisit par le président pour en être l’architecte. La commission des sites approuve son projet en juillet les travaux commencent dès août. François Mitterrand poursuit le projet mais change de site, pour un coût de 5,6 millions de francs, et le déplace au quai Saint-Bernard. Un nouveau concours d’architecte fait émerger Jean Nouvel. Construit de 1983 à 1986, il est inauguré par François Mitterrand le 30 novembre et bien accueilli par le public.

Immigration et sécurité Modifier

Valéry Giscard d’Estaing est l’instaurateur du regroupement familial qui permet, par le décret du 29 avril 1979, à un étranger vivant régulièrement en France de faire venir son conjoint ou ses enfants sous certaines conditions. La politique migratoire suit le cours de la présidence en se raidissant en fin de mandat. Fin 1979, la police des frontières est renforcée dans ses prérogatives et l’expulsion des étrangers en situation irrégulière facilitée.

Valéry Giscard d’Estaing a d’abord inventé des aides au retour, basées sur le volontariat, qui n’ont pas donné de résultats. Alors il prévoit, en septembre 1978, de demander à l’Algérie le rapatriement de 500 000 Algériens présents en France à raison de 100 000 annuellement sur cinq ans. Il envisage, à dessein de pression, de remettre en cause les accords d’Evian qui prévoient la libre-circulation entre les deux pays ou la modification de la législation sur l’immigration pour permettre l’arrêt ou la non-reconduite des titres de séjour. Valéry Giscard d’Estaing précise dans Les Français qu’il avait assuré que la France leur garantirait les droits sociaux acquis en France et des allocations de retour et d’aides à la création de petites entreprises pour leur réinsertion. Cette réforme s’enlise au parlement en raison de l’obstruction de la gauche et d’une partie de la majorité, en même temps que le gouvernement algérien s’oppose à des retours involontaires. Le chiffre est donc revu à 35 000 personnes, permis par le non-renouvellement des certificats de résidences, lorsque le nouveau ministre de l’Intérieur, Jean-François Poncet, se rend en Algérie en juin 1979. Le sort des enfants étant questionné, le président se rabat, au mois de décembre, sur 35 000 « adultes » en donnant la priorité aux célibataires. Il abandonne son projet en décembre 1980 face à l’opposition du Premier ministre, de nombreux ministres dont Simone Veil, et du Conseil d’Etat[12].

Suivant l’élan de solidarité qui mobilise de nombreuses personnalités française au moment de la crise des boat-people, Valéry Giscard d’Estaing accepte de recevoir, le 26 juin 1979, un comité d’accueil qui en a fait la demande. Sont présents Jean-Paul Sartre, Raymond Aron, André Glucksman, Claudie Broyelle, Me Miquel et le Dr. Sénéchal. Le premier est accueilli d’un « bonjour, maître ». Bien que mal informé, Valéry Giscard d’Estaing est sensible à cet « Auschwitz liquide » que décrit Glucksman et promet l’accord de trois milles visas, dont il n’en restera que mille après étude de l’administration. En tout, de 1975 au début des années 1980, la France accueille 128 531 ressortissants du Vietnam, dont 47 356 Cambodgiens, au titre de réfugiés. Pour cette action, le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) décerne au président français la médaille Nansen en 1979[13][14][15].

Sous Alain Peyrefitte, le ministère de la Justice durcit la législation. La loi « Sécurité et Liberté » est adoptée par le parlement en décembre 1980. Elle prévoit la généralisation des contrôles d’identité, l’étendue à trois jours des gardes à vue, la limitation des circonstances atténuantes et des sursis, la fin de la saisine obligatoire du juge d’instruction pour déférer les auteurs de certains délits devant les tribunaux. Pendant six mois, cette loi a été amplement critiquée par les milieux judiciaires, par les médias et par le parlement, jusque dans la majorité.

Bien qu’hostile à la peine de mort à titre personnel, il n’envisage pas son abolition, qui « ne peut intervenir que dans une société apaisée », et se prononce différemment sur plusieurs cas qui lui sont soumis. C’est sous son mandat qu’on lieu les dernières exécutions : Christian Ranucci en 1976 et Jérôme Carrein pour l’assassinat d’une fillette de 8 ans et Hamida Djandoubi pour la torture à mort d’une jeune femme en 1977. L’abolition est un thème relancé par le débat sur la culpabilité ou non du premier.

Environnement Modifier

Comme Georges Pompidou, Valéry Giscard d’Estaing prend en compte les préoccupations environnementales et crée un ministère de la Qualité de Vie qu’il confie à André Jarrot. André Fosset puis Vincent Ansquet l’occupent successivement jusqu’à sa disparition en 1977. Il est remplacé par un ministère de l’Environnement qui revient à Michel d’Ornano après son échec aux élections municipales à Paris. Aussi, une antenne gouvernementale, l’Agence pour la qualité de l’air, est mise sur pied en juillet 1980.

A Paris, Valéry Giscard d’Estaing refuse l’édification en hauteur et intervient pour mettre fin au projet de la tour « Apogée » de 260 mètres dans le XIIIe arrondissement. Dans toute l’agglomération, il défend l’augmentation des espaces verts. Ailleurs en France, une politique d’aménagement du littoral permet la création d’un Conservatoire du littoral en juillet 1975 et l’adoption d’une loi interdisant la construction à moins de 100 mètres du rivage en juillet 1976. Enfin, il modère l’urbanisme galopant des Trente Glorieuses en favorisant l’accès à la propriété, le logement individuel et le renouveau des villes moyennes.

Pour vaincre la dépendance énergétique de la France aux pays exportateurs de pétrole en contexte de crise, il défend la tenue d’une « conférence mondiale de l’énergie » entre douze pays représentatifs des exportateurs et des importateurs, que ces derniers soient industrialisés ou pauvres, et engage une tournée diplomatique qui n’aboutit pas. Alors il décide de revenir aux choix arrêtés par le gouvernement Messmer : mesures d’économie d’énergie et surtout développement de l’énergie nucléaire. Dans le premier cas, le changement d’heure est adopté en 1975 après avoir utilisé seulement lors des deux conflits mondiaux. Dans le second, la France se dote sous sa présidence d’un parc nucléaire de quarante-trois centrales (cinquante-huit maintenant) qui garantit depuis son indépendance énergétique. Certains choix d’implantations ont donné lieu à des protestations d’écologistes, dont une le 31 juillet 1977 contre le surgénérateur de Creys-Malville où décède un manifestant.

Défense Modifier

Attaché à l’armée, Valéry Giscard d’Estaing hérite d’un budget militaire représentant 2,5% du PIB en 1974, après une baisse continue depuis la fin de la guerre d’Algérie, lorsqu’il se situait à 5,4% en 1961, et l’augmente continuellement au cours de son mandat jusqu’à lui faire atteindre environ 2,8% en 1981. Elle s’explique en partie par l’application d’une loi de programmation militaire courant de 1977 à 1982. C’est le seul cas de réévaluation positive du budget militaire de l’Histoire de la Cinquième République, qui se caractérise autrement par une hausse constante et ininterrompue de celui-ci.

Les années 1970 sont marquées par une contestation antimilitariste qui prend la forme clandestine des comités de soldats et de l’Appel des cent au sein de l’armée. Pour n’avoir su mettre un terme à ce mouvement, notamment par des réformes en août 1974, le ministre Jacques Soufflet est remercié dès janvier 1975 et remplacé par un autre résistant gaulliste, Yvon Bourges, qui restera en poste jusqu’en octobre 1980, date à laquelle il est remplacé par Joël Le Theule. Celui-ci meurt d’une crise cardiaque deux mois plus tard et c’est Robert Galley qui reprend la fonction jusqu’à la fin du septennat. Un secrétariat à la Défense est créé de février 1975 à août 1976 et confié au général Bigeard, pour « s’occuper du moral des troupes ». Les comités de soldats disparaissent à la fin de la décennie 1970.

Continuateur de la politique gaulliste en matière de dissuasion nucléaire, Valéry Giscard d’Estaing permet la multiplication par 2,5 de la capacité de destruction de l’arsenal français sous son mandat. En 1977, il interrompt la construction du sixième sous-marin français, L’Inflexible, pour permettre des aménagements qui accueilleront de nouveaux missiles plus performants, avant de reprendre les travaux qui se terminent en 1981. Sans renoncer à l’indépendance, il évoque avec les Etats-Unis des possibilités communes comme l’emploi simultané des Pluton français et des armes tactiques nucléaires américaines en cas d’attaque soviétique. Cette décision est mal accueillie dans les rangs gaullistes.

Politique étrangère Modifier

La politique étrangère de Valéry Giscard d’Estaing se définit par l’indépendance vis-à-vis des deux blocs, le soutien à la construction européenne et le maintien de l’influence française dans le monde. Ce faisant, il s’inscrit dans la continuité de la politique gaulliste, bien qu’il accorde une place primordiale à la fibre européenne dans son projet politique. Son mandat correspond en effet à une période heureuse du couple franco-allemand et de la Communauté européenne, bien qu’il ne tende à aucun moment vers le fédéralisme, malgré des positions antérieures plus ardemment pro-européenne ou atlantiste. Le contexte international de son mandat est celui de la détente dans la guerre froide.

Europe Modifier

Sa politique européenne est facilitée par l’entente personnelle qu’il entretient avec Helmut Schmidt, dont le mandat de chancelier fédéral d’Allemagne est concomitant du sien dans le temps (1974-1982). Les deux hommes succèdent à une période de divergences entre leurs prédécesseurs Georges Pompidou et Willy Brandt. Ils se connaissent déjà pour leur appartenance commune au Comité d’action pour les Etats-Unis d’Europe de Jean Monnet et pour leurs relations comme ministres des Finances entre 1972 et 1974. Malgré des appartenances politiques différentes, ils partagent une fibre modérée, libérale et sociale, pro-européenne, qui favorise leur rapprochement. De plus, Helmut Schmidt considère la France comme le partenaire principal de l’Allemagne en Europe, alors que l’Ostpolitik faisait craindre en France un éloignement du voisin vers l’Est.

La France tient la présidence de la CEE du 1er juillet 1974 au 1er janvier 1975. C’est l’occasion de la naissance du Conseil européen, issu de sa volonté de doter l’Europe d’une instance exécutive rassemblant les chefs d’Etat et de gouvernement. L’idée, évoquée par Valéry Giscard d’Estaing à Jean Monnet le 19 septembre, a été soumise à Helmut Schmidt en octobre, qui a donné son accord pour avoir lui-aussi évoqué cette piste avec son homologue belge au Sommet européen de Paris des 9 et 10 décembre, le président de la république française s’exprime ainsi : « Le sommet européen est mort. Vive le Conseil européen ». C’est au cours de l’un d’eux qu’est décidé l’élection au du Parlement européen au suffrage universel, afin de donner visibilité et légitimité à cette instance en vue de transferts de souveraineté, dont les modalités sont décidées en juin 1976 en vue de la première élection en 1979. Ce faisant, Valéry Giscard d’Estaing a participé aux fondements d’une Europe politique.

Inquiet des désordres monétaires que pourrait entraîner la crise, Valéry Giscard d’Estaing songe à une parité stable des monnaies. Il pense pouvoir le faire à échelle européenne, à défaut de le faire à échelle mondiale, et travaille dessus avec les Allemands. Au cours d’une réunion à l’Elysée, le président français et le chancelier allemand, assistés de deux experts, élaborent ce qui naîtra du Conseil européen de Brême en décembre 1978 : le Système monétaire européen (SME). Il est conçu comme un premier pas vers une union économique et monétaire en Europe. Une unité de compte commune est créée, la European Currency Unit, dite l’ECU. Seule la livre anglaise reste extérieure à ce système.

Le septennat de Valéry Giscard d’Estaing coïncide avec les négociations d’entrées de la Grèce, de l’Espagne et du Portugal dans la Communauté européenne. Le Premier ministre grec Konstinos Karamanlis, qui connait bien Valéry Giscard d’Estaing depuis son exil en France, invite le président français en visite officielle en Grèce le 17 septembre 1975. L’accueil populaire très chaleureux auquel il a droit pendant son parcours en voiture témoigne de la reconnaissance des Grecs pour l’implication de la France dans le retour de la démocratie. L’invitation répond à une autre attente, qui est que le chef d’Etat français appui la demande d’entrée de la Grèce dans la CEE, dont rêve Karamanlis et que souhaite Valéry Giscard d’Estaing, pour qui l’intégration du berceau de la démocratie serait un geste fort. Dans son discours, commencé par quelques mots en grec, il déclare qu’une « large place s’offre à la Grèce dans cette Europe qui se construit peu à peu ». Il parvient à rallier à lui Helmut Schmidt et les instances européennes, sceptiques sur la solidité économique de la jeune démocratie renaissante, car « nous ne pouvons pas faire jouer Platon en deuxième division ». Il s’implique ensuite dans les négociations d’adhésion, en particulier sur le volet économique, jusqu’à la signature du traité d’Athènes le 29 mai 1979 qui fait rentrer la Grèce dans la CEE le 1er janvier 1981. Son soutien aux demandes d’entrées de l’Espagne et du Portugal, formulées en 1977 (et satisfaites le 1er janvier 1986) est critiqué par les agriculteurs français, relayés par les gaullistes et les communistes, qui craignent la concurrence des produits ibériques[16].

Les élections européennes du 10 juin 1979 suivent la victoire des élections législatives de 1978. Après leurs échecs à ce scrutin, le Parti socialiste et le RPR sont en proie à des oppositions internes qui brouillent la clarté de leur message. Jacques Chirac a opté pour une opposition franche à l’intégration européenne, comme l’illustre l’appel de Cochin du 8 décembre 1976 où il dénonce « le parti de l’étranger » qu’il accuse de préparer « la politique de supranationalité, d’« asservissement économique » et d’« effacement international » de la France. L’UDF présente une liste emportée par Simone Veil qui arrive en tête avec 27,61%, devant le PS (23,53%), le PCF (20,52%) et le RPR (16,31%) ; signant un nouveau succès pour le président. Le groupe centriste n’est toutefois pas le premier au sein de l’hémicycle et Valéry Giscard d’Estaing parvient à obtenir le concours de Helmut Schmidt.

Guerre froide Modifier

Raisonnablement atlantiste, il tente d’apaiser les relations franco-américaines après la fin de la présidence de Georges Pompidou et soigne ses relations avec le président des Etats-Unis Gerald Ford. Tout en ayant affirmé que « la France continuera de contribuer à l’efficacité de l’Alliance atlantique » (voyage officiel des 17-22 mai 1976), il refuse d’assister aux réunions de l’OTAN. Les relations entre les deux pays restent tributaires de la situation économique et commerciale (ex : elles connaissent des distorsions quand les Américains gênent la commercialisation du Concorde). Elles se distendent avec l’arrivée au pouvoir de Jimmy Carter, que Valéry Giscard d’Estaing n’estime pas à la hauteur du regain de guerre froide.

Bien qu’hostile au communisme et à la politique expansionniste soviétique, il veille à garder des relations cordiales avec l’URSS et les pays du bloc de l’Est dans l’intérêt de la France et la fidélité à la politique d’indépendance nationale du général de Gaulle. Afin de ne pas brusquer l’URSS, il assure que la France ne rejoindra pas l’OTAN et de contribuera pas à une défense européenne. De plus, il se refuse à juger publiquement l’état des droits de l’Homme dans ces pays. Avocat d’une politique de désarmement, il assiste à la conférence d’Helsinki en juillet 1975 et promet d’annoncer ensuite des propositions en la matière. En fin de mandat, son attitude à l’égard de l’invasion soviétique de l’Afghanistan écorne l’image de la France : alors qu’elle est perçue ailleurs comme une preuve du regain d’agressivité de l’URSS, il refuse de se joindre aux condamnations internationales et la France ne boycotte pas les Jeux Olympiques de 1980 à Moscou. Puis il rencontre Leonid Brejnev lors d’un voyage improvisé à Varsovie le 19 mai 1980 et dit alors voir « une volonté politique de solution » à l’invasion de la part du dirigeant.

La France reçoit en visite d’Etat le chef d’Etat roumain Nicolae Ceausescu en 1978. Valéry Giscard d’Estaing révèle cette anecdotes dans le documentaire britannique Ceausescu : Behind the Myth (1990) : le dictateur communiste et sa suite ont tout emporté de ce qu’il y avait dans leur logement à l’hôtel Marigny (mobilier, lampes, vases,…), manifestement par crainte d’être mis sur écoute. Il a donc prévenu ses homologues puisque Nicolae Ceausescu effectuait une tournée européenne[17].

Le premier G6 est réuni par Valéry Giscard d’Estaing au château de Rambouillet, regroupant les six grandes puissances démocratiques et industrialisées que sont les Etats-Unis, le Japon, l’Allemagne, la France, la Grande-Bretagne et l’Italie. Cette réunion est ensuite institutionnalisée et deviendra a posteriori un G7 avec l’ajout de la Russie, avant de servir de modèle pour la création du G20. Valéry Giscard d’Estaing dessine ainsi sa volonté de « structurer une forme de directoire composé par les grandes puissances, dont les chefs d’Etat ont vocation à garantir l’ordre mondial » (Mathias Bernard).

Afrique Modifier

Valéry Giscard d’Estaing a plaidé au cours de sa présidence pour un « trilogue » entre l’Europe des Dix, la Ligue arabe et l’Organisation de l’unité africaine. Sa vision des relations avec l’Afrique est celle d’un rapport basé non plus sur l’assistance des uns aux autres mais d’une réciprocité et d’une complémentarité entre un Nord et un Sud aux ressources différentes et nécessaires. Elle prend corps à travers la conférence de Paris sur la coopération économique internationale entre 1975 et 1979. Sa volonté d’européaniser la politique africaine française peut être reliée au contexte d’alors, marqué par une progression soviétique dans les pays du Tiers-monde et des succès diplomatiques américains notables comme l’accord de Camp Davis entre l’Egypte et Israël sous l’égide du président Jimmy Carter (1978).

S’agissant des relations spécifiques entre la France et l’Afrique, Valéry Giscard d’Estaing poursuit la Françafrique et en conserve la structure élyséenne mais évince Jacques Foccart de l’Elysée, trop lié aux réseaux gaullistes à son goût, et le remplace par René Journiac, magistrat et ancien conseiller aux questions africaines à Matignon puis au secrétariat général de l’Elysée. Les sommets franco-africains, lancés par Georges Pompidou en 1973, sont poursuivis avec un nombre de participants toujours plus grands, jusqu’à vingt-six en 1980, qu’ils soient francophones ou non. Sa présidence se caractérise par de multiples interventions dans les affaires internes de pays africains (Zaïre, Mauritanie, Tchad, Centrafrique) mais opte, en fin de mandat, pour un relais des Etats avec lesquels la France a noué des relations approfondies dans le cadre d’opérations multilatérales. C’est le cas en décembre 1980, à quatre mois de l’élection présidentielle, quand Valéry Giscard d’Estaing n’ordonne pas d’intervention française contre les forces libyennes qui envahissent le Tchad en vue d’une fusion tchado-libyenne. Louis de Guiringuaud, ministre des Affaires étrangères (1976-1978), exprime par ses mots la politique giscardienne à L’Express du 15 décembre 1979 : « L’Afrique est le seul continent qui soit encore à la mesure de la France, à la portée de ses moyens. Le seul où elle peut encore, avec 500 hommes, changer le cours de l’histoire ».

S’inscrivant dans cette continuité, il entretient des liens privilégiés avec la Côte d’Ivoire, le Sénégal et le Togo. Mais c’est avec trois autres pays qu’il noue des relations les plus étroites :

  • Le Gabon aspire à jouer un rôle régional et lutte contre le communisme qui gagne du terrain chez les adversaires internes et les pays rivaux. Les relations franco-gabonaises sont intimement liées, politiquement depuis Jacques Foccart et économiquement avec l’exploitation minière par Elf auquel la famille régnante touche des dividendes. Alors le président Omar Bongo, fidèle chef d’Etat de la Françafrique, trouve un interlocuteur attentif en Valéry Giscard d’Estaing. Il est ainsi associé aux préparatifs de l’ « opération Crevette » de 1977, quand le mercenaire français Bob Denard tente sans succès un coup d’Etat contre le régime communiste du Bénin avec l’appui de la France et du Maroc. Omar Bongo est celui qui organise, à la demande du président français, une rencontre entre René Journiac et Bokassa Ier, visant à convaincre le président centrafricain d’abdiquer après l’émotion internationale qu’à suscité le massacre d’une centaine d’écoliers à Bangui. Ce dernier refusant, la France apporte un soutien militaire et logistique au coup d’Etat de l’ancien président David Dacko qui renverse Bokassa dans la nuit du 20 au 21 septembre 1979. En 1980, le renversement du président tchadien Hissène Habré, autre chef d’Etat africain proche de la France, par le rebelle Goukouni Oueddei avec le soutien de la Lybie, qui entretient des relations complexes avec l’Hexagone, donne au Gabon une importance stratégique redoublée aux yeux de la diplomatie giscardienne. L’obtention du baccalauréat de son fils Ali remonte même au sommet de l’Etat avec intervention à la clé pour lui octroyer l’examen qu’il a raté.
  • Le Zaïre est perçu comme un pôle de stabilité dans la région subsaharienne par Valéry Giscard d’Estaing. Il exécute une visite officielle au Zaïre dès août 1975 et apporte son soutien au général Mobutu, alors que les Etats-Unis et la Belgique s’éloignent de ce dirigeant autoritaire. Il lui envoie des « conseillers militaires » en 1977 pour l’aider à réprimer la contestation de ses opposants, armés par l’Angola communiste. Au printemps 1978, alors que des milliers de ces rebelles passent de l’Angola à la province du Shaba pour l’envahir et prennent d’assaut la ville de Kolweizi, Valéry Giscard d’Estaing décide, après avoir échangé avec Mobutu et Bokassa, l’envoi rapide de la Légion étrangère pour sauver les 3 000 Européens, surtout Français, qui s’y trouvent, même s’il s’agit d’abord de consolider le pouvoir de Mobutu. Les troupes françaises et belges prennent rapidement le contrôle de la ville. Cette intervention, jugée comme une des réussites du septennat, à donner lieu à un film, La Légion saute sur Kolwezi de Raoul Coutard, en 1980.
  • Valéry Giscard d’Estaing manifeste une volonté de revaloriser la relation de la France avec le Maghreb. Elle s’inscrit dans une tentative de dépassement de l’ère de la décolonisation. Il effectue la première visite d’un président français en Algérie depuis l’indépendance en avril 1975, bien que les liens privilégiés de ce pays avec l’URSS et la Libye limitent fortement le développement des relations bilatérales. Quelques mois plus tard, en novembre, il est reçu en Tunisie. Les deux Etats poursuivent leur bonne entente établie depuis les années de Gaulle, comme peut en attester le soutien de la France à la Tunisie quand des commandos libyens tentent de prendre position dans le sud du pays en janvier 1980. Entre-temps, en mai, il s’est rendu au Maroc où lui et le roi Hassan II ont été acclamés par deux millions de personnes sur la route de Rabat à Fèz. Le roi est ensuite reçu à plusieurs reprises au palais de l’Elysée pour des réunions de travail. L’intensification des relations avec le Maroc est guidée par des intérêts économiques convergents et une recherche d’équilibre régional. En effet, depuis fin 1975, la situation se tend en Sahara occidental et un mouvement armé de libération nationale, le Front Palisario, soutenu par l’Algérie, la Libye et l’Union soviétique, déclare l’indépendance de la République arabe sahraouie démocratique avant d’entamer une guérilla contre les forces marocaines et mauritaniennes. Avec l’accord du Maroc, la France lance en décembre 1977 l’opération Lamentin, au succès mitigé : les otages français sont libérés dès le 23 décembre mais le régime mauritanien est renversé en juillet 1978 et remplacé par un gouvernement qui signe un accord avec le Front Palisario en 1979. Seul le Maroc, soutenu par la France, poursuit le combat.

La présidence de Valéry Giscard d’Estaing voit l’achèvement de la décolonisation en Afrique française : le Territoire français des Afars et des Issas devient officiellement Djibouti le 27 juin 1977 après qu’il ait, sous la pression internationale, renoncé à un renforcement de l’autonomie fin 1975, permettant toutefois le maintien d’une présence militaire française, et trois îles des Comores obtiennent leur indépendance par la loi du 31 décembre 1975 après l’avoir unilatéralement proclamée en juillet 1975 et refusé la tenue de référendums île par île qu’avaient fait voter les députés gaullistes en 1974. Seule Mayotte s’est prononcée en faveur du maintien dans sa quasi-totalité. Une résolution de l’Assemblée générale des Nations unies adopte largement, le 21 octobre 1976, une résolution demandant « au gouvernement français de se retirer immédiatement de l’île comorienne ».

Signalons enfin que la famille Giscard d’Estaing possède des intérêts économiques dans ce continent qu’elle a hérité de l’ère coloniale. L’image personnelle du président français, vu comme un amateur de safaris et de chasses et un ami des dictateurs africains, a contribué au sentiment anti-néo-colonialiste qui s’est manifesté par exemple lors des déplacements agités de Louis de Guiringaud en Mozambique et en Tanzanie.

Moyen-Orient (incomplet) Modifier

Au Moyen-Orient, la diplomatie giscardienne soutient la création d’un Etat palestinien. En janvier 1976, la France vote une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies en ce sens, à laquelle les Etats-Unis opposent leur veto. Le gouvernement français autorise l’OLP à ouvrir son troisième bureau international à Paris en octobre 1975 et fait voter une déclaration au Conseil européen de Venise en juin 1980 demandant à ce que l’organisation arabe soit associée aux négociations de paix sur le Proche-Orient.

Asie (incomplet) Modifier

Amérique latine (incomplet) Modifier

Vie politique Modifier

Période Jacques Chirac Modifier

Il est hautement probable que Valéry Giscard d’Estaing ait nommé Jacques Chirac à Matignon en espérant qu’il prendrait la tête de l’UDR pour arrimer le parti à la majorité présidentielle voire l’y intégrer. Mais l’UDR se montre peu coopérative, d’autant plus que le Premier ministre est perçu comme un traitre, et son secrétaire général Alexandre Sanguinetti résume par un « oui, si… » l’attitude à suivre. Plus généralement, elle ne se remet pas du choc de son éviction du pouvoir. Le 14 décembre 1974, Valéry Giscard d’Estaing apprend au cours d’un sommet franco-américain aux Antilles que Jacques Chirac a été élu à la tête du parti à la faveur du putsch interne. « Je vous apporte l’UDR sur un plateau » dit-il au président. Valéry Giscard d’Estaing refuse d’entendre les craintes exprimées au sujet de son Premier ministre à la tête du principal parti de la majorité et décore cordialement Jacques Chirac de la grand-croix de l’Ordre national du mérite le 24 décembre. Mais le Premier ministre emploi cette position pour susciter un rapport de force au sein de la majorité, surtout avec Michel Poniatowski, le « vice-Premier ministre » comme le surnomme la presse, qui est lui élu à la tête des Républicains indépendants le 31 janvier 1975. Toutefois, cette rivalité n’affecte pas les relations entre l’Elysée et Matignon.

Cette situation rend précieuse la fédération des centristes. Mais RI représente moins de 10% du corps électoral et ne connait pas d’embellie post-victoire. Il faut attendre mai 1977 et la fondation du Parti républicain (PR) pour qu’ils se dotent de structurent dignes de leurs ambitions. En même temps, le reste du corps centriste en France se divise en une myriade de petits partis, extérieurs à la majorité mais se réclamant de l’action du chef de l’Etat, comme le Centre des démocrates sociaux (CDS), fondé en 1976 sur les ruines du Centre démocrate de Jean Lecanuet et du centre démocratie et Progrès de Jacques Duhamel. Le score réalisé par François Mitterrand et l’effusion post-soixante-huitarde rend inopérantes les tentatives d’aimantation d’une partie de la gauche.

Ainsi, à mesure que s’éloigne dans le temps l’élection présidentielle de 1974, Valéry Giscard d’Estaing doit pouvoir compter sur autre chose que le souffle de la victoire et entreprend de solidifier sa majorité parlementaire en modérant sa politique de « changement ». Sans se renier, il privilégie dans ses discours et son action des thèmes comme la sécurité, la famille ou le patrimoine, plutôt que l’évolution des mœurs et des usages. Son conseiller Yves Cannac l’y enjoint dans une note d’avril 1975 en écrivant que « la société libérale ne se maintiendra pas si elle est synonyme de faiblesse et d’insécurité ». Mais alors que Jacques Chirac semble confirmé, le remaniement du 11 janvier 1976 renforce les non-gaullistes au détriment de l’UDR et Valéry Giscard d’Estaing affirme, par les profils du chef de gouvernement et des deux ministres d’Etat, les trois pôles gaulliste, centriste et libéral de sa majorité. Ce mouvement est aussitôt contredit par son allocution télévisée du 24 mars où Jacques Chirac semble à nouveau promit pour un avenir clé dans le dispositif électoral futur de la majorité mais l’incompréhension de ses conseillers et de la presse le convainc de ne pas donner suite à cette manœuvre conseillée par Pierre Juillet. S’ensuit un flottement dans la lisibilité du chemin prit par le duo exécutif. Le président refuse de dissoudre l’Assemblée comme l’y invite Jacques Chirac dans une lettre datée du 31 mai 1976. Les relations se tendent quand Valéry Giscard d’Estaing ne peut maîtriser le devenir de ses projets de loi sur l’entreprise et la taxation des plus-values que Jacques Chirac n’a pas véritablement défendu. Enfin, le président crispe les gaullistes en laissant entendre, en juin 1976, que la France pourrait renoncer à l’indépendance nationale en s’intégrant à un groupe militaire allié face à une agression soviétique.

L’effet conjugué de l’impopularité grandissante du gouvernement, de l’appel des militants UDR et de l’influence de Pierre Juillet et Marie-France Garaud convainquent Jacques Chirac de démissionner comme il y avait songé après l’échec des cantonales. Le déroulement du week-end de Pentecôte des 6 et 7 juin 1976, quand les Chirac, invité au fort de Brégançon, se sentent humiliés par le président, achève de convaincre les deux séparément de s’écarter l’un de l’autre. Ultime péripétie, Jacques Chirac n’a pas été tenu informé par Valéry Giscard d’Estaing de son projet d’élection du Parlement européen au suffrage universel auquel le néo-gaulliste s’oppose. Il évoque son intention de démissionner le 19 juillet et remet sa lettre le 26. Le président de la République l’accepte mais demande à repousser l’annonce après la période d’accalmie politique d’été. C’est donc le 25 août 1975, au terme du conseil des ministres, qui a été suivi d’un court échange entre eux deux, que Jacques Chirac fait l’annonce devant les caméras à Matignon. Le style direct et implacable en fait une allocution de défi à l’égard du chef de l’Etat. En outre, c’est la première et unique fois dans l’Histoire de la Cinquième République qu’un Premier ministre semble imposer son départ au président.

Période Raymond Barre Modifier

Le soir même, il est remplacé par Raymond Barre, ministre du Commerce extérieur depuis janvier 1976, qui s’arroge en même temps que Matignon le ministère de l’Economie et des Finances dans un mélange inédit jusqu’alors. Valéry Giscard d’Estaing n’envisageait pas de nommer un centriste qui aurait pu le couper de l’UDR et avait renoncé à nommer un UDR modéré comme Olivier Guichard ou Alain Peyrefitte. Contrairement à Jacques Chirac en 1974, il ne subit pas d’intervention présidentielle pour l’établissement de son gouvernement. Le gaulliste Olivier Guichard, le libéral Michel Poniatowski et le centriste Jean Lecanuet sont nommés ministres d’État. La plupart des membres du précédent gouvernement sont maintenus et Robert Boulin revient aux Relations avec le Parlement dans l’espoir qu’il limite l’influence de Jacques Chirac chez les députés UDR.

Les débats autour du budget de 1980 illustrent l’affrontement politique entre les deux forces de la majorité. Le gouvernement a fait adopter sa loi de finances par le parlement après avoir dû recourir abondamment à l’article 49.3 pendant son examen, en raison de l’opposition du RPR qui bloquait en réclamant 2 milliards d’économies supplémentaires, provoquant l’ire de l’opposition qui a saisi le Conseil constitutionnel. Celui-ci reconnaît le mal de la procédure et le spectre d’un blocage institutionnel est évité par la convocation du parlement en session extraordinaire du 27 au 29 décembre.

En fin de mandat, la côte de popularité de Valéry Giscard d’Estaing a régressé continuellement de 10% entre 1978 et 1980 pour s’établir en-dessous de 50%. Mais après les victoires aux législatives de 1978 et aux européennes de 1979, l’entourage du président envisage facilement sa réélection en 1981. Le chef de l’Etat pense qu’une nouvelle défaite de la gauche en 1981 séparera celle-là et qu’il pourrait rallier à lui l’aile social-démocrate qui lui permettra de mettre en œuvre l’entièreté de son programme réformateur. Avant l’élection, il songe à changer de Premier ministre pour installer Jacques Chaban-Delmas, politiquement moins austère que Raymond Barre, mais le maire de Bordeaux décline en septembre 1979. Il se réoriente vers Robert Boulin puis vers Joël Le Theule, mais les deux meurent consécutivement. Valéry Giscard d’Estaing conserve donc Raymond Barre et ne peut créer les conditions d’un renouveau à l’horizon de l’élection présidentielle.

Résultats aux élections intermédiaires Modifier

Malgré une popularité inférieure à 40% depuis décembre 1976, Valéry Giscard d’Estaing aborde en confiance les élections municipales de 1977. Face à ses candidats se présente l’Union de la gauche faîte entre les socialistes et les communistes – une alliance qu’il exploite pour effrayer – et le Rassemblement pour la République que Jacques Chirac a fondé le 5 décembre 1976– auquel il n’accorde aucune chance. Les résultats sont pourtant un désaveu pour le président puisque la majorité perd 57 villes qui reviennent aux socialistes pour 35 d’entre elles et aux communistes pour les 22 restantes. L’échec s’incarne surtout à Paris avec la victoire de Jacques Chirac au second tour après que le candidat giscardien, Michel d’Ornano, qui s’était déclaré sur le perron de l’Elysée, ait dû se désistant en sa faveur au premier tour. Grâce à la loi du 15 décembre 1976 voulue par le président après sa promesse devant les élus parisiens, la capitale française retrouve un maire pour la première fois depuis 1884. Mais le parti présidentiel n’est représenté que par 15 sièges dans un groupe de 69 personnes face aux 40 élus de l’Union de la gauche. Pour éviter une réédition de cet échec aux législatives de 1978, Valéry Giscard d’Estaing estime qu’il faut dialoguer avec le RPR et le démontre par un remaniement qui sacrifie le fidèle Michel Poniatowski et ramène le gaulliste historique Alain Peyrefitte.

La situation convainc Valéry Giscard d’Estaing d’unir la fraction non-gaulliste de la majorité. Par les assises nationales de Fréjus les 18 et 19 mai 1977, les Républicains indépendants muent en « Parti républicain ». Mais son secrétaire général Jean-Pierre Soisson juge l’initiative insuffisante pour s’établir au niveau du RPR et propose de créer un véritable parti libéral et réformateur. D’abord réticent, Valéry Giscard d’Estaing se laisse convaincre par ses conseillers Jean Riolacci et Michel Pinton. La décision de créer une « Union pour la démocratie française », selon le terme choisit par Jean-Jacques Servan-Schreiber, est arrêtée en octobre 1977 et annoncée le 1er février. L’UDF supplante de fait le PR comme parti présidentiel.

Le 7 décembre 1977, un accord est trouvé, suite à une lettre de Jacques Chirac le 18 mai, entre les partis membres de la majorité – PR, RPR, CDS et CNI – pour une initiative jointe faite de candidatures communes dans 118 cas et de primaires avec promesse de désistement dans 373 autres. Valéry Giscard d’Estaing rencontre Jacques Chirac le même jour après que la création de l’UDF et les bisbilles autour de l’identité du futur « chef de la majorité » aient fragilisé l’alliance. Le 27 janvier 1978, alors que les sondages pronostiquent une victoire de l’Union de la gauche, il met en garde contre le Programme commun dans un discours à Verdun-sur-les-Doubs (Bourgogne) et dit alors « ne croyez pas que le président de la République ait, dans la constitution, les moyens de s’y opposer », laissant entendre qu’il ne démissionnera pas et acceptera la cohabitation. Il prévoit, dans ce cas, de s’installer à la résidence présidentielle de Rambouillet et de ne revenir à Paris que pour les conseils des ministres. La gauche arrive en tête le 12 mars avec 51% des voix contre 47% pour la majorité mais échoue au second tour du 19 à moins de 1 %. Cette victoire inattendue pour Valéry Giscard d’Estaing s’explique par les divisions internes de l’Union de la gauche, par la mobilisation d’abstentionnistes du premier tour et par les réticences d’électeurs de gauche modérée à se reporter sur un candidat communiste. Au sein de l’alliance majoritaire, l’UDF dépasse le RPR avec respectivement 24% et 23%, faisant entrevoir à Giscard l’avènement de la recomposition autour d’un grand corps central qu’il appelle de ses vœux. Enfin, en septembre, Jacques Chaban-Delmas, soutenu par l’Elysée, est élu au perchoir de l’Assemblée face à Edgar Faure soutenu par Jacques Chirac. Le chef de l’État retrouve après les législatives son record de 59% de popularité qu’il avait après son élection. L’UDF achève sa mue en parti de plein exercice avec la création d’un bureau permanent le 23 mars où se retrouvent les diverses sensibilités centristes et d’un groupe parlementaire à l’Assemblée. Un remaniement est engagé pour signifier un nouveau tournant du septennat mais reste limité. Raymond Barre abandonne son ministère et confie l’Economie à René Monory (UDF) et le Budget à Maurice Papon (RPR).

Controverses et affaires Modifier

En fin de mandat, alors qu’il envisage sa réélection et a été préservé de l’impopularité par son Premier ministre-bouclier, Valéry Giscard d’Estaing est touché par ce qui devient l’ « affaire des diamants ». Furieux de son renversement par la France dans la nuit du 20 au 21 septembre 1979, le chef d’État de la République centrafricaine Jean-Bedel Bokassa a fait parvenir aux journalistes français des documents destinés à affaiblir son président. Le 10 octobre, Le Canard enchaîné publie le fac-similé de la commande d’une plaquette de diamants de 30 carats datée d’avril 1973 et destinée à Valéry Giscard d’Estaing, alors ministre des Finances. Le lendemain, Le Monde consacre deux pages et son éditorial aux révélations. Le premier renomme le président « Giscarat » et le second lance des enquêtes journalistiques sur les intérêts et les activités des Giscard d’Estaing en Afrique. Le PS demande la mise sur pied d’une enquête parlementaire sur l’intervention française en Centrafrique. Silencieux, Valéry Giscard d’Estaing le reste jusqu’à son interview télévisée du 27 novembre. Quand Alain Duhamel et Jean-Pierre Elkabbach l’interrogent, il rappelle que les cadeaux diplomatiques ne sont pas des propriétés personnelles et, au sujet de la valeur évoquée, répond : « j’oppose un démenti catégorique et, j’ajoute, méprisant ». Au cours de l’année 1980, l’élection présidentielle approchant, les deux journaux relancent périodiquement l’affaire par des publications d’informations, tandis que la gauche diffuse le 2 octobre un enregistrement de Bokassa qui confirme les faits au Canard, mais Valéry Giscard d’Estaing refuse continuellement de répondre à une affaire qu’il juge politicienne.

Le septennat giscardien est marqué par les morts de deux ministres aux circonstances restées floues. La première est celle de Jean de Broglie, un proche du président de la République, qui est assassiné en plein Paris le 24 décembre 1976. Cinq jours après, le ministre de l’Intérieur Michel Poniatowski affirme devant la presse, dans un emballement qui étonne, que l’affaire est close car « le coup de filet est complet ». Il sera innocenté par une commission d’enquête parlementaire en après avoir été mis en cause par Le Canard enchaîné du 2 avril 1980 qui révélait qu’il était informé des menaces de mort le concernant sans avoir mieux assuré sa sécurité. Puis, le 30 octobre 1979, Robert Boulin, ministre du Travail et Premier ministre putatif, est retrouvé mort dans l’étang de Rambouillet. Une lettre posthume signée de sa main explique son suicide par sa mise en cause dans une affaire d’escroquerie. Il accuse indirectement le garde des Sceaux Alain Peyrefitte (et par extension le RPR) d’avoir laissé ébruiter l’affaire pour lui nuire. En novembre, le RPR l’attaque par des rumeurs sur son état psychologique après qu’il se soit retiré deux jours dans son château de la Varvasse à Chanonat.

Enfin, il est reproché un manque de compassion à Valéry Giscard d’Estaing qui n’interrompt pas sa partie de chasse en apprenant l’attentat de la rue Copernic du 3 octobre 1980 et attend cinq jours et son retour à Paris pour publier un communiqué. La polémique la plus importante concerne toutefois les accusations d’antisémitisme lancées contre Raymond Barre pour avoir parlé d’un « attentat odieux qui voulait frapper des Israélites » et qui « a frappé des Français innocents ».

Évolution de sa popularité (incomplet) Modifier

Valéry Giscard d’Estaing jouit d’une popularité élevée en début de mandat. Ses interventions médiatiques comme sa politique sont appréciés par-delà son propre camp. Ainsi, 71% de ses électeurs sont satisfaits de ses cents premiers jours et 23% de ceux qui ont voté pour François Mitterrand. Mais la crise économique et ses conséquences, comme la légalisation de l’avortement chez une partie de ses électeurs, le font chuter de 54% en septembre à 38% novembre. Le premier signe marquant est la déception que provoque sa conférence de presse du 24 octobre où sa gravité tranche avec la tonalité politique optimiste qui avait caractérisé sa campagne. Il retrouve une côte élevée entre 45% et 50% en 1975 après sa tournée diplomatique de décembre 1974 et son retour à une communication offensive. Il la conserve en 1976 avec un record de 57% en janvier qui lui fait dire que la défaite des cantonales de mars n’est pas une sanction personnelle.

Campagne présidentielle de 1981 Modifier

Donné vainqueur de la prochaine élection présidentielle par tous les sondages, à l'exception d'une étude d'Indice Opinion qui attribut 51% à François Mitterrand début janvier, Valéry Giscard d'Estaing ne se presse pas pour annoncer sa candidature. Son activité présidentielle est poursuivie aussi longtemps que possible et sa présence médiatique s'estompe au profit de ses proches au mois de février. Il faut attendre que son seuil du premier tour se réduise à moins de 30% ce mois-là, sans doute sous l'effet des critiques unanimes des neufs prétendants déjà tous lancés, pour qu'il se présente à la télévision en compagnie de son épouse le 2 mars afin d'annoncer à ses « chers amis » qu'il se sollicite un « septennat nouveau » au travers d'une campagne qu'il « accueille non comme une épreuve mais comme une délivrance ». Il crée le néologisme de "citoyen-candidat" qu'il distingue du chef de l'État encore en exercice.

Dès le lendemain, sa campagne s'organise. En plus de n'avoir pas sollicité l'investiture d'un parti, il confie sa campagne, logée rue de Marignan, à une équipe nouvelle avec Philippe Pontet, collaborateur du président depuis 1972, comme directeur de campagne. Son projet appelle à bâtir de nouveaux fondements de croissance, maintenant que la crise a déconsidéré le modèle social et productiviste, qu'il base sur l'humanisme et la qualité de vie. Ses recettes économiques sont l'orthodoxie financière et l'acceptation de la libre-concurrence face à l'inflation, tandis qu'il propose de diminuer le chômage par la réduction des charges sociales, l'essor du travail à temps partiel et la préretraite dès cinquante-huit ans

L'élan de sa campagne de 1974 se trouve cette fois brisé par un bilan discuté et une image vieillissante. Dans le premier cas, il publie L'état de la France, une compilation en trois-cent pages de documents antérieurs ayant pour but de présenter son bilan, essentiellement centré sur les thématiques économiques, qui relativise notamment les chiffres négatifs par des comparaisons internationales. Dans le second, la presse de gauche le caricature en aristocrate distant et suffisant. Une polémique de campagne née d'un article élogieux publié le 13 mars dans La Pravda, l'organe officiel de l'Union soviétique, que le RPR accueille froidement, tandis que François Mitterrand, invité de Cartes sur table trois jours plus tard, y voit le « salaire » reçu par le président, qualifié de « télégraphiste » de Leonid Brejnev, pour son attitude au moment de l'invasion de l'Afghanistan. Effet d'une campagne difficile, ses deux grands passages télévisés retiennent surtout l'attention pour ses explications sur l'affaire des diamants (Le Grand Débat de TF1, 10 mars) et la justification de son bilan (Cartes sur table d'Antenne 2, 30 mars). D'une manière générale, la campagne ne parvient pas à déminer les critiques et attaques venues de part et d'autres pour des raisons différentes. Au terme d'une campagne courte et improvisée, dont lui-même semble parfois déçu (comme le choix des affiches qu'il juge trop conventionnelles), il choisit de dramatiser l'enjeu en visant le danger communiste et le risque de déstabilisation que représenteraient ses deux principaux concurrents, François Mitterrand et Jacques Chirac. Le 16 avril, un attentat a lieu à l'aéroport d'Ajaccio où Valéry Giscard d'Estaing venait d'arriver pour un meeting.

Il arrive en tête du premier tour le 26 avril avec 28,32%, devant François Mitterrand à 25,85% mais en-dessous du seuil des 30% qu'il jugeait nécessaire pour susciter un élan de second tour. Il n'obtient aucun ralliement des candidats éliminés, à la différence de François Mitterrand qui fait le plein des soutiens de gauche, comprenant que Jacques Chirac ne souhaite pas sa victoire lorsqu'il évite d'assister à son meeting parisien du 3 mai. Le président du RPR aux 18% de suffrages a rencontré François Mitterrand fin 1980 et considère qu'un échec du président sortant est profitable à sa carrière. Il s'est donc abstenu de donner une consigne de vote tout en précisant qu'il ne pouvait « que voter pour M. Giscard d'Estaing », bien que Valéry Giscard d'Estaing apprenne tardivement que des manœuvres sont menées en sous main par le RPR pour favoriser la victoire de François Mitterrand. Il reçoit les soutiens de personnalités comme Alain Delon, Brigitte Bardot et Louis de Funès.

Le débat d'entre-deux-tours n'a guère d'effets sur l'opinion. François Mitterrand y a tout de même décoché deux répliques marquantes : quand Valéry Giscard d'Estaing lui demande le cours du franc par rapport au mark, il lui rétorque « Je n'aime pas beaucoup cette méthode. Je ne suis pas votre élève et vous n'êtes pas le président de la République. Vous êtes simplement mon contradicteur... Je n'accepte pas cette façon de parler », puis enfin « Vous ne voulez pas parler du passé, je le comprends bien, le refrain d'il y a sept ans, l'homme du passé... C'est quand même ennuyeux que, dans l'intervalle, vous soyez devenu l'homme du passif ». Les sondages des derniers jours, confidentiels en fin de campagne, donnent François Mitterrand vainqueur mais l'entourage giscardien croit encore possible un sursaut de l'électorat conservateur contre la peur du projet socialiste que Valéry Giscard d'Estaing mobilise largement dans ses dernières interventions.

Valéry Giscard d'Estaing est battu en recueillant 48,24% des suffrages. Il dit l'avoir compris dès 18h00 quand il a connu les résultats de Chanonat où il se trouvait. Il reste majoritaire dans la capitale mais en recul par rapport à 1974 avec 53,55%. Il publie simplement un communiqué transmettant ses vœux de réussite à son concurrent et ses remerciements à ses électeurs. Rentré à Paris, il demande un rapport sur l'état de la France qui occupe l'agenda du dernier conseil des ministres le 20 mai. Ce rapport est assez positif pour Valéry Giscard d'Estaing. Le soir, il fait une allocution de huit minutes retransmises par l'ensemble des chaînes de radio et télévision. Ses derniers mots sont les suivants : « Et dans ces temps difficiles, où le mal rôde et frappe dans le monde, je souhaite que la Providence veille sur la France, pour son bonheur, pour son bien et pour sa grandeur ». Marquant un temps d'arrêt, il conclut par un « Au revoir » avant de prendre congé, ne laissant à voir qu'une chaise vide devant une table au son de La Marseillaise. Cette séquence est demeurée célèbre.

Le 21 mai s'achève la première véritable alternance de la Cinquième République. Un entretien formel a lieu à l'Élysée, où Valéry Giscard d'Estaing a accueilli son successeur, avant de partir à pied comme il était arrivé, sous certains sifflets de sympathisants de François Mitterrand, jusqu'à la rue de l'Élysée où l'attend son fils Henri dans une voiture. Sa présidence est le seul septennat unique qu’à connue la Cinquième République et le premier mandat à arriver à son terme sous ce régime. Valéry Giscard d'Estaing est resté marqué à vie de cet échec, qu'il n'avait prévu comme la majorité des commentateurs après les défaites répétées de la gauche, un traumatisme qui caractérise en partie le personnage d'ensuite.

Après l’Élysée Modifier

Retour en politique Modifier

Délaissé par son propre parti, Valéry Giscard d’Estaing renonce à mener son camp aux élections législatives de juin, qui font perdre la moitié des sièges à l’UDF, et se rend dans un monastère grec en juin puis dans le ranch canadien d’un ami pendant l’été.

Ayant sans doute décidé de revenir dès l’automne 1981, il se présente aux élections cantonales de 1982 en annonçant sa candidature la veille de la clôture des dépôts, et est triomphalement élu à 72% dès le premier tour du 14 mars dans le canton de Chamalières après une campagne fortement médiatisée. Son objectif semble être de revenir du bas au sommet de la pyramide.

Il fonde le Conseil pour l’avenir de la France (CAF) le 2 février 1982 puis réactive les clubs Perspectives et Réalités, en même temps qu’il fait son retour sur la scène médiatique en publiant trois tribunes dans Le Figaro en juin et en livrant une prestation réussite à L’Heure de vérité du 16 septembre. Son retour est parachevé par la publication d’Un Français sur trois en février 1984. Ce livre de 265 pages renoue avec l’esprit réformateur de 1974 mais marque une inflexion de son « libéralisme avancé » vers une orthodoxie libérale qui irrigue l’opposition française depuis son application par Margaret Thatcher et Ronald Reagan. L’ouvrage se vend à 300 000 exemplaires dans l’année et permet à son auteur d’entamer une tournée des médias et de la France.

Le retour de Raymond Barre engage les chefs de l’opposition dans un duel indicible à trois qui pousse Valéry Giscard d’Estaing à afficher son entente avec Jacques Chirac, notamment lors d’un déjeuner très médiatisé le 24 novembre 1982, et à revenir à l’Assemblée nationale pour influencer son camp. Claude Wolff, élu aux élections européennes de 1984, est prié de démissionner de son siège de député et Valéry Giscard d’Estaing lui succède en ayant remporté 63% des suffrages dès le premier tour le 23 septembre 1984. Son retour dans l’hémicycle le 2 octobre se fait sous les applaudissements. Les trois hommes s’affichent ensemble à la « Convention libérale » des 8 et 9 juin 1985 au palais des Congrès, réunie à l’initiative de Valéry Giscard d’Estaing pour présenter le programme des élections législatives de 1986 dont il a eu lui-même l’idée. Après la victoire des listes RPR-UDF à la majorité absolue en mars 1986, il voit lui échapper les fonctions de Premier ministre, de ministre de l’Economie et de président de l’Assemblée nationale, qu’il avait toutes sérieusement envisagées, et comprend qu’il ne pourra se porter candidat à l’élection présidentielle de 1988, y renonçant clairement en février 1987, alors il apporte un soutien honnête au gouvernement de Jacques Chirac. En avril 1987, il est élu président de la commission des Affaires étrangères avec le soutien de l’UDF.

Au terme d’une campagne présidentielle dont il fut absent, se limitant à un soutien discret à Jacques Chirac dans l’entre-deux-tours, il trouve un espace politique après les échecs de ses deux anciens Premiers ministres. C’est lui qui met sur pied l’Union du rassemblement et du centre (URC), étiquette commune des candidats de l’opposition aux élections législatives, et limite les ralliements centristes au gouvernement d’ouverture de Michel Rocard. Le 30 juin 1988, après avoir obtenu la démission de Jean Lecanuet, il est élu président de l’UDF sans candidat face à lui.

A ce nouveau poste, il s’occupe du fonctionnement de la formation politique, tâche rendue ingrate par les distances prises par certains de ses amis (François Léotard, François Bayrou, Philippe de Villiers, Alain Madelin,...). Il faut attendre juin 1991 pour faire entériner les nouveaux statuts de l’UDF. Le Conseil national passe de 56 à 1 644 membres, divisés entre les élus parlementaires et locaux, les chefs des fédérations départementales et les représentants des composantes. Les statuts sont légèrement modifiés en 1994. L’objectif de l’ancien président est d’unifier l’opposition, d’où la tenue d’états généraux de l’opposition entre 1989 et 1991. Il obtient, en mars 1989, la conduite des listes UDF-RPR pour les élections européennes de juin et arrive premier avec 29%, suivi de la liste socialiste à 23%, mais son score a été diminué par la présence d’une liste centriste emmenée par Simone Veil qui a recueillie 8,5%. Plus qu’une absence d’unité, c’est le résultat des coups de boutoirs de la jeune génération centriste des « rénovateurs » hostile à l’ancien président. Il apparaît néanmoins comme le chef de l’opposition aux yeux de l’opinion (SOFRES de juillet 1989), statut qu’il conserve jusqu’en 1992. Après les élections législatives de 1993, Valéry Giscard d’Estaing parvient à réunifier l’UDF et l’Union du Centre (UDC) dans un même groupe à l’Assemblée nationale. Après l’élection présidentielle de 1995, au cours de laquelle il a soutenu Jacques Chirac plutôt qu’Edouard Balladur, il reconnaît un échec global de son bilan à la direction du parti puisque l’UDF est restée dominée par le RPR, privant son chef de Matignon en 1993 et le parti de candidat en 1995. Il déclare alors que « l’UDF, c’est assez spécial » car « c’est une structure dont personne ne veut, mais dont personne ne veut qu’elle disparaisse », pointant son organisation confédérée qui a permit aux partis-membres de tenir la dragée haute à la structure-mère. Il admettra quinze ans plus tard avoir failli se représenter à l’élection présidentielle de cette année mais avoir découvert trop tard qu’il aurait été en situation de gagner. Marginalisé à 69 ans dans sa famille politique, il en quitte la présidence le 30 mars 1996 et soutient Alain Madelin qui échoue nettement face à François Léotard. Huit années passées à la tête de l’UDF ne lui auront pas permises d’être à nouveau prétendant à l’Elysée, ce qui était pourtant le but de son retour en politique en 1982[18].

Il est réélu aux élections législatives de 1997, affrontant un second tour pour la première fois et ne l’emportant qu’avec 53% des voix. En mai 2000, il dépose une proposition de loi pour instituer le quinquennat, adoptée le 20 juin par l’Assemblée nationale et largement ratifiée par référendum le 20 septembre. Âgé de 76 ans, il ne se représente pas en 2002 et son fils Louis Giscard d’Estaing lui succède.

Président du conseil régional d’Auvergne Modifier

A la rue de Rivoli comme à l’Elysée, Valéry Giscard d’Estaing avait fait suivre les dossiers régionaux par des cellules spéciales et avait conservé un attachement fort à la région, en y décidant le transfert de l’Ecole nationale des impôts de Paris à Clermont-Ferrand dans le premier cas ou en ayant voulu se présenter aux élections cantonales dans le second.

Conséquence des lois Deferre, les conseils régionaux sont élus au suffrage universel pour la première fois en 1986 et Valéry Giscard d’Estaing se présente en Auvergne, dans une démarche mêlant des intérêts à la fois territoriaux et nationaux. Le 16 mars, il remporte une double victoire, législative et régionale, l’emportant avec 45,80% des voix dans le second cas face au PS (34,70%). Cinq jours plus tard, il est élu président du conseil régional par 26 voix contre 19. Ce basculement de l’Auvergne après dix ans de présidence socialiste ouvre la voie à dix-huit ans de mandat giscardien puisque son président est réélu en 1992 et en 1998. Une victoire aisée dans le premier cas, facilitée par un contexte national porteur et un bilan honorable face à l’ancien ministre Michel Charasse, plus serrée dans le second, en raison du contexte national et de l’usure personnelle du candidat qui a dû ouvrir sa liste à de nouvelles personnes. Cette dernière victoire contre une gauche divisée ne lui permet toutefois pas de garder la majorité absolue (24 sièges) puisqu’il tombe à 21 conseillers, concurrencé par une gauche en progression et mordu par le FN qui conserve ses quatre élus.

Héritier d’une conception pompidolienne de l’échelon régional, inscrite dans la loi de 1972, il le voit comme un outil de coordination de plans dont la réalisation revient aux conseils généraux, d’où une administration régionale réduite au profit d’un personnel politique abondant, composé de six vice-présidents (auxquels il délègue beaucoup pour palier ses absences), de sept présidents de commissions thématiques et de cinq membres d’un bureau ouvert à l’opposition. Valéry Giscard d’Estaing se repose surtout sur son premier vice-président, l’indéboulonnable Jean Proriol, et sur l’ancien doyen de la faculté de droit René Chiroux après 1992. Un effort d’économie de 9% les deux premières années s’est fait sur la fin du projet d’Hôtel de Région voulu par son prédécesseur et une légère réduction du personnel. Au cours des années 1990, sa vision évolue et rejoint l’esprit des lois, notamment sur le lien avec l’Union européenne. Il valorise son action régionale dans les médias nationaux, lui permettant d’émerger comme un des visages de cette fonction encore récente de président de région. En 1987 se tient, à son initiative, la première conférence nationale des présidents de conseils régionaux à Clermont-Ferrand.

Valéry Giscard d’Estaing, qui accorde une importance telle à l’éducation et à la formation qu’elles concentrent 40% du budget régional en 1988), fait rénover ou construire quatre nouveaux lycées, dont le lycée technique Lafayette « de niveau européen » inauguré en 1991, et instaure des bourses pour les étudiants d’écoles supérieures. S’impliquant surtout dans le domaine technologique, susceptible d’attirer des ingénieurs en Auvergne, il soutient le développement de filières des deux IUT auvergnates sur des sites extérieurs à la ville clermontoise (Montluçon, Moulins, Aurillac, Le Puy) et surtout, lance la construction d’une école d’ingénieurs de niveau européen sur le site du campus des Cézeaux, qui prend le nom d’« Institut français de mécanique avancée » (IFMA). Construite dès 1990 et ouverte en 1992, il est jointe à une association reconnue d’utilité publique le 23 mars 1993 et dont Valéry Giscard d’Estaing devient le premier président, chargée de nouer des partenariats avec des entreprises privées. L’Institut est inauguré par le président de région en janvier 1994 en présence de Serge Dassault, de François Michelin, de Jacques Calvet (PSA) et de Louis Gallois (Aérospatiale). D’autres initiatives à signaler dans ce domaine sont les Contrats de Plan Etat-Région (CPER), le soutien à des projets scientifiques (ingénierie, santé, environnement) et l’instauration de « bourses régionales d’excellences » pour financer les recherches de jeunes docteurs dans des laboratoires ou en partenariat avec des entreprises publiques/privées implantés en Auvergne.

Désireux de moderniser l’Auvergne, il se dote dès son élection d’un « Programme intégré de modernisation de l’Auvergne », dont l’intérêt est de cibler les espaces à développer. C’est selon ce plan qu’il fait achever l’autoroute Clermont-Paris et lance les autoroutes Clermont-Béziers et Clermont-Bordeaux, voulant faire de cette région « le carrefour autoroutier du centre de la France et aussi de la Communauté européenne ». L’aire autoroutière des Volcans d’Auvergne est construite entre 1989 et 1991 avec un financement régional, conçue par le célèbre architecte argentin Ricardo Bofill. Il considère également que la région est la meilleure instance pour confectionner une grande agglomération de dimension européenne au centre de la France, constituée de communes préexistantes pesant en tout 500 000 habitants, qui irait de Brioude au sud à Gannat au nord et de Clermont à l’est à Thiers à l’ouest. Ce projet, baptisé Arvernia, permettrait à des communes d’être des pôles spécialisés au sein de l’ensemble. Mais les élus locaux de tout bord le rejettent, dénonçant les risques de déséquilibres territoriaux et d’annihilation des communes et élus environnants. Son échec municipal à Clermont-Ferrand en 1995 enterre le projet que les élus socialistes reprennent en moindre mesure en 2010 avec le « pôle métropolitain » Clermont-Riom-Vichy.

S’inspirant du Futuroscope à Poitiers, Valéry Giscard d’Estaing reprend l’idée du vulcanologue Maurice Krafft de valoriser l’héritage naturel de la région en créant un centre européen du volcanisme à dimension touristique et scientifique. L’opposition se concentre autour du lieu, la chaîne des Puys prochainement desservie par l’autoroute Clermont-Bordeaux, avec un « Collectif pour la sauvegarde des volcans d’Auvergne » lancé le 3 juillet 1995 qui mène sans succès vingt-et-une batailles judiciaires, et autour du prix qui s’élève à plus de 100 millions de francs au lieu des 35 millions initiaux, prélevé surtout chez les contribuables auvergnats puisque l’Etat et l’UE combinés représentent 15% de la somme. Les adversaires politiques dénoncent eux le « giscardoscope ». Prévu pour commencer en 1995, les travaux débutent en 1998 et sont achevés en 2002. La fréquentation plus basse qu’attendue poussera ensuite les successeurs socialistes à accentuer l’aspect ludique du site, permettant son décollage commercial. Enfin, Valéry Giscard d’Estaing permet la création de la grande Halle à la sortie est de Clermont-Ferrand, bâtiment de 30 000 m2 réunissant centre des congrès et parc d’expositions, et du Zénith d’Auvergne à proximité de l’A75, une salle d’événements ayant une capacité de 8 500 personnes. Leurs ouvertures en 2003 sont mises en valeur par le départ du rallye Paris-Dakar pour l’un et un concert de Johnny Halliday pour l’autre.

Candidat déclaré à Clermont-Ferrand pour les élections municipales en 1995, il compte profiter des effets récents qu’à eu le contexte national sur l’implantation socialiste locale pour ôter au PS la mairie qu’il occupe depuis soixante ans. Il confirme sa candidature le 14 mai 1995 et mène une campagne observée nationalement qui mélange développement modernisateur de la ville en homogénéité avec son action régionale et critiques virulentes contre l’équipe sortante. Le maire Roger Quilliot et Valéry Giscard d’Estaing arrivent au coude-à-coude le soir du premier tour, avec respectivement 41,8% et 40,50%, entretenant un suspens qui se retrouve dans les résultats du second tour où l’écart n’est que de 800 voix. Valéry Giscard d’Estaing est battu avec 49,10% des voix. Il s’agit du meilleur score de la droite dans cette ville mais l’échec est durement ressenti par le candidat. Son refus de favoriser sur sa liste l’UDF Michel Fanget, qui avait fait basculer les quartiers nord de la ville aux législatives de 1993, est ensuite pointée du doigt.

Candidat pour la quatrième fois aux élections régionales en 2004, Valéry Giscard d’Estaing insiste sur ses réalisations, offrant un angle d’attaque à son adversaire Pierre-Noël Bonté qui dénonce son bilan. Il arrive en tête du premier tour avec 36,40% et échoue au second avec 48% dans un contexte particulièrement défavorable à la droite qui ne conserve qu’une seule région sur vingt-deux : l’Alsace. Mutique le soir de sa défaite au retentissement national, il signe une tribune de remerciement dans La Montagne du 31 mars qu’il conclut par « L’Auvergne reste présente, belle et attachante. J’aimerais penser que je lui ai été utile ». A 78 ans, il quitte son ultime mandat électoral.

Engagement européen Modifier

Après la signature de l’Acte unique en 1986, il cofonde avec Helmut Schmidt un Comité pour l’Union monétaire de l’Europe, qui défend l’instauration d’une monnaie européenne et étudie les moyens d’y parvenir. Un des outils proposé est la création d’une Banque centrale européenne indépendante.

Candidat aux élections européennes de 1989, il est élu député européen et démissionne de l’Assemblée nationale pour s’y consacrer. Parlementaire assidu, il est président du groupe Libéral, démocrate et républicain de 1989 à 1991 et du Mouvement international européen jusqu’en 1997, succédant à d’éminentes personnalités fondatrices comme Charles-Henri Spaak, Robert Schuman, Maurice Faure et Walter Hallstein. En juillet 1990, il présente un rapport relatif au principe de subsidiarité entre Etats et Europe. Il démissionne en 1993 car il ne renouvelle pas son mandat en 1994.

En 1992, il apporte son soutien au traité de Maastricht bien qu’il regrette que le texte se borne surtout au champ économique. Il cible François Mitterrand qu’il accuse d’avoir affaiblit la voix française en se montrant timoré pendant la réunification allemande et face aux propositions de Jacques Delors. Pourtant, bien qu’hostile à la tenue d’un référendum, dont il craint la dimension plébiscitaire sur un sujet transpartisan, il s’implique fortement dans la campagne et critique la frilosité du RPR, fortement divisé, en même temps qu’il s’affiche au côté de la ministre socialiste des Affaires européennes Elisabeth Guigou dans un meeting à Sélestat le 10 juin. Après la victoire du « oui » à moins de 51%, il postule pour la présidence de la Banque centrale européenne, dont il a été convenu qu’elle reviendrait à un Français après qu’il ait insisté auprès de François Mitterrand. L’accord n’est pas respecté puisqu’elle revient au Néerlandais Wim Duisenberg. Une « erreur de casting » imposée par un « coup d’Etat » des gouverneurs de banques centrales pour Valéry Giscard d’Estaing, qui déplore sa faible notoriété. Désormais plus critique, on l’entend pester contre l’affaiblissement de la voix de la France en Europe, pointant le changement de nom de la monnaie (Euro au lieu d’ECU à la demande de l’Allemagne) ou le silence de la délégation française au conseil européen d’Amsterdam à la veille d’élections législatives en 1997. Avec quelques élus de l’UDF, il cofonde en 1996 l’Institut pour la démocratie en Europe, qui se fixe pour objectif de « réactiver la réflexion française sur l’Europe et notamment sur ses institutions », structure qui durera jusqu’en 2007. Au début des années 2000, il critique l’« élargissement » aux pays de l’Est, potentiellement problématique pour le développement politique de l’Union européenne.

Le 14 septembre 2001, Valéry Giscard d’Estaing est approché par Alain Lamassoure, élu député européen sur sa liste en 1989, qui a convaincu nombre de ses collègues de le nommer à la tête de la future « Convention sur l’avenir de l’Europe », décidée par l’UE pour faire évoluer son mode de gouvernance en conformité avec l’élargissement. Donnant son accord, l’ancien président se lance dans une tournée européenne et rallie à lui les principaux dirigeants comme Gerhard Schröder, Tony Blair, José Maria Aznar et Silvio Berlusconi. Jacques Chirac lui accorde cette faveur à la veille de l’élection présidentielle de 2002 et Lionel Jospin se laisse convaincre. Le conseil européen de décembre entérine la création de la Convention et la nomination de Valéry Giscard d’Estaing, puis publie la « Déclaration de Leaken » censée lui servir de feuille de route. Elle définie notamment le fonctionnement de la convention : 1 président, 2 vice-présidents, 2 commissaires européens, 16 parlementaires européens, 45 représentants des Etats-membres et 39 des Etats-candidats. Valéry Giscard d’Estaing décide en plus de s’appuyer sur un groupe restreint impliquant John Kerr. Dans son discours d’ouverture le 28 février 2002, il s’inspire de la convention de Philadelphie pour proclamer l’objectif, suggéré par la déclaration de Leaken, de doter l’UE d’un texte constitutionnel. Il faut attendre le 13 juin 2003 pour que le principe d’une constitution soit accepté, après qu’il en est rédigé une ébauche en avril pour faire taire les critiques grandissantes des conventionnels à son encontre. Le texte définitif est présenté au conseil européen de Thessalonique le 20 juin. Ce texte est largement reprit pour la rédaction du Traité constitutionnel par le Conseil européen de Bruxelles de juin 2004, ensuite signé à Rome le 29 octobre. Imitant la procédure de 1992, Jacques Chirac organise un référendum de ratification, prévu le 29 mai 2005, qui voit le « non » l’emporter à 54,87%. Valéry Giscard d’Estaing déplore l’usage de ce type de consultation pour un « texte long, difficile à lire » et la faible implication du président Chirac, bien que lui-même se soit moins engagé dans la campagne qu’en 1992, et y voit surtout la sanction de l’exécutif français et le dévoiement du débat sur les effets de la mondialisation.

Concernant le traité de Lisbonne, signé le 13 décembre 2007, il reconnaît dans une tribune au Monde le 26 octobre qu’il a été « rédigé exclusivement à partir du projet de traité constitutionnel » et que « seul l’ordre a été changé dans la boîte à outils […] redécorée ».

Le 12 octobre 2012, il salue la remise du prix Nobel de la paix à l’Union européenne en ces termes : « L’Europe reçoit aujourd’hui le prix Nobel de la paix parce qu’elle a fait la paix en Europe. Et moi je souhaite que dans trente ans ou quarante ans, elle reçoive le prix Nobel de la paix parce qu’elle aura contribué à la paix dans le monde »[19].

Membre du Conseil constitutionnel Modifier

Valéry Giscard d’Estaing présente sa candidature à l’Académie française le 6 novembre 2003, sur conseil de ses amis académiciens Jean d’Ormesson et Hélène Carrère d’Encausse, suite au décès de « son ami » Léopold Sédar Senghor en 2001 et l’inaboutissement d’un premier vote le 6 mars 2003. L’initiative divise fortement l’institution en raison de l’attitude du prétendant, qui n’a pas fait la tournée des Immortels ni avant ni après son annonce, contrairement à l’usage, ensuite parce son action politique est diversement appréciée, et enfin parce qu’il n’a alors publié qu’un seul roman, Le Passage, à la qualité contestée. Maurice Druon tire une première salve par une tribune critique et ironique dans Le Figaro littéraire du 13 novembre, alors dirigé par un autre académicien hostile, Angelo Rinaldi. Des arguments personnels, littéraires et surtout politiques sont invoqués : désinvolture, principe, qualité de ses publications, référendum de 1969, déclaration en anglais à la presse étrangère le soir de sa victoire, séjour de l’ayatollah Khomeiny à Neauphle-le-Château. Ils sont notamment suivis par Pierre Messmer, Jean Bernard, Erik Orsenna, Michel Serres. De l’autre, René Rémond ou Jean-Marie Rouart, qui publie à son tour une tribune le 3 décembre dans Paris Match, soutiennent Valéry Giscard d’Estaing. Ce dernier est élu dès le premier tour mais sans concurrent face à lui le 11 décembre, fort de 19 voix sur 34 votants, mais avec 8 bulletins marqués d’une croix, 4 blancs et 3 pour des candidats fantaisistes. « J’approche d’un âge où l’immortalité devient une valeur refuge » réagit-il. Sa réception a lieu un an plus tard, le 16 décembre 2004, en présence de personnalités politiques françaises (Raymond Barre, Jean-Pierre Raffarin, Dominique de Villepin) et étrangères (Abdoulaye Wade, Abdou Diouf, Henry Kissinger). Il y fait l’éloge de Léopold Sédar Senghor, suivie du discours de réception de Jean-Marie Rouart. « L’Académie est douce est aux grands blessés de la critique » déclare t’il notamment.

En tant qu’ancien président, son traitement par l’Etat s’élève à 2,5 millions d’euros annuels, le plus élevé en comparaison avec ceux de Nicolas Sarkozy (2,2 millions) et Jacques Chirac (1,5 millions), qui comprend la sécurité de ses résidences à Paris et Authon, un appartement meublé au boulevard Saint-Germain avec deux personnes affectées, une protection rapprochée de deux policiers, une voiture de fonction avec deux chauffeurs, sept collaborateurs permanents, la gratuité des transports et l’abonnement à la presse. Il a été le premier bénéficiaire de ce statut, défini par une lettre confidentielle du Premier ministre Laurent Fabius datée du 8 janvier 1985, « fixant de manière permanente le statut dans la nation des anciens présidents de la République ». Il bénéficie également d’un traitement mensuel d’ancien président s’élevant à environ 6 000 euros et d’une rémunération mensuelle du conseil constitutionnel d’un montant de 12 000 euros, après avoir rejoint en 2004 l’institution dont il était membre de droit depuis vingt-trois ans[20][21][22].

En juin 2004, Valéry Giscard d’Estaing représente la France aux funérailles de Ronald Reagan, au côté du ministre des Affaires étrangères Michel Barnier, Jacques Chirac s’étant fait excuser au contraire de Gerhard Schröder, Tony Blair ou Silvio Berlusconi, dans une période de froid franco-américain suite à la guerre en Irak. [23][24].

Ayant adhéré à l’UMP dès sa fondation en 2002, après s’être éloigné de l’UDF qui a prit ses distances avec lui, il est sollicité par Nicolas Sarkozy pour une convention de l’UMP sur l’Europe les 23 et 24 septembre 2005. Il y déclare que « pour la première fois depuis plus de cinquante ans, la France n’a plus de projet européen » et appelle à reprendre le travail de réforme des institutions européennes « obscur[es], compliqué[es] et peu performant[es] ». Lors de l’élection présidentielle de 2007, il sort de son devoir de réserve pour soutenir Nicolas Sarkozy, qui le consultera régulièrement au cours de son mandat (ainsi que plusieurs de ses ministres), notamment en septembre 2008 quand il se rend personnellement rue de Bénouville, tranchant avec l’indifférence qu’avait manifesté Jacques Chirac tout au long de sa présidence. Ceci s’explique notamment par le fait que depuis sa défaite, Valéry Giscard d’Estaing refuse de se rendre à l’Elysée, du moins officiellement puisqu’il reconnaît s’y être rendu à trois reprises à l’époque de François Mitterrand[25].

Le 14 juin 2007, il ouvre un blog personnel, « Le blog de Valéry Giscard d’Estaing, pour la démocratie en Europe », qu’il alimente assidument les deux premières années (56 articles en 2007 et 74 en 2008), puis moins ensuite, seulement une vingtaine annuellement se bornant à reproduire des liens vers les interviews du président. Ils suscitent toutefois de nombreux commentaires, aux alentours de 400 quand ce n’est pas le millier. Il exprime essentiellement ses analyses et positions au travers de conférences auprès d’institutions internationales, de rencontres dans des universités françaises et étrangères, dans des tribunes et interviews à la presse française, essentiellement dans Le Monde et Le Point. Paris Match lui avait également proposé de signer des chroniques au début des années 2000, une nouveauté alors qui avait étonné. Disant qu’« il ne serait pas convenable qu’un ancien président juge ceux qui exercent cette fonction », il veille à rester limité dans ses commentaires sur la politique de ses successeurs[26][27].

Dans l’entre-deux-tours de la campagne présidentielle de 2012, qui oppose François Hollande à Nicolas Sarkozy, « la facilité ou le redressement », il apporte son soutien au second malgré « des critiques [qu’il a] parfois partagées » car « il est le plus crédible pour redresser le pays » et permet « d’espérer que nous sortirons de la crise ». Le score de Marine Le Pen signifie selon lui « la fin de la diabolisation des électeurs du Front national » et illustre « une souffrance réelle des gens » ainsi qu’« une crainte du chômage ». Peu de temps après la victoire de François Hollande, il précise à ce dernier : « Il pourrait advenir que je meure pendant votre mandat. Je ne veux aucune cérémonie officielle, aucun hommage de l'État». Le chef de l’Etat lui répond positivement en précisant que la République ne pourra rester indifférente à la disparition d’un de ses présidents. Deux ans plus tôt, Anne-Aymone Giscard d’Estaing avait déposé une demande de permis de construire afin de bâtir une chapelle funéraire pour sa famille en bordure du cimetière d’Anthon (Loir-et-Cher) mais la mairie s’y est opposé en raison de la non-constructibilité du terrain[28][29][30].

Valéry Giscard d’Estaing est absent de la séquence des attentats de Charlie-Hebdo en janvier 2015, ayant prévu d’assister à l’hommage national aux victimes aux Invalides qui n’a finalement pas lieu à la demande des victimes. Il avait refusé d’être reçu à l’Elysée par François Hollande, ne pénétrant plus officiellement dans la demeure présidentielle depuis 1981, et avait écarté l’idée de participer à la marche du 11 janvier. Il assiste à la messe de Notre-Dame de Paris le 28 juillet 2016 au lendemain de l’assassinat du père Jacques Hamel[31].

Au cours de l’élection présidentielle de 2017, il laisse apparaître son soutien discret à François Fillon, qu’il avait déjà soutenu à la primaire des Républicains. D’après Le Canard enchaîné, ce soutien fait suite à une promesse confidentielle du candidat de renommer le musée d’Orsay à son nom car l’ancien président aurait été irrité que Jacques Chirac ait donné son nom au musée du Quai-Branly. Après la victoire d’Emmanuel Macron, il fait remarquer que ce dernier « est le seul à revendiquer l’héritage européen »[32][33][34].

Valéry Giscard d’Estaing affiche une longévité record puisqu’après être devenu le doyen des anciens candidats présidentiels français, il surpasse le record d’Emile Loubet chez les présidents de la République le 23 janvier 2017, à dix jours de son quatre-vingt-onzième anniversaire. Au niveau mondial, il est actuellement le quarante-sixième ancien chef d’Etat le plus âgé, derrière le Sud-Coréen Kim Jong-Pil et devant le Nord-Coréen Ri kun-mo. Parmi ceux-là, il est un des trois derniers encore en vie à avoir combattu dans la Seconde Guerre mondiale avec l’Américain George. H. W. Bush (1924) et de l’Italien Giorgio Napolitano (1925). En France, si on excepte les huit mois qu’à vécu François Mitterrand entre mai 1995 et janvier 1996, il est resté l’unique ancien président français en vie durant vingt-six ans entre 1981 et 2007. En 2017, Emmanuel Macron devient le cinquième président à lui succéder de son vivant en lui ôtant, à 39 ans, son titre de benjamin des présidents de la Cinquième République. Il voit donc entrer un l’Elysée un chef d’Etat né sous sa présidence, en 1977. Cette longévité lui a permis de célébrer le quarantième anniversaire de son élection en mai 2014 par diverses interviews à la presse écrite (Le Point, Le Figaro) et à la télévision (TF1, France 2). Un sondage BVA atteste que 61% des Français ont une bonne opinion de lui et que 69% considèrent l’adoption de l’IVG comme la mesure la plus marquante de son septennat[35][36][37][38].

Affaires et controverses Modifier

Affaire des diamants Modifier

L’affaire prend son origine dans le renversement de l’empereur centrafricain Jean-Bedel Bokassa par la France les 20 et 21 septembre 1979. Par esprit de vengeance, le chef d’Etat déchu fait parvenir des documents à la presse française destinés à affaiblir le président de la République. Le 10 octobre, Le Canard enchaîné révèle ce qui deviendra l’« affaire des diamants » : un fac-similé daté d’avril 1973 commandant en quatre lignes à sa secrétaire une plaquette de diamants de trente carats destinée à Valéry Giscard d’Estaing, alors ministre des Finances. Cette valeur d’environ un million de franc correspond grossièrement à cent-cinquante mille euros. Il est accusé de ne pas les avoir déclarés, sans qu’on ai jamais su si c’était vrai, alors que seul le président de la République est dispensé de déclarer les cadeaux étrangers à la douane. Valéry Giscard d’Estaing n’aurait pas été le seul bénéficiaire de cette supposée commande puisque Le Canard cite également un conseiller, deux cousins germains et deux ministres.

Le jour même de la sortie, Valéry Giscard d’Estaing s’interroge sur l’attitude à adopter. Ses conseillers militent pour un démenti public. Jacques Wahl, Pierre Hunt et Jean Sérisé, respectivement secrétaire général, porte-parole et conseiller, proposent une intervention télévisée pour expliquer les conditions d’acceptation des présents étrangers. Mais Valéry Giscard d’Estaing, rebuté par l’idée d’une scène d’autojustification, opte pour le silence. Pierre Hunt, laissé sans consigne par le président, se contente de minimiser les accusations devant la presse et conclut par : « Le conseil n’a évoqué que des affaires sérieuses ». Auparavant, Valéry Giscard d’Estaing lui avait tout de même demandé de « dire la vérité », à savoir « que Bokassa m’a remis des cadeaux, comme il le faisait à tous ses visiteurs. Que je n’y ai pas attaché d’importance. Et que cela n’a pas pesé dans mes décisions ». Un simple communiqué est finalement publié.

Le lendemain, Le Monde consacre deux pages aux révélations et publie un éditorial perfide reprochant le silence de l’Elysée. S’ajoutent les enquêtes journalistiques lancées par Le Monde sur les intérêts et les activités des Giscard d’Estaing en Afrique. La mise en pâture de son père et de ses cousins provoque la colère du président dans un échange téléphonique avec Jacques Fauvet, directeur du journal, qui lui écrira quelques jours plus tard : « Si un chef d’État perd son sang-froid comme vous l’avez fait, c’est l’État lui-même qui est menacé ».

Ce silence se poursuit malgré de nouvelles révélations du Canard sur « Giscarat » le 17 octobre : un diamant de valeur en 1970, une plaquette de petits diamants en 1972 et une plaquette de petits carats, remise pendant sa présidence cette fois-ci. Pierre Hunt affirme le soir à TF1 que le président de la République s’exprimera le temps venu mais rien ne vient. A l’étranger, la presse évoque un « Watergate parisien ». Dans l’opposition, le PS demande la mise sur pied d’une enquête parlementaire concernant l’intervention française en Centrafrique.

Il faut attendre six semaines de suspicion pour que Valéry Giscard d’Estaing s’exprime dans une interview télévisée le 27 novembre. Quand Alain Duhamel et Jean-Pierre Elkabbach l’interrogent, il rappelle que les cadeaux diplomatiques ne sont pas des propriétés personnelles et, au sujet de la valeur évoquée, il répond : « j’oppose un démenti catégorique et, j’ajoute, méprisant ». Il ne précise donc pas si ces cadeaux existent et, si oui, ce qu’ils sont advenus, bien qu’il précise que les offrandes étrangères sont généralement remises à des musées ou à des œuvres de bienfaisance, sans qu’il ne mentionne de nom. Quant au silence qu’il a observé depuis le début de l’affaire, il le justifie ainsi : « Il faut laisser les choses basses mourir de leur propre poison ». L’éducation qu’il a reçue, interdisant les discussions d’argent, jugées indignes, pourrait aussi l’expliquer selon son biographe Georges Valance.

Au cours de l’année 1980, l’élection présidentielle approchant, les deux journaux relancent périodiquement l’affaire par des publications d’informations, tandis que la gauche diffuse le 2 octobre un enregistrement de Bokassa qui confirme les faits au Canard, mais Valéry Giscard d’Estaing refuse continuellement de répondre à une affaire qu’il juge politicienne. Il est de nouveau interrogé sur cette affaire pendant sa campagne présidentielle dans l’émission de TF1 Le Grand Débat du 10 mars 1981. Cette affaire, et surtout le silence obstiné qu’il a gardé, perçu à tort ou à raison comme du mépris et un aveu de culpabilité, est citée parmi les facteurs explicatifs de l’échec final de Valéry Giscard d’Estaing. Pendant la campagne, les militants gaullistes et socialistes s’amusent à recouvrir d’images de diamants les yeux du candidat sur ses affiches. Les humoristes comme Thierry Le Luron se sont aussi emparés de l’affaire comme ressort humoristique de leurs sketchs, ajoutant à la moquerie générale.

Après une contre-enquête du Point ayant réfuté les accusations en 1979, un article de juillet 2007 dans L’Express confirme l’existence du cadeau et cite leur valeur à un niveau bien inférieur aux soupçons : « Les diamants, oubliés dans un tiroir, ont en effet été estimés entre 4 000 et 7 000 francs ». De plus, au sujet du fac-similé du Canard enchaîné : « La note est fausse, la signature l'indique ». D’après le même magazine, une enquête de la DST a permit de savoir que c’était Roger Delpey, conseiller français de Bokassa issu de l’extrême-droite, qui avait transmis les documents[39][40][41][42].

Affaire des avions renifleurs Modifier

Le 21 décembre 1983, Le Canard enchaîné consacre sa première page à ce qu’il appelle « l’affaire des avions renifleurs », exhumée par le journaliste Pierre Péan. Valéry Giscard d’Estaing avait été alerté, fin 1975, par Antoine Pinay et le président d’Elf Pierre Guillaumat de la découverte par deux ingénieurs d’un appareil capable de détecter la présence de pétrole en sous-sol. Le président s’y est intéressé pour sa capacité à repérer les sous-marins nucléaires et a permit un travail coordonné entre la filiale de recherche d’Elf et les services secrets français, qui a coûté plus d’un milliard de francs en trois ans jusqu’à l’abandon du projet par Elf en 1979. Un rapport critique commandé par Raymond Barre à la cour des comptes en 1980 avait été discrètement remis au président en janvier 1981 mais avait été emporté par ce dernier après sa défaite. Cette affaire d’escroquerie est exploitée par la gauche en difficulté au pouvoir après sa révélation alors que Valéry Giscard d’Estaing regagne en crédibilité dans l’opposition victorieuse des scrutins municipaux de 1983. Le 22 décembre, alors que le secrétaire d’Etat au Budget Henri Emmanuelli a qualifié de « forfaiture » la disparition du rapport, l’ancien président le brandit au journal télévisé de Christine Ockrent sur Antenne 2 et met fin à la polémique en dénonçant l’instrumentalisation du dossier : « Et un jour, il faudra que la France se remette debout et que son sort soi confié à des hommes qui soient capables à la fois de la gouverner et de la respecter ».

Allégations sur l’attentat du Petit-Clamart Modifier

L’édition du 2 janvier 1962 du journal d’extrême-droite belge Europe Magazine affirme que Valéry Giscard d’Estaing était en lien avec l’OAS, communiquant les comptes-rendus des conseils des ministres sous le nom de code « 12B » à un autre agent « 12A » qui les transmettait au général Salan. Si aucune réaction ne suit cette publication, Valéry Giscard d’Estaing poursuit en diffamation Jacques Isorni pour l’avoir répété lors du procès d’un activiste le mois suivant, mais l’avocat est protégé par l’immunité du prétoire. Le tribunal de grande instance de la Seine juge donc irrecevable la plainte le 6 mars 1963. De plus, Bernard Mathias souligne que l’authenticité du document sur lequel s’appuyait l’avocat n’a jamais été vérifiée. Une autre source de l’extrême-droite, le fondateur du mouvement Jeune Nation Pierre Sidos, qui a été associé au projet d’attentat, redit ces accusations dans un entretien à la revue Charles en avril 2013 : « Giscard d’Estaing était membre du conseil des ministres sous de Gaulle et à cette époque, il transmettait des informations à l’OAS ».

En 2002, l’écrivain Georges Fleury publie une Histoire secrète de l’OAS qui cite les déclarations de Jean Bastien-Thiry pendant son procès de janvier-mars 1963 : « M. Giscard d’Estaing, dès cette époque [été 1961, NDLR], était inscrit à l’OAS dans l’un de ses réseaux sous le numéro 12B ». D’après l’accusé, il espérait occuper la fonction de Premier ministre dans un gouvernement d’union nationale en cas d’assassinat du général de Gaulle. Pourtant, ces accusations sont nuancées par Georges Fleury, qui précise que ce n’était pas une liste d’inscrits mais de personnalités politiques sympathisantes parmi lesquelles se trouvait aussi Antoine Pinay. Interviewé par Libération sur les liens Giscard-OAS le 22 décembre 2002, l’auteur affirme que l’intérêt que portait le ministre à l’organisation terroriste se réduisait à de l’opportunisme au cas où la situation évoluerait. Il précise également que les contacts ont cessé après l’attentat contre le domicile d’André Malraux à Boulogne le 7 février 1962. Dans cette même interview, il confirme que les comptes-rendus des conseils des ministres faits par Valéry Giscard d’Estaing étaient répétés par Michel Poniatowski à André Regard, un inspecteur des finances qui était aussi un des principaux dirigeants de l’OAS en métropole, sans dire s’il le faisait avec l’aval de son ministre.

Georges Fleury n’est pas le seul à rester sceptique devant le témoignage de Jean Bastien-Thiry. Par exemple, Jean Lacouture, dans sa biographie du général de Gaulle de 1986, écrivait la chose suivante : « Les innombrables supputations faîtes à ce sujet n’ont débouché sur aucune information sérieuse. Il semble que Bastien-Thiry, sur ce plan ait bluffé, pour affoler ou diviser l’entourage du Général. En fait, il se fondait sur les appels téléphoniques de guetteurs placés autour de l'Élysée — notamment d'un certain "Pierre" — sitôt qu'était prévu un déplacement du chef de l'État ». Autre exemple, l’historien Alain Ruscio retranscrit les affirmations de l’accusé « en prenant des pincettes » dans son livre Nostalgérie paru en avril 2015. Il révèle que Valéry Giscard d’Estaing a songé à porter plainte avant d’en être dissuadé par le ministre de la Justice, Jean Foyer, ce qui lui fait dire que « si effectivement Giscard n’a pas fait ce procès, c’est qu’effectivement il risquait peut-être plutôt d’être sur la sellette ».

L’extrait du livre d’Alain Ruscio est cité par Éric Brunet dans un documentaire consacré à l’attentat du Petit-Clamart diffusé sur RMC Découverte le 3 novembre 2015. Lajos Marton, 84 ans, un des derniers survivants du complot, est interrogé par le journaliste sur la manière dont ils ont connu l’itinéraire. Alors qu’il n’a jamais mentionné Valéry Giscard d’Estaing dans ses multiples interviews, même dans son livre Il faut tuer de Gaulle (2002), il cite à nouveau le directeur de la sécurité du président Jacques Cantelaude (qui ne l’est plus au moment de l’attentat comme le relève Alain Ruscio) et « un membre du gouvernement » qui « avait même un nom de code, B12 ». « On nous a dit au début : il y a quelqu’un qui assiste à tous les conseils de ministres. Et par la suite, ils nous ont dit : Ce n’est autre que Giscard d’Estaing ». Valéry Giscard d’Estaing n’a pas souhaité répondre à Éric Brunet, comme il l’avait fait avec l’interview de Georges Fleury dans Libération, mais l’a accepté au Monde, le même jour, via son secrétariat : « Comment pensez-vous que le général de Gaulle aurait gardé dans son gouvernement quelqu’un qui aurait attenté à ses jours, c’est une ânerie ».

L’affaire reste peu évoquée en raison de l’absence de preuve indubitable. L’historien Olivier Dard explique ainsi n’avoir trouvé « aucune preuve tangible » au cours de ses fouilles dans les archives de l’OAS et qualifie cette spéculation de « serpent de mer entourant l’affaire »[43] [44][45][46][47].

Carrière politique Modifier

Mandats locaux Modifier

  • 19581974 : conseiller général du Puy-de-Dôme
  • 19671974 : maire de la commune de Chamalières
  • 19741977 : conseiller municipal de Chamalières
  • 19821988 : conseiller général du Puy-de-Dôme
  • 21 mars 19862 avril 2004 : président du conseil régional d'Auvergne
  • 1995 : conseiller municipal de Clermont-Ferrand

Mandats parlementaires Modifier

Fonctions gouvernementales Modifier

Fonction présidentielle Modifier

Fonctions politiques Modifier

  • 19661974 : président de la Fédération nationale des républicains et indépendants
  • 1967 - 1968 : président de la commission des finances, de l'économie générale et du plan de l'Assemblée nationale
  • 1987 - 1989 : président de la commission des affaires étrangères de l'Assemblée nationale
  • 1988 - 1995: président-fondateur des Clubs Perspectives et Réalités
  • 19881996 : président de l'Union pour la démocratie française
  • 1992 - 1998 : président de l'Association des présidents de conseils régionaux (APCR)
  • 1993 - 1997 : président de la commission des affaires étrangères de l'Assemblée nationale

Fonctions internationales Modifier

  • 1970 : président du conseil de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE)
  • 1997 - 2004 : président du Conseil des communes et régions d'Europe (CCRE)
  • 28 février 2002 - 10 juillet 2003 : président de la Convention pour l'avenir de l'Europe

Fonctions administratives Modifier

  • 1952 - ... : adjoint à l'Inspection des finances
  • 1954 - ... : inspecteur des finances
  • juin-décembre 1954 : directeur adjoint du cabinet d'Edgar Faure
  • 2002 - ... : président du comité consultatif international de l'agence de notation Fitch

Fonctions honorifiques Modifier

  • 1995 - ... : membre de l'Académie royale des sciences économiques et financières (Espagne)
  • 16 décembre 2004 - ... : membre de l'Académie française

Représentation culturelle Modifier

Cinéma Modifier

Valéry Giscard d’Estaing a été interprété comme personnage dans un téléfilm américain et quatre français :

  • Raid sur Entebbe (1976), interprété par Roger Til (non crédité)
  • Mort d’un président (2011), interprété par Xavier de Guillebon
  • Changer la vie ! (2011), interprété par François Clavier
  • La Rupture (2013), interprété par Hyppolite Girardot
  • La Loi (2014), interprété par Philippe Le Roy

En décembre 2010, les médias révèlent que le réalisateur Yves Boissot, classé à gauche, écrit le scénario d’un film intitulé L’affaire des diamants explorant les relations franco-centrafricaines dans les années 1970, prévu pour fin 2011 mais jamais présenté[48].

Chansons Modifier

  • Le Giscardéon par Sophie Darel (1974)
  • Quand tu disais Valéry, chanson du film éponyme de René Vautier (1975)
  • La Biguine à Giscard par Gérard La Viny (1975)
  • Giscard Bongo par Tchibanga (1976)
  • Killer Man par Gazoline (1977)
  • Le Président et l’Eléphant par Gilbert Laffaille (1977)
  • Le Clochard des jumbos par Michel Polnareff (1978)
  • Quand t’es dans le désert par Jean-Patrick Capdevielle (1979)
  • Giscard complice par Les Wampas (2003)
  • Giscard par Ganesh2 (2016)

Théâtre Modifier

  • Débats 1974-1981 de Jean-Marie Duprez (2007-2008), joué par Jacques Weber
  • Née sous Giscard de Camille Chamoux (2014)

Reconnaissance protocolaire Modifier

Décorations nationales Modifier

  • Grand maître de l'ordre national de la Légion d'honneur (1974-1981)
  • Grand-Croix de la Légion d'honneur
  • Grand-Croix de l'Ordre national du Mérite
  • Croix de guerre 39-45

Distinctions étrangères Modifier

  • ? : Bailli grand-croix d'honneur et de dévotion de l'ordre souverain de Malte (Malte)
  • 1962 : Grand-croix de l’ordre de Saint-Olaf (Norvège)
  • 1974 : Grand-croix pro MeritoMelitensi (OSM)
  • 1975 : Grand-collier de l'ordre de Sant'Iago de l'Épée (Portugal)
  • 1976 : Chevalier du collier de l'ordre d'Isabelle la Catholique (Espagne)
  • 1978 : Chevalier de l’ordre de l'Éléphant (Danemark)
  • 1978 : Grand-collier de l'ordre de l'Infant Dom Henri (Portugal)
  • 1978 : Chanoine d'honneur de Saint-Jean-de-Latran (Italie)
  • 1980 : Chevalier de l'ordre du Séraphin (Suède)

Prix Modifier

  • 1979 : Médaille Nansen pour les réfugiés (ONU)
  • 2000 : Prix de la Fondation Onassis
  • 2000 : Prix du Trombinoscope de la personnalité politique de l'année
  • 2001 : Médaille d'or de la Fondation Jean Monnet pour l'Europe
  • 2003 : Prix international Charlemagne d’Aix-la-Chapelle
  • 2006 : Prix De Gaulle-Adenauer
  • 2009 : Prix de la Fondation du Parlement hellénique pour le Parlementarisme et la Démocratie
  • 2001 : Prix du Mémorial, grand prix littéraire d’Ajaccio (pour La Victoire de la Grande Armée)
  • 2014 : Prix franco-allemand du journalisme (pour Europa)

Décorations académiques Modifier

  • 2007 : Docteur honoris causa de l'université Lusíada de Porto (Portugal)[49]

Citations Modifier

Les Français ne savent pas ce qu'est l'Europe dans le monde. L'Europe a un PIB, une production, supérieure à celle des États-Unis, elle a un PIB deux fois et demi supérieure à celui de la Chine, elle a un commerce excédentaire, elle est moins endettée que les États-Unis. Il y a plus de billets en euro qui circulent dans le monde qu'il n'y a de billets en dollar. Tout ça, c'est l'Europe. Malheureusement, comme elle n'a pas d'organisation politique et comme elle n'a pas de volonté politique, malgré cette situation qui la place numéro un, elle n'a pas l'influence, l'autorité, voire même la sécurité auxquelles elle pourrait prétendre.

- Valéry Giscard d'Estaing, dans un entretien sur BFM TV, le 8 octobre 2012[50].


Souffrir passe, avoir souffert ne passe pas.

- Valéry Giscard d'Estaing, Le pouvoir et la vie, tome II : L'Affrontement.


J'en garderai une morsure aussi tenace que celle du jeune spartime dont le renard dévorerait le foie, la morsure d'une inguérissable nostalgie.

- Valéry Giscard d'Estaing, Le pouvoir et la vie, tome III : Choisir.


Le drame de Giscard d'Estaing est qu'il ne sait pas que l'histoire est tragique.

- Raymond Aron le 28 mai 1975.


Il faut laisser les choses basses mourir de leur propre poison.

- Valéry Giscard d'Estaing, interrogé par Alain Duhamel et par Jean-Pierre Elkabbach le 27 novembre 1979, au sujet des critiques émises à son encontre dans l'affaire des diamants.


Ce qu'il y a de grave avec Giscard, c'est qu'il se croit plus intelligent que la France.

- Georges Pompidou à Marie-France Garaud[51].


Remarquable à beaucoup d'égards, Giscard ne sut, semble-t'il, jamais juger, ni de l'engagement qu'impose le caractère singulier de la fonction présidentielle, ni de la distance qu'elle crée nécessairement.

- Marie-France Garaud, La fête des fous : qui a tué la Ve République (2006)[52].


Je n'ai jamais eu beaucoup de sympathie pour M. Giscard d'Estaing, et j'ai la forte impression que c'était réciproque. Cela est plus surprenant qu'il n'y parait car j'ai toujours eu un faible pour le charme français et le président Giscard d'Estaing passait, après tout, pour un homme de droite. Mais c'était un interlocuteur difficile, délivrant une prose parfaitement ciselée et qui semblait ne souffrir aucune contradiction. En outre, sa conception de la politique était fort différente de la mienne : bien qu'il eût les manières d'un aristocrate, il avait l'esprit d'un technocrate. Il considérait la politique comme un sport réservé à l'élite, qui devait être pratiquée pour le bien du peuple mais sans sa participation. Cette position serait peut-être défendable si les technocrates étaient vraiment des défenseurs imperturbables du bien public, au-dessus des passions et des intérêts des simples mortels. Or, le président Giscard d'Estaing était aussi susceptible que tout un chacun d'être emporté par les modes intellectuelles et politiques ; il se contentait d'exprimer froidement ses passions.

- Margaret Thatcher, Mémoires, t.1 : 10 Downing Street, 1992.


Publications Modifier

  • Démocratie française, 1976
  • L'État de la France, 1981
  • Deux Français sur trois, 1984
  • Le Pouvoir et la Vie : La Rencontre, 1988
  • Le Pouvoir et la Vie : L'Affrontement, 1991
  • Le Passage, 1994
  • Dans cinq ans, l'an 2000, 1995
  • Les Français, réflexions sur le destin d'un peuple, 2000
  • Valéry Giscard d'Estaing présente la Constitution pour l'Europe, 2003
  • Le Pouvoir et la Vie : Choisir, 2006
  • La Princesse et le Président, 2009
  • La Victoire de la Grande Armée, 2010
  • Mathilda, 2011
  • Europa, la dernière chance de l'Europe, 2014

Bibliographie Modifier

  • Serge Berstein et Jean-François Sirinelli, Les années Giscard : institutions et pratiques politiques 1974-1978, Broché, 2003
  • Serge Berstein et Jean-François Sirinelli, Les années Giscard : Valéry Giscard d'Estaing et l'Europe, Broché 1974-1981, 2006
  • Serge Berstein et Jean-François Sirinelli, Les années Giscard : Les réformes de société 1974-1981, Broché, 2007
  • Serge Berstein et Jean-François Sirinelli, Les années Giscard : la politique économique 1974-1981, Broché, 2009
  • Serge Berstein et Jean-François Sirinelli, Les années Giscard : 1978-1981 : les institutions à l'épreuve ?, Armand Colin, 2010

Références Modifier

  1. Franz-Olivier Giesbert, Jacques Chirac, Seuil, 1987
  2. instrument politique mal assumé ? L'entourage de Valéry Giscard d'Estaing à l'Elysée de 1974 à 1981
  3. La bataille de Simone Veil pour le droit à l’avortement
  4. du système de retraite en France
  5. France s'en est allé au pays des légendes maritimes
  6. fin du paquebot France - Film documentaire
  7. Michel Sardou victime d’une vengeance de Valéry Giscard d’Es­taing
  8. Interview du 14-Juillet: Macron veut rompre avec une tradition vieille de 40 ans
  9. Pierre Pernez, Claude François en souvenirs, City Editions, 2013
  10. Valery Giscard d'Estaing
  11. Georges Poisson, Les Grands Travaux des présidents de la Ve République : de Charles de Gaulle à Jacques Chirac, Broché, 2002
  12. Giscard chassait l’Algérien…
  13. en 1979, l'élan humanitaire pour les boat-people d’Asie
  14. : quand la France accueillait 120.000 boat people
  15. lui lance: Bonjour, mon petit camarade»
  16. crise grecque : une faillite européenne ?
  17. Behind The Myth
  18. Quand Giscard d'Estaing rejoue la présidentielle de 95
  19. prix Nobel "juste" pour l'Union européenne, selon VGE
  20. Giscard d'Estaing coûte 2,5 millions d'euros par an à l'État
  21. l'ex-président qui coûte chaque année 2,5 millions d'euros à l'Etat
  22. ancien président, Giscard «coûte» 2,5 millions d'euros par an à l'Etat
  23. L'étrange absence de Chirac
  24. Ronald Reagan entre dans l'histoire par la sortie
  25. Immortel et increvable
  26. Dray, Guaino: de chroniqués à chroniqueurs
  27. : "Macron est le seul à revendiquer l'héritage européen"
  28. Giscard d'Estaing : «Je voterai pour Sarkozy»
  29. Giscard d'Estaing a évoqué son décès avec François Hollande
  30. Authon ne veut pas de la chapelle funéraire de Giscard
  31. Valéry Giscard d'Estaing a évoqué son décès avec François Hollande
  32. Pour Giscard, «conviction, détermination et expérience» sont indispensables pour un président
  33. François Fillon aurait obtenu le ralliement de Giscard en lui proposant... de rebaptiser le musée d'Orsay à son nom
  34. Giscard : "Macron est le seul à revendiquer l'héritage européen"
  35. Giscard. Le Président des records
  36. VGE 48e chef d'Etat le plus âgé au monde
  37. Valéry Giscard d'Estaing plébiscité par 61% des Français, selon un sondage
  38. DOCUMENTAR: Fostul președinte francez Valery Giscard d'Estaing, la împlinirea a 90 de ani
  39. l'affaire des diamants de Bokassa - Le Canard enchaîné
  40. Ce jour-là : le 10 octobre 1979 éclate l’affaire des diamants entre Giscard et Bokassa
  41. Le petit cadeau qui fit trébucher Giscard
  42. Opération Barracuda et les diamants de Bokassa
  43. et l’OAS, un vieux « serpent de mer »
  44. du Petit-Clamart: un ex-membre du commando accuse VGE
  45. Valéry Giscard d'Estaing a-t-il participé à l'attentat du Petit-Clamart ?
  46. Fleury «Giscard d'Estaing suivait l'OAS d'un oeil intéressé».
  47. d'Estaing mêlé à l'attentat contre De Gaulle : d'où vient cette rumeur ?
  48. Valéry Giscard d'Estaing arrive au cinéma
  49. Hollande devient docteur honoris causa par l’université d’Athènes
  50. VGE : "Ce traité européen, c'est celui qui a été signé par Nicolas Sarkozy"
  51. Marie-France Garaud , Présidentielles 1981 , "Cartes sur table" (à partir 13min00)
  52. Mathias Bernard, Valéry Giscard d'Estaing, les ambitions déçues, Armand Colin, 2014

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